IX. — De roMfYifiM et de la Hc&mpOÊiimdeirûehei
M. Becquerel a employé une mesure d'uo autr^ genre : elle est sans doute fort ingénieuse ; cependant elle parait sans valeur pour la solution de la question que nous nous sommes proposé d'éclairdr»
Ce physicien a remarqué que les rochers granitiques du Limousin subissaient une décomposition lente et graduelle dans la partie exposée au contact de Tair ; il s'est proposé de calculer la vitesse de cette décomposi* lion. Connaissant Tépoque de la construction de la ca- Uiédrale de Limoges qui remonte à environ quatre cents ans y il a reconnu sur ses murailles extérieures, dans l'endroit le moins abrité, ime altération pénétrant à environ cinq lignes (0"',0H) de profondeur ^ ce qui donne une vitesse d'un peu plus d'un pouce (0'',027) par mille ans. D'un autre côté, dans les rochers granitiques qui composent les montagnes du pays, la décomposition a pénétré partout à 720 lignes (4'';624) de profondeur.
En partant de cette base^ il y aurait plus de soixante et dix mille ans que la surface actuelle de ces rochers
serait exposée à ractioD désagrégeante de Tair. Mais qui ne conçoit combien cette action, jointe à celle des eaux courantes aidées par les cailloux roulés qu'elles transportentayecelles, estbienautrementpuissanteque Teffet des agents atmosphériques agissant seule sur une surface taillée et unie, comme l'est celle de tous les monuments?
En outre, une infinité d^autres causes peuvent avoir rendu cette altération plus rapide. On peut y comprendre particulièrement Tétat de mollesse dans lequel se trouvaient primitivement les roches, ainsi que la grandeur et la violence des courants qui les ont attaquées après leurs dépôts. Ces diverses circonstances ont dû produire des effets d'autant plus marqués, que les granités observés par M. Becquerel se montrent dans le bas .des vallées.
En supposant ces altérations comparables sous le rapport de leurs résultats, le calcul à Taide duquel on voudrait apprécier la date de leur origine , ne prouverait pas que cette action désagrégeante de Tair n'ait pus réellement commencé à s'exercer sur les rochers granitiques antérieurement à Texistence de Thomme. Dès-lors , ces calculs ne peuvent point servir à reculer les temps historiques.
11 est encore un autre genre d'altération que Ton peut suivre sur les rochers volcaniques et qui ne peut pas davantage nous apprendre la date depuis laquelle cette al* tération a commencé à s'opérer. C'est celle qu'éprouvent
l6s basaltes et les laves à leur surface extérieure, par raction des agents atmosphériques, altération semblable à celle que subissent les roches granitiqoes.
Ces agents ont produit deux effets principarux sur la surface des laves. Le premier a eu lieu sur celles qui ont présenté leurs surfaces découvertes et comme décapées. Celles-ci ont été attaquées de manière à pré* senter des taches grisâtres , ordinairement arrondies, qui pénètrent h peine à deux ou trois lignes (0"'^005 à 0*,007) au-dessous de leur superficie. Les laves ainsi altérées, offrent pour lors un aspect tacheté tout particulier. Une pareille altération a dû commencer après leur éjection au-dehors , c'est-à-dire, postérieurement aux dépôts d'eau douce » que les laves et les baisâtes ont soulevés, ou, dans certaines localités , aux terrains marins tertiaires supérieurs. Elle se rapporterait ainsi (ou du moins son commencement) à des temps bien antérieurs à l'apparition de l'homme^ par conséquent cette altération ne pourrait rien nous enseigner sur cette dernière date.
Les agents atmosphériques ont également produit un second effet sur la surface des roches volcaniques. Elles en ont altéré la surface d'une manière uniforme, et ont fait prendre è la couche extérieure une teinte grisâtre, qui contraste avec la nuance noirâtre propre à ces roches. Cette surface est rongée, et l'altération n*a pas
pénétré au-delà d'une ligne, ou de deux lignes au plus, (0"',002 à 0",005). Elle date eependani de la fin de lu période tertiaire y ce qui rapproche les derniers tempa géologiques des temps historiques , et montre que oes derniers sont loin d'avoir la longue durée qu'on a touIu leur attribuer.
