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et des marteaux d^airain, dont on faisait usage pour leur exploitation. Job parle d'arcs d*airain. L'Écriture dit que les Philistins s^étant rendus maitres de Samson, le chargèrent de chaînes d'airain. Hérodote assure que chez les Massagètes, les coignées , les piques, les carquois et jusqu^aux harnais des chevaux, étaient de ce métal. Quoique le cuivre soit mou et s^émousse facilement, les anciens avaient trouvé le moyen de le rendre dur, à Taide de la trempe et deTalliage.
De même, les peuples modernes , tels que les Mexicains et les Péruviens, possédaient Tart de travailler For, l'argent et le cuivre , sans avoir la moindre notion du fer, quoiqu'il y en ait abondamment dans le pays qu'ils habitent. (Noie 9).
Ce que nous venons de dire de la découverte do fer et des moyens de le préparer, prouve, ce semble, quil est difficile de supposer que les mines de rile d'Elbe aient été connues avant Fart d'utiliser ce métal. Les Étrusques paraissent avoir été les premiers et les plus anciens possesseurs de celte ile. Elle passa sous la domination des Phocéens, qui bâtirent Mar-* seille. Les plus anciennes médailles qui ont été découvertes sont toutes Étrusques. Les autres, beaucoup plus récentes, sont des Empereurs; à celles-ci sont mêlées les médailles consulaires avec des trirèmes et des faisceaux frappés au nom de Pompée et de Cinna.
L'iie d'Elbe, connue des Grecs sous le nom d^UtBaXta
ou d'xiéxxeia^ avait été Doiumée Hua ou liva par les Étrusques, nom adopté plus tard par les Romains, dont les modernes ont fait Elba et enfin les Français Elbe. Oc suppose que les Grecs avaient appelé celle ville delà racine grecque A?d«A?ay aiBo^ {ardar)^ à raison des usines nécessaires au travail du fer.
Enfin, plusieurs écrivains ou commentateurs ont prétendu que Porto-Ferrajo , la capitale de celte lie, avait servi d^asile aux Argonautes, lorsqu^après la conquête de la Toison-d'Or , ils parcoururent les côtes de la Méditerranée. On a même avancé que Porlo • Ferrajo avait reçu jadis le nom de port d'Ârgo (Argous porius) ; mais cela n^est qu^une hypothèse. Lors même que ce voyage des Argonautes aurait été réel, il ne ferait pas que File d'Elbe eût été connue depuis une époque bien ancienne. Du reste, Tarrivée des Argonautes ne remonterait pas au-delà de l'année 5564 de la période Julienne, ou de 4 550 ans avant Y ère vulgaire,ainsi que Ta démontré Larcber dans son exoel« lente crilique sur Hérodote.
Cesmines n^auraientdonc été connues que depuis 5^ 94 années avant les temps actuels ; on doit dès-lors être peu surpris qu'Aristote les ait si<jnalées comme remarquablés par leur richesse en minerai de fer, et que Strabon, Ptolémée etDiodore en aient parlé avec admiration. Noie 40.) Virgile appelle l'ile 4'Elbe, dans le [dixième
chant de TÉnéide, Iha^ et la signale comme récente et fort riche en productions métalliques.
Sexcentos illi dederat Fopulonia Mater Expertos bellijuvenes; ast llva trecentos insHla^ inexhauttU Chalyhum generwa fnetaUU.
Ces données, toutes fondées sur des faits historiques, suffisent pour faire comprendre que si les mines de File d'Elbe avaient été exploitées il y a cinq mille ans, Pusage du fer n'aurait pas été si peu répandu dans l'antiquité. On ne peut donc pas invoquer en faveur de Tanciennelé du genre humain , les travaux de ces mines, pas plus que les autres monuments historiques dont nous venons de discuter la valeur.
lY. — De$monumefUs et de la civilisation, considérés comme mesure du temps.
La beauté, la grandeur des villes de Tanliquité, ainsi que les faits représentés sur certains monuments des premiers temps de l'histoire, ont paru aux yeux de plusieurs chronologistes, faire supposer à Texistonce de l'homme une plus haute ancienneté que celle que nous lui avons attribuée ; il est nécessaire de discuter la valeur d'une pareille assertion.
Les plus anciens monuments qui soient parvenus
jusqu'à nous sont la tour de Babel et eeux qui couvrent le sol de TÉgypte, particulièrement les Pyramides. L'époque 'de leur construction est évidemment postérieure à celle du déluge, $t par conséquent déjà fort éloignée de l'apparition de l'homme. Les historiens qui en ont le plus reculé le terme , ne le font pas remonter au-delà de 3,409 ans; tandis que d'après la Genèse, leur construction ne dépasserait pas 2,645 ou au plus 2,650 années avant les temps actuels.
Nous adopterons, si Ton veut, avec plusieurs écri« vains modernes, le premier de ces nombres qui éloigne le plus cette époque, et loin de trouver cette date en contradiction avec )es autres faits que nous avons déjà exposés, elle les confirme au contraire pleinement.
Les Pyramides d'Egypte doivent être et sont en effet moins anciennes que Moïse : car si ces mouuments , dont suivant l'expression du poète , la masse indestructible a fatigué le temps , avaient existé à l'époque de ce grand législateur , il en aurait certainement parlé aux Hébreux, qui comme lui sortaient d'Egypte. Leur grandeur et Tensemble de leurs proportions colossales frappent l'imagination à tel point que plusieurs artistes, étonnés de leurs dimensions gigantesques, ont répété à plusieurs reprises que ces monuments annon* çaient, ou des hommes de cent pieds, ou une antiquité incalculable. (No(e^ 1.)
Nous avons déjà répondu à la seconde partie de cette
supposition : nous dirons relativement à la première , que tout ce que ces édifices redisent à ceux qui les jugent sans prévention , c^est qu'ils n'ont pu être élevés que par des nations avilies sous l'oppression d^an pouvoir absolu et des efforts réunis de tout on peuple d'esclaves. Que d'instruction dans ces monuments ! Ne * révèlent-ils pas à notre pensée sous quel jougf honteux gémissaient les hommes qui les ont érigés. Us sont encore debout , témoignage impérissable des fléaux sans nombre qu'entraîne après lui le despotisme qui se laisse guider par une stupide ambition ou un ridicule orgueil.
Aussi dans l'état de la civilisation moderne, des bâtiments aussi gigantesques sont à peu près impossibles , surtoutlorsque leur but ne peut être que de flatter l'orgueil et la vanité des souverains qui en exigeraient Téreclion. Ils le seraient mèmedans les pays où le pouvoir despotique existe encore, tant les idées généreuses ont fait des progrès dans Tesprit de tous les hommes dont le cœur bat et s'enflamme lorsqu'on veut y porter atteinte.
Des monuments d'une grandeur aussi colossale n'au* raient même pas pu être édifiés sous la domination romaine. Les empereurs , tout-puissants pour lever des milliers de soldats prêts à verser leur sang pour la patrie, auraient été sans pouvoir s'ils avaient exigé des Romains de pareils sacrifices. (Noie^2.)
Quoiqu'il en soit , les Pyramides sont loin d'être les édifices les plus anciens de l'Egypte , elles leur sont
même , diaprés Champollioii le jeune , postérieures d'environ mille ans. Les premières construites ne remonteraient pas d'après lui a plus de 3040 ans avant Fépoque. actuelle, tandis que les monuments anté*rieurs auraient été érigés , il y a déjà 4,040 années.
Ce que nous venons de dire de ces immenses constmclions, nous pouvons rappliquer égalemenlàla gt*an* deur et à la splendeur des villes de la haute antiquité». Leur beauté tient à Tabus du pouvoir absolu, d'autant qu'à toutes les époques de Thistoire, les rois ont é^é jaloux de rendre le lieu de leur résidence en harmonie avecrétendue de leur domination.
Il est certain que c'est seulement pendant les xvinc , xvii^ , XVI® et XV® siècles avant Tère chrétienne que les rois d'Egypte ont élevé les plus beaux édifices de Thèbes , de l'Egypte et de la Nubie. Ils ont employé les pierres extraites des riches carrières de Syène et les calcaires de Siicilis pour les constructions qu'ils ont fait élever dans les contrées soumises à leur domination. Égalem^itàla mémeépoque, ils ont fait exécuter d'immen* ses monuments religieux, excavés dans les rocs desmontagnes, ainsi que des édifices destinés à leurs tombeaux.
Toutes ces constructions dont le sol de TÉgypte est rempli ne remontent pas très haut, puisqu'elles ne dépasseraient guère 5644 années avant les temps actuels. (1844)
Enfin pour justifier Topinion que nous combattons
et attribuer aux Égyptiens une grande antiquité, on a voulu Toir dans le zodiaque de Dendérah une preuve de leurs connaissances astronomiques, à raison des longues suites d^obsenrations qu'avait dû exiger son invention. Mais c'est avec peu de fondement que les érudits modernes ont essayé de fonder leur système d'inorédulilé sur ce zodiaque, dont Dupuis fesait remonter l'inven-*' tion à «l 5 ou >l 5,000 années avant l'époque actuelle. Les recherches récentes ont enlevé au contraire à TÉgypte et k rOrient même , son invention qui parait d'origine grecque. (ISote 15.)
Lors même que TÉgypte aurait eu un zodiaque semblable ou inverse du nôtre , il n^appartiendrait point à cette contrée , mais à un peuple plus ancien en astronomie que les Égyptiens, et fixé dans un climat ou dans une région toute différente, qui parait étrerAssyrie ou la Chaldée. Ce serait tout au plus dans cette contrée qu'il pourrait avoir été construit s^il n^était pas prouvé que les zodiaques prétendus égyptiens étaient d'origine grecque et d'une date infiniment plus rapprochée que celle qu'on a voulu ieur donner.
La supposition qu'ils pourraient avoir été inventés en Assyrie, se concilierait plutôt avec la constt*uctk)u du zodiaque pris comme il est , sans qu'il fut besoin de 1 altérer par aucune hypothèse. Du moins l'histoire sa* crée et profane s'accordent pour no\is montrer le berceau des scienoes et des arts dans cetto contrée.
Les Égyptiens semblent donc Tavoir apporté lors delears expéditions dans le royaume d'Assyrie, et depuis lors il y a été en usage.
