CHAPITRE PREMIER
PUmZlUB PiBIODB^ ou PBEIODJE UlfIVERS£LL£.
Moise parait avoir distingué dans son récit deux sortes de créations : l'une , générale et primitive qui eut lieu au commencement; Tautre, particulière à notre globe, qui se rapporte aux temps plus récents, où dans sa sagesse infinie Dieu trouva bon d'en organiser la surface et de la peupler d'êtres vivants.
D'après ce grand législateur, la matière qui compose les corps célestes , la terre et les autres corps planétaires , aurait été créée dans le principe. Ces mots au commencement indiquent une période indéfinie , bien antérieure aux époques également indéterminées, pendant lesquelles le globe a pris sa forme sphéroidale^ et a reçu les végétaux et les animaux qui devaient y répandre la vie et le jnouvement.
Pendant la première période, ou plutôt au commencement^ ainsi que le porte le texte hébreu , Dieu créa la matière^ ou ce dont il forma le ciel et la terre , car
c'est là toute la matière. Par Teffet de sa toute-puissance, la substance dont les étoiles , les planètes et tous les systèmes stellaires sont composés ainsi que Téther et les atmosphères dans lesquelles les astres sont disséminés sortirent du néant. Us précédèrent donc la dis* position et l'arrangement propre à chacun des corps célestes. A cette primitive création du ciel renfermant tes systèmes stellaires et la terre, se rapporte le premier verset de la Genèse : « Au commerwemeru Dieu créa ce qui fut les deux et la terre, » [Note 4 ^ .)
C'est donc sans fondement que certains commentateurs ont traduit ce passage en disant que Dieu aurait créé au premier jour les cîeux et la terre; car nulle part Moïse n^affirme que la terre soit sortie du néant au premier jour ^ mais bien au commencement. Or, par ces mots, il faut entendre une période indéfinie, suivie également d^époques indéterminées dont rien ne peut faire apprécier la durée. Pendant ces époques successives ont eu lieu les diverses opératfons physiques, ou les différentes modifications de la surface du globe dont nous devons la connaissance à la géologie.
Le premier verset de la Genèse s^occupe de la manière la plus explicite de la création de l'univers. D^abord du ciely c^est-à-direde Tespaceoù sont disséminés les différents corps célestes et planétaires, enfin, du système général des astres. En second licU, de la terre qui désigne particulièrement notre planète; partie du monde qui
ioiéresse le plus rhomme et que la Genèse a eu partîculièrem^il en vue.
Le législateur des Hébreux ne nous a fourni aueune donnée sur la longueur de cette période, antérieure aux six époques de la création. Faute de notions à cet égard, on peut supposer que des millions d^années ont rempli Tintervalle indéfini qui sépare le commencement de la première époque, où la terre reçut une for« me et des dispositions nouvelles.
Dans les diverses questions que soulève le récit de Mo!se , et sur lesquelles nous appellerons successivement l'attention, on ne doit point oublier qu'elles ne porteront jamais sur son exactitude, mais uniquement sur la manière de le concevoir et de l'expliquer. Le principal but de ce récit a été, non de nous faire coin« prendre Je mode d'après lequel le monde a été produit, mais par qui il a été fait.
Suivant nous , la matière qui compose les cieux et la terre aurait été créée au commencement. Elle n'aurait reçu et pris sa forme et sa disposition actuelle, que pendant les six époques de la création; tandis que suivant d'autres naturalistes , les événements géologiques qui s'y sont succédé auraient eu lieu pendant cette première période. Ces diverses manières d'entendre le récit de la création ne portent nullement sur son exactitude, mais sur la justesse de l'une ou de l'autre de ces interprétations.
Ëxaminoûs quelle est la pIuB probable et la mieux fondée. Pour se former une idée précise de ces deux in* terprétationa, il faut avoir égard non-seulement à ce qui est dît dans le premier verset , mais encore aux explications que Moise donne avec quelques détails sur les opérations des six époques.
Le premier jour ou plutôt la première époque nous offre la terre déjà créée, passant de l'élat vaporeux des nébuleuses (état où la science présume voir Torigine de tous les astres) à un certain degré de solidité produit par Feffet du rayonnement de la surface du globe. La lumière et la chaleur reçurent ce mouvement d^ondu* lation et de vibration qui parait être l'essence de leur nature et les causes de leurs effets. {Noie 42.)
A la première époque. Dieu dit : que la lumière soit, el la lumière fut. La lumière générale précéda donc les atmosphères lumineuses données beaucoup plus tard à tous les astres stellaires, et particulièrement au soleil, centre de notre système planétaire. Après avoir créé le ciel et la terre , Dieu imprima le mouvement à la matière, et le premier effet de ce mouvement fut rémission de la lumière.