Après ces faits» dont la vérification est si facile, pistil être nécessaire d'examiner les calculs à Taide des* quels BuffoD a cherché à évaluer le temps qu'il a fallu pour le dépôt des schistes et des autres roches feuilletées ? Nullement, car la formation de ces schistes, quelque longue qu'on puisse la supposer , ayant eu lieu dans les anciens temps géologiques, ne peut nous donner des indications positives sur la date de l'apparition de l'homme, puisqu'elle lui est très antérieure. L'époque de la formation des roches feuilletées , est donc tout à fait indifférente à la question qui nous occupe ; il en est de même du temps qu'il a fallu pour opérer le dé* pot de ces roches. Ainsi il est inutile d'entrer dans les détails tout à fait hypothétiques à l'aide desquels Buffoa a essayé de le faire apprécier. Tout ce que ces iaits prouvent, c est que la terre est très ancienne , mais aucun ne nous dit qu'il en soit de même de l'homme.
Nous admettrons également, et sans difficulté, que les formes des continents, desquels résultent le cou«» rant et la direction des rivières ont une haute antiquité ^ mais elle n'a rien de commun avec celle de rhomme^
Les chroflologîes treditioDnelles qui ne remontent pas au-delà de notre exitlence ne sont qu'un point, en coniptraison des. cluponologîes de la terre. Noa soeiMés parmssent bien nonfelks et comme d'hier, lorsqu'on eompwe leor histoire à ceUe du gkhe oè elles sobI assises. Si l'on a cru pouvoir, à Taide des faits physi-* ques et particulièrement au moyen de Taltération et de la décomposition des roches granitiques et volcaniques, attribuer à Tespèce humaine une plus grande ancien* neté que celle qu'elle a réellement, c'est en confondant des effets produits dans les temps géologiques avec ceux qui, opérés dans les temps historiques, sonllein de leur être contemporains* Il est une vérité confirmée par toutes les observations , nous sommes vivants d'un jour sur notre vieille terre.
Nous avons cherché à nous assurer si les traees des altérations que les agents extérieuurs font éprouver aux roches secondaires et à celles qui leur sont postérieures, étaient bien considérables. Quoique ces agents aient une action beaucoup plus puissante sur ces matériaux que sur les roches primitives et volcaniques , nous avons partout reconnu que ces traces de déomiposition étaient encore moins sensibles et moins profondes. Conune elles ont généralement peu pénétré dans l'intérieur de ces roches, les causes qui les ont produites n'ont pas dû exercer leur action depuis des temps indéfinis.
Tous ces effets étant impuissants pour rien nous apprendre sur la date que nous avons tant d^intérètà conaallre , essayons si d^autres faits ne nous permettront pas de la fixer. Voyons, par eiemple, si la for* mation des tourbières ne pourra pas nous éclairer à cet égard.
Des Tùurbiirei.
Les tourbières, produites dans les eaux stagnantes des pays tempérés, et plus encore dans les climats froids et humides, par raccumulation des débris des sphagnum et d'autres mousses aquatiques , peuvent nous donner une idée de Fépoque à laquelle elles ont commencé à se former. On les voit s'élever dans des proportions déterminées pour chaque lieu et envelopper ainsi de petites buttes de terrains sur lesquels elles se déposent. Plusieurs de ces buttes ont été enterrées de mémoire d'homme. Dans d'autres endroits, les tourbières descendent le long des vallons et avancent comme les glaciers, avec cette différence pourtant que ceux-ci se fondent par leur bord inférieur, ce que ne font pas les tourbes; aussi ne sont-elles arrêtées par rien dans leur marche progressive.
La formation de la tourbe est fort rapide, toutes les
fois que les drconstances favorisent la végétation de certaines plantes aquatiques , parmi lesquelles les plus abondantes paraissent être des mousses du genre sphag" num. On connaît des voies romaines qui ont été recouvertes par vingt et même quarante pieds de tourbe , ce qui donnerait une croissance de six millimètres par année. La formation de la tourbe maréhe d'une manière encore plus rapide en Hollande. On suppose, d'après des observations suivies avec beaucoup de constance, que la tourbe s'^y produit à raison d'une épaisseur d'un mètre en cinq ans environ. Ce n'est peut-être là qu'une exception dépendante de la disposition particulière de ce pays si plat et si peu élevé , dont une bonne partie est recouverte par de grands amas d^eaux stagnantes.