Si Ton veut connaître Tépoque précise d'une décou-* verte aussi utile à Tagriculture, il suffit d'observer que le zodiaque étant composé de figures symboliques , relatives à la diversité des saisons , il ne peut remonter plus loin que leur variation et leur différence. Or, les historiens sacrés et les poètes profanes, nous représentent les premiers habitants de laterre^ comme jouissant d'un printemps perpétuel, d'une température toujours égale et dont la vie durait plus d'un siècle, circonstances qui s'accordent parfaitement ensemble.
On peut supposer, d'après les animaux ensevelis dans les dépôts diluviens, que la température de la terre était plus élevée à l'époque de leur dispersion qu'actuellement. Elle semble même avoir été plus égale et plus uniforme. Ces conditions ont dû exercer une certaine influence sur la durée de la vie des hommes des premiers âges. Ainsi, quelque étrange que puisse paraître le récit des historiens et des poètes, louchant ces premiers temps, il pourrait bien ne pas être sans quelque réalité. Les poètes ont peut-être puisé ces idées d'un bonheur imaginaire, dans la tradition qui s'en était conservée parmi les enfants de Noé.
Yisconti parait avoir soupçonné le premier que les zodiaques de Dendérah etd'Esné pouvaient bien être des
ouvrages inspirés et exéculéssous l'induence {grecque, La disposition ingénieuse de douze figures , dont huit à genoux et quatre droites, annonçait trop d'esprit pour des Égyptiens. {Note ^ 4.)
D'un autre côté, de nombreux voyageurs ayant exploré rÉgypte, depuis la seconde cataracte jusqu'à Syenne, ont démontré que les monuments de cette contrée étaient d'autant plus anciens, qu'ils étaient moins parfaits. Les temples de Dendérab étant d'une construction et d'une architecture très avancée, doivent par cela même être très modernes.
On ne peut se former des doutes à cet égard, depuis qu'on a découvert sur l'un des temples d'Esné, uno inscription gravée sur une colonne , laquelle annonce combien lorigine de ces monuments est récente. Cette inscription porte : Au nom du très grand Amman
(ici quelques mots manquent)
et Arpacras, om fait la sculpture et la peinture de la cahnne^ la dixième année dAnionin notre maître.
Cette colonne n'était donc érigée que depuis peu de temps, quand elle fut confiée aux pinceaux et aux ciseaux des artistes. Le reste du monument n'avait pas une plus haute antiquité; car toutes les parties qui le composent , offrent le même éclat et la même fraîcheur.
Les monuments de Dendérab, comme ceux d'Esné, annoncent une m6me époque et une même intention. Us sont donc moins anciens qu^ou le supposait; car ce
qu^on plaçait avant la guerre des Pei-ses , doit être reporté bien après. Comment en douter depuis la découverte, faite par Champollion, de Talpbabet des anciens habitants de TÉgypte. Il y a distingué deux sortes de signes j les signes des sons et ceux qui se rapportent aux idées. Les premiers représentent les mots propres, et les seconds des faits etdes cbosesgénérales. Pour exprimer ces derniers, on s'est servi de diverses figures d'animaux , de pierres brutes ou d'autres objets naturels; ainsi, pnr exemple, le lion désigne constamment Tembléme de la force, tandis que pour rendre la même idée, les Égyptiens ont employé, dans d'autres circonstances, des caractères différents.
En revenant aux monuments, tous ont des cartouches, et sur l'un de ces cartouches du Pro-naos , ou de Tavant temple du Dendérab, on a lu le nom de Tibère; sur d'autres du grand temple d'Esné, ceux de Claude, de Titus Domitien et de Trajan. Probablement, ce temple a été bftti sous le règne du premier de ces prtn» ces; son nom du moins y est répété plus souvent que celui des autres empereurs.
Ces divers monuments ont été exécutés sous l'in-* iluence des Romains et à une époque assez récente , puisqu'on lit sur une des figures placées dans Fun de ces temples le nom de Néron, qui a régné après Tibère. Ailleurs on découvre aussi le nom de Cléoputre , dont le règne mit fin à la dynastie Égyptienne.
Par conséquent, les inscriptions grecques, la sculpture, ralphobetdeChampollion, tout en un mot, porle a croire que les quatre zodiaques ne dépassent pas Fépoque a laquelle les empereurs gouvernaient Rome. Les monuments qui n'ont point été touchés par une main étrangère, ceux du style égyptien sous les Pharaons, n'offrent aucune trace de représentations zodiacales.
D^autres genres de preuves sont venus fortifier ces présomptions. M. Caillaud a rapporté d'Egypte de nombreuses momies qui avaient une couronne sur la tète , usage qui appartenait spécialement nui Grecs, et qui plus lard fut adopté par les Romains. Le cerbueil dans lequel elles se trouvaient, était entouré de feuilles d V livier et de leurs baies, circonstance qui indique un mélange des usages romains, grecs et égyptiens.
Ces momies avaient de plus la bouche fermée avec une pièce d^or, comme si on voulait s^opposer à ce que la langue en sortit, coutume tout-à-fait grecque. En examinant de plus près cette momie, on y a découvert un zodiaque analogue par ses signes et par sa forme à celui de Dendérah, Enfin on y a lu rinscriptiou suivante : « Paéménophusj JUs de CornAlim Soter et dc$a mère Cléopâire^ est mon d Fdge de 2i ans 4 mois iO jaurs^ Fan XIX du régne de Tibère et le 4 9 juin. »
Londres, Turin et Leyde ont reçn-^ussi d'autres caisses de momies. Dans l'une d'elles , on ft^pemarqué
un nouveau zodiaque d'une parfaite similitude avec le premier. Toutes ces figures appartiennent à la même famille, à celle de Gléopàtre. Les zodiaques qui y sont représentés sont semblablesàceuxde Dmdérab, le qua« drangulaire et le circulaire. Ils ont le lion pour premier signe et sont coupés en deux , entre le Cancer et le Lion. Il y a derrière le couvercle de la momie une grande figure qui lève les roaios au ciel, dans l'atti* tnde d'une suppliante. Le zodiaque circulaire de Den* dérah en possédait une pareille qui est restée en Egypte. Ainai, d'après ces faits, les zodiaques de Dendérah sont d'une date moderne; le quadraqgulaire a été' exécuté l'un sous Tibère et l'autre sous Néron. Quant aux deux d'Esné, ils ont été construits, le premier, sous Claude et le seeond sous Antoniû. Le plus ancien des autres zodiaques ne remonte pas au-delà du règne de Trajan* Antérieurement aucun monument , de quelque espèce qu'il soit, ne renferme de zodiaque. Ce mode de représentation du ciel n'était pas connu des Égyptiens , taai qu'ils n'ont pas eu de fréquentes communications avec les Grecs et les Romains. Aussi les zodiaques ne sont pas des ouvrages des anciens Égyptiens, mais de ces derniers peuples. Ces monuments ont subi diverses eombinaisons, suivant les opinions qui dominaient en Grèce ou à Rome, à telle ou telle époque. Ils sont l'expression d'idées qui n'ont eu cours qu'après l'ère vulgaire. (2Va/e 45.)
Deux peuples fameux parr«nUquitéqu'oii leur a sup* posée, ont suivi les lois du caprice dans Parrangement des constellations. Les Clialdéens et les Égyptiens ne marchaient pas cependant de pair dans la voie de la science. Les premiers en avaient seuls quelque idée. Cette différence a prol>ablement porté Diodore à avancerque les Clialdéens étaient assez habiles pour prédire la marche des astres. 11 parait du moins qu'il y avait à la fois science et observation chez ces peuples. Sans cela, ils n^anraient pas pu annoncer avec précision leretour des planètes et les diverses particularités de leurs positions respectives.
On peut rapporter à cette époque Tintroduction du zodiaque dans les monuments, c^est-à-dire au moment où les idées des Chaldéens devinrent populaires sur le continent occidental ; alors seulement ce mode de représentation du ciel , connu depuis environ trots ou quatre cents ans, fut mis en pratique. A raison du dé* faut d^application utile , il demeura longtemps sans paraître sur les monuments anciens. On n'en trouve même de mention un peu expresse que vers le commencement de Fère chrétienne, quoiqu'il eût été inventé trois ou quatre cents ans auparavant.(2Vbre 46.)
Sa connaissance est également très moderne dans rinde; on peut tout au plus la rapporter au premier siècle de Tère vulgaire; peut*ètre ne dépasse-l-elle patf le huitième. Les monuments elles textes sontdonc loin
d'appuyer la Iiaute antiquité qu'on a voulu supposer aux Natebairas des Indiens , c'e:sl-à*dire aux parties du zodiaque lunaire, ou à celles des douze signes du zodiaque solaire. Il parait que du temps d'Alexandre, lezo* diaquegroc passa dans Tlndc, et de l'Inde dans la Chine, où il a été conslamment consacré a un usage asirologiqtte, mais non pas à un usëgè civil. D'après l'histoire de Tastrologie chinoise, des étrangers rapportèrent en Ctiine sous Antonin; depuis lors seulement le zodiaque grec y a été connu. Ce mode de représentation du ciel, soit celui dont les monumedts de Fancienne Egypte noas ont donné une idée, soit ceux qui se trouvent dessinés sur les édifices de l'Inde et de la Chine, a été eoh prunté à TOccident par les peuples de TOrient. Les progrès de la science archéologique confirment pleinement cette opinion.
U est bien reconnu aujourd'hui que tout ce que Dnpuis et Bailly ont avancé sur Tantiquité des Égyptiens et des Indiens sont de pures rêveries. Par exèoi* pie, ces bas-reliefs égyptiens qu^ils ont voulu faire remontera une époque très ancienne, à l'an 5999 avant l'ère chrétienne, ont été sculptés au IX» siècle auparavant cette ère. Us n'ont donc pas une date antérieure a iOOO ou 4200 ans au plus avant Jésus-Christ. Ces ixisreliefs en granité sont les représentations d'Orus, assis sur deux crocodiles et couvert d'un masque hideux ; à edtédehii se trouTe une chèvre, tandis que le Dieu tieiil II. 0
des serpents dans ses mains et tire un lion par la queue.
Quant aux monuments Mytbriaques, dont Dupuis et Baillf , ont regardée ^antiquité comme si grande, leur date est si récente, qu^eile est postérieure à Auguste. Ils semblent avoir été érigés vers la fin du règne des Antonins ou peut-être sous celui de Caracalia.
