‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques (volume 2)Chapitre 16 sur 61 · PAR LES TAITS PHYSIQUES · texte numérisé non relu

PAR LES TAITS PHYSIQUES

Les dates que nous avons adoptées pour rapparitîon de rhomme et le renouvellement de Tespèee hamaine, nous amènent naturellement à examiner si tes faits physiques s'accordent ou non avec elles. Avant tout, il faut s^assurcr si ces dates coïncident avec Tépoque où les diverses parties des continents ont pris les formes et les dispositions qu'elles présentent. Elle ne parait pas différer des temps où les causes qui ont modifié la surface du globe, ont agi dans leurs limites aeteellea.

Pour apprécier avec exactitude la date de la venue de rhomme , nous distinguerons les phénomènes antérieurs à son apparition deeeuiqui lui ontétécontempo* rainsou postérieurs. Les premiers, quellesqu'en soient la grandeur et l'étendue , sont tout à fait in

pour fixer l^antiquité de notre espèce ; les seconds seuls peuvent nous permettre de la déterminer avec quelque précision.

Cest pour ne pas avoir fait cette distinction si naturelle, qu^on a imaginé tant de calculs pour prouver Tancienneté de la terre , croyant démontrer celle de Fespèce humaine. Évidemment il n^y a rien de commun entre ces deux époques, la terre ayant été formée bien avant Tbomme, ce dernier n'étant venu que long-temps après les végétaux et les animaux.

Les principaux matériaux qui composent la charpente solide du globe , aussi avant que nous pouvons pénétrer dans son intérieur, et aussi haut que nous pouvons nous y élever, n'offrent point de débris de la vieu Ces matériaux nommés terrains primitifs ou azootiquesi ne présentent aucune trace de débris organiques, ils leur sont donc antérieurs , et ont dû précéder leur existence.

On doit juger par leur ensemble, que cette partie de la terre est beaucoup plus ancienne que les êtres organisés. En effet, les terrains primitifs constituent la presque totalité du globe, et les dépots fossilifères la pellicule h plus superficielle. Dès-lors, la terre a du être créée comme corps distinctif et particulier, avant Vé^^ fOffàe à laquelle elle a reçu des êtres vivants.

Moise nous Ta appris en disant, qu'au commencement Dieu créa le ciel et la terre, et que plus tard, notre

planète reçut des dispositions nouvelles , toutes favorables au développement des étrés dont elle était privée dans Vorigine.

Les faits géologiques confirment de toute leur autorite, ces paroles de Técrivain sacré ; d'après eux, il est facile de tracer sur le globe les points où la vie a commencé, et de les distinguer de ceux où elle n'existait pas encore. Ces derniers, supérieurs aux premiers, en élévation et en étendue, le constituaient en entier dans les premiers temps. Les dépôts qui renferment les débris de la vie, n'ont été précipités dans leurs formes et leurs dispositions actuelles, que bien postérieurement Ces modifications et celles qui ont produit le dernier relief de la surface^du globe, bien récentes à côté des terrains primitifs, ne se rapportent donc pas , comme eux y, à Torigine de notre planète.

Un intervalle immense , dont'nous ne pouvons pas apprécier Tétendue, a séparé la formation de la terre, de l'apparition des êtres vivants. Mais ceux-ci , bien jeunes, en comparaison de ces temps, sont-ils du même âge que Thomme ? Nous avons déjà vu qu'il en était différemment, et que l'espèce humaine était la plus nouvelle entre les races vivantes. C'est un des points de kl science les plus constants et{les plus positifs.

Aussi ceux qui reculent le plus la présence des débris humains dans les couches terrestres, ne l'admettent que dans les dépôts les plus récents de la dernière époque

géologique, ou dans les dépôts diluviens. Les anciennes générations, dont nous avons embrassé Tensemble dans trois grandes périodes, avaient déjà passé sur la terre, lorsque F homme y a posé pour la première fois le pied. Dès-lors est-il bien rationnel, pour apprécier la date de sa venue , de calculer l'espace de temps nécessaire pour produire les dépôts fossilifères ou pour permettre aux volcans actuellement brûlants d'élever leurs nombreux pitons, ou aux soulèvements d'effectuer le surgissement des grandes chaînes. Tous ces effets peuvent bien nous apprendre que la terre est fort ancienne , et même les animaux qui nous ont précédés ^ mais anté* rieurs a notre existence , ils ne peuvent rien nous dire sur la date que nous cherchons à apprécier.

