‹ De la corruption de nos institutionsChapitre 19 sur 33 · Voyez le Journal de l'Ain du 1er août · texte numérisé non relu

Voyez le Journal de l'Ain du 1er août

pour ses ingénieuses propositions concernant la répression et la prévention du vagabondage, M. de Chabrol, interpella le préfet au sujet de l'affaire Rollet et d'une autre du même genre qui préoccupait non moins vivement l'opinion dans toute l'Auvergne *.

1. Il ne sera pas inutile de la rappeler ici, car ce cas et celui de Rollet ont bien l'air de faire partie d'un même système. Je transcris ce qui suit :

« M. V. était, il y a quatre ans, comptable de l'École départementale d'accouchement : il est aujourd'hui percepteur à Billom. On affirme pourtant qu'il a été révoqué de ses premières fonctions par le préfet d'alors, M. Dupuy, sous l'inculpation de fautes qui touchaient à la délicatesse. Est-ce vrai? On affirme de plus que quatre députés radicaux du département ont pris en mains la défense de M. V... et demandé sa réintégration et que le nouveau préfet, M. Ardisson, leur ayant montré le dossier de leur protégé, trois d'entre eux ont cessé leurs instances. Le quatrième, plus obstiné, s'est contenté de les porter ailleurs, c'est-à-dire au ministère des finances : il a obtenu gain de cause. M. V... a été nommé percepteur. L'affaire n'a pas été sans scandale. L'opinion s'en est émue, et comment aurait-il pu en être autrement lorsque M. le Dr Gautrey, directeur de l'École d'accouchement, a eu fait à trois témoins la déclaration suivante qui a été reproduite à plusieurs reprises par (' Avenir du Puy-de-Dôme sans être jamais démentie? « J'af « firme publiquement : 1° que V. a commis des abus dans la manu- « tention des fonds et des irrégularités dans les écritures, tels que « sa révocation s'imposait; 2° qu'il a abusé de ma confiance et de « ma signature; 3° qu'en quittant ses fonctions de trésorier, il a « gardé par devers lui deux factures s'élevant à la somme de « 2.100 francs, qui constituaient la preuve de graves irrégularités. « J'attends le jury d'honneur. Je vous autorise à vous servir comme « il vous plaira de cette déclaration... »

11 n'y eut pas de jury d'honneur. Le Conseil général, auquel M. de Chabrol rappela, dans un ordre du jour, le mot de Montesquieu, que le gouvernement républicain doit reposer sur la vertu, vota, à l'unanimité, une enquête. On n'a pas plus entendu parler de cette enquête que du jury d'honneur. V. agardé ses fonctions dont il a

Que répondit le préfet? Il eut pu — c'eût été plus prudent — s'en référer à la lettre venue de la place Beau veau. Il eut une autre inspiration et crut mieux sortir d'embarras en faisant à brûlepourpoint la déclaration suivante : «M. R... n'était point dans mon département quand les faits à lui reprochés se sont produits. Le Conseil général du Puy-de-Dôme n'est donc pas compétent pour apprécier une gestion qui a eu Bourg pour champ d'opérations. — J'ajoute que j'ai reçu une communication officielle me déclarant que M. R... est à l'abri de tout reproche et que les faits qui lui ont été reprochés ont été commis par un employé de son administration qui s'est fait justice. »

De ces deux versions, l'une qui venait directement du ministre, l'autre que servait la préfecture, une des deux devait être erronée, car enfin elles ne concordent guère. En réalité, elles étaient erronées toutes les deux; et si le préfet avait cru pouvoir fermer la bouche à ses conseillers généraux, sa tranquillité ne devait pas être de longue durée. Deux jours après, sa réponse était connue à Bourg, et elle y obtenait peu de succès *.

certainement dû bien user dans la dernière période électorale. Eu revanche, chacun sait que la ville de Clermont a le bonheur de posséder un des personnages les plus influents de la Franc-Maconnerie. La conclusion n'est pas difficile à tirer.

