‹ De la corruption littéraire en FranceChapitre 32 sur 48 · LE MARQUIS · texte numérisé non relu

LE MARQUIS

« Conserve-toi pour la Flandre! Régner, voilh «ta destinée; mourir pour toi, voilà la mienne. »

Art humain ! art sublime !

La Fleur des Saints célèbre aussi l'héroïsme : Quand S* Philippe de Néri et S' Félix de Cantalice se rencontraient, ils échangeaient les vœux suivants : « Que ne puisse-je te voir au « bûcher! — Et toi, sur la roue! — Puisse-t-on a te couper bientôt la main ! — Et toi, la tête 1 — a Puisses- tu être fouetté et lapidé! — Et toi, « tenaillé et noyé dans le Tibre. »

Puis, ils se donnent à Tenvi un travers pour

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se mortifier; l'un buvant en public, l'autre portant un chapeau ridicule.

Puérilités mystiques!

On connaît les beaux vers de Lamartine sur l'amitié de femme :

Mais, lorsque la main est plus douce, Je la serre plus tendrement.

Ne parlons pas des vices infâmes que l'on commence à mettre en roman. M. le sénateur, romantique et athée, Sainte-Beuve, nous suffira; au dire de M. Levallois, il n'admettait pas que c môme en amitié, on platonisàt avec les femmes » :

t On se demande toujours, disait-il, si Famitié sincère, forte, durable, est possible entre un homme et une femme. Oui, je le crois, cela se peut, mais à une condition : il faut qu'il n'y ait pas toujours eu amitié pure et simple; qu'à un moment, aussi court, aussi fugitif que vous le voudrez, la passion ait parlé, qu'il y ait eu abandon, faiblesse, — une seule, entendez bien, et jamais renouvelée. A ce prix-là et la dette à la curiosité wûa fois payée, on peut vivre l'un près de l'autre, au dessus de la rechute comme sans crainte de rupture. Je suis si persuadé de cette vérité que j'en veux faire une nouvelle intitulée : le Clou d'or. »

Ce clou d'or eût été de l'art sensuel.

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L'amour filial n'est pas plus respecté qu'aucun autre.

Berthe aux grands pieds, dans le poëme d'Adenez-le-Boi, oublie tout en apercevant son père et sa mère, pour tomber dans leurs bras^ Amour filial humain!

« Dans le CJiampiy dit Proudhon, après « avoir représenté l'enfant naturel comme un « modèle de dévouement filial, l'auteur lui fait « épouser sa mère nourrice, malgré le cri de la « conscience qui proteste contre cet inceste spi- « rituel.» — Amour filial sentimentaliste!

Un religieux, que sa mère vient voir, dit à S' Pacôme : « Mon père, assurez-moi que Dieu « ne me demandera pas compte un jour du scan- « dale que j'aurai causé au couvent en parlant à «ma mère. » S' Pacôme lui répond : « Ce que « vous dites est d'une grande perfection . » — (Ribadeneyra.) Ce S' Pacôme avait le don des langues.

La Flew des Saints raconte qu'un religieux, étant sorti sans congé pour aller voir sa mère,

> Voyez au chapitre III, § 1, p. 2«6.

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fat frappé de mort et qae la terre rejeta soq cadavre.

Idéal mystique!

Berthe, pour sauver son honiiear oublie nn TCBU et crie : c Je suis Beiue de France! » — Idéal humain.

DsnsJSos€ et Blaneie^ une Jeune fîlLe, vendue par sa mère, dit à Finâme aebeteur : c Faites, c je vous laîssemoncorps, je garde mon âme!» — Uéal romanesque.

c Ne maudis pas ces deux amants, dit Jacques en parlant de sa femme et de son amant, Qs ne sont pas coupables, ils s'aiment ; € Il nV a pas de crime où il v a de Famour sin- € cère. 1 — Idéal sensuel.

