Poésies complètes (Charpentier, 1877), p
saire à l'idée, que l'on ne pût pas escamoter ; ensuite, qu'elle fût sonore et riche.
Dans son enthousiasme pour la richesse de la rime, le romantisme affecta d'en mépriser la pauvreté chez les classiques : « Les deux tiers des rimes masculines employées par Racine sont des rimes en er ou en é; toujours ce son creux et sourd revient; chaque fin de vers semble tomber dans un trou \ »
C'est là de l'orgueil de nouvel enrichi.
Actuellement, au contraire, on prétend que la rime riche appauvrit l'idée; que certains mots en appellent forcément d'autres ; que V. Hugo , en particuHer, pour rimer, est presque obligé d'employer le calembour -.
Sans partager l'enthousiasme de Tennint, qui prétend que « la rime riche, loin d'être une entrave, est plutôt une facihté ^ », on peut affirmer que bien rarement la rime a l'air d'être une gêne pour V. Hugo. Deux ou trois mots seulement, chez lui, ont des rimes prévues, commme ces « nuées » toujours suivies de « huées ». En doublant presque, d'un seul coup, le vocabulaire poétique, V. Hugo a facilité les rimes riches '^. Quant aux calembours, s'il y en a, c'est que le poète ne les déteste pas.
En général, la rime riche n'a pas été un obstacle pour les romantiques, parce qu'ils ne l'ont pas acceptée comme une loi absolue. Jamais Dumas, A. de Vigny ou
\. Wilhelm Tennint, Prosodh' de racole romantiqw (18i3), p. HO.
2. Esthétique du vei'S moderne, par M. Guyau. Revue philosophiqur, mars 1884.