Il est certain qu'aux embouchures des grandes val* ]ées, les tourbières occupent souvent des espaces cqnsidérables. On peut citer les vallées de la Loire, de la Seine et de la Somme. Si quelques provinces de la Hollande ne sont, pour ainsi dire, qu'une vaste tourbière, de pareils amas de végétaux se montrent également dans d'autres contrées; ils composent en Island^ h peu près la dixième partie de la surface totale de ce pays.
En général, les touri>ières n'existent qu'à la surface du sol ; il est pourtant quelques exceptions. Ainsi les dépôts de tourbe des Pays-Bas sont divisés en plusieurs assises, par des lits de sable et de limon. Ils se montrent à peu près comme les couchas d^ boyi!]^, séparés
par des grès ou des argiles ; ces grès ne sont, do reste^ que des sables agglutinés par un ciment le plus souvent calcaire,*ou des Kinons desséchés et durcis. De sembla- Mes alternances peuvent nous donner une idée de celles qui caractérisent les terrains faouillers et servir même à expliquer le taiode de formaticm descbarbons de pieire qui ne sont peut-être que les tourbes de l'ancien monde. Elles annoncent que dans plusieurs circonstances les tourbières se forment avec une certaine succession ; du moins leurs dépdts sont également accompagnés par d'autresmatériaux inorganiques, ou d'autres rocher comme les houilles des temps géologiques.
Les tourbières constituent maintenant , en Europe et probablement dans les autres parties du monde , lei plus grandes accumulations de carbone qui s'y produisent. Cependant en sondant jusqu'au terrain solide, on reconnaît que leur ancienneté ne peut être fort grande.
Quoiqu'on n'ait point appliqué des mesures précises à la marche et à l'accumulation des tourbes , dans les lieux où elle est la plus rapide, leur formation ne parait pas remonter au-delà de quarante ou de cinquante siècles. On voit souvent dans l'intérieur de ces tourbes, des débris organiques qui en fixent Tftge d'une manière certaine ; mais tous ces débris appartiennent aux temps historiques. Ainsi lorsque ces restes organiques se rapportent à des mammifères terrestres , ce sont ou des espèces qui vivent encore dans les lieux mêmes où les
tourbes oat été fM*odiiiies , ou des raees qui ont été éteintes depuis Tépoque actuelle. Cette ciroonstanoe fut-^lle plus Gommuoe, u'iodiqueFaît pas pour cela une grande antiquité daos la formation de la tourbe«
Les trooos dWbres que Ton voit parfois au aiiiieu de cette matière combustible, conservent presque toujours leur solidité. Us portent sovvent les traces de la bâche qui les a abattus. On y découvre aussi des graines qui jouissent encore de la faculté de germer. Les monuments de l'industrie humaine, tels que des armes, des boisde construction, descbaussécsou d'autres édifices, n'y sont pas non plus très rares ; il en est de même des bateaux ou de tout autre genre d'embarcation. Ces divers objets semblent s'être enfoncés dans le sein de la tourbe, et avoir été en quelque sorte submergés par ce singulier produit des végéloux, qui aux premières époques de sa formation, parait êti*e dans un étal de mollesse presque ihiide ou dans un état pâteux pariiculiei:*
Les tourbes, swtout celles d'eau douce , sont donc très-moderaes ; il est difficile d'en dMter, d'après les divers débris oi^aniques et les différents objets qu'elles renferment, qui annoncent assez qu'elles appartiennent à l'époque post-diluvienne ou historique. Quant aux tourbes marines , dans lesquelles on a démontré la présence de l'iode , il en est qui paraissent antérieures à la rentrée des mers dans leurs bassins
respectifs. Celles-ci ne peuvent rien nous apprendre sur la date de l'apparition de Thomme.
Les tourbes récentes peuvent seules nous permettre de fixer cette date. Ces amas de végétaux déposés dans le sein des eaux salées comme ceux qui ont été enfouis dans les eaux douces, ne dépassent pas I époque assignée aux temps historiques; leur épaisseur et les débris organiques qu'elles renferment l'indiquent du moins.