On ne saurait voir non plus une preuve de Tantiquité du monument de Dendérah, dans celte circonstance, que les figures des constellations zodiacales qui y sont employées, sont les mêmes que celles dont nous fesons usage aujourd'hui, seulement avec une distribution toute particulière. Cette concordance ne saurait être considérée comme une preuve d'ancienneté, surtout après ce que nous avons déjà dit à cet égard. Il en est de même, de ee que dans le mode de distribution on trouverait une représentation de rétatdu ciel, au mo* ment où Ton avait peint ce monument. A faide de la méthode que nous avons déjà indiquée et sur laqvelle nous reviendrons dans la section suivante , on a pu juger que les observations astronomiques des Égyptiens ne remontent pas aussi haut qu'on le supposait.
SaBs doute, si les Égyptiens avaient pu déterminer la longueur de Tannée, d'après le lever héliaque deSyrius, ce résultat serait réellement étonnant; mais pourquoi! le fût, il faudrait qu'il eut été déduit d'observations réelles de cet astre. Ceci est è peu près impossible, sur* tout en Egypte oà le tour de ihoriron est toujours
tailemeiit chargé de sapeurs, que daBs les belles nuits 09 ne voit jamais d'étoiles à quelques degrés au-dessus de rhorÎBoOy dans les secondeet troisième grandeur, et où le soleil à son lever et à son coucher se trouve entièrement déformé. (Noie^l.)
Si les Égyptiens avaient eu des idées astronomiquiM aussi exactes y comment Eudoxe qui avilit étudié pen^ dant treize années dans leurs écoles, aurait^il pofté en Grèce des cartes du ciel, si grossières et si incohérentes dans leurs diverses parties? Comment la précession n*aurait-elle été connue des Grecs que par Hipparque, si elle eut été consignée dans les registres des Égyptiens et écrite en caractères si manifestes au plft* fond de leurs temples? Gomment enfin Ptolémée qui écrivait en Egypte, n'aurait-il pas profité des observa* tions des anciens Égyptiens et comment n'en aurait-il pas été de même de Thaïes et plus tard d'Hérodote.
Les anciennes observations astronomiques, dcmt les résultats primitifs ont une exactitude remarquable, ne peuvent pas faire supposer une science antérieure au déluge, non plusqu^aucun monument un peu remarquable ait été érigé avant le renouvellement du genre humain. On ne saurait rien en conclure contre la chronologie de la Genèse» pas plus que des longues périodes que se sont attribuées sans fondement les anciens peuples. Ces périodes détachées de l'histoire de oee mêmes nations , oe sont réelle«ient que des sommes de temps calculées par les anciens astronomes^
pour faire coïncider les mouvements du soleil , de la lune et des étoiles , h certaines époques. Elles sont le résultat d'observations faites dans un espace de temps beaucoup plus court que celui qu'elles embrassent.
Pour former de telles périodes, il n'est nullement nécessaire de les avoir parcourues eu entier. Il sufQt d'en connaître les éléments. Quelques siècles sont seulement nécessaires pour y parvenir, surtout si Ton fait attention que la science astronomique des Chaldéens était assez ayancée, et que plus tard elle parvint à un assez haut degré de splendeur chez les Égyptiens. On peut en juger par la perfection et la solidité des instruraents, dont il nous reste des vestiges dans ces superbes, aiguilles gnomoniques, que le temps et la barbarie des siècles n'ont pu détruire entièrement.
Il en est de même des pyramides, où les prêtres Égyptiens, voués par état a l'étude de la nature et à Tinstruction publique, se retiraientpour être à portée d observer sous un ciel pur et serein, pendantle calme de la nuit , les mouvements des corps célestes.
Il n'a pas fallu des temps bien considérables pour former les périodes astronomiques , et par exemple ^ celle de six cents ans si, vantée par les savants moder«nés à raison de son exactitude et de son antiquité. Des millions d'années n'ont nullement été nécessaires pour les découvriret faire les calculs nécessaires pour prouver leur exactitude. Un homme dont la vie se prolongerait
jusqu^à quatre-vingts ans et qui observerait le ciel avec constance, pourrait très bien y parvenir pendant cette courte durée. Il suffirait pour cela que le zodiaque lui fut connu et qu^il connut également le jour astranomique divisé en trente parliea égales au lieu de vin^quatre. Â l'aide de ces seules données, un observateur exact pourrait fort bien, au bout de soixante ans^ former la période luni-solaire de six cents ans.
Voici comment il pourrait y parvenir. Supposons que la lune rencontre le soleil au tropique du caprtcorne, le 24 décembre à minuit, et que là commence Tobservation. Au bout de vingt ans, la lune rencontrera le soleil le 20 du mAme mois, à minuit , plus ^ de jour. Après vingt autres années» la même rencontre aura lieu le 20 décembre, à minuit , plus ^ de jour. Conséquemment au bout de dix fois 60, qui valent six cents ans, la fraction du jour devenant un entier, la rencontre se fera exactement le 24 décembre, à minuit, comme la première, et voilà la fameuse période trouvée.
Une fois l'élément de la période obtenu, le reste n^est qu'une affaire de calcul ; telle a été probablement la marche qu'ont suivie les inventeurs de cette période. Elle a pu être découverte depuis le déluge j et même sans beaucoup d'efforts , surtout par les Chaldéens, qui vivaient sous un ciel pur et serein. 11 n'est pas nécessaire d'attribuer a\i renouvellement du genre humain une date trèi» éloigi^ée, gt de gratifier les
hommes des premiers âges , de cmmaissances asseï précises pour arriver à l'invention de cette période.
Les inductions tirées de la haute perfection de ia science astronomique des anciens peuples, ne sont pas plus concluantes, en faveur de leur antiquité, que les témoignages qu^ils se sont rendus à eux-mêmes» Quand leurs connaissances auraient été plus avancées que prouveraient-elles? A-t«on calculé les progrès que peut faire une science chez des peuples qui n'en avaient point d^autres. La sérénité du ciel, les besoins de la vie pastorale ou agricole, les registres des phénomènes, particulièrement tenus par des collèges d'hommes habiles, rhérédité desprofessions, tout a dû y contribuer. Ilasuffi que parmi les hommes dont l'astronomie était la seule occupation, il se soit trouvé deux esprits géométriques pour découvrir le peu que les nations de Tantiquilé ont connu. {Noee^S.),
Depuis les Ghaldéens, la véritable astronomie n a eu que deux âges ; celui de Técole d^Âlexandrie, qui a duré environ 400 ans, et le nôtre qui n^a pas été aussi long. A peine Tôge des Arabes y a-t-il ajouté quelque chose; les autres siècles ont été tout-à-fait nuls pour elle. Il ne s^est pas écoulé trois cents ans entre Copernic et Fauteur de la mécanique céleste; et Ton voudrait que les Égyptiens et les Indiens aient eu besoin de milliers d'années pour arriver à leurs informes théories. Un homme de génie suffit seul pour créer une science et la porter de
suite è iin haut degré de splendear ; ce n^est donc pas sur le temps qu'on peut mesnrer ses efforts et ses progrès.
8î cette vérite avait besoin d'être étayée par des exemples, rhistoire nous en fournirait de nombreux et de frappants* Qu'étaient les sciences naturelles avant Ârisr tote?et que sont-elles devenues pendant les siècles qui se sont écoulés depuis lui jusqu'à Linné et Buffon? Qu'était également la médecine avant les HippocralesTN'estce pus eux qui ont fondé cette science sur des bases iné* branlables, et qui en dirigeant les médecins vers l'expérience, leur ont frayé une voie nouvelle, dont l'humanité a, depuis lors, tout profité.
Considérons des temps plus rapprochés de nous, et demandons-nous ce qu'étaient les sciences physiques et mathématiques avant Galilée » Leibnitz et Newton. N'est-ce pas à ces physiciens que sont dus ces méthodes et ces instruments qui nous ont mis en communia cation avec le monde extérieur? A leur aide nous avons pénétré dans l'immensité des eieux et découvert des mondes tout aussi merveilleux que celui qui est offert immédiatement h nos regards.
L'esprithumain leur doit encore ces moyens nouveaux d'analyse, quinous ont faitfaire tant de découvertes inattendues et qui en préparent tant pour Tavenir Heureux supplément de l'intelligence humaine, l'analyse infinitésimale est un instrument en quelque sorte
raliouud; du milieu de tous ses avanta^fi, il a oelai d'être applicable à tout ce qui peut éire saisi par 4as nombres.
Nous De devons pas calculer diaprés le temps le progrès des sciences et de la civilisation. Le génie crée et perfectionne tout à la fois ; à sa voix puissante, toutcède et obéit, et dans uu instant il invente ce que des sîèales n ont su ti'ouver. Aussi n'est-il pas de branche des sciences physiques, à Texception de celle qui se rapr porte à rhistoire des animaux, qui date de plus d^un siècle ; car nos sciences modernes n'ont presque rien de commun avec les ébauches imparfaites que les anciens nous ont laissées. Par leur influence, non seuler ment il n^est pas sur le globe d'asile inexploré^ mais nous y avons découvert quatre fois plus de terre que n'en connaissaient les anciens. Cependant des siècles n'ont pas été nécessaires pour produire de pareilles merveilles, et on ne saurait y trouver une preuve de Tancienneté des narions modernes, oomme on Ta fait pour celles de l'antiquité ; les faits sont trop près de nous pour le prétendre; or si cet argument ne peut avoir la moindre force relativement à nous, peuples sî nouveaux, il ne saurait en avoir davantage pour les nations de Tantiquilé.'
On ne peut considéra les progrès des arts et des sciences comme une mesure régulière du temps. Si à certaines époques, leur perfectionnement marche avec
lenteur, il en est d'autres» au contraire, oùrintelligenoe humaine parcourt avec une incroyable rapidité la plus longue cl la plus brillante carrière. Cooament, dès-lors^ asseoir sur le lenrps qu'elle aura rois dans le premier cas, un calcul réel de celui qui aura été nécessaire dans le second. On ne saurait assigner des termes comparables à des objets qui n'ont rien d'analogue.
Ne yoyons-nous pas l'enfant qui bégaye à peine quelques mots, acquérir en peu de jours un accroissement de connaissances, 'dont aucune autre période de la vie ne nous offre Texemple. La civilisation, comme lepro* grès des arts et des sciences, n'est nullement soumise à Finfluence du temps, comme tout ce qui tient à rintekligence humaine.
