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Le second objet des relations au moyen âge. la science, suscita une véritable correspondance internationale ; cela grâce aux universités. Celles-ci furent en effet, aux douzième, treizième et quatorzième siècles, des centres d'activité intellectuelle de tous les pays d'Europe. Il suffit de rappeler le nom des universités célèbres de Paris, d'Orléans, de Toulouse, de Bologne, de Padoue, de Salamanque. À la
différence de ce qui se passe de nos jours en France, cha-
(1) Mathias, op. cit., p. 149 et s.; Loeper, La poste dans la liltérature universelle (Union postale, 1884, p. 29).
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cune d'elles s'était spécialisée, cantonnée dans une science où elle excellait, et que de toutes parts on venait étudier chez elle. « C’est une coutume chez les étudiants, — dit un vieil auteur monastique, quelque peu chagrin, — de parcourir le monde entier pour y récolter l’insanité par de longues études: les clercs vont chercher les arts libéraux à Paris, les auteurs à Orléans, les codes à Bologne, les poisons à Salerne, les sortilèges à Tolède et les mœurs nulle part ({).»
» À une époque, dit Crevier, où les universités ne s'étaient point multipliées, où par conséquent les secours de la doctrine étaient plus rares, on accourait de toutes parts aux lieux où la sagesse se communiquait, en sorte que le plus grand nombre des maîtres et des élèves étaient des étrangers (2). »
De toutes les universités, la plus célèbre et la plus flo-
rissante était celle de Paris ; elle avait un nombre consi-
.… dérable de collèges fréquentés par des étudiants venus
ile tous les points de l’Europe, elle comprenait les maîtres les plus illustres de la chrétienté. Il est facile de concevoir que ces maitres et ces élèves avaient besoin de communiquer avec leurs familles. De là l'institution par l’université de Paris d'un service de messagers.
On distinguait les grands et les petits messagers. Les premiers étaient des bourgeois de Paris qui servaientaux étudiants étrangers de correspondants et même de cautions, les logeant et leur fournissant de l'argent en cas de besoin. C'était bien là une institution très originale ; nous
n'y insistons pas, elle est en dehors de notre sujet.
(1) Cité dans la Revue des questions historiques, t. Lxiv, p. 385, note.
(2) Crevier, Histoire de l’université de Paris, t. 1, p. 250.
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Il y avait, en second lieu, les petits messagers, « missi volantes ou pedestri, » destinés à porter les correspondances et les paquets des étudiants à leurs familles et inversement. On sait que les étudiants étaient divisés en nations, d’après leur origine; chaque nation avait son messager qui était un de ses officiers. Voilà bien un service international. Sans doute, il ne fut jamais officiellement ouvert au publie, mais par abus les missivolantes se chargeaient, le plus souvent, du transport des correspondances privées (1).
Les messagers de l’université de Paris reçurent à diverses reprises, des rois de France, d'importants privilèges. Nous trouvons en 1290 des lettres de sauvegarde du 27 février accordées par le roi Philippe le Bel aux maîtres, écoliers et messagers des universités de Paris et d'Orléans. Le roi de France était alors en guerre avec Guy ou Guido, comte de Flandre, et pour que les étudiants n'eussent pas à souffrir de cet état de choses, il accordait aux messagers desdites universités la permission de passer, comme de coutume, pour apporter aux étudiants les choses dont ils auraient besoin tant à Paris qu'à Orléans; il l’accordait aux maitres et écoliers « unde traxerint originem. » Ceci montre bien la portée internationale de ce service (2).
Les privilèges des messagers de l’université de Paris furent d’ailleurs confirmés par les successeurs de Philippe le Bel, et très souvent augmentés. Citons seulement des lettres patentes de Louis X de juillet 1315 et une ordon-
(1) Loeper, Précis historique sur les messagers universitaires (Union postale, 1884, p. 173 et s.).
(2) Code voiturin, t.1, p. 5.
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nance de Charles VI du 11 janvier 1383. Cette dernière autorisait l’université de Paris à avoir « pour chascun diocèse du royaume un messager et, pareillement, ung es diocèses, hors notre royaume, dont aura escoliers et estudians en ladite université. » L'université d'Orléans avait, elle aussi, un service de messagers internationaux {{}.
Il y a de même une disposition de l'authentique habita de Frédéric [°' Barberousse, empereur d'Allemagne, datant de 1156 (2). D'après certains auteurs, cette bulle auraitété accordée surtout en faveur de l’université de Bologne, pour éviter qu'elle ne souffrit des privilèges accordés à l’université de Paris. Elle était toutefois conçue en termes généraux.« Qui n'aurait compassion, dit le préambule, de ces précieux exilés, que le désir des belles connaissances engage à se bannir de leur patrie et à se faire pauvres, de riches qu’ils étaient ! » Aussi l'édit ordonne que ceux qui quittent leur pays pour cause d'études puissent, eux etleurs messagers, faire le voyage en toute sûreté et habiter sans crainte et à l'abri de toute injure dans la ville où ils étudient.
