Les Enfants assistés de France, t. I, ch. xm
2. [Les rapports forment la plus grosse partie des deux volumes que je viens de citer. Ils avaient tous été demandés en vue de réfuter l'article paru dans le journal V Éclair sous la signature Ledrain.
peut permettre qu'on y touche, et on n'y touche pas.
« De loin en loin, le préfet aussi dit son mot, non pas, bien entendu, pour défendre une solution mauvaise dans un cas particulier, mais en termes généraux : ménagez un tel, ne me faites pas d'affaire avec un tel, ni avec un tel... L'inspecteur n'est pas un héros. Il lui est permis de n'avoir pas la vocation du martyre. Il cède, il transige, et c'est la moralité, la santé, la vie des pupilles qui font les frais de sa complaisance. Il faut s'estimer heureux quand les maires, conservant, dans leur pusillanimité, un reste de conscience, ont recours à un subterfuge pour désigner à l'inspecteur ceux des certificats signés qui ne méritent aucune confiance. »
Ainsi, héroïsme et goût du martyre rais à part, l'inspecteur départemental serait le grand redresseur, celui qu'on trompe malheureusement comme le roi était trompé par ses ministres; mais enfin c'est, dit-on, l'homme qni seul empêche les scandales quand le pouvoir qu'on lui laisse n'a pas été trop limité.
Voici cependant ce qui arrivait dans le cours de l'année 1900. Le fait est triste ; mais les circonstances, sans l'être moins, sont particulièrement instructives, car elles ont une portée beaucoup plus grande que celle d'un acte individuel. L'acte peut passer pour exceptionnel, concédons-le; les circonstances dont on va le voir entouré le sont infiniment moins.
A la fin de juillet 1900 mourait « subitement »,
à Clermont-Ferrand, un homme dont le nom a été donné en toutes lettres par des journaux de la province, M. Rollet, inspecteur de l'Assistance publique du département du Puy-de-Dôme. Ses obsèques furent purement civiles. M. Pochon, l'illustre député de l'Ain l, l'initiateur, avec M. Cocula, de toutes les mesures législatives qui ont fondu sur la France, était venu de l'Ain pour tenir un des cordons du char funèbre. Les loges maçonniques de Bourg, Clermont et Nevers avaient envoyé des couronnes. Le secrétaire général de la Préfecture, délégué du préfet, prononça sur la tombe un discours où il disait : « Excellent fonctionnaire, profondément dévoué à ses devoirs professionnels, Rollet, dans les postes qu'il occupa, sut se concilier l'estime et la confiance de ses chefs. Sa connaissance approfondie du service dont il était chargé, sa compétence en matière d'assistance en faisaient un collaborateur précieux. Partout on se plaisait à reconnaître son mérite réel, son ardeur au travail, sa modestie et la droiture de son caractère. Son esprit pratique lui faisait rechercher les améliorations à apporter dans l'important service qu'il dirigeait, et il les réalisait, grâce à son énergie. La République, qu'il aimait passionnément, perd en lui un bon et loyal serviteur. Je salue une dernière fois, au nom de l'administration, la mémoire de Rollet, qui emporte notre estime et nos regrets. »