‹ De La Correspondance Postale et Télégraphique Dans Les Relations InternationalesChapitre 8 sur 78 · SITES · texte numérisé non relu

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un moyen de lutter contre l'isolement social. La poste et le télégraphe sont les éléments les plus actifs de la sociabilité internationale (1). Grâce à eux, dans l'intérieur de chaque Etat, les relations de tout ordre se continuent entre individus séparés par de longues distances, On a ainsi triomphé de la conception primitive de la vie sociale qui consistait à ne pouvoir admettre de rapports qu'entre êtres réellement et matériellement présents. La vie sociale s'est transformée. De matériel et de local qu'il était avant, le lien entre individus est devenu moral ou intellectuel. Ceci s’est encore accentué lorsque les relations se sont établies entre individus de différents pays. La vie sociale a achevé sa transformation, elle est devenue internationale. L'institution des services de transport de correspondances est donc un des grands facteurs du rapprochement des peuples. Il faut dire plus, c'en est un facteur essentiel. À supposer que ces services n'existent pas, l'élément matériel et terrestre reprendrait le dessus. A la place de l'extension et du développement de ces rapports entre individus, on assisterait à une sorte de contraction de leur part et de repliement des nations sur elles-mêmes.

C’est là en somme le rôle essentiel des services de transport de correspondances. Ils doivent par suite avoir un certain nombre de caractères leur permettant de le remplir. Mais, d'autre part, il faut, nous le savons, sauvegarder la libre initiative de l'individu eten tant qu'homme et en tant que membre d'un Etat. On doit, en établissant quels sont lescaractères d'unservicedetransportdecorrespondances, tenir compte de cette nécessité. Tout cela une fois connu

(1) Cf. La poste dans la vie sociale (Union postale, 1888, p. 161).

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nous permettra plus tard d'étudier, de connaître et d'apprécier plus à fond la valeur de cette institution [1).

Tout service de transport de correspondances est un moyen pour les hommes d'entrer en relations les uns avec les autres. Les caractères qu'il doit avoir doivent donc résulter de la nature de ces relations.

Il n'y à point et il. ne peut point y avoir, nous l'avons déjà dit, de frontières pour les relations entre individus. Ceci déjà très vrai, s'agissant des relations d'ordre économique ou commercial, Festencore davantage quandil s’agit de celles d'ordre moral et intellectuel. Une limitation serait d'ailleurs sans raison. Encore une fois, si on conçoit que lés hommes soient groupés en Etats distincts, parce que chacun de ces groupements correspond à un ensemble de traditions et d’aspirations communes, il ne faut pas en con: clure que, pour tout ce qui ne concerne pas celles-ci, chaque homme ne soit pas réellement citoyen du monde. Universalité quant aux individus, universalité quant à l’espace : c'est là le premier caractère des relations entre individus. Tout service de transport de correspondances doit avoir ce même caractère.

A celui-ci s’en ajoute de suite un autre qui n’a pas moins d'importance, c'est celui de la permanence. Qui entend parler de relations entre individus, entend parler non pas de rapports accidentels, mais encore de rapports constants se succédant sans interruption. Cela est dans la force des choses. Du jour où deux individus entrent en relations l’un avec l’autre dans un but quelconque, ils sont portés à ce

(1) On trouvera dans de Mohl, Die polizei wissenchafft, t. 11, p. 465 et s., une énumération des qualités que doit avoir tout bon service postal interne, Ces qualités seraient : la rapidité, la sûreté, le bon marché,

la commodité, la régularité.

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que leurs rapports deviennent de plus en plus fréquents. Cette fréquence même engendre de nouvelles relations. Ce caractère de permanence est donc encore un des caractères que doit avoir le service des correspondances.

‘Il y en a encore d'autres qui, pour être accessoires, n'en sont pas moins importants. Plus elles sont nombreuses et constantes, plus les relations entre individus se font rapides. Cette rapidité même suscite de nouvelles relations qui, par suite de leur nombre, exigeront encore plus de célérité que les précédentes. Ce n'est pas tout. À mesure qu'elles se multiplient et même pour pouvoir se multiplier davantage, les relations ont besoin de régularité, de sécurité et enfin de bon marché. Il y a là une condition essentielle de leur développement.

Universalité, permanence, rapidité, régularité, sécurité, bon marché : voilà donc des caractères que doit avoir un service de transport des correspondances s’il veut avoir quelque effet. Par une sorte de choc en retour au surplus, plus ce service aura de qualités, plus les relations se multiplieront et plus à leur tour elles exigeront de perfection dansles services Il y a làune sorte d’engrenage danslequel, une fois entré, on ne peut que pousser plus avant dans la voie du progrès. C’est là au surplus toute l'explication du développement social. Loi bienfaisante que celle-là ; dans cette marche ascendante vers le mieux, l'homme est poussé par les efforts et les résultats atteints par ses devanciers, et lui-même pousse à son tour ceux qui sont devant lui.

