‹ De la corruption littéraire en FranceChapitre 5 sur 48 · L'ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

L'ÉCRIVAIN

Le beau est la splendeur du vrai, a dit Platon ; définition métaphysique complète si, par le vrai, Ion entend les lois universelles, et Ton pourrait dire : le beau est une loi accomplie dans toute sa splendeur.

Si Ton cherche le beau dans ses eifets, cette splendeur est Tappât qui unit Tôtre individuel à la vie générale, le charme extérieur qui nous attire et nous mène, par le plaisir, à Taccomplissement des lois physiques et sociales.

Ainsi, depuis le beau fruit qui nous fait venir Teau à la bouche, et Téclat du vin qui appelle nos lèvres ; depuis la belle nature , ses grandes formes, ses riches couleurs et ses admirables chants, sa vitalité et ses harmonies, qui nous font admirer la possession, la jouissance et l'expansion universelles de la vie, et qui excitent en nous le sentiment de cette puissance, le

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besom âe ces expsnaons; jnsqri a la beauté de Ia&xmie,pIastiqTie^ mtdlfietneile^ morale^ qui nous porte aux saMîmes fijciiTtés de ramour, aux âsîntes fécondités de la famfïïff, mère de nnrmanfté; jasqrt aux aris de la p«isée et de la forme, qni grandirent Tesprit et le cœur et poo^entirLonmie, par de nobles jonis^iceSyaTi dévdoppement de Ini-méme et an progrès de la cÎTilîsation, — le beau, splendeur de la vie, est Tai^^tnion de sa fêcondité.

Uart est le beau créé par rbomme et pour rhomme, dans les mêmes rues : la fécondité par le jjaisir.

La différence entre Fart et le beau apparaît au^tôt.Créé par rbomme. Fart, comme lui, est libre, faillible, progressif, responsable. Créé ^pour rbomme, 3 est, comme lui, inséparablement pbyaque, intellectuel et moral; la fécondité qu'il stimule ne peut être chercbée en dehors de ces trois modes de Tôtre bumaia; c'est la ciyilîsation. Uart est un attrait sublime, agent de progrès.

Le beau peut être purement physique : une loi naturelle accomplie à sa plus haute puissance, Toilà le beau. L*art est humain, il doit

harmoniser les lois de Thumanité. Dans la nature, le beau est tout ; le simple réel est indifférent au beau, le laid lui est opposé. DansTart, le beau physique est souvent réduit à la forme, au style ; le réel, le pittoresque, le grotesque et le laid sont des éléments du beau, et cette peinture suffit, pourvu que les conditions philosophiques et morales de l'art l'animent. La nature fléchit en créant des monstres; mais, de la création ou de l'admiration d'œuvreft^çerverses, l'artiste est coupable, la société souifre!*^

L'art et le beau sont les aiguillons de la vie, les appâts de sa fécondité ; mais pour l'art, la vie est la civilisation , le but est' lé- bien.

L'art étant ainsi considéré, tous les systèmes qui veulent le réduire à limitation de la nature, à l'unique beauté extérieure, à la photographie de la chair, à l'écho des sensations, au réel sans l'idée, à la forme sans la lumière, au corps sans l'âme , tombent et disparaissent devant son objet : le beau, qui est dans l'idée autant que dans la forme ; devant son sujet : l'homme, qui est intelligence et conscience non moins que matière ; devant son but : la jouissance de la vie, qui est aussi intellectuelle que

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physique, et sa fécondité, qui est aussi morale que matérielle. )

Et quel besoin l'art n'a-t-il pas de toutes les lumières ! Car son objet est saint, son sujet est grand, son but est sublime. Plus puissant quç le beau, il nous fait mieux comprendre, plus profondément sentir, goûter plus vivement la vie, la pensée, Tamour. L'univers lui appartient ; il nous unit à la vie générale, dans toutes les jouissances de notre être, dans l'harmonie de nos facultés; tout en nous grandit sous ce charme; sens, tète et cœur, il nous rend plus hommes, et sa puissance, mère de l'héroïsme et de la vertu, s'étend sur le corps même; car les peuples artistiques , nourris de cette manne céleste, produisent à la fois les mœurs les plus policées et les générations les plus belles.

L'artiste, qui comprend l'art ainsi, ne peut s'y élever qu'en se faisant homme dans toute la splendeur du mot : homme par la pensée et par les mœurs ; par le sens du beau, par la science de l'esprit et par l'élévation du cœur.

Scribendi rectè, sapere est principium et fons.

Ce fond de Tart, dont parle Horace, est le vrai dans ses deux modes : pensée et action, science et sapience, savoir et devoir, vérité et vertu , sagesse et sagie ; le verbe latin saper ôy comme l'adjectif grec dotpoc, réunit ces deux significations, et Horace a en vue l'une et l'autre, car il vient de conseiller l'étude des modèles grecs, de railler l'ignorance, la paresse, le mépris de l'art chez les poètes crasseux, et,aussitôt après, il s'en réfère à Socrate, source de philosophie et de sagesse, il Snumère la science des devoirs : « ce qu'on doit à ses amis a et à la patrie, comment on aime un père, un « frère, un hôte, etc., » et il va attribuer au ijiépris des richesses, à l'amour de la gloire, les succès littéraires de la Grèce : Prêter laudem nullius maris.

« Les mœurs avant tout, dit- Quintilien, « doivent être cultivées par l'orateur, et la « science de l'honnête et du juste approfondie « sans cesse; car sans elles nul ne peut être « homme de bien, ni grand orateur. »

Sibilet fait sortir la poésie et la vertu d'une source commune, qu'il voit « en ce profond abîme céleste où est la Divinité » .

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