PAGES
courriers, à destination de tous les points de l'Europe. Les courriers appartenaient aux ghildes, aux hanses, aux corporations de métiers. C’étaient là d’ailleurs avant tout des postes commerciales, et, si elles consentaient quelquefois à se charger des correspondances privées, c'était par pure complaisance (1).
La Flandre était en continuels rapports avec l'Angleterre ; aussiles Flamands établis à Londres avaient-ils organisé un service de postes pour le continent. Cela donna lieu à des difficultés entre 1514 et 1558. Les Flamands prétendaient avoir un maître de poste nommé par eux; ils rencontrèrent une vive opposition; finalement, ils durent céder, mais il y a là un indice de la façon dont on concevait alors les relations postales, chacun agissant pour son utilité sans s'entendre avec son voisin. On comprenait la nécessité des correspondances internationales, mais on n'apercevait pas encore le grand avantage des accords internationaux en la matière.
En Suisse, on trouve également des postes commerciales organisées en service international. Il faut songer en effet que la Suisse était, pour ainsi dire, le centre du commerce européen, par sa situation au croisement des trois grandes routes commerciales de Bâle à Venise, de Bâle à Genève et Lyon, et de Bâle à Rome. Les postes de Saint- Gall qui s’établirent assez tard, vers 1570, naquirent d'une entente entre les marchands pour l'exploitation des services de transport des correspondances. Leurs courriers allaient à Lyon et à Nuremberg et par là se trouvaient en relations continuelles avec tous les pays d'Europe. Les
(1) Wauters, Les postes belges avant la Révolulion française (Union postale, 1882, p. 137 et s.).
ET ee
autres cantons s'étaient d'abord servis de ces messagers, puis ils en eurent de particuliers; mais partout ou presque partout, ce furent des commerçants qui eurent la haute surveillance sur les postes ainsi établies (1). En Suisse, le premier service postal régulier s’organisa donc comme service aussi bien pour l'étranger que pour l'intérieur, parce qu’il était créé pour satisfaire aux besoins du commerce.
Là où un véritable service international ayant le commerce pour objet et pour motif paraît s'être organisé, c'est dans l'Allemagne du Nord, avec les messagers de la ligue hanséatique.
La ligue hanséatique était une union des villes de l'AIlemagne du Nord, principalement villes maritimes, qui se forma au commencement du treizième siècle. Cette union d'abord formée, semble-t-il, dans un but défensif devint bientôtune puissante association commerciale, la plus puissante association commerciale qu'on ait jamais vue, car elle eut une flotte de guerre, passa des traités, fit des guerres et détrôna des rois (2). Les villes ainsi unies ne s’absorbaient pas en un unique État, elles conservaient leur indépendance ; c'était par des traités, en effet, que s’entretenait la ligue. Les hanséates avaient des comptoirs en Norwège, en Russie, en Finlande, en France. On conçoit que ces villes aient dû avoir besoin d'entretenir entre elles et avec leurs comptoirs des rapports presque continuels. C’est à ce besoin que donna satisfaction l'institution des
messagers de la hanse (3).
(1) Commencement des postes en Suisse (Union postale, 1883, p. 123 et
mn
me (2) M. Pillet à son cours, 1898-99, (3) Mathias, op. cil., p. 91 ets.