SC
Ce voile n'est pas assez épais poar ne pas nous permettre de juger que le diluvium et les dépôts d^alluvion ne doivent pas être compris dans les terrains qui peuvent nous donner des idées précises sur Tépoque à la« quelle les fleuves ont recommencé à déposer leurs troubles. Seule elle est liée avec le renouvellement de Tespèce humaine, et Fantiquité des continents terrestres dans leur forme et leur disposition actuelle.
Cette date si importante pour l'histoire de Thomme et celle du relief de la surface de la terre, ne sera bien connue que lorsqu'on aura distingué la partie des terrains d'alluvion, antérieure aux dépôts diluviens de celle qui leur est postérieure. Tant que Ton ne fera pas cette distinction , on confondra des dépôts d'âge très différent, et par conséquent on ne pourra pas apprécier avec exactitude l'époque à laquelle ont commencé à se produire les terrains d'atterrissements postérieurs au diluvium.
Malgré cette confusion et la rapidité attribuée par tous les observateurs à la marche des atterrissements, ils n^ont produit nulle part de grands effets. Les naturalistes sont tous d'accord sur ce point important, que pour évaluer leur commencement à 5 ou 6000 ans, il faut leur supposer, dans le principe de leur formation, une plus grande activité que celle qu'on leur voit maintenant.
A celte conséquence tendent les recherches de Dolo*
mien et de Girard sur les atterrissements de TÉgypte^ d'Âstruc, sur celles du delta du Rhône, et enfin de Deluc, Fortis, Prony et Wiebeckling, sur les alluvions des côtes de la mer du Nord, de la Baltique, de l'Adriatique et de la Hollande. Leurs observations méritent d'autant plus de confiance, qu^elles ont été entreprises dans des pays divers, à des époques différentes, sans qu^ils se soient communiqué leurs travaux, et sans idée préconçue. Un pareil résultat déduit de Fensemble des recherches de ces physiciens, et dont Faccord est si parfait avec l'époque assignée au renouvellement da genre humain, par les monuments historiques, est une preuve de Texactitude de ces recherches , aussi bien que des documents fournis par ^histoire.
Ce que nous venons d'observer à l'égard des atterrissements du Nil, nous pouvons le dire également de ceux du Pô : du moins ce fleuve dépose une quantité de limons d^aûtant plus grande, quMl reçoit un grand nombre de rivières, telles que la Trébie, le Taro et I9 Reno. Le Pô débordecependant rarement, et n'exhausse jamais ses bords, tandis qu'il élève constamment son lit ou son foiid. Aussi, sa rapidité entraînant presque tout le limon, qui ne peut séjourner sur ses rives, on estc^ligé de le contenir dans de fortes digues.
Le Pô est donc un des fleuves qui produit les ensa-*
Mements les plus considérables , à tel point qu'à son
embouchure les alluvions empiètent sur la mer I. 17
— ZDo —
Adriatique, d'ç&viron 90 mètres pçr an. On eat dooc peu surprix ^ à raison de la rapidité des allavioas de ce fleuve, que la ville d'Adrta, bAtie après le siège de Troie, il y a maiptenast près de trois mille ans, sur le rivage de la mer, «n soit distante de six iieue&. Ujie autre cause y a égalemeat contribué, c'est qu'auprès des emboucbui*es do Pu, la mer est peu profonde; ainsi lesalluvioQs gagnent plus vite sur elle, â^'étendent aussi <» peu de tenps, de manière à couvrir prompte* meni de vastes élendues de terrains.