Il n'y a point en outre d'arrêt possible, car, à supposer que l'humanité s'arrête tout entière un seul instant, tout pourrait bien demeurer perpétuellement arrèté, et dans

la civilisation tout arrêt est synonyme de recul. Dans ce

mécanisme merveilleux les services de transport des correspondances jouent un rôle essentiel, ils sont un ressort qui active sans cesse le mouvement. Au surplus, comme le mécanisme est tellement parfait que son activité peut s’étendre sans limite, il n’est jamais à craindre qu'il se brise par excès de rapidité.

Dans ces relations internationales, il faut, et c'est absolument indispensable, tenir compte pour les respecter du développement de la vie et de l'initiative individuelles, du développement de la vie et de l'initiative nationales.

D'abord tout individu est le maître de sa personne et de son activité, quelque forme qu'elle prenne. C’est dire qu'il est libre, qu'il doit pouvoir exprimer librement sa pensée, agir comme il l'entend, sauf à respecter la liberté de pensée et d'action des autres. Il en est ainsi dans toutes les relations entre individus. Quel que soit donc l'objet vers lequel l'homme veuille tourner son activité, à condition que cet objet soit licite, il peut s'y appliquer. S'iln’en était pas ainsi, que deviendrait son libre exercice ? En outre, il a le droit au respect de sa pensée et de son activité, par suite au respect de leur expression. De la liberté et de l'inviolabilité de la pensée et de l'activité de tout individu résultent l'inviolabilité et la liberté des relations entre individus. C’est une considération qui doit intervenir dans la réglementation de tout service de transport des correspondances.

Il faut aussi tenir compte de la vie et de l'initiative nationales. Chaque nation a sa vie propre ; cette vie propre résulte précisément de l’ensemble de traditions et d'aspirations qui la distinguent des autres. À supposer qu'il n'y ait plus qu'un Etat, ilarriverait quelque chose d’analogue

à une société où tous les individus se ressembleraient, ce.

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qui serait bien l’état social le plus ennuyeux et très probablement l'un des moins féconds en résultats qu'il soit possible de rêver. Dans ses relations internationales, chaque Etat aura donc à cœur de sauvegarder son existence. Pour cela, il usera de son droit de commander sur son territoire, de son droit de souveraineté. Pour cela encore, il usera d’un droit de contrôle incessant, suspendant, modifiant ou interrompant certaines relations. La pensée et l’activité des individus n'échappent pas à ce contrôle. Agissant ainsi, l'Etat agit pour son bien propre, mais en même temps et par suite il agit dans l'intérêt de ceux qui le composent, car ceux-ci ont intérêt à ce qu'il existe et à ce qu'il fonctionne le mieux possible.

S il veut tenir compte et des droits de chaque individu et des droits de chaque Etat, tout service de transport de correspondances, à côté des caractères que nous lui avons trouvés tout à l'heure, doit donc être libreet inviolable, ceci pour les individus ; il doit de plus être placé sous le contrôle de l'Etat. Ces deux idées-là sont en quelque manière opposées l'une à l’autre: il y a ici une sorte de compromis à établir entre les droits de l'individu et ceux de l'Etat, et par là nous revenons à notre première idée, l’état social normal est un état d'équilibre. Cet état d'équilibre entre les droits de l'individu et ceux de l'État, on doit le retrouver quand il s'agit du transport des correspondances.

Un dernier caractère résulte de tous les précédents. S'il

veut être plus efficace encore, s’il veut répondre à l’activité des relations qu'il a contribué à créer, le service du transport des correspondances doit autant que possible être régi par des règles uniformes. C’est là un caractère

que nous avons réservé pour la fin, car cette uniformité

ne peut être absolue, toujours à raison des deux tendances dont il faut tenir compte. Sans aucun doute, il est utile que les règles qui régissent le service soient partout les mêmes ; il est utile, il est même nécessaire qu’il y ait le moins possible de complications, de façon à ce que les relations étant uniformes soient plus simples, partant plus commodes, plus rapides et à meilleur marché. Mais cette uniformité ne peut être absolue, parce qu'il y a à tenir compte des différences entre nations. Les individus des divers pays ne sont pas tous parvenus au même degré de civilisation ou de développement. Ils ont au surplus chacun une originalité, un caractère spécial : à cela correspondront desidées spéciales sur Ia correspondance comme sur le reste. De ces idées-là il faut tenir compte quand on parle d’uniformité. L'uniformité ne peut être qu incomplète, il faut toujours tenir compte des deux tendances à

l'isolement et à la coopération.

L'état social du monde doit être un état social harmonique. Qui parle d'harmonie parle d'un ensemble où tous les sons se complètentet se fondentles uns dans les autres, chacun gardant son intensité propre, tout en s’alliant aux autres. L'état social est quelque chose d'assez semblable à cela Les deux tendances directrices doivent se fondre l'une dans l’autre, chacune gardant cependant son importance. Le service des correspondances qui est un des moyens de développer l’une ne doit pas cesser de tenir compte de l'autre. Et voilà pourquoi il doit avoir tous les caractères que nous venons de dire.

Commentil acquiert ces caractères et dans quelle mesure chacun d'eux doit se développer, voilà en deux mots le plan d'un travail sur la correspondance dans les relations

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