‹ De La Correspondance Postale et Télégraphique Dans Les Relations InternationalesChapitre 18 sur 78 · LETTRES · texte numérisé non relu

LETTRES

Aux environs de 1400, c'est-à-dire au moment où la hanse commence à prendre une grande importance, on trouve un véritable service organisé. A l'est, Hambourg était relié à Lubeck, Rostock, Stettin, Dantzig, Koœnigsberg et par là à la Russie. A l'ouest il y avait un service par Bréme, entre Hambourg et Amsterdam. Au sud, il y avaitun service entre Hambourg et Nuremberg et de là vers Vienpe, le sud et Leipzig. Cologne, point intermédiaire entre Amsterdam, la Suisse et l'Allemagne du Sud, était relié à la Hollande, à Aix, à Augsbourg, à Nuremberg, de sorte que ce service avait trois nœuds: Hambourg, Nuremberg et Cologne. « Le courrier de Hambourg portait les lettres au delà de Lubeck, Wismar et Rostock jusqu'à Stettin, où le courrier venant de Dantzig lui transmettait les lettres venant de Prusse, Courlande, Russie, que lui-même avait prises à Dantzig du courrier de Kœnigsberg. Ce dernier les tenait lui-même du courrier de Riga {1}. » Tous ces courriers échangeaient leurs lettres et paquets et s’en retournaient à leur point de départ (2). Il en était de même à l’ouest, si bien que de Riga à Amsterdam il y avait un service assuré et périodique. Le service s'étendait même en dehors de la ligne, sur les États des dues de Mecklembourg et de Poméranie. D'après Hartmann, ces messagers desservaient les routes avec tant de régularité qu'on savait partout d'avance le jour et l'heure de leur arrivée et que les correspondances latérales se réglaient sur cet horaire (3).

(1) Mathias, loc. cit.

(2) On peut remarquer d’analogie avec le service des messagers de l'ordre teutonique.

(3) Loeper, La poste dans la lilléralure universelle (Union postale, 1884, p. 27-29).

AT

Si l’on ajoute à ceci que les courriers de la hanse transportaient les correspondances privées, on restera convaincu qu'il y avait bien là un service international, et méme quelque chose d'analogue à ce qui se passe dans l'union postale. Comme dans l'union postale il y avait à la fois unité de service et souveraineté absolue des États participants, puisque les villes liguées restaient chacune complètement indépendantes. Il y a done là vraiment un antécédent le plus éloigné de notre union postale, né comme elle de la nécessité de communiquer pour satisfaire aux besoins du commerce.

Au surplus, le service ne subsista pas; il avait été organisé à l'origine par les corporations : les villes y virent une source de profits et tendirent à le monopoliser. Puis la hanse déclina, elle ne sut jamais lier suffisamment ses intérêts commerciaux à ceux du centre et du sud de l’AIlemagne. Quand les États du sud entrèrent en rapport avec elle, ce fut au seizième siècle. Ils établirent chacun un bureau postal dans les villes maritimes. Le service si unifié se brisa donc très rapidement, il suivit en somme le sort de la prospérité commerciale des hanséates ; il en était la conséquence, il devait, comme cela arriva, disparaître avec elle.

Il n’en subsiste pas moins que le service postal des villes hanséatiques, plutôt entreprise privée que vrai service officiel, a été le premier service international organisé que

l’on rencontre, qui ait été mis à la disposition de tous (1).

(1) Ceci n’est pas admis par tout le monde. Certains auteurs prétendent que les relations postales de la hanse étaient aussi rudimentaires que possible. On trouverait bien de ci de là des services organisés allant des villes maritimes aux villes voisines ou même plus loin, notamment entre Hambourg et la Hollande. Mais il n’y aurait

RoLLanD, 4

LPEU ES

Avec les postes des Taxis, nous allons arriver maintenant à un premier essai de service public international. Ces postes se sont établies en Espagne et en Allemagne dans la première moitié du seizième siècle. De là elles ont rayonné dans toute l'Europe, leur établissement correspond au plus haut degré de puissance de la maison de Habsbourg.

On sait par quelle suite de mariages habiles et d’heureux héritages se constitua l'immense empire des Habsbourg. Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, avait laissé à sa fille Marie le duché et le comté de Bourgogne, la Flandre, le Hainaut, le Brabant, l’Artois, presque toute la Belgique et la Hollande actuelles. Louis XI réunit au domaine de la couronne de France le duché de Bourgogne. Tout le reste fut apporté en dot par Marie de Bourgogne à Maximilien [°" de Habsbourg qui devint empereur en 1493. Philippe le Beau, leur fils, épousa Jeanne, fille de Ferdi-

pas eu de service vraiment organisé. Le besoin, dit-on, ne s’en faisait pas sentir, le commerce ne se faisait point alors comme de nos jours, les commerçants traitaient de vive voix, ils accompagnaient leurs marchandises. Les ventes et les achats se faisaient dans les foires. Au reste l'activité commerciale était alors beaucoup moindre que de nos jours. (Sartorius, Geschichte des hansealiches bundes, t., p. 680 ; Gallois, Der hansabund, p. 201; Worms, Histoire de la ligue hanséalique, p. 259; Roux de Rochelle, Univers pittoresque. Europe, t. xxxv. Villes hanséaliques, p.256). L'explication donnée est certainement insuffisante, surtout si l’on remarque qu’au moyen âge il n'est pas de corps tant soit peu important (universités, corporations) qui n'ait eu ses messagers. L'opinion de Mathias nous a semblé préférable; elle paraît remonter aux sources, elle émane d'un spécialiste. Pour les autres auteurs, la question a dù leur paraître assez insignifiante; d’ailleurs ils la traitent sensiblement dans les mêmes termes.

Page 1