£n examinant la grandeur des alluvions du P&i on a supposé, mais bien gratuitement, que toute la partie supérieure de la vallée, depuis la mer Adriatique ju»* qu^à Turin, devait être pcimitîveaient ungoUb profond, et ^e son sol actuel, sur un espace de [Jua de 80 Jieues, était ^entièrement formé par les matériaux que le fleuve charrie. Abis, ce qu^il y a de cartain, c'est que la plus grande partie de ceamatériaux, composés de sa* bles> de marnes, de cailloux roulés, arrachés proba- Jjilemant aux pentes des AJpesetdes Apennins, appartiennent aux temps géolc^iques et paraissent se rap^ 4)orter aux dépôts diluviens. Us ne peuvent donc xien nous apprendre sur la date à laquelle le P6 a coi» mencé ses alluvions. Toujours est-il, d'après les effets dont on peut calculer la mesuce, ^e oelle date ne remonte pas très haut, tunigré la xapidité awe laquelle iUs'cipèrçnt
D'aiHenrs^ kmarehe des attemflBetnètits êët sonrent si irrégulière, qu'il est généralement f(H*t^tEkHle d'asseoir MP esxdes eakaobr km rigoweuY. Pour lefrouver^ il AeveÂiiffini de dèer «n fefît bien rapproché de iiooe^ et daat 1» i^éiîfic&tmi est facile^ Il y a à f>eiife une sttsaBtaine d'aimées ^u^uâe tottr, dite de l^rre* Neuve, ffès d-i(igues*MOTtes , bMie d'abord sur la feiTB feiwe, es trouvait à oette épêqtié à Ufie petite . denaî^îme ém niwge; dfe «at maittleiiaiil à j^lus d'une lieue en mer.
Un pweil AanjeiiaMt éé ^oiMoii eesaUeta^t' avoir exigé des évadas de ianfe Ueft (due km^ qtfe tmn 4«e £MNw aimoaeaDt ka faite histeiriqjues, s'Ha n'étftimt pas 'aussi positifs ;. cette- divefsité dans la plaèe de cette to«r ausaitfMi être l'objet de plos d'une mdpaiaer On p»wrmi diir iMÎos' supposer.) d^'afrèe une eeroMabie modifieatioft) i^oe h wêm mnmœ sur les OMtifiMlSy tandis*cpie'0e4*effet'eel»p«Faneiiti lecai»'
Co ohaMgeoMQt ettiMie auto aà(ys»Bat«ie dis.fifw* étions quelea gridids fleuvte «lt^M>#tant k la kftum du lititei-aldes eoatîtifulsfidîl est produit par tae «tterris^ semeoits^u.Jfthôtte.' FQèneD''étro eomaînou', il sirfil' dejcomppver leistmddtfioflrtiol»' ^e le Bïiftlie «opérées sur^toalMîttoa?tsil«i|at<8e' trouve' au^asoM de aofveai^ boncbuw, avèo^ le peu de diffÉvëncM qit'a éptoutées celai qiM estr^oiHdeariafln'fîB demier; dcptrisr Sft^abon'êt Pamponius-Melsy n^.aubi^pKsqife^aiieaâ chM^^
tandis qu'il en est tout différemment de la partie de la côteinférieureàce fleuve.
Cet effet est d^autant plus remarquable^ que les alluvions du Rhône sont bien moins considérables que* celles du P6. En effet, diaprés la position actuelle de la: fo$ia Mariana^ les atterrissements de ce dernier sontt si faibles, que Ton a évalué seulement à mille mè-^ très» la partie du terrain que, depuis >I900 ans, ilsont^ ({agnée sur quelques parties des rivages de la Méditep^^ ranée.
Ce ne serait donc pas à leur action qu'il faudrait ai» tribuer l^éloignement d^ Aigues-Mortes de la côte, car ili est douteux que jamais , et notamment du temps i$i{ Saint*Louis , cette ville fut réellement un port de mer:^ Du reste 4e8 vaisseaux du roi étaient si peu considK^ râbles, qu'ils ont fwt bien pu être contenus dans Iteaï canaux raf^rochés d^Aigues-M ortes, qui conduisent U la mer. Mais ce que nous avons dit de la tour de Terr«w Neuve, qui est fort peu éloignée de ce prétendu poft^ prouve assez que malgré les allnvions du Rhône, la jner s^avance vers Fintérieur des terres dans cette partie des côtes de la Méditerranée. Sms doute cet effet est pure^, ment local , mais il n^en est pas moins réel. Diaprés e&\ fait, la Méditerranée aurait plutôt gagné vers Aigues< Mortes que de s^en éloigner, si d'autres faits ne sem^ blaient anncmôer que la position de cette ville n'a pa» sensiblement varié depuis cette époque.
