Hue Denfert-Rochcreau, — bàli par saint Vincent de Paul
2. Les curés le savent maintenant et ils baptisent les enfants sous condition.
fait en général une résistance très vive qui a été le point de départ de polémiques et de représailles, dont l'écho s'est propagé. Nous n'étions guère habitués cependant depuis quelques années à rencontrer tant de volonté dans nos populations si abusées et si déprimées. Pour s'expliquer ce réveil, on n'a qu'à se reporter au Bulletin municipal officiel du 6 décembre 1901. On y lira cette déclaration d'un représentant de Paris (personne ne l'a démenti) : « Il est un fait reconnu : c'est que c'est dans les régions où la religion s'est maintenue qu'on trouve encore le plus grand nombre de nourrices; je n'explique pas ce fait, je le constate. » Le conseiller pouvait ajouter : « En imposant des conditions vexatoires aux nourriciers, vous les découragez, et ainsi vous nuisez à l'intérêt des enfants assistés; car en imposant la laïcité de l'enseignement aux enfants des nourriciers, vous risquez de perdre nos meilleurs placements. »
Que répondent l'Administration et les survivants de l'ancienne majorité sectaire? Ils répondent par une théorie très ingénieuse et digne des casuistes les plus réputés. « Nous prétendons, s'écrie un conseiller bon teint, que les enfants assistés sont les enfants de l'État, qu'ils n'ont qu'un seul père et tuteur, le directeur de l'Assistance publique. » Or, le chef d'une administration nationale ne peut pas laisser aller ses enfants à d'autres écoles que les écoles de l'État. Ceci posé, il faut se rappeler, dit-on, que l'idée maîtresse
du placement familial est l'égalité à établir le plus possible entre les enfants élevés sous un même toit, enfants propres des nourriciers et enfants adoptifs, mêlés dans la vie de chaque jour. Mais, pour que cette égalité règne, il faut que tous les enfants aillent à la même école. Si donc une famille ne veut pas se résoudre à en prendre une autre que l'école congréganiste, qu'elle ne demande pas d'enfants à l'Assistance publique et qu'elle lui rende ceux qu'elle peut en avoir reçus!
Les interpellateurs du Conseil général de la Seine — je ne leur reproche pas cette tactique si elle leur a paru absolument nécessaire 1 — se sont crus obligés de coucéder que l'Administration avait le droit d'exiger pour « ses enfants » l'école communale. Ils se bornaient à réclamer pour les familles la faculté de faire élever leurs propres enfants à leur guise : cette distinction, disaient-ils, ne nuira pas plus à la fusion des deux familles, la naturelle et l'adoptive, que la coutume très répandue en tant de milieux de faire élever les fils au lycée et les fdles au couvent ne nuit à la paix des ménages.
Je me permettrai, quant à moi, de trouver cette concession insuffisante. Lorsque l'Assistance publique vient dire que les enfants assistés sont ses enfants à elle et qu'ils n'ont d'autre père et tuteur
1. Ils ont obtenu — non sans peine — un vote relativement satisfaisant sur la liberté de conscience à laisser a ces familles.
que son représentant, a-t-elle donc oublié son éloge devenu classique de l'éducation familiale? A-t-elle oublié ce qu'elle a dit — pour mieux discréditer les orphelinats, il est vrai — de la vertu de cette adoption, du dévouement qui l'accompagne et de la fusion produite entre les deux groupes de la petite nichée domestique? Mais le dévouement, qui donc le donne? Est-ce la famille ou est-ce l'agent? Où donc est la maternité et où puise-t-elle son courage? De quelles mamelles Mmc Assistance tire donc le lait qui nourrit les pauvres petits abandonnés? Quand l'enfant souffre et crie, sont-ce Messieurs les employés qui passent les nuits dans la fatigue et l'insomnie? Est-ce l'administration qui nettoie l'enfant, qui lui apprend le travail et qui pourvoit à ses besoins pour quelques centimes journaliers? Comment? Vous voulez du dévouement et une paternité qui se rapproche insensiblement de la véritable ! Et en même temps vous entendez réclamer l'autorité pour vous, politiciens et bureaucrates ! Vous venez proclamer que c'est vous qui êtes pères et tuteurs! Tout cela est contradictoire ! A ceux qui sollicitent des enfants, imposez des conditions préalables de moralité, d'hygiène, de propreté, et tenez-y fermement la main. Ce sera très beau. Soyez auprès des nourriciers comme le subrogé tuteur qui empêche ou qui prévient des abus exceptionnels, bien qu'il laisse subsister dans la plénitude de ses droits l'autorité paternelle ou maternelle; mais, une fois ces conditions remplies, laissez faire les gens
selon leur conscience, ou bien renoncez une fois pour toutes à des adoptions et à des fusions incompatibles avec l'esclavage que vous prétendez imposer!
Le principe invoqué par l'Assistance me paraît donc difficilement soutenable. Ce qui l'est encore moins, c'est l'ensemble des pratiques tortueuses auxquelles on descend pour en assurer l'application.
Est-ce au moment du placement des nourrissons qu'on exige que les nourriciers retirent leurs propres enfants de l'école libre? Les débats mêmes du Conseil général de la Seine nous apprennent que non. Car voici ce que dit, sans pouvoir provoquer aucune contradiction, M. Gaston Méry : « C'est beaucoup plus tard que l'obligation lui est imposée, et voici pourquoi. Le nombre des enfants assistés a beaucoup augmenté depuis quelques années : il s'élève à 50.000 environ 1. D'autre part, à mesure que le nombre des enfants assistés augmentait, le nombre des bons placements diminuait; là-dessus, M. le directeur ne me contredira pas. Si donc, au moment où on confie un enfant à un nourricier, on élevait des exigences capables de l'effrayer, on risquerait de ne rien obtenir de lui. On n'impose donc aucune condition aux nourriciers au moment des placements. C'est plus tard, alors que la nourrice s'est attachée à son nourrisson, alors qu'elle le considère comme