Ibid., p
3. (( Vers le même temps, j'avais lu Quentin Durward, et la figure du Mograbin m'avait frappé; j'avais pris en note quelques-unes de ses phrases pleines de poésie orientale. » Dumas, Mcmoires^ t. VUI, p. 19".). Ce serait une élude intéressante (mais qui sortirait de notre sujet), de savoir quelle influence W. Scoit a eue sur la litttérature française.
Débarqua, conduisant des galères aux voiles
Plus nombreuses qu'aux cieux, la nuit, sont les étoiles.
Ils voulaient, disaient-ils, conquérir au Saint Lieu
Le tombeau de Jésus qu'ils nomment fils de Dieu.
Mais Allah seul est grand! A la voix du Prophète
Le désert à son aide appela la tempête :
Le simoun s'élança comme un lion sur eux,
Et les enveloppa de ses ailes de feux...
Tout fut fait; le désert immense, infranchissable
Couvrit leurs ossements de son linceul de sable.
Le chef nazaréen y périt sans renom.
Et l'écho de Tunis ne m'a pas dit son nom M
Tous les drames romantiques, malheureusement, ne sont pas en vers, et la prose convient peu à l'exaltation de leurs personnages, au lyrisme de leurs idées, ou de leurs images. Nous admettons volontiers qu'un héros du moyen âge, s'exprimant en vers, pense et parle en poète; nous consentons même à ce qu'un simple contemporain, un bourgeois comme nous, soit lyrique par instants, s'il parle par hexamètres. La convention du vers une fois admise, le spectateur ne peut pas trouver invraisemblable une idée, une image poétique, puisque la forme l'est déjà; on n'a pas le droit de réclamer, comme plus naturel, le prosaïsme, chez un personnage qui débite des alexandrins.
Mais, si le héros romantique parle en prose, s'il n'est plus séparé de nous par la convention du vers,
1. Charles Vil, a. 111, se. m. — Cette étude doit sembler incomplète; mais il ne m'a point paru nécessaire de redire ce qu'avaient écrit Wilhelm Tennint, Prosodie de l'école romantique (1843); Th. Gautier, Art dramatique m France, t. UI, p. b9-61 ; M. Renouvier, Critique philosophique, 3« année, t. I, p. 193 sqq., 2U8 sqq., 337 sqq.; t. II, p. 49 sqq. ; M. Jean Aicard, préface de Miette et Noré; M. Th. de Banville, Petit traité de poésie française; M. Becq de Fouquiéres, Traité général de versification française; M. Guyau, VEsthétique du vers moderne, Mevue philosophique, mars 1884.
nous pouvons exiger de lui la simplicité d'une conversation réelle. Sans être forcément prosaïque, il n'a plus le droit d'être lyrique ; pour reprendre les mots mêmes d'A. de Vig-ny, le chant lui est interdit : il ne peut pas s'élever au-dessus du récitatif.
Comme le dit A. Dumas, faisant plaider, dans Antony, sa cause par un poète, « la ressemblance entre le héros et le parterre sera trop grande, l'analogie trop, intime; le spectateur qui suivra chez l'acteur le développement de la passion voudra l'arrêter là où elle se serait arrêtée chez lui; si elle dépasse sa faculté de sentir ou d'exprimer, à lui, il ne la comprendra plus, il dira : c'est faux *. » Bien entendu, A. Dumas proteste contre cette condamnation au nom « de ces quelques hommes qui, plus heureusement ou plus malheureusement organisés que les autres, sentent que les passions sont les mêmes au xv' qu'au xix*" siècle, et que le cœur bat d'un sang aussi chaud sous un frac de drap que sous un corselet d'acier ». Mais un drame n'est pas écrit pour quelques êtres surhumains : au théâtre, la majorité fait loi. Un héros en frac, parlant en prose, ne peut exprimer que les sentiments ordinaires, rien ne le séparant plus de nous.
Cette distinction entre les pièces en prose et les pièces en vers, si indispensable pourtant, ne fut pas admise par les trois grands romantiques. De là cette forme souvent bizarre, ce style spécial, qui, plus que le fond peut-être, a vieilli si vite dans leurs drames.
Une visite vient-elle troubler Antony causant avec