Enfin 00 peut oiler la plaine du Roussillon comme un exemple remarquable du peu d'effet produit par les alluTÎons aetuelles ; cependant cette plaine est traversée dans sa plus grande étendue par trois rivières assez eonsidérableSy la Gly, la Tét et le Tbec. Malgré les li« mens charriés par ces rivières et par leurs affluents , leurs alluvions y sont presque insensibles à côté de eelles qur appartiennent aus^ temps géologiques, et qui, avec les dépôts diluviens, composent la presque totalité des terrains répandus sur la surface de cette grande vallée. De pareils faits, dont Tévidence frappe tous ceux qui les observent, nous indiquent combien les atterrissement actuels sont faibles a côté des anciennes alluvions , ce qui prouve quMls ne se forment pas depuis des temps fort éloignés.
Citons encore d'autres faits propres à démontrer que malgré la rapidité avec laquelle se produisent les atterrissements, ils n'ont nulle part opéré de grands effets.
L'année 4829, fameuse par la riolence de ses inondations, prouve que ce n'est pas toujours sur le temps que l'on doit se fonder pour en apprécier Taction. Dans le mois d'août de la même année, le quart de l'étendue de rÉcosse fut ravagé et bouleversé par une inondation subite. Trois jours de pluie, le 2, le 3 et le 4 août suffirent pour faire sortir les rivières de leur lit et former un océan du vaste bassin où elles s'étaient étendues. Par suite de la violence de Ieui*s eaux , les rouieç , les
villes y les plantatiow , tes forêts , tovi di8|Niraâ et fut ^otraiaé m loin. (Note ^\ .)
De» routes 4e plu» 4e dix ]mm» furatt tmii à &k «fn fgfiées, 4es pont» de graoîtf bâtie sur le roe^ funeoi brisés et réduit» e^éetate. if s plu» riches pftttinigeeiu* reut convertis en monteQ^e» de sable^ et les faréts dé< racinées suivirent le cour» des eaux sauvages qui les avaient enlevées 4u sol où elles avaient leaig-teinps pros* péré* Le oooUé dQ Moray, où œ terrible fléau fit seu** tir se»ravage&, présQiitoil partout Tiiiiage dala désol»* tion et de la mort.
Parmi les fait» les plu» ^utracurdinaîres produits par cette inondation, on peut citer le préeipioe qu'elle creusa aupnàs du cliàl^aiide B/slagas, Cet eacarpeneut de 36 mètres fut taillé perpendioulairement dans lo roc, par la violence du torrent et Tactioa des Uqqs de roches qu'il entraînait daw sa course rapide *.
La grandeur des atterrisseoienls opérée parée phé» nomène, et la oaacade qui en a été la suite, démon* trent que de grands effets n'exigent pas toujours de longs çspaces de temps*
Il est difficile d'en douter lorsqu'on porte son attention sur les atterrissements formés, à la même époque par les débordements de la Neva. Mais faut-il aller les chercher si loin, lorsqu'en celte même année 4829^
* Bévue Britmnique, septembre isso, page ^.
de pareils effets mt été si nombreux dans toutes les parties de la France, lei les feits parlent trop haut pour s'y snèbet davantage; il est évident que retendue des atterrifiscnentg est aussi inen proportionnée à' la vio^ lence de la cause qui* les opère qu'à la longueur dm temps.
Cependant nous citerons encore la terrible inondation qui, en 4858, ravagea la plus grande partie de la Hongrie ; oosasionnée par la ebute de grandes masses deglaoes^ die s'étendit depuis Gran jusqu'au dessous de Pèst. Les principaux désastres eurent lieu auprès de celte dernîétre ville; de vastes glaçons f ayant stationné s'y amonoelèrent au point d'arrêter le 'cours des eaux« Par suite de toutes ces circonstances, une grande partie de la capitale de la Hongrie fut à peu près détruite.
De pareilles inondations paraissent s'être produites sur une grande échelle dans les premiers temps histo*riques* Aussi les eaux, en arrivant parfois à des hauteurs extraoïtlinaiies, ont opéré des dépôts qui, à raison de leur élévation, pourraient paraître avoir été soulevés postérieurement à leur formation.