Telle fut Tœuvre de la première époque , où la lumière fut séparée d'avec les ténèbres.
La seconde époque vit apparaître Tatmosphère» et la séparation des eaux en vapeurs des eaux liquides.
Ce fut à la troisième époque que les eaux ^ retirées
dans les lieux \eê plus àtmissés de te surface du globe , laissèrent à no les terres dévoues aujourd'hui les eou* tinénta. Cette retraite eut lieu aveu une certaine lenteur; car des végétaux couvrirent biisQl&t de leur bril* laiile verdure la surface de la terre, que les mers venaient de quitter.
La végétation ne pouvant s'établir sans qu'une lumière constante vint la vivifier , Dieu donna au soleil son atmosphère lumineuse.
Cette atmosphère devint pour la terre et pour tous les êtres qui y sont répandus , la source de la vie et de
la fécondité.
Le soleil fut ainsi le signe et la mesure du tenip^, dont rien auparavant ne pouvait indiquer le terme ni la durée. Mais si le soleil fut disposé pour présider au jour, un satellite particulier à la terre lui fut donné pour présider à la nuit. L'appropriation de ces deux astres, dont T influence devait être si grande pour notre globe, fut Touvrage de la quatrième époque.
A la cinquième, les animaux aquatiques apparurent en grand nombre ; les plus simples d'abord et les plus compliqués ensuite. Ce fut è la sixième époque que les animaux terrestres furent créés , toujours d'après les mêmes lois qui avaient présidé aux premières créations. L'homme qui devait en être le maître et le dominateur vint enfin sur la terre, désormais son asyle.
D'après ce récit, dont nous venons de rapporter les
principaux traits , il semble difGcile de supposer que les divers événements géologiques aient pu se passer au commencement , ainsi que Tont avancé les écrivains modernes les plus habiles. En effet, avant la première époque, la terre était dans le chaos; la lumière générale n'avait pas encore été mise en émission , et les ténèbres couvraient la surface totale du globe. Le soleil , quoique créé dans le principe des choses, ne pouvait répandre sur la terre les effets vivifiants de ses rayons ; car il n'avait pas encore reçu son atmosphère lumineuse.
Ce serait cependant antérieurement à ces événements que les générations , dont les couches terrestres nous attestent Fancienne existence, se seraient succédé, et que se seraient déposés les terrains qui recèlent leurs débris. Dans ce système , peut-étre aussi contraire à Fesprit qu'au texte du récit de Moïse , les créations des êtres vivants se rapporteraient, non aux générations anciennes, mais aux générations actuelles.
Il est difficile d'admettre une pareille supposition. Comment serait-il possible que des êtres dont tes lois de l'organisation étaient semblables à celles des espèces actuelles, et pourvus des mêmes appareils, eussent pu vivre, privés d*air et au milieu des ténèbres les plus absolues; car la lumière et l' atmosphère n'ont été donnés à la terre que bien postérieurement à la première période, c'est4i-dire à la première et à la seconde
époque. On pourrait tout au plus admettre un fait aussi extraordinaire, si les animaux de Tancien monde no présentaient pas des organes destinés à la yision ; ou s'ils 86 montraient privés à la fois d'organes exhalants et d'appareils respiratoires, ainsi que les végétaux dont ils ont été les contemporains. Enfin les uns et les autres jouissaient, comme les races actuelles, des organes propres à satisfaire à toutes les conditions de leur existence.
Or, il en est tout à fait différemment ; car les oi^anes visuels des animaux les plus anciens qui aient paru sur la surface de la terre , sont tout aussi parfaits et tout aussi merveilleux que ceux des espèces actuelles. II est même certaines races de Tancien monde, chez lesquelles les yeux sont peut«ôtre plus admirables encore par leur construction; du moins, ils leur servaient à la fois, et à la volonté de l'animal, de microscope ou de télescope. A Faide d'un mécanisme particulier, ils pouvaient apercevoir les plus petits comme les plus gros objets, et approprier leurs yeux, suivant la distance de la proie qu'ils voulaient atteindre.
Comment supposer que des appareils aussi compli* qués, eussent été créés sans but comme sans nécessité; car si les animaux chez lesquels ils se trouvent avaient vécu antérieurement à l'époque où la terre a reçu son organisation actuelle, ils auraient été tout à fait inutiles, puisque ces êtres nedcvnient jamais jouirde la lumière.