Nous essayerons de fixer l'établissement de Thomme sur cette terre si ancienne relativement à son origine , par une toute autre voie, c'est-à-dire par l'examen des causes qui ont [concouru à son apparition. Nous étudierons l'action des eaux des mers et des eaux courantes sur les continents , ainsi que les modifications qu'elles y ont produites, en ayant soin de distinguer les effets anciensdes effets nouveaux. Nous étudierons également la marche des éboulements, les mouvements des glaciers, l'épaisseur des tourbes et de la terre végétale, le plus récent des produits de l'époque historique.

Sans doute l'examen de ces causes, sujettes à de

iiooibreases Tariations, n est pa$ susceptible d^une solation prédse ; il peut cependant conduire à des résultats précieux et d'une assez haute portée. On doit être content lorsque, dans une pareille matière, on parrient à renfermer la vérité dans des limites même fort indécises. Si ces approximations ne peuvent pas satisfaire entièrement notre curiosité ni suffire h toutes nos exigences , elles ont néanmoins un puissant intérêt, puisqu'elles nous ouvrent des perspectives nouvelles dans la profondeur du passé.

Ces recherches ont changé en entier les opinions que Ton s'était faites de la chronologie terrestre. Les idées de création par succession, enchaînement et conttnuiié , ont remplacé les anciennes idées de création avec explosion et instantanéité. Ainsi , les majestueux plién<»nénes des commencements de la terre se sont vus nantis d'une durée en harmonie avec leurgrandeur et leur étendue.

On a enfin compris que tous les phénomènes terres*» . très n'ont pas été opérés par des causes dont l'action a complètement cessé ; mais seulement par des causes plus puissantes et plus énergiques que celles qui agis» sent maintenant. Leurs effets sont une suite nécessaire de la constitution de notre planète et du mode de sa formation.

Avant d'entrer dans Texamen des diverses modifica^ tions que la surface du globe a éprouvées, ne perdons

pas (le vue que souvent nous sommes disposés à coqsidérer comme éternelles les choses dont nous ne prévoyons pas la fin , et comme fixes celles dont nous né saisissons pas le déplacement. Ainsi , parce que nous n'étions pas avertis dii mouvement qui nous entraîne autour du soleil dans les espaces du ciel, nous avons long - temps regardé la terre comme un piédestal immobile.

De même , parce que Jes changements qui s^opèrent dans sa forme^ nous échappent à cause de la grandeur de leur durée et de la petitesse de leurs effets, nous sommes portés à envisager sa configuration extérieure com« me quelque chose d'invariable. Les fleuves, les montagnes , les lies , les rivages , tous ces accidents qui marquent sa figure ont pour nos sens une physionomie absolue et dont les traits ne sauraient souffrir aucune altération, parce que rien de tout cela ne s'altère ni ne change à vue d'œil. Nous accordons nos idées à cet égard, comme si tous ces objets étaient immuables, précisément parce que leur altération est insensible.

Telle n'est pas cependant la loi de notre monde où tout passe et s'évanouit, ou du moins est sujet à de nombreuses et d'importantes variations.

Après ces observations générales , nécessaires pour comprendre toutes les difficultés de cette question, portons notre attention sur les causes qui depuis la venue de l'homme ont plus ou moins modifié le relief du

giobe ; com'mençôâs cette étude par une des causes les plus influentes, celle qui résulte de Taction des eaux courantes.

î. — De V action des eaux courantes sur la surface du globe.

La partie la plus superficielle de la terre senible avoir été récemment modelée sur les continents les plus nouveaux, comme TAmérique et la Nouvelle -Hollande. Néanmoins, les effets qui se produisent de nos jours paraissent bien faibles à côté de ceux qui ont été opérés avantles temps historiques. Ces effets, soit particuliers, soit généraux, sont sans importance lorsqu^on les examine non-seulement dans leur ensemble ^ mais encore dans leurs détails.