Il est done possible de circonscrire la marche et le développement de la civilisation ancienne et moderne dans l'espace de temps qui s^est écoulé depuis Tappari* tion de Thomme, que Ton a ^ée entre 76M et 770Q années avant les temps actuels. Ainsi entre Taurore de rbistoire grecqueet le déluge, il se serait écoulé un intervalle de 3,500 ans au moins, ou au plus de4866 années. Cet intervalle suffit pour avoir amené les peuples de Tanliquité au point de civilisation oà nous les représente l'histoire. Les Égyptiens,'le8 Indiens et le» Chinois vivant sous un climat tempéré, dans un pays heureux et fertile, sous le despotisme ou sous la théocratie, ont bien pu arriver^ il y a environ trois mille ans, à cet état
de civilisation où le pouvoir souverain crée de grands monuments et où le luxe nourrit et développe les arts propres à le perpétuer.
G^est à cet état que les Indiens et les Chinois seraient arrivés^ et où serait encore TÉgypte, si celte contrée n'avait été subjuguée et colonisée par des nations d'une autre trempe d'esprit.
Quant à la civilisation des Grecs, elle a tout au plus commencé quinze siècles environ avant Tère chrétienne. Homère n a paru que 900 ans avant cette épo** que, et Hérodote a vécu 436 ans plus tard. Cette car* rière de quinze siècles est suffisante pour expliquer toutes les merveilles de la Grèce antique» surtout isi Ton considère les immenses progrès que les peuples mo* dernes ont faits depuis la renaissance des lettres.
Le cercle de la chronologie biblique , qui parait si court aux faiseurs dû systèmes, est eocore assee vaste pour les historiens.. On peat y faire entrer, non-seule* ment toute la Grèce historique et hérdique » mais eu? core ces grands empires d'Orient^ dont les lourds et immenses monuments ont exigé des 8iècles4)our s'a<* chever. On peut également y faire entrer la civilisatioa des Indiens et desChioois, ainsi que les antiques mi* grattons des Celtes et dés Scandinaves, dont Shum, le Varron des Danois, a si judieieusemait déterminé les époques.
La véritable philosophie de l'histoire rejette sans
embarras, comme sans regrets, tons ces millions de siècles dont elle n^a que faire. Elle le doit d^autant plus, que la nature nous tient parlout le même lainage que les iponuments et les traditions historiques.
T — Im iraàiiiùns $i les mmuments historiques des anciens pmpks cMtrarient-ils la chronologie des Hibreuxî
Les diverses nations qui ont apparu tour à tour sur la terre, se sont disputé la priorité de leur origine, comme si elle pouvait être une illustration. Cancienneté des pères ne fait pas la gloire de leurs descendants, mais bien les titres qu'ils peuvent s'être acquis à la reconnaissance publique, par leurs hauts faits ou leurs vertus. Sous ce rapport seulement , un nom historique est une grandeur ; car il excite tous ceux qui ont le cœur bien placé, à imiter les nobles examples de celui qui Ta porté.
Parmi les nations qui ont prétendu à une grande antiquité, on peut signaler les Hébreux, les Égyptiens, les Indiens et les Chinois. Examinons avec attention leurs différents titres.
Le plus ancien livre que ces peuples puissent nous montrer; est cdui des HébreuX; dont la date remonte
environ à 5,450, ou 5,500 ans avant Tépoque actuelle. Les Hébreux ont donc seuls une véritable histoire des temps les plus reculés, sur lesquels nous ayons des données eerlaines.
Quant aux écrits qui nous restent sur l'ancienne Egypte, ils sont très récents auprès de la Bible; ils paraissent postérieurs à la dévastation de Cambyse. D^un autre côté , leur peu d'accord atteste qu'ib soat tirés de monuments mutilés. Aussi , est-il à peu près impossible d^établir les moindres rapports entre les listes des rois d'Egypte , écrites par Hérodote , Érastothènes , Manélbon et Diodore. Il y a plus , on ne peut pas même accorder entre eux les différents extraits tirés de Manéthon.
Cependant les Égyptiens se sont plu à se foirer une haute antiquité ; ils ont fondé une chronologie d'après laquelle, sur les 56,5^ ans, qu'ils attribuent à la durée des premiers temps, il y en aurait eu 55,984 consacrés au règne des dieux. Il ne serait donc resté que 2,544 ans pour le règne des hommes jusqu'à la quinzième année avant la conquête d'Alexandre, c'est-à-dire jusqu'à l'an 547 avant l'ère chrétienne, ou 4,729 années avant l'époque actuelle. (iVo^^ 49.)
Ce nombre, de 4,729 années, parait certain, d'après les progrès que l'étude des monuments de l'ancienne Egypte a fait faire à la chronologie de ce pays. L'histoire de celle contrée célèbre ne remonterait pas à plus
de 2,888 années avant l'ère ehrélienne , ce qiu rcvion! au nombre que nous avons fixé. Quant au reste du temps compté pour le règne des dieux et des demi-dieux, consacré aux fables mythologiques, il n^a pas ce oaraclère certain qui convient à Thistoire. Dès-lors, la véritable chronologie, celle qui se fonde sur une histoire réelle ou sur des monuments authentiques, ne permet pas d'assigner aux Égyptiens une plus haute antiquité que celle que nous venons de leur attribuer.
On a supposé que les observations astronomiques des anciens habitants de TÉgypte étaient en opposition avec une pareille chronologie, et portaient à considérer l'époque qu'elle fixe, comme trop courte pour les progrès de ces mêmes observations.'Noos ferons remarquer que les formules établies par les géomètres pour représenter les mouvements planétaires , sont arrivées à un tel état de perfection, qu'avec leur secours, il n'est pAs aujourd'hui dans le système du monde, un phénomène du mouvement, observable, que l'on ne puisse' prévoir pour un ayenir quelconque , ou reproduire pour une antiquité presque sans bornes.
 l'aide de ces instruments nouveaux , on peut remonter dans la série des temps, reconstruire Tancien aspect des cienx, et le comparant aux observations ou aoB traditions des peuples, assigner l'état de leurs connaissances positives, rechercher les idées qui leur sont propres ou qui ont pu leur être transmises , et donner
ainsi un élément de plus à riiistoire comparée de l'esprit humain.
En appliquant cette méthode aux documents que Ton possède sur Tancienne Égyple, M. Biot a pu constater, qu'à une époque aussi reculée que 5^285 ans juliens , avant Tère chrétienne , les Égyptiens avaient déterminé dans le ciel la vraie position de Téquinoxe vernal , du solstice d'été et de Téquinoxe d'automne. Ces peuples avaient également reconnu 4505 ans plus tard, ou 1780 années avant Tère vulgaire, que ces points primitifs s'étaieat considérablement déplacés ; aussi , ODt-ils exprimé ces deux états sur leurs monuments.
M. Biot est parvenu à ces résultats en étudiant les travaux astronomiques découverts en Egypte par Cham* pollion, et leur appliquant les recherches de ce dernier sur Fancienue année égyptienne. Cet illustre antiquaire a prouvé par les monuments , que cette année , composée de dottoe mois de trente jours , avec cinq épagoménes, s'écrivait ^ depuis la plus haute antiquité, par des signes qu'ils partageaient en trois saisons ooiacidantes avec les phases que le débordement périodique duNil assigne aqx cultures annuelles^ et respectivement caractérisées par les symboles de la végétation , de la récolte et de l'inondation. En outre, à chacun des mois était attaché un personnage divin qui y présidait, et parmi eux , Champollioa faisait reconnaître avec évi« dence les emblèmes des deux solstices de Téquinoxe
▼ernal. Ces notions astronomiques sont-elles nées d'abord en Egypte , en commémoration de faits réels, et sont-elles passées de là aux Cbaldéens ; ou ceux-ci les ont-ils données aux Égyptiens , qui en auraient fait le fondement de leur année vague? C'est un point de chronologie important sans doute à éelaircir, mais qui est lout4i-fait indifférent à la solution de la question qui nous occupe.
Ceux des monuments mythriaques les mieux caractérisés par des symboles astronomiques , et qui permettent d'arriver à une pareille détermination, sont tous des ouvrages des Romains. On trouve également des vestiges des mêmes traditions sur les cylindres babyloniens et persépolitains, et sur divers bas reliefs de Persépolis. Mais ces monumiMits ne remontent pas à plus de cinq ou six siècles avant l'ère chrétienne. A la vérité y ou croit retrouver quelques traces de ces traditions j jusque dans les racines de la hngue persanne.
Si l'on pouvait compter sur ^exactitude du fait si son-* vent cité, que Callisthène avait envoyé k Aristote des observations astronomiques chaldéennes, remontant è 49,000 ans, l'embarras relativement à la question de priorité entre la Chaldée et TÉgypte augmenterait encore. Mais ce fait repose sur le seul dire de Simplieius , qui a vécu six cents ans après Aristote, et qui le rapporte sur tunique autorité de Porphyre; du moins,
le maitre d'Alexandre n>n a rien dit, et aucua véritable astronome n en a parlé. (Noie 20.)
Cependant, Ptblémée cite et emploie dix observa* lions d'éelipses véritablement faites par les Chaldéens; mais elles ne remontent qu'à Nabonnssar ou h 724 ans ayant Tère chrétienne. Ces observations sont tout-èfait grossières ; le temps n'y est exprimé qu'en heures et en demi-heures^ et l'ombre qu'en demi ou en quart de diamètre. Cependant comme elles avaient des dates certaines , les Chaldéens devaient avoir quelque connaissance de la vraie longueur de Tannée , et quelque moyen de mesurer le temps. Us paraissent avoir connu la période de dix-huit ans, qui ramène les éclipses de lune dans le même ordre, et que la seule inspection de leurs registres devrait piomptement leur donner; mais il est constant qu'ils ne savaient ni expliquer, ni prédire les éclipses de soleil. {Noie 24 .)
Les quelques centaines d^éclipses , que les Égyptiens sont supposés avoir observées, sur la foi de Diogène Laerce, prouveraient seulement, que pendant plusieurs siècles, ils ont observé assidûment le soleil et la lune, et que dans les cas d'obscurcissement, ils ont jugé à propos d'inscrire la date du phénomène dans leurs registres académiques, sans en comprendre peut-être la caus?.
Ce fait est, du reste, fort douteux, non seulement parce qu'il n'est appuyé quosur le direde cet historien ,
mais surtout parce qu^il ne Tallègue, que pour donner aux Égyptiensune antiquité de 48,000 années , antiquité à laquelle le nombre des éclipses citées est bien loin de correspondre. Ces observations d'éclipsés devaient être bien grossières, puisque Ptolémée n'en mentionne pas une seule, tandis qu^il en cite plusieurs des Cbaldéens, quoique celles-ci soient d^ailleurs peu précises.
