‹ De la conventions dans la tragédie classique et dans le drame romantiqueChapitre 5 sur 256 · LES THÉORIES · texte numérisé non relu

LES THÉORIES

Dans la tragédie, la convention la plus singulière est ;elle des théories. Le poète tragique n'est pas libre l'intéresser, comme il le veut, son public. Il est obligé le se conformer bon gré mal gré à des lois qu'on croyait dictées par Aristote.

Chapelain est probablement le premier qui ait songé L imposer la règle des vingt-quatre heures ^; c'est 'ncore un coup de son lourd marteau qu'il donne là LU bon sens, et on lui pardonnerait plus volontiers ;on indigeste poème que cette malencontreuse idée.

"1 . Corneille, édition Marly-Laveaux, tome VI, page -449.

La mode s'en mêle, et Ton cause beaucoup de ces règles; mais on ne les discute pas encore par écrit. Dans ses Sentiments sur le Cid, publiés en 1638, l'Académie n'en parle que par allusion ^ Corneille est le premier, au xvn' siècle, qui ait fait la théorie de la tragédie ". Il était donc bien libre de tracer les lois du théâtre d'après les tendances mêmes de son génie; il aurait pu faire sur son œuvre la meilleure critique, la plus féconde, celle d'Aristote : étudier les modèles, c'est-à-dire ses propres tragédies, puis en tirer des principes généraux; sa modestie l'en empêche. Il préfère s'incliner devant des règles vieilhes; il essaye d'assujettir après coup ses pièces aux entraves qu'on prétendait classiques : inutile besogne.

En effet Lessing, chez qui l'esprit de dénigrement contre les Français est la forme naturelle, et bien allemande, du patriotisme, a attaqué durement Corneille sur ses théories : « De Corneille et de Racine, c'est Corneille qui a fait le plus de mal, et qui a exercé sur les poètes tragiques de son pays l'influence la plus pernicieuse. Car Racine ne les a égarés que par ses exemples. Corneille l'a fait par ses exemples et par ses préceptes^». Et là-dessus Lessing reprend une à une les

1. Corneille « de crainte de pécher contre les règles de l'art a mieux aimé pécher contre celles de la nature » .

"2. On peut négliger le fatras indigeste ded'Aubignac : esprit pesant, livre plein d'erreurs.

3. Cornoille ne se doutait guère qu'il serait presque pi'is au mot quand il écrivait : « Je voudrais que quelqu'un se voulût divertir à retoucher le Cid ou les Horaces. » (T. VI, p. 403.) Lessing s'est vanté « de refaire mieux que lui une pièce du grand Corneille » {Dramriturgie, Irad. Suckau, p. iOi^). Nous n'avons pas à nous arrêter à de pareilles gageures. De l'esprit français, Lessing n'a su s'annexer que l'esprit gascon. En parlant ainsi il n'est pas sérieux, et nous prévient charita-

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