‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiques (volume 2)Chapitre 51 sur 61 · III. — Babyloniens, Chàldiens, Assyriens · texte numérisé non relu

III. — Babyloniens, Chàldiens, Assyriens

Les. détails dans lesquels nous venons d -entrer ont assez prouvé qu'il n'existe pas de véritable hî^ire pour Fancienne Egypte , au-delà du règne de Menés, le premier roi de cette contrée *. C'est même le seul fait historique sur lequel s'accordent Hérodote et Dio-> dore. Il en est de même de l'histoire primitive des GhaldéenSy des Babyloniens et des Assyriens qui occupent la troisième colonne de notre tableau, et dont l'origine certaine ne parait pas remonter au-delà de Nemrodet d'Âssur. Aussi au «lieu de porter, comme Evhémère ou comme Bamier, la mythologie dans l'histoire, il faudrait plutôt reporter une grande partie de l'histoire dans la mythologie.

En effet, les premières annales des Babyloniens et

* Menés passe généralement pour le même que Hesraîm. Manéthon , Hérodote , Uiodore et tous les antean qui ont parlé de Mènes eomme le fondateur de TÉgypte , n*ont pas connu le nom de Mesra!m. Il est difficile cependant d*attriboer à un prince qui, comme le fils de Cham, serait si rapproché du déluge* les grands B«Niumen(s dont Hérodote et Diodorc font (lonneqr au prince qu^ils appellent Menés.

des Assyriens aoat enveloppées de ténèbree «uesi^aitfses que celles qui couvrent les événement^ de Tancienne Égypte# Les documents historiques relatifs à ces deux peuples, ne çooimencent à devenir clairs et à prendre un certain degré de vraisemblance qu'à Tépoque du second empire d^Assyrie. CTest aussi seulement à partir de celte époque que Thistoire de l'Egypte devient à peu près positive; du moins , elle repose sur des faits qui, par suite de leur importance , ont été constatés avec quelque soin.

Alors , les rois de Babylooe , de Nioive et de TÉr gypte, désireux d'étendre leurs empires, en vinrent aux mains et se livrèrent des combats qui ensanglantèrent les champs de la Syrie et de la Palestine.

Le récit de ces combats intéresse par riaaportance qu'ils eurent pour les jpeupUs, qui sous la conduite de leurs; prioee«, versaient leur sang pour la défense de leur pays ou pour ragrandissemeot de son territoire.

Mais après ces événements réela y comment ajouter foi à Berose, historien né à Qabylone, lorsqu'il veut nous persuader queTeinpire des Babyloniens remontait A 490,000 années avQnt Tépoqoe à laquelle il écrivait.

Ce fait est aussi exagéré que ceux rapportés par les écrivains grecs, comme Hérodote, Ctésias et Diodotfe de Sicile, qui ont prétendu nous donner quelques notions sw l'histoire de ces peuples, dont la Bible nous a fait connaître Torigine. Malbeureusement, elle ett

restée muette sur les événements liistorique» de Vm* cienne Egypte, et les détails qu'elle nous a fournis sur les Babyloniens et les Assyriens sont si peu circonstanciés, qu^il est^fficile d'établir sur eux une histoire suivie*

La Genèse (c. ^0. v. 8* 44.) met au néant cette fobuleuse antiquité que plus tard Berose a voulu attribuer aux royaumes de Babylone et de Ninive. Diaprés elle, le commenoement de ces empires daterait seulement de la cinquième génération après le déluge. Nemrod, dit-elle, se rendit puissant sur la terre, et fut un grand chasseur devant le Seigneur,

Il établit son empire à Babel, à Érec, à Aocard» à Gainé, au pays de Seinhar ou Senaar^ nom que Moise donne à la Babylonie.

De ce pays sortit Âssur ; ce prince bfttit Ninive et Rehebotbstir, Catak et Resen, entre Ninive et Galah qui est aussi une grande ville. Telle a été l'origine du premier empire d^Âssyrie. 11 estdn moins bien difficile de le faire remonter plus haut. Tous les oritiques modernes s'accordent en effet à faire concorder rérecti<m de ces villes avec le commencement de cet empire, et à ne pas lui dkniner cette haute antiquité que les hilloriens profanes ont voulu lui attiibuer, sans se fonder sur aucune donnée positive.