Si Thaïes a pu prédire la fameuse éclipse sur laquelle il règne tant d^incertitude, relativement à sa date, rien ne prouve que l^honneur doive en être rapporté aux Égyptiens. Le philosophe grec pourrait ne devoir sa méthode qu^à lui-même ; il pouvait enfin connaître la célèbre période chaldéenne. Il devait du moins appliquer quelque méthode de ce genre ; car dans Tétat d'imperfection où se trouvaient pour lors les sciences , un calcul d'éclipsés proprement dit, était à peu près im« possible. Aussi , Thaïes n'arriva pas jusqu^à prédire le jour, et encore moins Theure de Téclipse, mais seulement Tannée où ce phénomène devait avoir lieu.
Thaïes paraît, du reste , avoir de beaucoup surpassé ses deux maîtres; aussi il enseigna, dit-on , aux prêtres de Memphis à mesurer la hauteur des pyramides par leurs ombres. L'orientation exacte de ces monuments serait un fait significatif, s'il était certain que les Égyptiens ont eux-mêmes orienté et construit les pyramides. Or, c'est là un point douteux et contesté ; quand il ne le serait pas, il serait facile de prouver, qu'une méridienne "• 7
humûine, rassemblée dans la bibliothèque d'Alexandrie. Ptolémée a connu également les observations des Chaldéens; dès-lors, comment n^aurait-il pas su que le mouvement équinoxial était un fait que connaissaient paiement les %yptiens , au milieu desquels il vivait. Cependant y ce savant a cru qu'il avait été découvert par les Grecs , après quatre cents ou cinq cents ans d'études suivies. Yoilè pourtant les faits sur lesquels on s'est appuyé, pour prétendre que les Égyptiens avaient de hautes connaissances en astronomie.
D'autres faits semblent bien plus concluants pour faire admettre le contraire. En effet, Hypparque, pas plus que Ptolémée , n'a cité aucune observation astronomique due aux Égyptiens. Du moins ^ ils n'en ont vu aucune , à laquelle ils aient pu comparer les leurs , tandis qu'ils l'ont fait souvent h Tégard de celles dues aux Chaldéens.D'un autre côté, ces peuples ne pouvaient pas avoir une astronomie passable avant Thaïes, puisque ce philosophe inventa la mesure des angles et les lignes proportionnelles, et plus tard encore, Pythagore découvrit les propriétés du carré de l'hypothénuse. Il est donc constant, qu'avec une géométrie aussi imparfaite que celle dont les Égyptiens avaient l'idée à l'époque où ce philosophe vint les visiter, l'astronomie élait à peu près impossible ; car, avec une pareille science, il n'y avait pas moyen de mesurer les hauteurs des astres. (Note 22 )]
Leurs connaissances étaient si peu avancées, que Plutarque nous représente les habitants de l'Egypte, mesurant la hauteur du pôle , non avec un instrument gradué, mais en dirigeant une tuile Ters Tétoile polaire. Aussi, Fabsurde procédé que leur attribue Macrope, pour mesurer la durée de la révolution diurne, n'est pas aussi incroyable qu'on Ta supposé, surtout lorsqu'on réfléchit que ces peuples n'avaient pas même de cadran solaire. I^ part des Égyptiens, dans l'invention et les développements de la science astronomique, parait avoir été bien faible , si elle n'a été tout-à*fait nulle.
Voudrait'On enfin attribuer aux anciens navigateurs de la Phénicie, la gloire d'avoir posé les fondements de Fastronomie nautique ? Cela est possible , mais le difficile, c'est de fixer le degré auquel ils s^élevèrent dans cet ordre de connaissances. Il faut l'avouer, Tbistoire est tout-à-fait muette sur ce point important. La tradi-^ tion leur attribue seulement, du moins d'après Strabon, la découverte de la constellation de la grande ourse, ou plutôt de son usage dans la navigation. Mais c'est là un fait équivoque, car les hommes n'ont jamais ignoré que la constellation de l'ourse était placée au ciel dans la région du nord. Strabon leur attribue également l'invention de l'astronomie et de l'arithmétique; mais cette invention , qui ne repose , du reste , sur aucune donnée historique , est encore pli)g vague que la première qui leur a été attribuée.
Les plo8 anciennes observations astronomiqaes , mentionnées dans leslivres des Chinois, remonteraient, d'après M. Biot, à 2,400 ans avant notre ère. Elles seraient postérieures de neuf siècles è la position primitive des solstices et des équinoxes, rappelée par les notations et les tableaux sculptés des Égyptiens*
Le mode de division du ciel, par ascension droite, le choix des consiellations adopté par les astronomes Chinois, et les dénominations qui les désignent, n^ont aucuu rapport avec le système astronomique des Égyp* tiens. Il n^ a rien de commun entre les deux systèmes qui puisse faire supposer une transmission de méthode ou de traditions, qui se serait propagée des Égyptiens aux Chinois. Les deux systèmes d'idées, sur lesquels reposent les méthodes des uns et des autres, semblent, tout-à-fait indépendants et n'avoir jamais pu provenir d'une même opinion fondamentale.
Si on découvre entre les opinions de ces peuples quelques analogies, comme le culte du ciel , celui des ancêtres, l'assimilation des rois au soleil, lemploi des signes figurés dans récriture primitive, ce ne peut être que parce qu'ils ont été conduits tous deux à ces usa* ges, par la seule pente naturelle de Fesprit humain. S'ils les avaient réellement puisés dans une communauté de patrie ou de race, ces relations auraient précédé le phénomène astronomique qui est deventi Torigine des traditions et de la notation égyptienne. Ainsi ^
elles auraient dû être antérieures à Tannée 5285 avant Tère chrétienne ^ époque qui correspondrait à Tannée 8426 avant le moment actuel.
Les observations d'éclipsés faites par les Chaldéeos et citées par Ptoiémée, ne remontent pas non plus audelà de 2,500 ans avant notre ère. Aussi les millions d^années que s'attribuent les Chaldéens. sont fabuleu* ses comme celles à Taide desquelles les Égyptiens ont Toulu -se donner une haute antiquité. Leurs périodes astronomiques ont été calculées, pour la plupart, sur des (^servations inexactes, et même en rétrogradant, plusieurs de ces périodes sont de simples cycles arbitraires multipliés par eux-mêmes. Tout porte à croire que leur grande réputation en astronomie leur a été faite à des époques récentes, lorsque leurs successeurs vendaient dans tout Tempire romain des horoscopes et des prédictions. (iVo/^ 25.)
En supposant aux Ghaldéens des connaissances as tronomiques, plus avancées que celles qu'ils avaien^ réellement, cette circonstance ne serait pas une preuve de leur plus grande ancienneté, lors même qu'il nese* rait pas prouvé que leur origine est la même que les Hébreux et qu'ils ne font avec eux qu'une seule et même nation. Des peuples pasteurs qui habitaient de vastes plaines, sous un ciel toujours pur et serein étaient, par cela même, à portée d'observer le cours des astres. Leur vie pastorale et nomade devait d'autant plus les
engager à celte étude, que les astres pouvaient seuls les guider pendant la nuit. Un esprit méditatif a pu seul les faire arriver au degré de connaissance qu'ils ont eue sans qu^il ait été besoin d'une longue série de siècles.
Ce que nous venons de dire des Chaldéens, s'appli* que également aux Phéniciens qui ne peuvent nous présenter des monuments historiques dont la date remonte au-delà de 4,000 ou 5,000 ans avant les temps actuels. Quant aux Grecs, ils sont encore plus nouveaux; Tétonnante civilisation à laquelle ils étaient arrivés a été plutôt une suite de TmOuence de leur constitution libérale et en même temps des circonstances fortunées sous lesquelles ils ont vécu, que de celles du temps. Ils du-» rentun pareil bienfait aux habitants de l'Egypte et de la PhéniciCy surtout à ces derniers, qui vinrents'établir en foule dans les champs heureux de la Grèce.
Les Indiens n'ont jamais eu d'histoire proprement dite. Leurs livres de théologie mystique ou de métaphysique abstruse, ne sauraient nous instruire sur leur origine et sur les vicissitudes de leurs sociétés. Aussi a-t-ou beaucoup de peine à établir quelques lambeaux d'une chronologie indienne. Cette chronologie, interrompue à chaque instant, ne parait pas remonter audelà d'Alexandre.
LeurSurga Suddanta, qui au dire desBrahmas aurait Hé révélé il y a plus de vingt millions d'années, ne peut avoir été composé que depuis envirop 760 ans
avant Tère chrétienne. Leurs livres sacrés , ou védas, postérieurs à la Bible, ne remontent pas à plus de 5,200 ans. Leur histoire commence par un déluge, et ne le ploce pas à plus de 5,000 ans avant nous.
L^époque à laquelle les Indiens assignent le commencement de leurs souverains humains, ceux de la race du soleil et de la lune^ est à peu près la même que celle à laquelle Ctésias fait commencer les rois des Assyriens, il y a environ 4,000 ans. Quant aux listes des princes que des pandits ou docteurs indiens ont prétendu compiler d'après les pouramas, sorte de légen- - des ou de romans versifiés, ce sont de simples catalo* gués sans détails ou ornés de détails absurdes. Tels sont ceux qu'avaient les Égyptiens et les Chaldéens ; tels sont ceux de Trithème et de Saxon le grammairien, pour les peuples du Nord.
Ces listes sont loin de s'accorder les unes avec les autres; aucune d'elles ne suppose ni une histoire, ni des registres, ni des titres réels. Le fond même a pu être imaginé par les poètes, dont les ouvrages ont été la source de ces histoires fantastiques. Ces listes, toutes pleines de fables, ne remontent cependant qu'à 4,500 sur lesquels plus de 4200 ans sont remplis de noms de princes, dont les règnes demeurent indéterminés quant & leur durée.
( Cet état déplorable devait être celui d'un peuple où les prêtres héréditaires d'un cuite monstrueux dans ses
former exlérieores et cruel dans beanoonp de ses préceptes, avaient seuls le privilège d'écrire, de conserver et d'expliquer les livres. Ces prêtres devaient redouter rhistoire qui éclaire les booimes sur leurs rapports mutuels et sur leurs véritables intérêts. Les mêmes eau • ses ont agi en Egypte et en Chaldée; aussi, pour f>eu qu'on réfléchisse sur les fragments qui nous restent des traditions égyptiennes et chaldéennes, on s'aperçoit qu'elles ne sont pas plus historiques que celles des Indiens.
