Génie, V° partie, liv. I, ch. l
En effet, mieux que ce dernier, il fait comprendre la grandeur delà nature jusque-là rapetissée par la mythologie : « Les déserts ont pris, sous notre culte, un caractère plus triste, plus grave, plus sublime; le dôme des forêts s'est exhaussé : les fleuves ont brisé leurs petites urnes, pour ne plus verser que les eaux de Fabîme, du sommet des montagnes; le vrai Dieu en rentrant dans son œuvre a donné son immensité à la nature K »
Outre le sentiment plus juste de la nature, de la réalité, le christianisme fait aussi la part plus belle à l'idéal, c'est-à-dire, d'après Chateaubriand, au besoin que les poètes ont d'embeUir tout ce qu'ils voient : <c Toujours cachant et choisissant^ retranchant ou ajoutant^ ils se trouvèrent peu à peu dans des formes qui n'étaient plus naturelles, mais qui étaient plus parfaites que la nature; les artistes appelèrent ces formes le « beau idéal ». On peut donc définir le beauidéalVBYi de choisir et de cacher-. »
Chateaubriand sent bien la faiblesse et le convenu d'une pareille théorie ; moins on sera obligé de choisir et de cacher, plus l'art se rapprochera de la nature : or, c'est encore le christianisme qui nous fournira des hommes et des époques où Ton n'aura rien à cacher, car rien ne sera honteux, rien à choisir, car tout sera également bon : '<■ La chevalerie seule offre le beau mélano^e de la vérité et de la fiction. D'une part, vous pouvez offrir le tableau des mœurs dans toute sa naïveté : un vieux château, un large foyer, des tournois, des joutes, des chasses, le son du