Les tourbes ne sont pas les seuls enfouissements de végétaux qui se soient formés sur la terre , depuis la période historique. Il en est un grand nombre d'au* très , dont les dépôts ont dépendu de causes toutes particulières. Il est donc essentiel d'en fixer Torigine.
Tels sont les amas de végétaux disséminés sur les côtes delà France, de F Angleterre et de rAllemagno, auxquels on a donné le nom de Foréts-sous-Marines.
Ces amas sont si peu anciens, que tous les végétaux qui les composent vivent encore dans les lieux mêmes où on les découvre. Ainsi, dans les environs de Morlaix , en Bretagne . un coup de mer épouvantable déblaya , en 484^1 , une partie delà côte des sables meublés qui la recouvraient, et mit ainsi à découvert une masse considérable de troncs d'arbres. Ces arbres étaient tous couchés sur le rivage , leur ctmô tournée vers rintérieur des terres, comme s'ils avaient été renversés par un coup de mer semblable à celui qui les avait découverts.
La destruction de cette forêt est d'one date fort récente. D'anciens titres nous apprennent qu'un empiètement de la mer eut lieu en 700 après Tère chrétienne^ sur les côtes de la Bretagne, et renfouissement de la Fôrét-sous-Marine de Morlaix parait se rapporter à la même époque. Les bois qui ont été décomposés se rapprochent plus ou moins de Tétat tourbeux. On y re^ connaît des feuilles et des fruits qui ont appartenu à des noisetiers» des aunes, des ormes et des chênes, c^est-à-dire , à des arbres qui végètent encore dans les lieux où leurs débris sont ensevelis.
Il semble que de semblables accumulations de végétaux devraient se produire en plus grande abondance dans tous les pays qui n'ont point encore été soumis à l'influence civilisatrice de l'homme, et qui offrent de grandes forêts vierges. Sans doute, les fleuves qui traversent ces forêts entraînent dans leurs crues périodiques des masses énormes de bois vers leurs embouchures; mais ce qu'il y a de certain, c^est que, nulle part, cet effet n^est très avancé.
Les arbres nombreux queleMississipi charrie, depuis qu^il épanche ses eaux vers TOcéan, se sont bornés à former un radeau de bois flotté, dont la longueur est d*environ dix mille pieds , et la largeur de six cent soixante , dans le canal d^me de ses branches, la rivière rouge. Ce radeau s'augmente tous les jours d'uue
partie des arbres qu'entraîne le fleuve ; mais nulle part il n'a encombré aucun de ses bras.
Il en est de même de ceux qui se produisent à Tembouchure de ce grand fleuve, et qui ont composé déjà des iles de plusieurs lieues d'étendue. Ces iles se couvrent de vase; et comme à chaque printemps elles reçoivent de nouvelles accumulations de plantes, il s'y opère de nombreuses alternances de limons et de matiè* res végétales. Malgré l'activité et laconstanee des causes qui forment ces singulières iles, elles n'ont nulle part obstrué le cours des fleuves dont elles sont l'ouvrage.
