‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 44 sur 256 · INTÉRÊT DE LA TRAGÉDIE · texte numérisé non relu

INTÉRÊT DE LA TRAGÉDIE

(( Au théâtre, a dit V. Hugo, un conte d'amour vaut mieux que toute l'histoire K » Le mot est juste et exphque pourquoi Racine allait modifier l'intérêt de ce théâtre où l'on trouve trop d'histoire et trop peu d'amour.

La passion, dans Racine, fait trop oublier l'intérêt historique et dramatique. Il y a peu de pièces dans Corneille qui soient aussi pathétiques que Phèdre. Mais l'originalité de Racine consiste à avoir su cacher tant de force sous tant de grâce. Sans aller jusqu'à la fadeur, Racine ne force jamais les traits de ses personnages. Il émeut rarement, mais il intéresse toujours à la lecture, souvent au théâtre.

J'imagine que les lecteurs de la Princesse de Glève> devaient être les grands admirateurs de Rérénice. Mêmes observations fines et touchantes, même discrétion. Presque chaque vers de Racine contient, je ne dirai pas une idée, mais un sentiment. Les ennemis du poète euxmêmes reconnaissaient cette supériorité-, mais ils lui contestaient la valeur des caractères. Pourtant il est impossible que tous les vers d'un rôle soient intéressants, et que le personnage soit ennuyeux. Sans doute on a pu reprocher à ses créations une certaine ressemblance monotone ^. Le jeune premier de Corneille était

cesse dans radiniration et seiileiit une joie iiiiérieure qui les retient dans un profond silence ». {Recueil de dissertations, par Granet, cité par M. Marty-Laveaux, t. YI, p. 451.) Après tout, ne vaut-il pas mieux se tromper ainsi, et tromper du même coup le grand poète, que d'attrister sa vieillesse?

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