Si cependant Tépoque qui sert de point de départ aux tables astronomiques des Indiens, avait été effecti-vement observée, ces tables auraient une haute antiquité, et par suite les peuples qui les auraient dressées* Mais les travaux de la société de Calcutta ont prouvé qu'elles avaient été calculées en rétrogradant, et que leur résultat était ^odt«à-fait inexact. D'un autrecôté^ le savant Bentley a fait observer, d'après des calculs rigoureux, que les tables de Tréviranus, considérées par Bailly comme très anciennes» avaient été calculées vers 4284, depuis Fère chrétienne , il y a seulement 56U années.
Enfin des solstices, des équinoxes indiqués dans les Pou ramas et calculés d'après les positions que semblaient leur attribuer les signes du zodiaque, avaient paru d'une grande antiquité ; mais une étude exacte de ces signes a montré à M. Paravey, qu'il ne s'agit que
de solslices calculés 4200 ans avant l'ère chrétienne. De plus, le lieu de ces solstices y est si grossièrement filé, qu^on ne peut répondre de leur détermination, à deux ou trois siècles près.
On le conçoit facilement, les Indiens naturellement impatients observent peu et n'ont jamais eu d'instruments propres à des recherches utiles. D'un autre côté, la nouveauté du verre, comme moyen d'observation^ dépose contre Tancienneté de leurs tables astronomiques. 11 a fallu tout le talent d'Hipparque, de Ticho^ Brabé et le génie de Kepler, pour parvenir à construire des tables aussi bien calculées que celles que nous leur devons, sans avoir fait usage du verre comme moyen d'observation.
Les Indiens ont connu des procédés de calculs fort ingénieux, qui sans prouver Tantiquité de leur astronomie, en montrent du moins Foriginalité. On ne peut pas en dire de même de la construction de leur sphère, car indépendamment de leurs maisons lunaires, qui ressemblent assez à celles des Arabes, ces peuples ont dans leur zodiaque les mêmes douze constellations que Tontvoit dans celui des Égyptiens, des Chaldéens, des Grecs, et enfin des Romains. Les procédés ingénieux dont nous venons de parler, ne sauraient démontrer Tancienneté des habitants de Tlnde; tout au plus annonceraient-ils la sagacité étresprit de leurs géomètres, ce qui parait du reste à Tabri de toute contestation.
En effet, les Indiens ont eu une science astronomique bien supérieure aux prétendues profondeurs des mythes Égyptiens. Mais cette science est sans histoire , et ses découvertes sans époque certaine. On découvre chez eux une science toute faite, dont les Brahmes se sont servis y comme nos manœuvres font usage du levier et de la roue sans s'inquiéter le moins du monde du principe de leur puissance. Les Brahmes ont cependant calculé les éclipses avec une exactitude remarquable, et il parait même avec une assez grande facilité.
Les formules quMls ont maniées avec beaucoup de dextérité sont d'une composition étrange; probablement nous n^en posséderons jamais les secrets. Néan* moins, les deux calculs d'éclipsés que nous a transmis le Gentil, et qui appartiennent aux Brahmes, sont en erreur sur les véritables moments, du moins d'après nos méthodes, d'environ 22 minutes de temps.Cette er« reur semblerait annoncer que depuis Tinvention de la méthode indienne , les résultats accumulés de quelque inégalité sidérale, auront produit des diflerences et exigé des corrections, que la décadence de la science astronomique des Brahmes ne leur aura pas permis de reconnaître et encore moins de calculer.
Bailly a fait remonter Torigine de l'astronomie indienne à celle du Calyougan, dont la date parait être de 5406 avant Tépoque actuelle; a la vérité Ânquetil
Duperron a pensé, au contraire, qu'elle leur avait élé apportée parles Arabes. Cette opinion semble la plus probable , puisque les Brahmes conviennent eux-mêmes que leur astronomie est venue d'ailleurs et que les connaissances qu'ils ont eues dans cette science, ils les tiennent d'autres peuples. Les calculs de Laplace ainsi que ceux de Delambre, sont venus confirmer le dire d'Anquetil, puisqu'ils ont prouvé que Télat du ciel, à l'époque du Calyougan , n'était pas conforme à celui que les Indiens ont admis pour lors. Mais nous devons le dire, les formules indiennes n'ont nullement les caractères particuliers à l'astronomie arabe, ni d'aucune autre qui ait pu être importée sur les rives du Gange. II y a donc là une énigme, dont nous ne saurons peutêtre jamais le véritable mot.
Les Chinois se sont plu aussi à se donner une haute antiquité; mais elle n'est pas plus réelle que celle des peuples dont nous venons de discuter Thistoire. Le Chou-King est leur plus ancien livre. On assure qu'il a été rédigé par Confucius , sur des lambeaux d'ouvrages antérieurs, il y a environ 2257 ans. Ce fut deux cents ans plus tard qu'arriva , sous l'empereur Cbi- Hoangli, la persécution des lettrés et la destruction des livres. Quatre cents ans après cette persécution, une partie du ChourKing fut rétablie de mémoire par un vieux lettré. Une autre partie de ce travail précieux fut retrouvée dans un tombeau ; mais près de la moitié est perdue pour toujours.
— >no —
On juge aisément^ après de pareils travaux , faits pour ainsi dire au hasard, quelles incertitudes doivent envelopper une histoire fondée sur de pareilles bases* Quoiqu'il en soit, elle commence par Yao, occupé à faire écouler les eaux de dessus la surface de la terre ; cet empereur vivait il y a 4,466 ans, selon certains de ces manuscrits; et, selon d'autres^ il y aurait seulement 5,946 années.
On a supposé, à la vérité, qu^il existait des empe^ reurs avant Yao; mais Ton a admis, pendant leur règne, des circonstances tellement extraordinaires, que leur existence est plus que problématique. L'histoire des Chinois ne devient raisonnable et ne peut soutenir Texamen de la critique, que lorsqu'elle nous transmet des événements réels passés sous les yeux des historiena, ou dti moins qui leur étaient bien connus.
Quant aux observations astronomiques dues auxCbinoisy la plus ancienne, parmi celles qui ont un carac^ tère d'exactitude, eat celle du Gnoinon, dont la date remonte à 2,900 ans. A la vérité, on trouve dans le Chou-King des détails d'une éclipse qui daterait de 5,965 ans; mais cette éclipse est racontée avec des détails si absurdes, que la description en est évidemment imaginaire. I^'étatdu ciel, à Tépoque où Ton prétend que cette éclipse aurait été aperçue, s^opposeft ce qu'on puisse la considérer comme réelle. 11 est également question, dans le même livre^ d'une conjonction qui
aurait eu lieu il y a enviroo 4,260 ans. Sans doute, cette observation serait la plus ancienne connue; mais elle a été rejetée par tous les astronomes, comm^ n^ayant jamais eu lieu.
L'observation de Tombre faite par Tscheou-King vers 4 4 00 ans avant Fère chrétienne, ne porte pas en elle-même des caractères de fausseté; quoiqu'assez grossière , elle n^est pas moins un monument astrono** mique plus ancien que ceux de tous les autres peuples. Mais, antérieurement à cette époque, les astronomes chinois n'avaient aucun moyen de prédire exactement les éclipses; ils savaient tout au plus en fixer approximativement les époques. Ce qui le prouve, c'est que Tempereur Tcboug-Kang condamna à mort ses deux astronomes of^ciels, Hi et Ho, parce qu'ils n'avaient pas su prédire une éclipse qui avait eu lieu Fan 2,465 avant Tère chrétienne.
On trouve seulement en Chine, vers le commencement du iv^ siècle avant celte ère, des observations suivies d'éclipsés, de solstices et d'apparition de comètes ; ce qui indique une science suivie et établie. Vers l'ère chrétienne, les astronomes chinois publièrent des traités d'astronomie qui ont été conservés, et qui annoncent des connaissances assez étendues. Il parut même, Tan 464 après Jésus-Christ, un catalogue de 3,500 étoiles, plus complet que celui de Ptolémée, dont les travaux furent à peu près contemporains au^^
observations des Chinois. Dans le m® siècle, Yuchi découvrit le mouvement équinoxial qu^il a supposé de : 4^ en cinquante ans, et calcula un assez grand nombre d^éclipses.
Plus tard, et vers le commencement du viii« siècle , Tastronome Y-Hang mesura la terre , opération dont nous ne pouvons pas apprécier le mérite, par suite de rincertitude du fy ou de la base qui a servi à établir les dimensions du globe. Ce fut au xm^ siècle que parut le fameux Cochcou-King, qui porta Tastronomie chinoise au point le plus élevé qu'elle ait jamais atteint. Mais il avait eu pour mallres les Arabes, et la trigonométrie sphérique, base de la véritable astronomie, dont on lui a attribué à tort Tinvention , était connue avant lui en Chine à Tépoque des conquêtes de Kbou-Bisal* Khan. (iVb/e 24.)
Ce Cocbeou-King avait épuisé les forces du génie des Chinois; aussi, à partir de ce savant, la science du ciel ne fit plus de prc^rès dans cet empire. Les jésuites n eurent même qu'à se montrer, au xyiii<' siècle, avec leur astronomie encore imparfaite , pour évincer les astronomes officiels et du pays; fait réellement extraor^ dinaire chez un peuple jaloux et fier de ses connaissances. Depuis cette époque , ces mêmes jésuites ont conservé le sceptre de la science et la direction des affaires astronomiques.
Les monuments de la Chine ne remontent pas non
plus à une haute antiquité, D'oprèa les traditions les plus authentiques, ils sont postérieurs de plus de mille ans à Tempereur Yao Qiu, Il en est de même de leurs ?ases et de tous les objets qui sont susceptibles de se conserver* On n'en connaît pas dont la date soit anté* rieureà 4766 ans avant Tère chrétienne; ou à 5607 années avant Tépoque actuelle. Ces vases peu chargés de caractères sont fort difficiles à débrouiller^ à raison même de leur uniformité. Aussi ne sont>ils guère pro* près à nous apprendre Tépoque de leur fabrication y et par oonséquadt à nous éclairer sur la chronologie de h Chine. Us le peuvent d'autant moins, que les hiéro* glyphes dont ils sont parfois chargés n'ont aucune ivleur historique*
On peut conclure avec fondement de Texamen at* tentif de Thistoire de cette partie de TAsiCy que pen« dant long^lemps les Chinois n'ont pas observé le ciel en astronomes, mais seulement en astrologues. Dès* lors, les premières observations de leurs mandarins ne peuvent avoir aucune autorité pour l'histoire comme pour la chronologie, en même temps qu'elles sont sans importance pour la science.