Une pareille interprétation a-t-elle pu être inspirée
par ridée que Moïse n'a pas écrit dans un hul seienli- (ique. C'est ee que nous ne saurions penser; seulement, il n'a pas cru devoir nous taire le récit des œuvres de la création. S'il nous a laissé des notions justes et précises de ces premières opérations de Dieu , devons-nous nous en étonner et repousser la vérité, sous un prétexte aussi frivole.
Ce récit de Thistorien sacré se rapporte non pas uniquement h la création du ciel et de la terre, mais encore à tous les événements qui se sont succédés sur notre planète, depuis que sortie du néant, elle a été disposée de manière à pouvoir recevoir des êtres vivants.
Pour nous conformer au texte hébreu , nous avons distingué ces deux grandes périodes, éloignées par des temps dontnous ne pouvons apprécier la durée, en deux ordres principaux.
La première , celle qui se rapporte au commencement, a été nommée par nous période universelle, parce qu^elle embrasse la création de Puniversalité des corps célestes et planétaires.
La seconde a reçu le nom de période céleste et terrestre; elle pourrait être appelée aussi période géologique, car elle a vu se succéder les divers événements antérieurs à Texistence de Thomme. C'est pendant cette période, que les corps célestes et planétaires de notre système solaire reçurent leurs formes et leurs dispositions actuelles.
1^ dernière période, postérieure à rapporilion de Tespèee hamaine, a été désignée sous le nom de pé^ riode hUtorique y puisqu'elle se rapporte uniquement à des &its du domaine de Thistoire.
Ces divisions simples et qui naissent de la nature de notre travail, en indiquent assez bien l'objet.
Avant de terminer ce que nous avons à dire sur celle période universelle, on nous permettra d'émettre quelques idées sur les expressions employées par Moïse dans le premier verset de la Grenèse. Ce verset est destiné à nous donner une idée de cette période indéfinie, avant laquelle la matière n'existait pas. C^tte matière, sortie du néant à la voix de Dieu, fut alors créée. Pour exprimer celte opération divine, MoSse se sert du verbe hébreu hara que tous les commentateurs ont rendu par créer {bara , id esi crearé). Il y a d'autant moins de doutes à cet égard, que dans le troisième veraet du chapitre second, on lit : baraebim^kuuàoih^ {ereavù uijacerei, creavit lU ordinaret)^ ce qui veut dire que Dieu créa la matière au commencement , et la tira du néant pour la coordonner et lui communiquer ensuite de nouvelles formes. ÇS^ote >l 3.)
Lorsqu'au contraire, Moïse veut indiquer non l'action créatrice de Dieu, mais seulement son dessein de donner une forme nouvelle à la matière qu'il avait créée antérieurement , il se sert non plus du verbe bara , mais bien d'o^^a qui signifie : faire , disposer ,
approprier. Assa, suppose donc toujours une matière préexistante, tandis que bara n^en suppose point.
Cette observation est essentieîle, pour bien comprendre non-seulement la Genèse , mais les autres livres du Penlateuque. Ainsi , lorsque TÉcriture parle, h la quatrième époque, de Talmosphère lumineuse que reçut le soleil, et à Taide de laquelle cet astre put répandre la lumière sur la terre d'une manière constante, elle emploie non pas le verbe bara^ mais le verbe assa. Elle se sert de ce dernier, parce qu'^elle avait fait usage de bara lorsque cet astre avait été créé.
Lorsque l'Écriture nous dépeint Tapporition de la lumière, elle ne se sert pas non plus du verbe bara , mais uniquement de y^i ou vayei. Ces expressions, qui se rapportent au verbe être, sont loin d'indiquer une création; elles désignent plutôt une simple émission, ce qui eat conforme aux théories modernes sur les lois que suit la lumière dans sa propagation. (Noie 44.)
GHANTRË li.
SEGOIVPE PEBIODC OU PEBIODE CELESTE ET TEBIESTAE.
Cette périodÎB enrimne les temps pendant lesqneU les eorps eéketes et phniétnres , eréés stt oMiiMnoe* cernent y ont reçn klors ioBOieset leursdi^poïkîofis ilé« fiiiiti?es. Elle se raltaoke prineîpalement à notre planète , où diCArentes modiflcalions ont eo Heu , et où de nomlnrenses géoéralions ont passé , poar faire place aux Mres aciMis.
A elle se raf^rteot les senvres des six époques de la création , pendant lesquelles le eiel et la terre furent ackevés avec toutes leurs hMimmes. La sepUème époque ou celle du repos y termine cette seconde période, lapins impartante pour la terre.