‹ De La Correspondance Postale et Télégraphique Dans Les Relations InternationalesChapitre 15 sur 78 · SE AIT · texte numérisé non relu

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pondances étaient internationales par la force des choses. Quant au seul service quelque peu organisé, il était service officiel, instrument de règne, par suite et par définition même, exclusivement réservé à l'État et restreint

entre ses frontières.

Vinrent les invasions des barbares et la disparition de l'empire romain; avec lui disparurent toutes les notions traditionnelles sur la nature, les droits et les fonctions de l'État. L'État nouveau, quand le moyen âge commença à s'organiser, fut un État où tout était hiérarchisé si bien que, par une gradation savante, on pouvait remonter, à travers toute la série des intermédiaires, du dernier des barons jusqu'à l’empereur. Tel quel, ce système aurait abouti à un État unique, comme l'avait été l'État romain, avec cette différence qu’en fait plus on aurait monté, plus restreinte aurait été la part de souveraineté. Mais la chaîne se brisa très rapidement, et certains intermédiaires déclarèrent de très bonne heure ne relever de per-

sonne si ce n’est de Dieu {1}.

Ainsi, au lieu d'aboutir à un système logiquement unitaire, on arriva à un système de plusieurs États indépendants. Avant d'en arriver là, il y eut une période troublée, chaotique, où, la souveraineté étant fractionnée à l'infini et n'apparaissant plus distinctement nulle part, les particuliers s’habituèrent à vivre dans un état d’anarchie légale. Des relations se formèrent entre habitants de divers pays, elles subsistèrent lorsque les unités nationales commencèrent à se constituer. Ces relations eurent trois

objets principaux : la religion, la science, le commerce.

(1) Cf. M. Pillet, Cours sur la philosophie du droit de la guerre (au collège libre des sciences sociales), 1898-99.

Fire C'est dire que pour ces trois objets il y eut aussi des correspondances internationales.

Les communications par transport de correspondances, occasionnées par des motifs religieux, eurent sans aucun doute une grande importance au moyen âge; elles eurent incontestablementaussiun caractèreinternational. L'église catholique est, par définition même en effet, une institution internationale.

Il n'y a qu'à songer au grand rôle de la papauté aux douzième, treizième siècles, pour se convaincre que des relations de correspondances se sont établies entre Rome et les principaux souverains. Il est impossible de parcourir l’histoire des rois de France ou d'Angleterre, ou des empereurs d'Allemagne, à ces époques, sans rencontrer des recours presque continuels de leur partau Saint-Siège. Le pape intervient pour régler les différends des évêques avec les couvents, il envoie des bulles et des brefs. Il ne semble pas cependant qu'il y ait eu là un véritable service organisé.

Nous venons de nommer les couvents ; certains ordres très florissants avaient des maisons répandues un peu dans toute l'Europe, il devait être nécessaire de les faire communiquer entre elles. M. Belloc (1), dans son histoire des postes françaises, dit que l'abbaye de Citeaux avait des messagers à cheval qui allaient, les uns jusqu'en Espagne, les autres jusqu'aux frontières de Hongrie et de

Pologne. L'ordre de Cluny aurait été de même en commu-

(1) Belloc, Les postes françaises, p. 6.

nication avec ses différentes succursales, disséminées dans toute l'Europe. C’est fort vraisemblable, étant donné que ces ordres se constituèrent comme des ordres centralisateurs. Il ne semble pas d’ailleurs que ces messagers

aient transmis des correspondances privées, du moins en France.

En Allemagne orientale, on rencontre un véritable service postal organisé par les chevaliers de l’ordre teutonique. Cet ordre institué d'abord dans un but charitable, pour venir en aide aux pèlerins allemands à Jérusalem, s'était vite transformé en ordre militaire. Il s'était mis sous la protection de la Vierge Marie et avait participé à la défense des lieux saints. Après la prise de Jérusalem par Saladin, le grand maître, Hermann de Salza, passa en Europe et vint s'établir à Venise. À la même époque, Frédéric IT Barberousse appela les chevaliers en Allemagne pour combattre les infidèles de la Prusse. Le grand maitre resta à Venise, mais on créa un grand maître allemand pour diriger les expéditions en Prusse. L'ordre se répandit très vite en Allemagne ; il s'établit solidement en Prusse et en Lithuanie. En 1276, le grand maître allemand établit sa résidence à Marienbourg, le pays ayant été concédé en propriété à l’ordre teutonique par l’empereur et les papes Honorius III et Grégoire IX (1).

Il était de toute nécessité de maintenir des relations avec Rome, avec le grand maitre à Venise, puis entre les différentes maisons disséminées en Prusse etaussiavec les forteresses qu'on avait dû établir dans ce pays à peine

soumis. Les chevaliers teutoniques organisèrent pour cela

(1) Mathias, op. cit., p. 149. ets.; Lavisse et Rambaud, Histoire générale, t. 11, p. 320 et s., 778 ets.

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un véritable service postal. Chaque couvent eut son grand écuyer (Wything), directeur de la poste, chargé de la direction du service et de la surveillance des courriers; des courriers portant les paquets de lettres à la maison de l'ordre la plus voisine, et les en rapportant. On trouvait dans chaque maison une pièce spéciale où se faisaient le tri et l'expédition des correspondances, et un registre sur lequel on inscrivait les lettres envoyées ainsi que le lieu de leur destination. Les courriers portaient les lettres à la maison de l'ordre la plus voisine, les y remettaient à de nouveaux courriers qui agissaient de même et ainsi de suite jusqu'à destination (1).

Il y avait là un mode trèsrudimentaire,mais c'était, malgré tout, un embryon de service international organisé. Au surplus, il ne faudrait pas pousser l'assimilation trop loin avec ce que nous appelons de ce nom aujourd’hui. Il semble bien, en effet, que ce mode de transportétait à peu près exclusivement réservé aux correspondances expédiées

par les chevaliers ou à celles à eux destinées.

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