Quant à Nemrod, partagé entre les violente exercices de la vie sauvage et les habitudes sédentaires de la

vie civilisée, il fonda Tempire de Babylone , en b&tit la capitale, ainsi que trois villes ou bourgades , au sud de la Mésopotamie, sur les bords de FEuphrate et devînt ainsi le premier fondateur de Pempire Cbaldéen. Il entoura de vastes murailles la tour de Bel qui parait avoir été la même que la tour de Babel ; dont il est question dans la Genèse.

Assur, commença Pempire d'Assyrie sur les bords du Tygre , par la construction de Ninive. Mais il parait y avoir été troublé par Nemrod qui , après avoir soumis les pays voisins du royaume de Babylonie, passa en Assyrie et déposséda Assur, diaprés ce que rapportent les plus anciens historiens profanes. Du moins il resserra le royaume de ce prince dans de plus étroites limites, et agrandit le nouvel empire, qu'il avait formé d'une partie du territoire de la monarchie assyrienne. { Cependant malgré les conquêtes de Nemrod , le royaume d'Assyrie n'en continua pas moins , et son existence resta séparée de l'empire de Babylone. Quant aux listes qui se rapportent aux rois de cette contrée, elles en comprennent sept, entre Nemrod et Ghinzir. La suite des rois que ces listes établissent, prouve que la {(Nrme du gouvernement était monarchique. Par suite de la civilisation que ce genre de gouvernement amène avec lui, les villes se multiplièrent, la population prit un nouvel^sor , etblentôt la domination de Babylone ^'étendit sur toute la Mésopotamie.

Le- Temple de Belus ou de Bel , futédifié^eldans son enceinte, les prêtres Gbaldéens commencèrent' ces observations astronomiques qui ont donné à cette contrée une si haute renommée. Mais ces obsei*vatioBs sont loin d'avoir Fantiquité. qu'on leur a supposée. Elles ne remontent pas au-delà de 2000 ans , et non point comme on Ta prétendu sans aucune, preuve à 5000 années avant notre ère '^. Parmi ces dates, la première est la seule qui mérite quelque conGance.

Voilà tout ce que rapporte TÉcriture sur Nemrodj ce premier despote, qui fonda en Asie une forme de gouvernement absolu , laquelle y a duré jusqu'à nos jours. Eu vain a-t-on voulu chercher ce prince dans l'histoire profane ; en vain Ta-t-on assimilé au Belus des Grecs et au Bel des Babyloniens. Tout ce que Ton a dit à ce sujet est si peu fondé , que la véritable histoire ne saurait y avoir aucun égard.

Berose dans son histoire des Assyriens , confirme le témoignage de TÉcriture sur les origines de TAssyrie , par l'analogie des tables païennes qu'il raconte avec les traditions de la Genèse. 11 est certain , du moins , qu'avant Nemrod , nous n'avons aucune lumière sur les empires de Babylonie , d'Assyrie , et enfin sur les lois qui les régissaient. '

* Hérodote^ I, i9i.--Strabon, I, xvr, pàg. iT^.^^SImplie. eôm.^ 46 in lib. II. — Aristot., 4e Cœlo. — Volneyi t. V; p. i7«-iS4, dernière édition.

Aussi est-il fort douteux que les temps historiques des Babyloniens remontent jusqu^à Âlorus et puissent êbte divisés en deux périodes principales , ainsi que le prétendent un assez grand nombre d^écrivains profanes.