1. « Quel est donc, s'écriait le Journal de l'Ain (sans obtenir aucune réponse), quel est donc cet employé qui a été indélicat, a volé les pupilles de l'Assistance publique et s'est fait ensuite justice à lui-même? Son nom, s'il vous plaît, la date et les détails de sa mort? S'est-il pendu? S'est-il brûlé la cervelle? Dans l'Ain

C'est qu'il y avait plus de deux ans que la presse locale de Bourg dénonçait le coupable auquel elle appliquait ouvertement et publiquement le vers si connu de Boileau. Elle racontait son édifiante histoire :

« Comme tous les sectaires, Rollet avait commencé par être un renégat. Fils d'un huissier de Seyssel, élevé au Petit Séminaire de Belley, qui le garda par commisération et parce qu'il affirmait sa volonté d être prêtre, R..., à 22 ans, reniait les maîtres auxquels il devait tout et, dans la petite ville de Seyssel, cherchait à se distinguer par un outrecuidant prosélytisme d'incrédulité. A ce moment, ce métier ne nourrissait pas son homme, sibieu que trois ans après, sans ressources, sans linge, R... arrivait à pied à Nantùa. Un ancien camarade le recueillit, lui mit une chemise sur le dos...; il s'apercevait, un mois après, de quelle façon son protégé le récompensait. Mis à la porte, R... alla se réfugiera Paris. Il vécut deux ans on ne sait comment ; en 1875, il était secrétaire du Grand Orient de France. Chargé en cette qualité de la police de l'Ordre, il développait des aptitudes depuis longtemps contenues. »

L'emploi de ces aptitudes le ramena bientôt dans son pays, mais cette fois avec un traitement de 6.000 francs « et le droit de barboter à son aise dans un budget de plus de 100.000 francs ».

on va perdre la tète en cherchant à creuser cet imbroglio machiné comme un roman de Ponson du Terrail. »

Ce dont il s'occupa le mieux, ce fut, continue le Journal de l'Ain, de la police politique du département. « Il était le maitre de toutes les administrations, dénonçant les tièdes, faisant casser les suspects, installant dans ce pays le régime de la terreur. Nous pourrions citer des fonctionnaires dont il a brisé l'avenir, des officiers éloignés sur sa dénonciation, un préfet même qui dut plier devant lui. »

Ce qui pliait encore plus devant lui, c'était ce que le chef du cabinet du ministre avait appelé « les règles élémentaires de la comptabilité ». La plus élémentaire de ces règles est, en effet, de ne pas s'approprier les deniers dont on est comptable. Or, quand les plaintes, dont un courageux conseiller général du canton de Châtillon-de-Michaille avait pris l'initiative, se furent multipliées, l'inspecteur, pour faire taire des réclamations trop vives, remboursa une petite partie de ses détournements. Mais il y en avait tant qu'il trouva plus prudent de partir. A peine était-il installé dans sa nouvelle résidence, exigée par les francs-maçons, que les découvertes se multipliaient. Je copie : « La commission des hospices fit vérifier un paquet de livrets par un inspecteur des finances... On en trouva un grand nombre où les détournements étaient flagrants. L'inspecteur avait reçu, par exemple, 100 francs du fermier chez lequel l'enfant était placé comme valet : il mettait 60 francs sur le livret de l'enfant et 40 ^rancs dans sa poche. » Voilà ce que je lis à la

date du 30 juillet. Non seulement ces assertions n'ont pas pu être démenties ; mais, le 29 décembre 1900, la question revenait au conseil municipal de Bourg. Un conseiller républicain constatait que, dans cette lamentable histoire, la commission des hospices de Bourg, seule, avait fait son devoir1. Elle avait réclamé le rapport intégral de l'inspecteur des finances : on le lui avait refusé, et on ne lui avait communiqué que des paperasses sans signature et sans date. B... avait, d'ailleurs, emporté avec lui une grosse partie des pièces comptables; il avait laissé, à la place, un long mémoire où il déclarait qu'avant lui il se passait des choses bien plus fantastiques encore, et où il avouait, d'ailleurs, qu'il pouvait bien devoir encore « quelques sommes «.Plusieurs conseillers républicains exprimèrent hautement leur indignation de voir que sous une république démocratique les petits et les humbles fussent « volés » et le coupable « non châtié ». Ils réclamaient une communication plus complète des documents. Tous les conseillers votèrent la proposition, sauf trois. De ces trois était naturellement Pochon, également 33 , et l'immortel associé de Cocula.

1. J'ai déjà remarqué, mais c'est le moment d'y insister, que dans les rapports des inspecteurs insérés à la suite de l'ouvrage : Les Enfants assistés de France, les commissions hospitalières sont toujours très malmenées. Il est vraiment dommage que ces rapports soient donnés sans signatures et sans indication des départements. On aurait lu avec plus d'intérêt et de profit le rapport de Hollet. On aurait vu ce qu'il disait des commissions et s'il se plaignait du manque de concours du clergé.

