LIV. II. -^ L'ÉCRIVAIN
osons conclure que c'est ainsi que Ton s'expose à ne léguer à Tavenir que les faux chefsd'œuvre de l'orgueil, que la décadence des mœurs, et pas un homme :
Mille illustrations et pas un caractère 1
Nous osons dire, au contraire, en face du ciel et même en facedu génie, que, si l'oir veut représenter notre siècle dans l'histoire par des chefs-d'œuvre et sauver la société et son pays par le progrès, il faut que l'écrivain, loin de se croire un dieu au premier succès, fasse de lui-même, en tout temps, un homme, dans cette haute acception du mot qui fait del'être libre, intelligent et moral — moral surtout — le chef-d'œuvre de la nature.
Si non, de même que notre époque — en France surtout et ailleurs encore — n'a guère produit que des ébauches de progrès, que des chartes toujours à refaire, que des triomphes avortés en empires, — il se pourrait bien qu'elle ne laissât que des chefs-d'œuvre d'un jour et des idolâtries provisoires.
Ces premières conditions de moralité sont relatives à l'écrivain, et tout « subjectives »
t La peinture donc, selon nous, sera bientôt remplacée par un art plus sérieux.... »
On voit dans un coin du Musée Wiertz un tableau intitulé : Les choses du présent de- *Dant les hommes de Vavenir. Une main est le point central de l'œuvre, composée de trois têtes énormeâ; c'est la main d'un géant qui montre à une femme et à un enfant des drapeaux, des canons, des couronnes, des arcs de triomphe, contenus tous, comme des hochets, dans le creux de cette main, tandis que l'autre main du géant fait le geste d'un antiquaire maniant, du bout du pouce et de l'index, des infiniment petits. L'une de ces couronnes doit être celle du génie-dieu, adorable même dans ses défauts et prédestiné à faire des miracles.
Nous qui n'avons pas la bosse de la vénération assez prononcée piâ^r sentir Dieu dans des œuvres accusées d'immoralité; nous qui préférerions, à tout hasard, nous, agenouiller devant l'invisible que devant ces dieux de chair et d'os, et surtout de chair ; nous sommes assez incrédules pour nous demander si c'e^t avec de tels paradoxes, appuyés de complicités bien connues, que l'on peut fonder la société moderne , et nous