La première , comprendrait le règne de dix rois suc* cessife et un espace de 4 20 sares, depuis Alorus jusqu'au déluge universel qui aurait eu lieu sous Xisulhrus. Ce prince est considéré par ces écrivains comme le père de rhumanilé , renouvelée après le déluge , et comme le dixième roi après Alorus ; de même que dans la Bible, Noé est le dixième patriarche , après Adann

Quant aux sares , manière de supputer le temps ^ propres aux Assyriens, aux Babyloniens et auxChaldéens, chacun parait avoir été de 223 mois lunaires , environ dix-huit ans et onze jours. Si cette fixation est bien réelle, les 1 20 sares qui se seraient écoulés entre Alorus et Xisulhrus, comprendraient un espace de 24 63 années 225 Jours ^. Cette date s^accorderait assez bien avec celle qui a été adoptée par les Septante , et donnerait une certaine probabilité à la réalité de cette chronologie.

La seconde période embrasserait seulement 9 sares et demîy ou 476 années Jusqu^au règne d'Evechous, fils et

* Laplace, dans son Sffitème du Monde , pag. 509» et M. Fran- MMnr, daiw ton Utwogr^kk^ pag. M, ôbC iddpCé 1*» et hiaire ie méDM Mnbre ae ii aM là jeun pour la til«iir et ta ûmtétê'nB sare.

sliecessetir de Nemrod. Après ce roi, on ne compta plus par sare, mais par années solaires composées de 565 jours. Ainsi , diaprés Georges le Syncelle, D se serait écoulé 4865 années entre cette époque et la destruction de Femptred^Assyrie, sous le dernier des Sarda* napaies , c-est4-dire 608 ans avant Père chrétienne.

D'un antre côté , Jules TAfricain , Eusèbe et George le Syncelle donnent au royaume des Babyloniens une dorée de 440 ans, quMIs comptent entre Nemrod qui en aurait été le fondateur et Nimis. D*après eux , treize rois partagés en deux séries , auraient occupé cet intervalle , et Tund^eux, Chinîir, après un règne de 45 ans, aurait été détrôné parles Arabes, Tan 2248 avant Jé- SQ»-Cbri8t» La monarchie Babylonienne parait avoir été démembrée ; et de ses débris se formèrent le Royaume de Mésopotamie , le royaume de Sennaar, le royaume d'Ëlaro ) le royaume d'Ellasar^ et quelques autres petites souverainetés dont il est question dans la Genèse. Ce fut sous le règne de Chinzir , que les Chaldéens , occupés depuis longtemps à la contemplation des MtreS) commencèrent à mettre en ordre leurs observations astronomiques*

Cette tardive nfcketion proure asse2 combien peu sont fondés les Chaldéens, quiveulent nous laire con- ^klér«r leurs rechetdie» en astronomie comme remontant à la plus haute antiquité. Cicéron y croyait si peu, qu'il n'a pas craint de conèldéï'er tes assertions des

Cliiildéens sur ce sujet comme folles et erronées *, Il en était de m^me d'Aristote, qui chargea Callisthène de s'assurer si à Babylone on savait réellement quelque chose de positif sur ces travaux scientiGques. Pour répondre aux désirs qui lui avaient été manifestés par le plus grand des naturalistes de l'antiquité , Callisthène lui transmit des observations célestes qui avaient exigé 4905 ans; elles comprenaient Tespace de temps qui s'était écoulé entre le commencement de la monarchie et Alexandre-le^rand. Mais cette date, quoique fort ancienne , est loin de coïncider avec cette grande anti* quité que, d'après des calculs tout-à-fait hypothétiques, les Chaldéens avaient voulu s'attribuer.

Enûn, la seconde dynastie, composée de six princes arabes , eut pour premier roi Mardocenk^* Ce fut lui qui, Tan 23A 8 avant Jésus-Christ, détrôna Chinsir, qui avait déjà régné 45 ans. Cette dynastie dura pendant 245 années, et finit, selon les mêmes chronologistes (Jules l'Africain, Eusèbe et Georges le Syncelle), en la personne de Nabonal , qui fut détrôné par l'Assyrien Bélus. Ce dernier, après avoir déjà régné 30 anssur me partie de l'Assyrie, gouverna encore pendant 25 ans les deux royaumes, et laissa le trône à son fila Nino«, Tan 4 968 avant Jésus-Christ.