Enfiïi, il est on phénomène perturbateur de Tépo* que actuelle dont les résultats sont si considérables et si étendus, que si on en mesuraitia grandeur sans faire attention à la cause qui les a effectués, on les supposerait avoir exigé des siècfes. Ce pliénomène est celui des
trombes dont les ravages sont souvent si effrayants* Nous pouvons citer comme un exemple de la violence des débordements, qui les accompagnent presque toujours^ la trombe qui ; [en >l859y à ravagé une grande partie du district d'Uzès (Gard). Pour s^en faire une idée y il faut se rappeler que dans moins de vingl*qaatre heures , il tomba sur ce malheureux district près de 0", 488. (18 pouces d'eauO
Enfin y les terribles inondations qui ont désolé, en 4840, les vallées de la Loire, de TÂrve , de la Saône et du Rhône, ont assez prouvé que ce n'est pas uniquement sur le temps que Ton peut en calculer les résultats. En effet, dans l'espace de quelques jours, des plaijies extrêmement étendues ont été couvertes de couches de limons très épais, d'une grande quantité de cailloux roulés , et enfin des villes considérables ont vu non- seulement leurs rues recouvertes par trois ou quatre mètres d'eau, mais un grand nombre de leurs édifices renversés par la violence de ces alluvions.
Néanmoins, les effets soit particuUerssoitgénérauxdes inondations actuelles, quelques terribles qu'elles paraissent, sont cependant bien faibles à côté de ceux qui ont eu lieu avant les temps historiques. Aussi en considérant l'accumulation des débris qui entourent le pied des hautes montagnes, ou le peu de progrès fait par les rivières pour combler les lacs a travers lesquels elles passent, malgré le limon qu elles déposent journellement
etd'heare en heure, oq est forcé de reconnaitre que quelques milliers d^années suffisent pour en rendre compte.
En mesurant Faugmentation du delta des rivières où le terrain gagne sur la mer, à Tembouchure des fleures, par le dépôt graduel de terre et de limon qu^ils en« traînent avec eux dans leur cours/ on peut arriver à la date de la dernière révolution qui a ravagé la surface de la terre. On peut même, d'après les faits historiques, à une date donnée , déterminer la distance de la mer à la tête du delta et calculer ainsi son augmentation annuelle. Si Ton compare ensuite cet espace avec Téten* due totale du territoire qui doit son existence à la rivière, il est facile d'évaluer le temps depuis lequel elle couie dans son lit actuel.
Le delta du Rhône, comme Astruc l'a prouvé, en comparant son état présent avec les récits de Pline, de Pomponius Mêla et de Strabon , a augmenté d'environ neuf milles depuis Tère chrétienne. Celui du Pô a été également examiné avec la plus sérieuse attention par Prony. D'après ses observations, le niveau du fleuve est maintenant plus élevé que les toits des maisons de Ferrare. Les alluvions ont gagné six mille toises sur la mer depuis 4694, ce qui donne une augmentation d'environ cinquante mètres.^ La ville d'Âdria qui a donné son nom à TÂdriatique , est maintenant reculée de la merde plus de dix*huit milles.
Cm «Demplee Mxquek il serait fecile d'en ajouter «ne foule d'antres, ne permettent pas d'aeoorder uns longue période à Taction des rivières. En ethl^ des fleuves qui entraînent aTeoeuxdes dépôts si eomid^ables que leur augmentation annaelte est presque vis»* ble, ne peuvent pa» avoir exigé des miUier» d'années avant d'atteindre leur niveau actuel.
M. Gervais de la Bise est arrivé au même résulta^ en otierchant à reconnaître Tépoque de la retraite de la mer ou Textrasion de la ferw par les dépôts de TOme, au moyen des monuments érigés à différentes époques connues. D^aprèsces monuments, il n'y a guère plue de six miHe ans que ^es dépote ont commencé à opérer leurs effets* On trouvera ce fait intéressant consigné dans l'écrit publié par cet observateur, sous le titre A' Accord de h Genèse œ^c laGéohgie. (C^en, 4805 ,