L'accumulation des débris des rochers qui entourent le pied des hautes chaînes des montagnes est aussi insignifiante que les progrès faits par les rivières pour combler les lacs à travers lesquels elles s'écoulent. Cependant les eaux courantes déposent journellement, et d'heure en heure, des limons assez considérables , et nulle part ils n'ont acquis une grande étendue. A la vue de ces faits dont la vérification est si aisée, il est difficile de ne pas être convaincu que quelques milliers d'amiées suffisent pour se fendre compte de Tétat actuel des choses. I. IG

Ëti effet, on peat se former une idée préei^e de la dernière révotiiiioii qui a ravagé la surface de la terre , en comparant les effets produits par elle avec^ ceux qui ont lieu sous nos yeux. Il ne s'agit donc que de mesurer l'augmentation des delta des rivières ou des terrains gagnés sur la mer à Tembouebure des fleuves par le dépôt graduel des limons qu^ils entraînent dans leur cours et de les apprécier depuis .un espace de temps bien déterminé. Ainei , en conBultant tes monaments hietoriques, on peut, a une date donnée, fixer arec exactitude là distance de la mer à la tète du delta, calculer ee qa^elle a gagné depuis et évuluer son augm^talion annuelle.

En comparant ensuite cet eepaee avec retendue to* taie du territoire à la rivière, il est facile d'évaluer de* puis combien de temps leurs eaux coulent dans leurs lits actuels et ont produit les dépôts qui ont augmenté ée territoire. C'est par de nombreux exemples des atterrissements opérés par cette cause susceptible d'une appréciation exacte qu*on a reconnu que les faits physiques lie permettaient pas d'accorder une longue période à Toction des eaux courantes. Cette conséquence est sur^ toutfrappante, lorsqu'on porte son attention sur fes atterrissements d«s fleuves qui, comme le Nil, le MisstssipietrOréiBoque^ entraînent aveceux des dépôts si considérables, que leur augmentation annuelh peut presque s'appeler visible. Comme raccumulation ds 49es

dépâ<8fi'a nutte partopéré de gftndbfitete^ eUénepeut pas avoir exigé des milliers d'années poir atteindre bmi Bivôatf «tilel.

Tons les antres cbronomfetres fonmis par les phénomènes naturels condnîsent h la même conséquence , pniscpie leurs résultats sont constamment les mêmes. Anssi ne devons-nous pas être surpris quelesphis grands géologues aient avancé que s^il y avait une vérité incontestable , c^est que l^état actuel des continents ne pon« vatt pas être fort ancien. Cette opinion a été surtout adoptée par Cuvier et M. Bucktand, et cek par des motifs bien autrement puissants que ceux qu'on leur a gratuitement supposés , d^avoir voulu justi^r les dates du Pentateuque.

Examinons maintenant Taclion et |es effets particuliers qu'a exercés sur la surface du globe le cours ordinaire des fleuves et des rivières. Étudions-les particulièrement dans les lieux où .la vitesse de leurs eaux se ralenlit^ et mieux encore dans ceux où elle s'arrête par leur arrivée.dans la mer et les lacs où les limons qu'elles eliarrient se déposent et forment des accumulations progressives.

Oft peut j«fi(|ii'à un <)eiteia point en cafculer retendue ioli^ et flaéoe enappi^ier la mardM «•nueUe. Ces principaux fondements de Ja tjironologi^ dfi» périodes i^oderaeei «ont Mpeiuknt «avironnéa de grandes

difficultés, lorsqu'on veut établir sur elle dès données un peu précises.

Voyons ce que nous apprend à cet ^rd le Nil, le fleuTc le plus commode pour ce genre d'observation^ à raison de la périodicité de ses inondations.

Les anciens savaient , et Hérodote l'atteste dans son liistoire, que TÉgypte était un présent du Nil; et que le sol superficiel de cette contrée avait été en grande partie formé par les atterrissements de ce fleuve. Des excavations faites dans la vallée qu'il parcourt, jusqu'à une assez grande profondeur, montrent un sol composé de couches alternatives de limon ou de sable, qui ne sont autre chose que les résidus des dépôts périodiques. S'il faut en croire les prêtres de Memphis, au temps de Menés, tout le pays, depuis Thèbes jusqu'à la mer, c'est-à-dire une étendue de près de sept journées de navigation, n'aurait été qu'un vaste marais comblé peu à peu par les terres charriées par les alluvions.