Cette histoire primitive de l'Assyrie est ; do reste,

* Uh. m, de IHvinaHimiiui.

si incertaine, que Diodore de Sicile ne dit pas que Ninus ait été le premier roi de cette contrée, mais seulement le premier dont Thistoire ait fait mention. Quant aux plus anciens souTerains de TAsie, leurs noms sont, d'après Diodore lui-même , tout-à-fait tombés dans Toubli , peut--ètre parce qu'on n'a pas pu rapporter aucun événement ni aucune de leurs actions qui eût quelque chose de remarquable.

Parmi les successeurs de Ninus , les uns nomment la fameuse Sémiramis, tandis que d'autres, tels que Diodore de Sicile, Athénée, Justin, Suidas et Grégoire- Posthume mentionnent Ninias pour successeur immédiat è ce prince , mais sanâ parler de cette grande sou* yeraine. Ils attribuent à ce Ninus de vastes conquêtes , tandis que d'autres représentent ce prince plongé dans la mollesse, ainsi que tous ses successeurs qui, jusqu'au règne de Sardanapale, occupèrent le trône pendant un intervalle de plus de >i200 ans.

Ces contradictions et une foule d'autres qu'on pourrait citer, prouvent combien Thistoire de la première monarchie Assyrienne est peu connue. Il parait que , sous le gouvernement des successeurs indolents de Ninias, Sésostris, roi d'Egypte, porta fort loin ses conquêtes en Orient (vers Tan >I59>I); il se contenta cependant de prélever des tributs , sans chercher à détruire l'empire d'Assyrie. La chute de ce royaume «ut lieu beaucoup plus tard, sous le règne de Sardanapale II. 14

(l^an 759 avant Jésus-Cbrist) , qui surpassa tous^ ses prédécesseurs en luxure et en Iftcheté.

Depuis lors, Tbistoire de l^Asie ne présente plus les destinées d'un seul empire qui embrasse ou du moins qui domine toute cette partie du monde : trois empires vont désormais se partager la domination des sucées* seurs de Ninus. Au premier rang, on peut citer la monarchie assyrienne de Babylone , fondée par Bélésis , qui renversa Tempire de Sardanapale, et devint en partie le successeur de ce prince efféminé. On peut encore signaler Tancien royaume des Assyriens de Ninive. qui se perpétua en la personne de Phul ; et enfin, en troisième lieu , l'empire des Mèdes , qui dut son indépendance au courage et à la valeur d'Arbacès.

La première de ces monarchies, celle de Babylone, dura pendant 224 ans, c'est-à-dire, jusqu'à la conquête de Gyrus, roi de Perse, laquelle eut lieu vers l'an 558 avant Tère chrétienne. Quant à la monarchie de Ninive, sa durée fut beaucoup moindre, ayant été réunie à celle de Babylone Fan 625 avant Jésus-Christ, c'està-dire, 'i 54 ans après sa fondation. Enfin, Tétat des Mèdes , devenu monarchique sous Déjocès , dura 222 ans, ou jusqu'à Tan 557 avant Jé&us-€hrist ; il fut alors réuni au vaste empire des Perses.

On ne peut donc pas, à l'aide de la chronologie des Babyloniens , remonter plus haut que nous ne l'avons fait relativement à celle de TÉgypte. Swiloment le nom-

hre des priaoes admis par cette dernière est plus considérable que celui qui résulte des documenta historique des Cbaldéens : les Égyptiens comptent jusqu^à 92 rois successifs pour le même interyalle où les Babylo» niens n^en admettent que 86. Quoi qu'il en soit, on ne trouve aucune certitude, dans Tune ou dans Taulre de ces chronologies , avant les époques que nous avons fixées j ainsi que Bosâuet Ta fait remarquer dans son IHscours sur THistoire universelle *.

