LIV. II. — VÉCRIVAIN
et lui applique ce quot libras dont l'auteur de Shakespeare se raille quand on veut l'appliquer à des hommes. L*homme libre se sent,*devant ces génies-dieux, en état de légitime défense ; devant ces variétés du miracle, en état de défiance légitime. Car rien ne dégrade l'homme comme ces inégalités qui le révoltent s'il les juge, qui le rabaissent s'il les accepte. Car cette passivité, qui fait tout attendre d'un chef, est le véritable esclavage, et quoi de plus corrupteur que rimpeccabilité des grands et l'exemple des vices, couverts de la pourpre des césars... politiques ou littéraires? Dieu sur le trône de Néron ou sur les nuages du romantisme. Pape sur le Parnasse ou au Vatican, c'e^t tout un pour le vrai citoyen. Ne pas nier la divinité des christs, à la condition que tous les faiseurs de chefsd'œuvre en soient, c'est étendre l'idolâtrie au lieu d'émanciper la raison : je préfère le Christ sur la croix] On aura ainsi des fidèles ou des séides, une cour pour de nouveaux rois, une église pour des dieux de chair; mais non des hommes et des peuples.
Il y a longtemps déjà que M.-J. Chénier, parlant de M. de Chateaubriand — un dieu
dont Tautel est bien négligé aujourd'hui — jugeait cette déification de la personnalité; un seul hémistiche lui suffit :
La Bible, Homère et Moi.
Demander que le génie soit la splendeur du bon sens, c'est déjà une sottise! Ténèbres, obscurité, monstruosité ! à la bonne heure ! « Cela » manque à Molière pour qu'il soit Dieu comme Shakespeare. — Mais donner, avec Lamartine, de « grandes leçons de vertu > au génie ! quelle impiété! Si le génie pèche, c'est qu'outre la monstruosité de l'imagination, il j a, dans son cœur et dans ses sens, plus de matière et d'humanité: Nouvelle preuve de divinité : Peccamus !
Je ne connais qu'un homme qui ait montré, en notre époque, autant de génie que V. Hugo, c'est Wiertz. La pensée de Wiertz — je l'ai dit ailleurs — est diamétralement opposée à cette théorie. Pour lui, ce ne sont pas les génies qui sont égaux, mais tous les hommes. Dieu n'a pas besoin de s'incarner dans un artiste; tout