Voici enfin les statuts de l’université de Padoue revisés et édités en 1562 (3) : « Item statuimus, occasione aliquarum represaliarum concessatu contra aliquam civitatem, castrum, vel provinciam quacung; ratione vel causa non
(1) J.E. Bimbenet, Histoire de l'université des lois d'Orléans, p. 15 et s. — Le messager de l'université d'Orléans près le Saint-Siège est mentionné dans une requête adressée par l'université d'Orléans à Clément VI, du 29 juillet 1342. (M. Fournier, Les universilés françaises, t. 1171, p.450).
(2) Crevier, op. cit., t. 1, p. 260; du Boulay, Historia universilatlis parisiensis, t. 11, p. 278.
(3) De consuetudinibus et immunitatibus almæ universitatis juventorum gymnasii palavini, p. 35.
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possint scholares, vel corum nuntii, seu familiares aul ipsorum res capi, detineri, inquisitari, vel molestari, seu aggravari per totum territorium dominationis, sed cuicung; scholari, aut ejus nunlii cum ipsorum personis, el rebus sit liber aditus eundi et redeundi ad civitatem Paduæ, et districtum sicuti ejus civibus nonobstantibus represaliis supradictis (1). » L'importance du service des messagers universitaires ne dura pas longtemps, du moins en France. À partir de l’édit de Louis XI de 1464, il y eut en effet une lutte souvent très vive entre les messagers universitaires et les nouvelles postes royales. Ces postes étaient autorisées à transporter les lettres et paquets des ” particuliers; or depuis longtemps, les messagers de l’université s'étaient chargés en fait de ce service. La lutte se termina à l'avantage des postes royales. Dès 1506 les messagers royaux ont le transport exclusif des sacs de procédure. En 1576, la poste royale est mise expressément à la disposition des particuliers. Enfin, l'ordonnance de janvier 1629 borna formellement le privilège des messagers universitaires aux correspondances des seuls écoliers (2).
En somme, cette première ébauche de service international n'aboutit pas. Cela tient à bien des causes. D'abord le service des messagers universitaires avaitété, dès l'origine, conçu comme ne devantservir qu'aux seuls écoliers. Il s’ensuivait qu'il devait forcément être ramené à ce seul rôle, du jour où l'État prenait en mains la direction du service des postes, Puis les universités, se spécialisant beaucoup
moins exclusivement dans une branche d'enseignement, et
(1) Les universités allemandes eurent elles aussi leurs messagers, ainsi que les universités anglaises de Cambridge et d'Oxford. Loeper, Précis sur les messagers universitaires (Union postale, 1884, p. 218 et s.).
(2) Art. 43 à 52. Isambert, Anciennes lois, xvi, p. 293.
leur nombre augmentant dans d'assez fortes proportions, perdirent, par suite, le caractère international qu’elles avaient eu à l’origine. On dit toujours dans les arrêts que l’université de Paris est fréquentée par les étudiants et des maitres venant de tous côtés. En réalité, les universités devinrent des institutions nationales. Par suite leur service de messagers perdit à peu près toute importance au point de vue international. On n’en parla même plus dans les édits ou arrêts du parlement {{).
Comme la religion et la science, le commerce est, lui aussi, un objet de relations internationales, par suite un motif de correspondances. Aussi, dans bien des endroits, trouve-t-on que ce furent des confréries de commerçants qui organisèrent les premières postes. Au quatorzième siècle, en Espagne dans certaines villes, des confréries se chargeaient du transport des lettres des marchands. A Barcelone, cette confrérie, fondée dès le treizième siècle, sous le patronage de Notre-Dame de la Guia, étendait en 1436 son service jusqu'à Gênes. D'ailleurs, ces services furent bientôt rachetés par les villes dès qu’ils devinrent lucratifs (2).
Il en fut de même en Belgique. La liberté de se transporter où ils voudraient, de vendre ce qui leur appartenait, fut une des premières franchises accordées aux bourgeois des communes. Il s’ensuivit un développement inoui du commerce. De tous les pays d'Europe on venait en Flandre ; aussi il s’organisa très rapidement des services de
(1) Cf. par exemple une note du Code voilurin, t. 1, p. 49. (2) Histoire des postes d'Espagne (Union postale, 1882, p. 65 et s.),