‹ De la corruption littéraire en FranceChapitre 14 sur 48 · LIV. II. - V ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

LIV. II. - V ÉCRIVAIN

Le génie-dieu implique la négation du progrès deTart.Legénie purement humain affirme là perfectibilité de la forme comme de l'idée . «Ce ne sont a pas des dieux inimitables, mais des hommes « à surpasser » , avait dit Wiertz enfant. La foi de lartiste resta telle ; s'il ne voulut jamais se séparer de ses tableaux, c'était pour pouvoir les corriger sans cesse. Ce sentiment qui l'a poussé à tous les sacrifices et à tous les courages, lui a faitjeter d'audacieux regards au delà de la peinture et prévoir même des progrès qui feront disparaître un art qui Ta fait grand :

c Cessons d'être enfants , cessons de croire que les choses , même les plus sérieuses , les plus grandes, les plus belles, doivent constamment occuper les générations à venir. Ces choses, si importantes à nQ9 yeux , ne sont que des préparations, des études détachées, qui, rassemblées un jour, constitueront toute la puissance humaine...

« L'art n'est qu'une de ces petites choses, l'art n'est qu'une préparation transitoire, une étude, un jouet. L'humanité , aussitôt sortie de l'enfance^ • abandonnera ces simples imitations, immobiles, muettes. Il lui faudra un champ plus vaste, plus conforme au développement actuel de ses progrès, de ses connaissances, de ses découvertes....

I La peinture donc, selon nous, sera bientôt remplacée par un art plus sérieux.... »

On voit dans un coin du Musée Wiertz un tableau intitulé : Les choses du présent devant les hommes de l'avenir. Une main est le point central de l'œuvre, composée de trois têtes énormeâ; c'est la main d'un géant qui montre à une femme et à un enfant des drapeaux, des canons, des couronnes, des arcs de triomphe, contenus tous, comme des hochets, dans le creux de cette main, tandis que l'autre main du géant fait le geste d'un antiquaire maniant, du bout du pouce et de l'index, des infiniment petits. L'une de ces couronnes doit être celle du génie-dieu, adorable même dans ses défauts et prédestiné à faire des miracles.

Nous qui n'avons pas la bosse de la vénération assez prononcée -pmv sentir Dieu dans des œuvres accusées d'immoralité; nous qui préférerions, à tout hasard, nous, agenouiller devant l'invisible que devant ces dieux de chair et d'os, et surtout de chair ; nous sommes assez incrédules pour nous demander si c'e^t avec de tels paradoxes, appuyés de complicités bien connues, que l'on peut fonder la société moderne , et nous

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