Hérodote avait conclu de ses propres observations, qu'il devait en être de même des parties supérieures de la vallée, jusqu'à trois journées de navigation audessus de Thèbes. Enfin, d'après cet historien^ si le Nil, au lieu de se répandre dans la Méditerranée, s'était perdu dans la Mer-Rouge, il ne lui aurait guère fallu plus de dix mille ans pour combler entièrement cette mer étroite et peu profonde.

On sent combien cette évaluation, faite par Héro*

dote, est hypothétique; d'abord, comment apprécier la quantité des ]imons que le Nil pouvait apporter à cette époque, en comparaison de ceux qu'il avait pu y entraîner lorsque ses eaux commencèrent leur action.

N'est il pas évident qu^alors ces limons étaient plus considérables et qu'ils ont diminué successivement dans un rapport proportionné à la rapidité des pentes qu'ils couvraient? D'ailleurs, Faction des eaux de la Mer-Rouge les aurait rejetés sur le rivage et les vents les auraient bientôt dispersés. Nous ne voyons nulle part les ports et les anses situés au-dessous des grands cours d'eau, éprouver dans l'exhaussement de leurs fonds, des différences de niveau appréciables.

S il était possible d'ajouter quelque confiance à la chronologie des dynasties égyptiennes, Menés, placé par elle douze mille ans avant Hérodote, serait un excellent point de départ pour le calcul des progrès des alterrissements du fleuve. Mais r^>oque à laquelle cette chronologie suppose que ce prince aurait vécu est tellement hypothétique, que nous verrons plus tard qu'elle ne remonte pas à plus de 4455 ans avant Tépo^ que actuelle. Sans doute cette date représente dans la tradition humaine une antiquité déjà fort grande; malheureusement ce n'est point sur elle qu'a été fondé le calcul de la marche des anciens atterrissemeals du Nil.

Les seules données que Ton ait pour déterminer Ta-

vancdment séculaire du terrain , datent do temps deâ ermsfldes, par conséquent d'une époque peu éloignée de nous. I>^aprè8 ces données encore fort ineertaines^ le continent gagnerait sur k mer environ mille mè* très tous les eent ans. Cette quantité^ adoptée par Cuvier^ lui a servi pour évaluer la marche des atter« rissements qui ont formé le Delta de FÉgypte.

Ce nombre a paru fort ^agéré à certains observateurs; cependant d'autres fœlts prouvent qu41 est bien «tt-^isotts de la réalité. Ainsî^ vingt-six ans ont suffi pour prolonger d'une demi-lieue un eap en avant de Rosette y ce qui donnerait on accroissement d^environ deux lieues toua les e»t an», c'est-à-dire, dix fois plus GonaidéraUe que eefaii admis par Ouv^r.

Ces faits prouvent ipielles ineerlitudes régnent sur de pareilles évaluations ; il en est de même de celles qui sont relatives à rexbaussemenC du sol. D'après M* Giraolt, il s'élèverait d^on mètre vingt-six cenliniètrès par mille ans; évidemm^t cette mesure est tout au plvs appmimative. L'exhaussement produit par les alluvions est nécessairement très ditlérent» selon qu'on l'observe dans le haut de la vallée du Nil, ou près de remboucliare de ce fleuve ; dès^lors, on ne peut fonder des nombres précis sur des bases aussi variables.

Tout ce que Ton sait de positif sur la marche des alluvions qui s'opèreut constamment en Egypte et qui devaient s'avancer dans le principe plus rapidement

qQ^anjaord^bai, e^est que les villes de Roselte et de Damiette, bfttîes mut le Delta» au bord de la mer, il y a moins de mille aus, en sout aujourd'hui à deu(

11 résulte encore des cèservations laites pendant Texp péditiou française, que le sol de ce pays s'exhausse eu même temps que son littoral s'étend. Le fond du NiJ s'élevant en même temps que les pUiines adjacentes, rinondation dépasse aujourd'hui de beaucoup les hauteurs où elle parvenait a peine dans les siècles passés.

