LE MARQUIS DE PUYGIRON
« Justice. »
Justice ! ce mot est vite prononcé. L'auteur a mis assez crûment en scène un monde où l'héritier ruiné d'un grand nom trafique de son sang, comme la courtisane de son corps, pour de l'or; ce Montrichard pousse Olympe c à une escapade » , pour obtenir plus facilement en mariage une riche héritière, quand « cette illustre famille aura l'oreille basse » ; c'est cet homme cependant qui prononce deux fois un mot terrible, le mot qui résume tout le sujet. Belle morale et digne moraliste! Mais ce monde, qui accepte le demi-monde; qui, pour parler comme l'auteur « s'est agrégé ce treizième arrondissement » ; qui « a permis à ces demoiselles de passer des régions occultes dans des régions avouées », n'a-t-il donc aucune responsabilité dans ces mœurs? Ce père, dont « la sévérité a prolongé l'enfance » de Henri, au point de l'exposer sans défense à sa « première maîtresse », n'est-il pour rien dans la faute de son fils? La honte s'introduirait-elle donc ainsi toute seule dans les maisons, si les maisons ne laissaient leurs portes ouvertes, si la légèreté ou la fausse éducation de l'un, l'exemple des autres, la complicité de tous, ne l'y intro-
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duîsaient avant tout et bien plus que les intrigues d'une fille? Que chacun connaisse son devoir, les marquis de Puygiron n'auront pas à faire cette justice sauvage.
M. Alex. Dumas fils a dit très bien :
« A vingt et un ans, un homme est électeur, € garde national et soldat. Il n'est plus un en- € faut, il sait ce qu'il fait. Et puis, que les hon- « notes mères élèvent bien leurs fils et que les « pères les gardent mieux ! »
Mais alors, de quel droit venger sur une seule femme la faute de toute une famille et de tous les hommes?
Cette justice elle-même, à quoi tient-elle? Le piège où cette famille est tombée est infâme ; elle est menacée de voir « galvauder son nom » , et compromettre l'honneur d'une chaste enfant, la petite fille, l'idole du marquis. Mais Olympe l'a dit assez pour qu'on n'en ignore : « Qu'ils me « donnent leur malédiction avec mes 500,000 « francs et je les tiens quittes du reste! > (acte II, s. xiv); au dénouement elle répète : « Je ne « demande qu'une séparation amiable, mais je ne « veux pas payer les frais de la guerre. » Que fait cependant le marquis à qui elle vient de
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parler ainsi? Il' marchande : « Votre nom vaut c plus que cela! répond Imtrigante qui triomphe. « «Ten aurai le double dans cinq ans. » C'est bien cher pour sauver le nom de ses aïeux et l'honneur de sa petite-fille ! Tuer est plus simple et meilleur marché. En définitive, c'est pour gagner une somme que ce héros fait cette justice.
Que sauve-t-il cependant? La pièce finit ainsi :
HENBI.
€ Fuyez.