‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 39 sur 256 · Racine et Shakspeare. C. Lévy, 1882, p · texte numérisé non relu

Racine et Shakspeare. C. Lévy, 1882, p

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certains instants la réalité disparaît, le rêve commence; les acteurs font place aux personnages ; il n'y a plus ni lustre ni rampe : un monde surnaturel vient de nous apparaître.

Corneille a peut-être essayé de produire cette illusion dans ses féeries; mais, dans ses tragédies, Ta-t-il tenté? l'a-t-il voulu? Je ne sais, et il est bien difficile de le savoir. Aurait-il réussi? C'était impossible. L'uniformité seule des costumes empêche alors toute illusion. L'acteur se ressemble trop d'une tragédie à l'autre. Actuellement, lorsqu'une pièce commence, on cherche d'abord à reconnaître les acteurs à un geste connn, au timbre de la voix : puis, l'artiste reconnu, on l'oublie, pour ne plus songer qu'au personnage. Au xvn' siècle, au contraire, l'acteur ne peut se déguiser. Le rideau se sépare : deux actrices sont en scène. Elles peuvent indifféremment commencer le Cid, Horace ou Cinna : rien dans leur costume n'indique la difTérence des pays ou des époques. Voyons-nous apparaître deux acteurs? C'est peut-être Polyeucte et Néarque : mais c'est aussi bien Phocas et Crispe, ou Perpenna et Aufide.

De plus, on peut affirmer que les acteurs de Corneille n'étaient pas ses interprètes. Propriétaires de la pièce, ils la jouaient selon leur bon plaisir, sans prendre conseil du poète K Je n'en veux pour preuves que l'entrée ridicule del'acteur jouant Auguste-, et le passage si curieux de l'Impromptu de Versailles, où Molière critique le

1. Sans doute d'Aubignac dit : « Nos poètes ont aocouliimé de faire repasser leurs pièces en leur présence, et d'avertir les comédiens de tout ce qu'il faut faire. » Mais Corneille ne savait pas lire ses vers.

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