Ainsi, à Éléphantine, l'inondation est maintenant supérieure de sept pieds, aux plus grandes hauteurs qu'elle atteignait sous Septime^évère, c'est-à-dire 4 647 années avant l'époque actuelle (1841)^ Par suite de la marche de ces atterrissements et des limons que le Nil dépose sans cesse sur les plaines de l'Egypte, la fertilité de cette contrée, comme celle de tous les terrains qui reçoivent d'abondantes alluvions, s'accroîtra d'une manière proportionnée à la marche de ces atterrissements*

Examinons maintenant d'autres faits qui peuvent aussi nous éclairer, sur la quantité de l'exhaussement que les alluvions du Nil ont opéré sur le sol de TÉgyple.

On voit près de la porte occidentale du palais de

arnak, deux sphinx aujourd'hui presque entière-

ment enfouis sous le sable. D'après Girard, ces sphinx sont inférieurs de 4 "*, 64. au niveau moyen de la plaine. Le dessous du piédestal de la statue de Memnon, sur la rive opposée, est inférieur de 4°", 92. au terrain adjacent. Le peu de différence de ces deux quantités annonce que le sol de la ville de Tbèbes devait être à peu près au même niveau sur les deux rives du fleuve, ou ce qui est la même chose, que ses différents quartiers étaient à peu près contemporains.

Aussi, en combinant cette observation avec d'autres faits non moins précis, Girard a admis que depuis Tépoque de l'établissement du monticule factice, sur lequel la ville de Tbèbes était bâtie, le sol de la vallée devait s'être exhaussé d'environ 6 mètres. 11 a été confirmé dans cette idée , en voyant qu'il existait auprès du palais de Longsor, comme à Karnak, une différence d'environ 6 mètres entre le niveau actuel de la vallée et celui de la surface sur laquelle a été bâti ce palais.

Malheureusement, nous ne connaissons pas l'époque de la fondation de Tbèbes , et encore moins celle de Téminence artificielle destinée à recevoir les constructions colossales dont nous admirons aujourd'hui les restes. Dans l'ignorance où nous sommes à cet égard, la différence de niveau de l'ancienne plaine et de l'ac* tuelle, ne peut servir à déterminer l'exhaussement séculaire du sol.

H faut donc rechercher l'époque probable de

l'établissement des monticules fdclices sur lesquels la ville de Thèbes a é(é batié. Des observations précises prouvent que dans une période d'une certaine durée, Texhaussement moyen de la vallée de TÉgypte était à peu près égal à Texhaussement moyen du lit du Nil. Ce dernier parait être de 0"", 126. par siècle. Ce nombre est le même que celui admis par un autre observateur que nous avons déjà cité. Comme la diiïerence de niveau dont il s'agit est de 6 mètres, l'époque chercbée doit remonter à 4760 avant la date des observations de Girard (4799), c'est à dire, h 2964 avant l'ère chrétienne, ou environ 458 ans après le déluge, suivant la chronologie des Septante. /

Ce fait est de la plus haute importance, non-seulement en ce qu'il nous donne une idée de la mesure de l'exhaussement du sol de TÉgypte; mais surtout parce qu'il prouve que les monuments de cette contrée sont bien postérieurs au déluge, même en admettant que la viiie de Thèbes, dans laquelle ils étaient compris, existait avant cette époque.

On ne doit pas non plus perdre de vue, qu'au temps de la construction des monuments de Longsor , la plaine de Thèbes s'était déjà exhaussée de 2 mètres environ , depuis Tépoque des premiers remblais qui y avaient été faits. Or, cet exhaussement a exigé à peu près un intervalle de seize siècles : il eu résulte que les

moDimients de Longsor ne remontnraieiit qu'à 5460 ans avant Tève chrétienne.

Sans doute, ce sont de simples conjectures; mais elles sont renfermées dans des timites de probabililés assez grandes pour y avoir quelque confiance* Ob le doit d autant phis , que quoique les dépots séculaires doivent varier et varient en etfet d'épaisseur^ suivant que les points que Ton examine sont placés à des distances plus on moins considérables des digues des plaîoas, ces différences d'épaisseur ne sont que temporaires. En eiTet^ les causes qui les ont produites tendent ensuite à les faire disparaître et coooourent à ramener à Tide»tité Teihaussement moyen du Nil et celui de la vallée.