En un mot, les recherches astronomiques, les livres, les monuments historiques nous manquent, lorsque nous voulons dépasser la date que nous avons fixée à Tapparitim de l'homme* C'est sans raison, comme sans fondement, qu'on a voulu aller au-delà pour le
soylien de systèmes plus ou moins ingénieux, mais sans appui comme sans base^ {Noie 25.)
Un simple hasard ne saurait donner un résultat aussi frappant et aussi uniforme que celui dont nous venons de démontrer Tévidence.D^aprèslesmonumentsIesplus aulhenliques,au88i bien qued^aprèslestradilionsles plus avérées et les plus certaines , l'origine des monarchies égyptiennes^ assyriennes, indiennes et chinoises, nere« monterait pas au*delà de 4000 on au plus de 5000 ans. Les idées de nations aussi diverses, et dont les relations ont été si peu fréquentes, et chez lesquelles la langue, la religion, les lots et les habitudes n^avaient rien de oonmiun, n^auraient jamais pu s'accorder sur un point aussi important de leur histoire, s^il n'avait pas eu la vérité pour base et la réalité pour appui. Elles Tauraient pu d^autant moins que toutes ont eu un penchant, et même un désir bien prononcé, de s'attribuer une antiquité sans bornes, afin de se donner un genre d'illustration auquel elles attachaient le plus grand prix.
VL — Des Cosmogonies patenneê comparies à la Cosmogonie de Mo%se.
Après avoir examiné avec attention la Cosmogonie de Moïse, il ne nous reste plus qu'à la comparer à celles
que nous devons aux méditations des philosophes les plus illustres de Tantiquité, comme aux peuples les plus avancés en civilisation. Le grand œuvre de la création a excité de tout temps l'intérêt de toutes les nations ; cependant les païens n^admettaîent point la création du monde dans le sens rigoureux du mot. Ce qu'ils appelaient ainsi, n'était pour eux que la reproduction du monde, à la suite d'un violent cataclysme, antérieur à celui deNoé; aussi leurs Cosmogonies sont-elles continuellement mêlées d'allusions à un débordement des eaux.
Les plus beaux génies de la Grèce et de Tltalie antique se sont. occupés de la solution du problème de la création,qui a constamment excité la curiosité des hommes supérieurs de tous les âges. Aucun de ces génies, dont plusieurs nous étonnent encore f>ar la profondeur et la perspicacité do leurs vues, ne s'est approché de cette solution y dont les siècles modernes nous ont fait seuls comprendre toutes les difficultés.
Les anciennes cosmogonies, dont nous allons présenter l'exposé, toutes imparfaites, lorsqu'elles ne sont pas calquées sur celle de Moïse , sont à peu près sorties du souvenir et de la mémoire des hommes. Comment pourrait-il en être autrement? les philosophes auxquels elles sont dues, ayant les idées les plus fausses de Dieu et de sa puissance.
Ce que nous disons des philosophes de l'antiquité,
nous le disons aussi bien des plus illustres que de ceux dont les travaux ne méritent aucune atlenlion. Platon, ce génie sublime, qui a touché, pour ainsi dire, aux limites de Tintelligence humaine, n'a embrassé la création ni dans son essence, ni dans ses résultats , parce qu'il n'était point fixé sur le principe éternel de toutes choses. On peut facilement s'en convaincre en portant ion attention sur le Timée et sur le Traité des Lois *.
De même, Aristote, ce génie si vaste, qui a embrassé l'étude de la nature entière, quoique moitis incertain dans ses opinions que Platon, n^a pas été plus heureux. A ses yeux, l'univers a toujours existé, ainsi que le genre humain. Tous les étresquiembellissentetaniment ce monde n'ont jamais eu de commencement, et ne doivent point avoir de fin. Hippocrate, celte grande renommée des temps antiques, s'est également égaré lorsqu'il a voulu porter son esprit sur la création et sur son auteur.
Les erreurs de ces grands hommes doivent nous prouver combien la Cosmogonie de Moïse est digne de l'attention des hommes éclairés; car longtemps après cette Cosmogonie, les philosophes les plus habiles ont eu les opinions les plus fausses et les plus absurdes sur l'origine du monde. Ainsi, les und, à la tête desquels nous citerons Ocellanus-Lucianus , soutenaient
* Platon, Ttaitè des /««, lib. VIL— 1c Timée, pag. 306 etsaîv.; m volume in-8r Ëditioa des Deux-Ponts.
qae le inonde était éternel quant à sa nature et è sa forme. Mais ce qui surprend le plus, c^est de voir Âristote partager les mêmes opinions et supposer que les êtres animés^ comme les corps inanimés, sont incréés. Néanmoins, ce grand philosophe reconnaissait qu'une substance spirituelle était la cause du mouvement et de la forme de Tunivers. A ses yeux, TuniTers était moins une création qu'une émanation de la Divinité.
De même Platon, bien qu'il reconnût que le monde était l'ouvrage de Dieu, semble pourtant insinuer que Tépoque de sa formation était illimitée. Il a, du moins, supposé que le monde était une image éternelle du type immuable, unie de toute éternité à une matière variable. Enfin , les disciples de Platon enchérirent de plus en plus sur la doctrine de leur maître, et enseignèrent le dogme de la co -éternité absolue de Dieu et de Tunivers,
Plusieurs philosophes modernes sont allés encore plus loin; iU ont soutenu non-seulement que le monde était éternel, mais qu'il existait par lui-même, ne formant qu'un avec la Divinité. Cette opinion, professée par Spinosa, avait été également enseignée par Xénopbane, chef de l'école éléatique, comme nous l'apprend Diogène-Laerce. Le dernier de ces philosophes soutint qu'il n'y avait qu'un seul être, lequel incréé, et essentiellement inaltérable, restait toujom*6 le même, et n'était autre chose que Dieu» Cette doctrine
mêmes, Forganisation propre à ce que nous appelons corps.
Ce système bîearre, sll en fut jamais, est assez semblable, aux tourbillons près, à celui d'Épicure, tel que Lucrèce nous le présente. Cependant Épicure ajouta la pesanteur aux deux autres propriétés attribuées aux corps par Démocrite , savoir la forme et Tétendue ; car selon lui, si ces atomes n^avaient pas élé pesants, ii n^y aurait point eu de mouvement.
D'autres philosophes Grecs pensèrent que le feu était le principe et la fin de toutes choses, et qu'il était Dieu lui-même. Cette idée sortie des écoles d'Heraclite et d'Hippasus de Métaponte, était aussi celle que professait le père de la médecine , Hippocrate. A ses yeux , comme à ceux d'Heraclite, le feu immortel connaissait le passé, le présent et l'avenir. Les opinions des Stoïciens ne furent guère plus raisonables; car tout en dis tinguant deux principes, Dieu et la matière abstraite, ils les firent également corporels.
On trouve cependant des idées plus sensées sur l'orl*gtne du monde dans les systèmes imaginés par les Étrusques, les mages, les druides et les Brahmanes. Selon eux. Dieu aurait tiré l'univers du néant, d'aecord en cela avec les Chinois, avant que Tidolatrie se fat introduite chez eux.
Anaxagoras avait également proclamé que le monde ^tail Touvragede Dieu,et sa cosmogonie fut adoptée par
l66 Romains, malgré les efforts de Lucrèce pour faire prévaloir le système d'Épicure. Quant aux métamorphoses d^Ovide, qui eurent à Rome un succès prodi- ^eux, elles ont quelque air de ressemblance, dans leur premier chapitre du moins, avec la Genèse. Aussi quelques écrivains ont pensé , d'après un passage de Clément d'Alexandrie,- que le Pentatenque était connu à Rome et en Grèce avant Fère vulgaire , oe qui est d'ailleurs confirmé par une foule d'autres faits, qu'il serait trop long d'énumérer ici.
On pourrait bien admettre la même supposition & regard des Indiens, d'après leur cosmogonie, que Ton trouve consignée dans les lois de Menou. D'après ce dernier, Tunivèrs n'aurait existé que dans Tidée première et éternelle de la divinité. Enveloppé d'abord dans les ténèbres et dans le chaos, l'univers ne serait sorti de l'obscurité dans laquelle il était plongé, que par l'elfet et la volonté de la divinité elle*méme. A sa voix puissante, le ciel en aurait occupé la partie la plus élevée, la terre l'extrémité inférieure, et au milieu au* rait été établie la région des airs. C'est sur la terre qu# furent placés les êtres vivants que Dieu anima de son souffle divin. Après avoir achevé son œuvre , k cause première de toute existence fut al»orbée de nouveau dans l'esprit dont elle était émanée, <t rentra dans son état primitif de repos et d'inaolion.
On nous a fait une <d)jection à laquelle nous nous
croyons forcé de répondre, quoiqu'elle soit loin de nous parattre fondée. On a cru voir dans les incarnations de fVùinoUf fVishnou^ FTichim ou fVichnom ^ dieu qui selon les Indiens gouverne le monde, une preuve de la connaissance où auraient été ces peuples de la connaissance des lois de la succession des animaux. Cette connaissance résulterait, selon ces critiques, de ce que dans sa première métamorphose, Wistnou s'était transformé en poisson pour chercher le Yédam au fond de la mer, où un mauvais génie l'avait caché, et dans la seconde en reptile. Cette seconde métamorphose aurait eu lieu, parce que, suivant les Brahmes, la terre ne pouvant plus porter la pesanteur des montagnes, Wistnou aurait pris la forme d'une tortue, pour les soutenir sur son dos.
A la troisième incarnation , les péchés du genre humain ayant augmenté le poids de la terre, le serpent Signag, sur lequel elle reposait, n'ayant plus eu la force de la soutenir, elle serait tombée au fond de la mer, et tout le genre humain aurait péri. Wistnou descendit pour lors des cieux transformé en cochon. 11 s'agrandit sous cette forme i'une manière si étrange, que sa tète touchait aux étoiles. Il enleva pour lors la terre avec ses défenses et la remit sur la tortue, qui était ellemême posée sur le serpent Signag. Ce fut ensuite que Brahma repeupla la terre d'hommes nouveaux, qu*il créa par l'effet d'une seule de ses paroles.