Tel est l'exemple instructif que nous fournissent, de compte à demi, la Bresse et l'Auvergne. Montons un peu, du côté de la Loire : allons dans la Nièvre, et écoutons ce que nous en apprennent les débats tant du Conseil général de la Seine que de la Chambre des députés1.

Interpellé sur des faits d'hier, le président du Conseil, ministre de l'Intérieur, répond un peu comme l'inspecteur passé de Bourg à Clermont. Il affirme — ce qu'on ne lui demandait pas — qu' avant-hier c'était encore pire. Singulier moyen de défendre le service incriminé ! « Antérieurement, dit-il, à la nomination de M. Métenier, il y avait un directeur qui a été révoqué à raison des graves désordres qui s'étaient introduits dans son administration, de certains abus qui avaient été commis, et de ce fait que sa circonscription était dans un état tout à fait désastreux. »

Pour la remonter, qui fut-on chercher? Un ancien conseiller municipal devenu ensuite député et qui n'est pas suspect de cléricalisme, M. André Berthelot, va nous l'apprendre à la tribune. Écoutons-le.

« Des bruits, des révélations de scandales cir-

1. Voirie Bulletin municipal officiel des 22, 29 novembre et 6 décembre 1900, et le Journal officiel, deuxième séance du 21 décembre 1900.

culaient sur l'agence des enfants assistés de Decize. Cette agence était dirigée — vous ne pouvez l'ignorer, Monsieur le Ministre, et, dans tous les cas, les subordonnés, dont vous êtes ici le seul responsable, ne pouvaient l'ignorer — par un homme qui inspirait la plus légitime suspicion.

« Cet homme, M. Métenier, il faut le nommer, puisque son nom a déjà été prononcé dans des délibérations publiques, était un ancien forgeron qui dirigeait l'agence de Decize ; auparavant, il était commis à l'agence de Montluçon, que j'ai moi-même inspectée avec notre collègue Baudin1, et, à Montluçon, nous avons retrouvé les traces, encore mal réparées par le nouveau directeur, de l'incurie qui y régnait à l'époque où il était commis dans cette agence.

« Par une lettre administrative envoyée le 2 décembre 1895 par le directeur de l'agence de Montluçon à son supérieur, le directeur de l'Assistance publique, M. M..., avait été dénoncé comme coupable des faits d'immoralité les plus graves, faits d'immoralité tels qu'il est absolument impossible que je donne lecture à la Chambre de cette lettre qui précise les détails et qui n'est pas autre chose que la copie d'une pièce administrative que vous devez pouvoir retrouver, quand vous le voudrez, à l'Assistance publique.

1. Depuis ministre, donc bien à même d'éclairer ses collègues du cabinet.

« Qu'avez-vous fait de cet homme accusé de faits d'immoralité par son supérieur hiérarchique? Vous avez fait ce qu'on fait dans les administrations : vous l'avez déplacé avec avancement. »

Depuis à peu près vingt ans, le Conseil général de la Seine avait pris l'habitude — à laquelle M. André Berthelot fait allusion — de déléguer un assez grand nombre de ses membres pour inspecter ses agences. On avait jusqu'ici, en haut lieu, trouvé le fait très naturel. Depuis les dernières élections, cette opinion s'est modifiée dans la proportion où s'est elle-même modifiée la majorité du nouveau Conseil. Deux de ses membres, MM. Évain et Chérot, étaient allés, selon la tradition, inspecter le service de « leurs enfants » dans la Nièvre. Ils découvrirent là des faits bien de nature à fortifier les soupçons de leurs prédécesseurs. 11 fut constaté par eux que le directeur de l'agence brutalisait les enfants — refusait de les hospitaliser dans les circonstances où ils y avaient le plus droit — ignorait complètement ce qu'étaient devenus 76 enfants sur 350 — laissait mettre à mal des jeunes filles placées sous sa tutelle et ne prenait, à cette occasion, aucune des mesures qu'il eût dû prendre — assistait enfin à la contamination de certaines nourrices par des nourrissons venus de Paris, tous infectés d'un mal que l'on devine, et ne trouvait autre chose à faire que d'offrir à la nourrice, pour son silence, de l'argent d'abord, puis de nouveaux nourrissons, dont

l'un ne devait pas tarder à être contaminé par elle à son tour1.

