‹ De la corruption littéraire en FranceChapitre 11 sur 48 · LIV. II. — V ECRIVAIN · texte numérisé non relu

LIV. II. — V ECRIVAIN

du quart de monde! — Notre siècle a pu se croire en progrès; car depuis Tibère, on n'a plus divinisé les héros des Parcs-aux-cerfs ; depuis Charlemagne, on n'a plus canonisé les empereurs, souillés de massacre et de débauche. Mahomet et Luther se sont contentés du rôle de prophète ou de réformateur. Mais allons-nous retourner à des idolâtries nouvelles, en faveur de Saturnes politiques dévorant leurs peuples, de Jupiters philosophiques agitant le chaos, ou de Vénus littéraires « troussées en public »? Saint-Simon est dieu. Enfantin est son prophète; Napoléon est dieu et son prophète fut le dix-huit Brumaire. Pourquoi pas aussi Chateaubriand avec Bené pour précurseur? Vronski et Joé Smith se donnent bien pour dieux ; pourquoi pas Goethe et V. Hugo? Menilmontant et les montagnes rocheuses valent-ils plus que le théâtre de Faust et des JBurgraves?

Et quel temps fut jamais plus fertile en miracles?

Ce siècle les réunit tous : La croix de Minié, la Terreur Blanche et le Génie du christianisme] la Salette, le triumvirat rouge et Ma-

rion de Lorme\ N.-D. de Lourdes, le 2 Décembre et les Misérables; les stigmates de la sœur Patrocînio, dévoilés en police correctionnelle, la restauration dçs Bourbons d'Espagne préparée par de faux miracles et tuée sous Marfori , et le < Vieillard stupide » d'Bernani , vainqueur- des sifflets. M. De Falloux a menti pour arracher à la république la Rome des Papes : Dieu était là; on a dit qu'un piaffement de chevaux, suscité par la Providence, avait sauvé Napoléon III des bombes d'Orsini, et M. Dumas fils raconte lui-même que la DuTne aux Camélias n'a pu être représentée quo par l'intervention... du coup d'État; il manque ici le nom de Dieu. Aucune variété ne manque au miracle, et quelle raison y aurait-il pour qu'au nom de la même providence, on ne dit pas : après le coup d'État, Sedan; après le Demi-monde^ le Traité de Paris; après Napoléon P' et III, M. de Bismafck? Aucune bonne raison. Providences contradictoires, l'une battant l'autre ! qu'importe ? Lorsque l'on prend des dieux on n'en saurait trop prendre. Lecteurs, portons-nous candidats.

• L'homme libre regarde en face Dieu même

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