S*" Elisabeth, accusée d'adultère avec son confesseuB, s^écrîe :

« Béni sort mon doux Jésus ! Par amour pour lui, f ai renié la noblesse, la richesse, la jeunesse, la beauté; f ai renoncé à mon père, à mon pays, àmea en^ts, à toutes Les consolations de la vie. Je ne m étais réservé que mon honneur et ma réputation de femme. Mais voici qu il me le demande aussi, je la lui donne de bon cœur, paisqu il daigrue accepter

Chap. il ~ Lq/ÎRT rOOIT ETRE HUMAIN. 239

comme un sacrifice spécial Tabandon de ma bonne renommée, et me rendre agréable à lui par mon ignominie. Je consens à ne plus vivre que comme une femme déshonorée. »

Idéal mystique.

Le roi Guillaume d'Angleterre ^ a commencé son règne par des fautes; un ange lui ordonne d'aller en exil ; qu'y va-t-il faire pour se réhabiliter? Va-t-il, en bon chevalier, combattre les méchants, défendre les faibles? Perceval le fait et atteint le faîte de la perfection humaine. Guillaume devient valet d'un marchand et bientôt commerçant lui-même; il se réhabilite par le travail : Poésie humaine.

t Pourquoi, dit Tondalus à Tange, la puissance n'est -elle pas donnée aux bons afin qu'ils en fassent un bon usage? L'ange répondit : « Pour deuxraisons, « parce que les péchés des gouvernés exigent qu'ils f aient de mauvais princes, et parce que Dieu veut « éloigner les bons du pouvoir afin qu'ils puissent « prendre plus de soin de leur âme. »

( Vision de Tondalus,)

1 Dans lepoëme de Chrestien deTroyes qui porte ce nom.

L'ange qui chasse Guillaume du trône comprenait autrement la royauté ; mais ce poëte est profane. L'autre est mystique.

S*' Elisabeth, reine de Hongrie, lèche les plaies des lépreux, boit Teau qui a servi à les laver, couche sous le lit de son mari, se fait donner la discipline, refuse d'autre aliment que l'extase et se laisse souffleter par son confesseur Conrad. Un jour qu'elle n'avait pas assisté au sermon, pour soigner les malades, il la frappa avec violence. Ecoutez l'histoire :

« L'humble princesse ne fit que sourire et voulait s'excuser; il la frappa de nouveau jusqu'au sang. Elle leva alors les yeux au ciel et dit : c Sei- 4 gneur, je vous remercie de m'avoir choisie pour « ceci ! »

< Ses femmes vinrent étancher le sang et voulaient la consoler, elle leur dit en souriant : t Pour < avoir tout supporté. Dieu ma permis de voir le « Christ entouré des anges ; les coups du maître « m'ont envoyée au troisième ciel. »

t On rapporta cette parole à Conrad qui s'écria : « A.lors je me repentirai toujours de ne pas l'avoir 0 envoyée jusqu'au neuvième ciel, i

« Ce n'est pas avec les idées de notre temps i< qu'il faut juger de pareilles scènes, » dit M. de

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Montalembert, en les rapportant à notre temps. — Pourquoi non? Oublier le sermon pour les malades, cela mérite bien en tout temps les étrivières , quand on est reine ! — Poésie mystique!

« Une fois qu'il eut mis le pied dans le crime, « il voulut y nager, et rêva qu'il rendrait son a attentat respectable en le rendant immense. » (P. Souillé. — Les deux cadavres.)

Poésie sentimentale et sensuelle !

Croirions-nous avoir parcouru toutes les phases du suicide, depuis Raphaël, le Dieu sentimental de Julie, jusqu'à Adrienne, la prétresse de la religion des sens? Il nous en manque une espèce cependant, le suicide miracle.

S*' Pétronille, demandée en mariage, réclame trois jours de répit ; le troisième jour, elle fait dire la messe, prie Dieu de la délivrer de ce danger : elle meurt.

Voici un autre exemple, d'après l'abbé Gaume : Un gentilhomme, voyageant en Terre Sainte, visite les stations du calvaire ; à la dernière, il demande à suivre le Christ où il est ; il expire

d^amour. Son cœur éclate : c L'ardeur de son c amoar aTait fendo son cœur. On y vit ces <^ mots qui t étaient graTés : Jésus, mon 4 amoar! »

Miracles da mysticisme!

Cest ainsi que le roman nous apprend à rivre... el à mourir.

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