Je redonne maintenant la parole à M. Berthelot. « Voilà quels sont les faits. Comme vous le voyez, ils sont complètement étrangers à la politique, et il est vraiment bien fâcheux que vous ayez eu l'idée de l'introduire. Quelles ont été les sanctions? Elles ont été bien curieuses. Ce directeur d'agence, dont je rappelais le passé, responsable de ces sévices et de ces brutalités démontrées vis-à-vis des enfants, responsable du silence gardé si longtemps sur le crime, a été l'objet d'une punition administrative : il a été rétrogradé ; on Fa replacé comme simple commis dans une agence du département de l'Orne. Quand son directeur sera en vacances, c'est lui qui aura la responsabilité du service.

« M. Alphonse Humbert. — Avec les mêmes appointements! »

D'autre part, les deux conseillers généraux, ayant trouvé l'agence vide, s'étaient adressés à un commis qui leur avait fourni les renseignements dont ils avaient besoin. Ah ! celui-là, qui

1. M. Alphonse Humbert précise davantage. « La vérité, c'est qu'on ne voulait pas guérir cette femme qui avait été atteinte, c'est qu'on avait cessé immédiatement de la soigne?', afin qu'il n'y eût pas d'ordonnance attestant qu'elle était atteinte d'une maladie contagieuse ; on ne s'était préoccupé que d'une chose, la renvoyer dans un autre département pour qu'il n'y eût aucune trace du mal qui avait été fait dans la Nièvre et pour confier à certains nourriciers qu'on protégeait, pour des raisons électorales, les enfants qu'on envoyait dans ce département. »

avait permis de faire la lumière sur des faits abominables, on ne l'a pas épargné une minute : on l'a révoqué par dépêche télégraphique. Le préfet de la Seine et le ministre de l'Intérieur interpellés répondirent, le premier, qu'il n'avait de comptes à rendre de ses actes à personne; le second, que les inspections faites par les conseillers généraux de la Seine étaient remplies d'inconvénients *. Tout cela parut dur à la Chambre, qui ne donna ce jour-là au ministère de défense républicaine qu'une majorité de onze voix.

Voilà donc l'Assistance publique qu'on oppose à la bienfaisance privée pour tracasser celle-ci, l'opprimer, la faire reculer et, s'il se pouvait, la décourager. Voilà les hommes qu'on veut charger d'inspecter les œuvres religieuses et décharger eux-mêmes de tout contrôle, fût-ce celui d'un conseil général élu et du Conseil général de la

1. Un jour, j'exposais quelques-uns de ces faits dans un comité aux travaux duquel collaboraient accidentellement des fonctionnaires très honorables de la Direction de l'Assistance publique. Je ne dirai pas qu'ils feignirent ou affectèrent d'être étonnés ; mais enfin ils me témoignèrent leur surprise. « Où donc s'est passé tel fait que vous avez signalé? Je n'en ai jamais eu connaissance, » me dit l'un d'eux. — Je lui répondis immédiatement : «A P., département de la S. » — « Ah ! ceci ne nous regarde pas, me répliqua mon interlocuteur, » et il protesta qu'il apportait dans son service un esprit tout différent. Je n'en doute pas; car son nom seul est une garantie de science administrative et d'esprit de justice. Mais enfin l'ensemble dont il fait partie pense-t-il pouvoir se laver les mains de ce qui se passe dans l'Assistance départementale, alors que le ministre de l'Intérieur et ses plus hauts représentants encouragent ainsi les mesures réparatrices tentées par des élus qui leur déplaisent?

Seine ! Entre la nation et eux, plus rien... que les loges maçonniques !

Je n'ai eu ni le temps ni les moyens de poursuivre une enquête dans tous les départements français; mais ce que les documents officiels font voir à Bourg, à Glermont-Ferrand, à Decize, des renseignements particuliers nous le montrent aussi bien à l'Ouest qu'à l'Est, dans la Sarthe que dans F Yonne, la Côte-d'Or et Saône-et-Loire.

Ce sont surtout les sous-inspecteurs et agents secondaires que l'on signale. La chose est assez naturelle. Elle ne s'explique pas seulement par ce fait, que ceux-là on les voit mieux et plus souvent. On s'était habitué à considérer l'inspecteur départemental, résidant au chef-lieu, comme un homme d'expérience, digne de l'autorité dont il était investi. Aussi n'y regardait-on pas de trop près, et a-t-il fallu les révélations de ces derniers temps pour démontrer à quel point les influences occultes pouvaient avilir une administration. Quant aux agents en sous-ordre qui de jour en jour arrivent, par avancement, aux meilleurs postes, il est certain que le directeur général de l'Assistance publique n'en choisit on peut dire aucun. On a vu tout à l'heure celui d'aujourd'hui se plaindre, non sans quelque vivacité, de Faction gênante de la politique. Il serait bien étonnant