Dans la quatrième métamorphose ou incarnation , Wistnou se transforma en monstre effroyable, afln de châtier Tinsoienee du démon, et Tayant saisi par le milieu du corps, il le mit à mort. Ce Dieu accomplit dans la cinquième d'autres actions; il détrôna Mavalx, le Dieu qui gouyernail le monde durant Tfige d'or, et le culbuta dans Tabime , Tesprit de dévotion ayant disparu de dessus la terre. Lors de la sixième incarnation, Wistnou accorda trois enfants à deux pieuses brahmines qui ne pouvaient avoir de postérité. Dans la septième, il tua Ravana, qui oubliant tout ce qu'il devait à Ixora, voulait se faire reconnaître pour Dieu.
L^histoire de la huitième incarnation parait avoir quelque analogie avec celle de la vie de Moïse. XJnraia qui avait marié sa sœur à un Brahmine, apprit qu'elle mettrait au monde sept enfants et que le dernier lui en« lèverait la couronne. Ce prince fit donc massacrer les enfants de sa sœur, mais la brahmine étant accouchée d'un beau garçon, qui n'était autre que Wistnou incarné, le fit échanger contre un autre^ et se sauva Bvec lui et son mari.
Wistnou fit bientôt éclater sa divinité; ayant rencontré sur ses pas la femme d'un jardinier, celle-ci l'engagea à venir loger chez elle, et lui tint des discours semblables à ceux que le centenier adresse à Jésus- Christ. Enfin un autre événement, qui a encore plus de conformité avec ceux de la vie dci Sauveur, est
celui de cette Indienne qui, pour honorer Wistnou, répandit sur sa tête un vase plein d'essence et de parfums. Dans la neuvième incarnation , Wistnou se manifesta aux hommes sous le nom de Boudbe, ou de médiateur du genre humain.
Quant au temps de la dixième incarnation» il n'est pas encore venu; lorsqu'il arrivera, Wistnou paraîtra sur un cheval ailé afin de punir et de châtier les méchants. Pour lors le serpent Signag ne pourra pas plus soutenir le poids de la terre que la tortue; le monde sera détruit. Telle sera la dernière période de cet univers, jusqu'au moment où le premier âge reviendra. Les Indiens, cpmme les autres peuples idolâtres de l'Orient, ont en effet admis une révolution cosmogonique, pareille à celle des Platoniciens.
Telle est l'histoire des dix incarnations qui renferment les mystères de la théogonie des Brahmes , du moins telle qu'elle est racontée par Baldans. Cette histoire fictive n'a presqu'aucune conformité avec celle d'Abraham Roger et de Noël, non-seulement pour l'ordre des incarnations; mais encore pour le nom des personnages qui y figurent '*^.
Cette histoire n'est en définitive qu'un ensemble de traditipDs mythologiques plus ou moins fantastiques , elle ne saurait du moins être comparée à une véritable cosmogonie. Les incarnations de Wistnou n'en don-
« DiMonnaîre éa ia FàMô , à l'article Wiabnou, Paris, 1905.
nent pas même Tidée et paraissent avoir été imaginées dans un tout autre but. Si ce Dieu s'est métamCH^phosé d'abord en poisson, puis en reptile, et enfin en mammifère, ces transformations n'indiquent pas pour cela que les Brabmes se soient doutés que la succession des êtres vivants avait eu lieu sur la terre, en raison directe de la complication de leur organisation. C'est sans doute Feffetd'un pur hasard qui leur a fait commencer les incarnations de Wistnon, par la métamorphose de leur Dieu, en une des classes des plus simples et des moins compliquées parmi les animaux vertébrés* En voilà sans doute beaucoup trop sur cette objection qui ne parait pas sérieuse, lorsqu'on Tapprécie à sa juste valeur.
Il ne nous reste presque rien de la chronologie des Chaldéens, si ce n'est quelques fragments de Bérose, recueillis par George le Synoèle*. Ces fragments» au milieu de leur confusion, ont de nombreux rapports avec le système de la création adopté par Moise. On trouve également quelque analogie entre ce récit et la cosmc^onie suivie par les Latins. Ainsi, d'après eux, avant la mer, la terre et le ciel qui lesenveloppe, la face de la nature était la même dans tout l'univers. On l'appelait diaos; masse informe, grossière,, et amasconfiis de semences ennemies. Aucun soleil ne fournissait sa lumière au monde. Le froid combattait, dans le même
* Georges , surnommé le Syncële, à cause de son office près du patriarche de Constantinople , était un moine grec du vin* siècle.
corps, la chaleur, les principes humides avec les secs, les matières molles avec les dures, et enfin les pesantes svec celles qui ne Tétaient pas.
Un Dieu ou la nature plus puissante mit fin à ces divisions; elle sépara le ciel d'avec la terre, la terre d'avec les eaux et Tair le plus pur d'avec l'air épais ou grossier. Le feu qui n*a point de poids, emporté par sa rapidité, brilla bientôt dans le ciel et choisit sa demeure dans la région la plui^ élevée. L'air, dont la légèreté naturelle en approche davantage , le suivit immédiatement. La terre, plus solide, entraînant les éléments les plus lourds, se fixa dans le lieu le plus bas où Tarréta sa pesanteur; Tonde fluide, s'étendant autour, occupa la dernière place.
AfHrès avoir débrointlé annî ce chaos, Diea foçonna la terre de ses mains et lui donna la forme d'un globe, afin qu'elle fut égale dans toute sa surface. Il répandit les mers sur elle, et leur ouvrit un lit dans son sein. Les mers furent peuplées par les poissons, et la terre conçut et nourrit différentes espèces d'animaux, tandis qu'une foule innombrable d'oiseaux fendit les airs.
Mais il manquait à cet ouvrage un être plus noble, pins parfait, et qui put étendre sa domination sur tous les autres. L'homme fut créé, et au lieu d'avoir, comme les autres animaux, ses yeux baissés sur la terre, il porta sa tôte élevée et ses regards se tournèrent vers le ciel.
Enfin dans leur cosmogonie* les Persans ont admis des époques diverses et ont supposé que Dieu avait créé le monde en six époques principales. Dans leurs idées, chacune de ces époques comprenait un nombre de jours considérable, quoique inégal; néanmoins la totalité de ces jours portait Tensemble des six époques à retendue exacte d^une ann^. Durant la première époque les cieux furent créés, dans la seconde les eaux. La troisième fut employée à produire la terre, la quatrième à la formation des arbres et des plantes. Dans la cinquième, les diverses espèces d^animaux apparurent et reçurent Texistence. Enfin la sixième époque , par une conformité frappante avec le sixième jour ' de la cosmogonie mosaïque, fut consacrée entièrement à la création de Thomme.
Cette cosmogonie des Persans est trop en rapport avec celle de Técrivain sacré pour ne pas avoir été calquée sur ce document; elle est du moins la seule qui, avec la Genèse, ait admis la succession des êtres vivants dont Tapparition a précédé celle de Thomme. La ressemblance de cette cosmogonie avec le récit mosaïque de la création, indique assez que la première a été tirée de la même source.
La cosmogonie persane n'est pas la seule, comme on pourrait le supposer, qui ait admis deux principes, celui du bien et du mal. Les mômes idées se trouvent également dans les théories mythologiques des Scandi-
naves qui nous présentent une lutte continoi^le entre les dieux, les géants et les nains, ou en d^autres termes, entre le principe du bien et celui du mal.
D'après cette cosmogonie, où semble dominer une idée de dualité, au commencement était Tablme, audessous se trouvaient deux mondes, celui de la lumière et celui des ténèbres. Ces deux mondes s'étant rencontrés, des étincelles jaillissantes du fluide lumineux atteignirent la glace suspendue au-dessus de Tabime. Elle fondit, et les gouttes tombant dans Tabime produisirent le premier être, le géant Ymir.
Les trois ases, Odin et ses deux frères, tuèrent ensuite le géant Ymir, jetèrent son corps dans Tabime et formèrent le monde de ses débris. Le tronc du corps devint la terre, son sang la mer, ses os les montagnes, ses dents les pierres, ses cheveux les forêts, son crâne le ciel et ses yeux les astres... L'homme parut après cette création, et après lui il y eut une succession d^ftges humains et divins.
Quant à la croyance des différents peuples de T Amérique,, elle est à peu près la même, relativement à la création de Tunivers. L^extrait que nous a donné de ces traditions américaines, le père Laffiteau, suffit pour les comparer avec celles de Moise; aussi croyons-nous devoir y renvoyer.
Telles sont les traditions et les idées qui ont dominé dans le monde païen et qui ont fait la base des diverses
cosmogonies. Lorsqu'on les examine avec quelqae attention, et qu^on les compare avec la simplicité du récit de Moïse, on n^ reconnaît qu'un assemblage fantastique de faits évidemment fabuleux et que Ton ne saurait concilier avec les récits de la véritable histoire. Un. amour continuel du merveilleux, une répugnance invincible à rapporter la circonstance la plus simple» sans y mêler quelque exagération ; enfin cette vanité nationale, toujours jalouse de faire honneur à un pays seul des faits qui concernent le genre humain tout entier; voilà les traits les plus frappants des cosmogonies païennes.
Aussi nous ne devons pas être surpris de trouver une si grande conformité entre toutes ces cosmogonies, car elles sont toutes fondées sur les mêmes principes et en quelque sorte sur des faits qui ont entr'eux les plus grandes analogies. Ces cosmogonies, toutes mytbologiques, n'ont par conséquent rien de commun avec celles deTécrivain sacré, la seule d'accord avec la raison et avec les faits physiques qui ne sauraient nous tromper. Cette dernière est aussi la seule qui frappe notre intelligence et dans laquelle se trouve la véritable histoire des premiers ftges, que les peuples idolâtres de l'antiquité nous ont transmise à travers les voiles de la fable et de l'allégorie.
Après cet aperçu sur les cosmogonies des peuples de l'antiquité qui peuvent nous donner une idée de leur
état social y il ne nous reste plus qu^à examiner leur hîs^ toire. Nous commencerons cette étude par celle des Hébreux qui possèdent le livre le plus ancien de ceux que nous pouvons interroger sur les premiers âges du monde et sur Tépoque de Tapparition de Thomme sur la terre. Nous passerons ensuite à Texamen des faits i l'aide desquels les nations païennes ont voulu s'attribuer une haute antiquité , et nous les comparerons à ceux qui résultent des livres saints.
A l'aide des lumières que nous y puiserons et de celles que nous ont fournies les observations récentes , il nous sera facile de démontrer que la véritable his^ toire de ces nations s'accorde parfaitement avec celle de rÉcpiture, lorsqu'on la dépouille des faits fantastiques et fabuleux dont on s'est plu à la surcharger.