Les observations de Girard, qui donnent à cette élévation moyenne de la vallée de TÉgj'pte , 0"", 426. par siècle, confirment ropinion des anciens sur la formation du sol de celte contrée. Elles assignent avec le degré de précision qu'on peut espérer en pareille matière , la quantité séculaire de cet exhaussement. En prenant ce point comme démontré, et appréciant avec cette donnée, l'espace de temps depuis lequel ce sol a commencé de s'élever, il est nécessaire de distinguer les alluvions des temps géologiques, de celles qui ont été opérées pendant Tépoque historique. Sans cette distmction, on confondrait des phénomènes de dates bien différentes.

Sans doute, le sol de la vallée de TÉgyple s'exhausse

de plus «I plM, par les dép6ts qu'y laisse le Nil; mais les débordements aiuiueU de ce fleuve, et les change* ments de direetîoa y aui^quels il est sujet , ne sont pas les seoles causes qui modifient Taspect de cette contrée. Les venta qui y régnent n'exercent pas uue moindre influence, pour en ftôre varier les limites et en changer la surface.

Les saUes des déserts dépourvus de toute végétation^ qoi bordioit la vallée de l'Egypte^ sont d'une extrême mobilité. Ils la doivent à leur température élevée, qui est de + 56 degrés, les rayons du soleil y arrivant presr que d'apiomb une partie de Tannée. Celte atmosphère enflammée enveloppe en quelque sorte les régions qui occupent toute rétemfaie de l'Afrique ; tandis que Tévaporation continuelle des eaux de la Méditerranée entretient à one température beaucoup plus basse , la partie de Fatmosplière élevée au*desfus de cette ma*. Cette diversité de ten^rature , et la tendance à l'équilibre manifestée dans toutes les couches d'air, d'inégale densité , font régner a peu près constamment des vents du Nord^ sur la bande Septentrionale de l'Afrique.

Les saMes poussés par eux arrivent sur les bords du Nil; ils ne s'arrêtent pas sur ses rives pour y former des dunes. Une partie est jetée dans le lit du fleuve, et se trouve entrainée avec lui* Aussi, les matières charriées par le Nil sont de deux sortes , les sables et les limons. Ces derniers changent souvent la couleur des

eaux du fleuve , et paraissent provenir des pays que le Nil parcourt au-dessus de la dernière cataracte.

Telles sont les principales circonstances, qui concourent à exhausser d'une manière constante le sol de TÉgypte. On a pu jug^er d'après ce que nous avons dit, quelles sont celles qui peuvent être susceptibles d'une appréciation exacte.

Les alluvions qui ont couvert une grande partie du sol de la basse Egypte, n'ont pas dû commencer à une époque fort éloignée ; car d'après Dolomieu , elles n'occupent pas plus de A ,000 lieues carrées. Ces atter* rissements, quelque considérables qu'ils soient, le sont moins encore que ceux des grands fleuves du nouveau monde, dont les débordements sont constants et pério« diques comme ceux du Nil.

Néanmoins les alluvions continuelles qui ont lieu aux embouchures du Mississipi, au fond du golfe du Mexique, n'ont pas comblé dévastes espaces de terrains, pas plus que celles opérées par les fleuves de la Plata et de l'Amazone au Brésil , et enfin par l'Orénoque. Malgré la grandeur et la rapidité de ces fleuves, . les plus considérables de ceux qui parcourent la surface terrestre, leurs eflets sont extrêmement bonvés.