qu'elle n'eût sévi que sur les médecins, gens, somme toute, indépendants; bien étonnant, surtout, que des directeurs départementaux, dignes d'être offerts en modèles à tous les francs-maçons du pays, comme celui que nous avons vu tout à l'heure, ne fissent point la part la plus large possible à leurs amis dans le recrutement du personnel secondaire agissant sous eux. Les carrières qui peuvent être réservées — sans trop de scandale — aux agents électoraux ne sont pas trop nombreuses. Il en est qui demandent des apparences au moins de compétence et quelque préparation : il en est, d'autre part, qu'on est obligé de réserver aux anciens sous-officiers ayant rengagé. Le service des enfants assistés a toujours été considéré comme une provision de places gardées pour ceux qui n'en peuvent plus briguer aucune autre. Beaucoup d'instituteurs difficiles à conserver dans une classe bénéficient de cette sélection qui les envoie dans ce service privilégié l. Ce sont les plus intelligents et pas toujours les moins dangereux. Mêlés à eux sont des hommes de tout acabit, ayant exercé jusque-là une profession quelconque et que l'on croira

1. J'en ai connu de bons qui faisaient demander un de ces postes pour des raisons honorables. Mais quand ceux-là ne peuvent pas invoquer autre chose que leurs titres scolaires, l'administration centrale croit rendre service à leur protecteur en le dissuadant aimablement de perdre son temps dans des démarches inutiles. « Nous-mêmes, m'a-t-on dit un jour, nous ne pouvons pas en nommer un seul. Tous sont choisis dans le cabinet du ministre. »

plus tard non seulement ménager, mais sauver, en déclarant qu'ils n'avaient appris nulle part les règles élémentaires de la comptabilité.

Le département de la Sarthe m'ayant été signalé comme particulièrement éprouvé, j'y ai demandé des renseignements à des personnes que leur haute situation mettait à même de me renseigner exactement. L'un me signale le sousinspecteur le plus rapproché de sa résidence, « homme de mauvaises mœurs et adonné à la boisson... qui nargue le curé en traversant une procession le chapeau sur la tête ». Un autre m'écrit : « Les inspecteurs et adjoints sont recrutés aussi mal que possible : au point de vue des mœurs ils donnent des exemples déplorables. Un de ces agents a abusé d'une pupille de douze ans. Il a... », mais je crois nécessaire d'arrêter ici la série ainsi commencée. Je prends un autre ordre défaits. « Inutile de dire que ces agents cherchent à éloigner les habitants de toute pratique religieuse : ils parlent de la religion avec les expressions de la Lanterne. Un inspecteur a cherché à détourner une femme d'envoyer ses enfants à l'école congréganiste en disant : « Que vous êtes « bête ! Vous ne savez donc pas que ce sont les « curés et les sœurs qui sont cause de la guerre « de Chine? Un de ces jours, on y enverra votre « mari. » Il faudrait un volume pour narrer les hauts faits de ces personnages. »

Pour comprendre ces doléances, pour comprendre surtout ce résumé final de l'une des

lettres : « On dirait que l'Assistance n'est hantée que par une idée exclusive, la guerre au catholicisme », — je n'avais qu'à regarder dans une région plus voisine de moi. Ici, un homme considérable qui, à Paris, occupe une place d'honneur dans les œuvres de la charité libre, remarque, près de sa campagne, une jeune assistée qui devient phtisique. Il offre de la faire entrer gratuitement à Villepinte. Gomme Villepinte est tenu par des religieuses, le sous-inspecteur hausse les épaules et ne veut même pas s'occuper de l'affaire : il laisse la pauvre enfant développer et propager sa tuberculose. Là, c'est un directeur d'agence1 digne de celui de Decize. Le percepteur voit tous les jours les irrégularités de ses comptes et il n'ose pas — pour cause, hélas ! — les dénoncer à qui de droit. Ces comptes portent, par exemple, de soi-disant frais d'enterrements religieux pour des enfants qu'il a fait porter directement au cimetière. On est surpris de voir le curé ne pas réclamer la petite indemnité inscrite en son nom ; mais le curé qu'on invite à venir la toucher et qui la refuse est plus surpris encore. Le fonctionnaire de l'Assistance a un autre souci qui certainement lui est inspiré par une circulaire rédigée au lieu même d'où est parti le mot d'ordre pour mettre les affaires de Chine au compte des missions catholiques. Je lisais, en 1901, la grande discussion de novembre et décembre au

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