‹ De la corruption littéraire en FranceChapitre 6 sur 48 · LIV. IL — L ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

LIV. IL — L ÉCRIVAIN

« Tes paroles out la grâce à la surface et la sagesse au fond, » dit, dans TOdyssée, Alcinoûs, en comparant Ulysse à un poète :

En effet, le poète qui ne pense point ne produira que de brillantes bulles de savon, prendra pour idées les ondes vagues de la mélodie, chantera au hasard les préjugés qui égarent les peuples, les mauvaises passions qui les perdent. L'homme corrompu, Técrivain qui n a ni sens moral, ni bonnes mœurs, aura beau chercher le vrai, il ne préservera pas son œuvre de la gangrène de son esprit ou de son cœur.

La grandeur intellectuelle et morale, qui doit vivifier les œuvres de Tart, doit enflammer d'abord le cœur de l'artiste.

Écoutons Longin développer ces conditions morales des lettres, en cherchant « les causes de la décadence de l'esprit » .

« C'est le désir des richesses dont nous sommes tous malades par excès, c'est l'amour des plaisirs qui, à bien parler, nous jettent dans la servitude, et nous traînent dans le précipice où tous nos talents sont comme engloutis. Il n'y a point de passion plus basse que l'avarice, il n'y a point de vice plus

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infâme que la volupté. Je ne vois donc pas comment ceux qui font si grand cas des richesses et qui s'en font comme une espèce de divinité, pourraient être atteints de cette maladie, sans recevoir en même temps avec elle, tous les maux dont elle est naturellement accompagnée....

« Sitôt donc qu'un homme, oubliant le besoin de lavertii, n'a plus d'admiration quepourles choses frivoles et périssables, il faut de nécessité que tout ce que nous avons dit arrive en lui; il ne saurait plus lever les yeux pour regarder au dessus de soi, ni rien dire qui passe le commun : il se fait en même temps une corruption générale dans toute son âme; tout ce qu'il avait de noble et de grand se flétrit et se sèche de soi-même, et n'attire plus que le mépris.

« Et, comme il n'est pas possible qu'un juge qu'on a corrompu, juge gainement et sans passion de ce qui est juste et honnête, parce qu'un esprit qui s'est laissé gagner aux présents ne connaît de juste et d'honnête que ce qui lui est utile; comment voudrions-nous que, dans ce temps où la corruption règne sur les mœurs et sur les esprits de tous les hommes, où nous ne songeons qu'à attraper la succession de celui-ci, qu'à tendre des pièges à cet autre, qu'à tirer un infâme gain de toutes choses, vendant pour cela jusqu'à notre âme, misérables esclaves de nos passions ; comment, dis-je, se pourrait-il faire que, dans cette contagion générale, il se trouvât un homme sain de jugement et

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