A la vérité, ce n'est pas seulement à l'embouchure du Mississipi que se déposent les amas de bois flotté, quelques-uns sont transportés jusqu'au courant du golfe du Mexique, et de là sur les côtes de Labrador, du Groenland et de la Sibérie ; mais on ne voit pas ces dépôts présenter une étendue considérable. Ils ne datent donc pas d'une époque bien éloignée de nous, ce qu'attestent la beauté et l'intégrité des forêts vierges d'où ils proviennent. Si le globe était habité depuis des temps extrêmement considérables, comme on l'a si gratuitement supposé, ces forêts du Nouveau-Monde, comme celles non moins imposantes de la Nouveile-Hollandei ne conserveraient certainement pas leur vii^inité primitive. Si elles brillent aujourd'hui de toute la fraicbeur d'une verdure que le temps n'a \)oint flétrie, c'est que l'homme n'y a pas imprimé ses mains destructrices»
Le NottTea«4il4>iide doqs présente enfin d'autres effeits qui eondvisent toujoni^s aux mêmes conséquences. Il se forme dam les terres basses, voisines de Temboochnre da fleure des Amazones, des marais couverts de mangliers très épais (Rizophora Mixngk^ Linné), qui croissent qnelqvrfiMS jusques dans l'eau de la mer. L'iMilaoement des branches de ces arbres compose sou-* vent ane espèce de chaussée, sur laquelle on peut, dans les ravirons de Gayenne, par exempte, marcher pen* dant piftsieurs lieues {4 4 à 45), sans rencontrer la terre. Ces terrains mous et inondés seraient absolument ina« bordables, si les branches et les rameaux entrelacés des mangliers, n'offraient une espèce de sol ou des chaus* sées naturelles , sur lesquelles les sauvages se hasar* dent, attirés par l'abondance du gibier que fournissent ees forêts marécageuses»
Ces sortes de tourbières tropicales, parfois recouvert» les par les alluvions des fleuves voisins^ donnent lieu à des alternances de bancs de vase, de sable et de lits de matière végétale. Ces procédés réguliers et constants dans leur marche , préparent des combustibles pour l'avenir ^ des terrains plus ou moins étendus. On j découvrira un jour des animaux qui auront disparu de ces lieux où ils avaient primitivement fixé leur séjour. Tellessont les tourbières récentes de l'Ecosse, qui n'en recèlent pas moins des débris de cerf de race perdue, des castors et une foule d'autres espèces. Ces
animaux ont cependant quitté à jamais] des contrées qu^ils avaient si long-temps habitées. II est donc bien certain que malgré la marche constante des tourbes, leurs effets sont peu avancés. On en est convaincu, lorsqu'on les compare avec ceux qui ont produit les houilles ou les tourbières de Tancien monde.
Malgré Taccumulation considérable de v^élaux qui s'opèrent dans tous les points de la terre où existent des circonstances favorables au développement de certaines plantes, cettp accumulation n'est point considé* rable. 11 en est de même des dépôts des arbres transportés par les fleuves ou par les mers elles-mêmes, fort loin du lieu qui les a vu naitre. C'est presque toujours auprès de l'embouchure des grands fleuves ou près des mers actuelles, c'est*à-dire, dans les points les plus abaissés de la surface de la terre, que l'entassement des tourbes ou des amas de bois flotté, est plus considérable, parce qu'il y est plus facile. Malgré cette circonstance favorable et même essentielle pour la formation de ces dépôts , puisqu'ils ne sont pas abondants, il faut nécessairement que la végétation actuelle n'ait pas commencé depuis des temps bien éloignés.
II se forme à la vérité , quelquefois , de la tourbe dans l'intérieur des continents et même sur le sommet des montagnes , lorsqu'il s'y trouve des plateaux ou de légères dépressions du sol : mais ce ne sont là que des accidents d'une petite importance , relativement
aux grandes tourbières voisines des côtes de ia mer.
On peut en dire autant des amas de troncs d'arbres qui se forment dans quelques positions favorables des vallées des hautes montagnes. Il en est ainsi des dépôts de bois flotté qui s'opèrent à Tembouchure des grands fleuves ou dans le voisinage des côtes des mers polaires. Comme ces formations sont plus restreintes que les premières, elles doivent avoir une moindre ancienneté.
L'ensevelissement de la plupart des forêts souter^ raines que Ton découvre sur tant de points des continents, est tellement récent, que presque partout ou découvre avec elles des objets d'industrie qui en déter* minent assez bien la date.
Ainsi, en juin 1859 , on a découvert dans les environs de Londres , à Soud-Stokons , une vaste forêt souterraine. Presque tous les arbres qui composent eelte forêt, sont des chênes; la plupart, d'une grande dimension, ont servi aux constructions. On y a même découvert un arbre coupé en deux, ce qui a dû avoir lieu avant que la forêt eut été couverte par les sables et les limons. Elle semble avoir été exploitée par les soldats romains; ils en tiraient probablement les bois qu'ils fesaient entrer dans la construction de leurs routes. Mais toujours est-il certain que la main des hommes s*est exercée sur cette forêt avant sa destruc* tien. Ces exemples sont extrêmement nombreux, et si
nous avons choisi eelui que nous venons de meatioiiner, c'est parce qu'il esl le plus récemment connu.