Cette conséquence se déduit également du peu d'étendue qu'occupent les dépôts des bois flottés que le Mississipi entraine vers son embouchure, ou ceux qui se produisent sur les côtes des mei'S polaires. Tous ces

phénomènes y extrêmement restreints, ne sont donc point fort anciens. '

La grandeur des atterrissements qui a lieu d'une manière constante, ne dépend pas uniquement de Tespaee de temps depuis lequel ils s'opèrent , mais d'une foule d'autres circonstances. Leur étendue est influencée par la violence des pluies qui donnent plus d'acti- TÎté aux courants des fleuves, ainsi que par la friabilité des matériaux sur lesquels leurs eaux exercent leur action. Il en est de même du plus ou du moins d'encaissement que présentent les rivières, et d'une foule d'autres causes tout aussi variables, et sur lesquelles il n'est pas possible d'établir des calculs précis.

Ces différentes causes doivent avoir agi avec beaucoup plus d'intensité, lorsque les atterrissements des fleuves ont commencé à se former, que dans les temps actuels. Gomment dès-lors vouloir en mesurer l'action d'après les effets qu'elles opèrent de nos jours? En suivant une pareille marche, on arrive à des résultats tout à bit gigantesques, et hors de proportion avec ce que nous apprennent les monuments et les traditions historiques.

Ainsi, on a voulu supposer qu'il aurait fallu au Nil plus de quarante mille ans pour transporter les terrains nécessaires a la formation du sol de l'Egypte. Nous adopterons, si l'on veut, cette supputation ; mai^ ce que nous contesterons^ c'est que ces quarante mille

ans soient postérieurs à l'apparition de llioinme.

La question n^est pas de savoir depuis quelle époque les alluYions ont eomnneneé a se fonti€r, oiaia si rfiomme est apparu sur la terre antérieurem^it à la formation de toute alluvion. Or, les foits nom apprennent que les couches les plus supérieures des terrains tertiaires sont essentiellenient des formitions de transport. Aussi, bien des obserrûteut^sies ont-ils eonfoodues aTcc les dépôts diluviens d<Hit la date et le mode de formation sont totalement différents.

Ces couches tertiaires sont composées de sables plus ou moins pulvéruienis, souvent m^ne de graviers et de cailloux roulés, enb^tnés dans le ïmmn de Tancienne mer par les fleuves des temps géologiques , et laissés sur les continents lors de la reiràile dés eaux salées. Ces sables ; dont Tépaisseur est «xtt^èoieaaent considérable, ont reçu parfois le nom de faluns /lorsqu'ils renferment un grand nombre de coquilles.

Les terrains quaternaires, d'un âge plus récent en*» core, sont également formés par des matétiaux de transport ou d^alluvion, et terminés par le dilavîoBi. Évidemment, les divers dépôts qui en font partie sont de différents âges , aussi bien que les forrastioas qui les surmontent. En effet , certains paraiasent contemporains de Fespèce humaine, et même poelérieurs à Pinveniion des arts, puisqu'ils en renlermettt fes produits. Mais il en est de plus épais et de plus éteados.

ooastauMiest inférieurs aux premiers, et qui sont au eontraire anlérieurs à rexiftenoe <le rhomme : ces derniers n'en recèkot jenuis les débris, fuoiqu^iJs soient ioia d^étre d^ourrus de corps oi^aaisés; seule* Bieni les espèces qn'ib Tenfermeut ne sont pas les Hièiiies que celles des plus jeunes de ces dépôts.

Les uns et les antres font partie des atterrissements du Nil, comaie de toos les fleu?es de La terre ; dès-lors on conçoit les erreurs auxquelles a dû amener Tapprécîation d'effets produits à de longs intenralles, et par les causes les phis diverses. Les pins anciens dépôts de transport des terrains tertiaires semblent avoir été formés d'une manière lente et graduée, h en juger par leur diepositioa et leur régularité, il n'en est pas de mémt de la cnose qui a dispersé les dépôts diluviens ; œlle-d a été soudaine et violente, ainsi que Tannoncent tes nombreux eaUlonx roulés et la mutilation des restes organiques que Ton y voit disséminés.

On doit appliqua à ces derniers tont ce que les tradiliaifts des peuples nous apprennent relativement à eeUe inondatioft postérieure à l'apparition de l'homme^ et dont les traces sont si évidentes à la surface du globe. Cet accord Pemarquable entre les faits physiques et les nmioiaeQte de rhistoire, doit nous porter à faire tous noa eflorte pour lever le voile qui cache encore une partie des faits qu'il nous importe de connaître et de bien oontfater.

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