En effet , l'ère de Nabonassar, si célèbre parmi les chrcmologistes, ne peut éitre étendue an-<delà de Tannée 5967 de la période Julienne , ou 747 ans avant Tère vulgaire. Dès-lors ee prince ne remonte pas bien haut» car il parait être le même que Baladan , père de Merodach ou Bérodacb , dont il est parlé à la fois dans Isaïe et le IV^ livre* des Rois* Ce fut lui qui envoya dea ambassadeurs à Ezéchias, et dont TÉcriture fait men« tion **. Cette ère, qui commence avec le second empire de Babylonie ; est donc une ère fort nouvelle à côté de celle dont nous venons de parler; aussi la date de cette époque estelleparfaitementbien constatée. On ne peut donc se former des doutes sérieux sur son origine ; la seole chose sur laquelle il règne de rincerlitude, tient aux actions du prince qui ouvre Tère à laquelle il a donné son nom.

* Première partie , page 47.

*"" Paalnu, XXXU, i, -* Reg., XX, iS.

Quant aux dates que nous avons adoptées dans notre tableau, pour Menés, le fondateur du royaume de l'Ég^pte, ainsi que celles de Nemrod et d^Assur, elles sont extrêmement incertaines. On peut tout au plus les considérer comme des données très approximatives sur les époques auxquelles ces souverains, à peu de chose près contemporains , ont vécu , les données les plus positives que nous ayons sur Nemrod et Âssur se réduisant à ce qui en est dit dans le chapitre x« de la Genèse.

Les Babyloniens , ainsi que les Chaldéens , par suite des progrès toujours croissants de leur civilisation ^ oublièrent peu à peu Tart de la guerre, auquel Nemrod avait dû ses victoires et ses succès» Cette inexpérience les fit tomber sous le joug d^un peuple voisin, dont le courage égalait Tintrépidité. Ce peuple était les Arabes , qui, 2000 ans environ avant notre ère, firent la conquête du royaume de Babylone.

Il est , du reste , assez singulier de retrouver dans rhistoire ancienne, et à une époque aussi reculée, une conquête faite par les Arabes , assez semblable à celle qui eut lieu , beaucoup plus tard, sous les successeurs de Mahomet. Seulement la conquête qui nous occupe s'étendit sur bien moins de pays que les victoires des kalifes. La raison est facile à saisir : les anciens Arabes n'avaient point de point central , de chef suprême et unique, et, par conséquent, ils n'agissaient pas de concert et diaprés un plan préparé et médité d^avance. Ces

penples nomades se trouvaient , à ces anciennes époqueSy dans la même situation et dans le même état qu^au moment où parut Mahomet, et ils n'avaient pas . à leur tête un chef aussi habile. Néanmoins, les tribus arabes se précipitèrent sur la Babylonie, et s'en rendirent maîtres. Indépendantes les unes des autres, quoiqu associées à la manière des Arabes , ayant chacune son chef ou ses chefs, elles s'emparèrent des états d% Chinzir, et les démembrèrent. L'un de leurs chefs , nommé Macerdontès, dont nous avons déjà parlé , ré« gna sur Babylone, et, diaprés Ëusèbe, cinq rois de sa nation, dont les noms sont rappelés dans les listes, lui succédèrent.

Quant aux successeurs d'Assur, que nous avons vu fonder Tempire d'Assyrie peu de temps après que Nemrod avait établi celui de Babylonie , Thistoire ne nous apprend rien sur leur nombre et sur leurs exploits. Tout ce que nous en savons, c^est que la chute du royaume de Babylone Avait averti les souverains de Minive de se tenir en garde et de se prémunir contre les Arabes, et pour cela ils avaient réuni des forces imposantes. L^un d'eux, que l'histoire désigne par son 8umom de Bélus , attaqua les Arabes dominateurs de Babylone, et les vainquit. Georges le Syncelle(CAn)nogr. p. 92, A), ainsi qu'Eusèbe(Fra^/7i. epud Scaliger, p. >i4), nous représentent la Babylonie comme une contrée très florissante , mais dont les hi^biti^nts étaient

plus adonnés à Tindustrie et au commerce qu'à l'art de la guerre. Bélus eut donc peu de peine à les soumettre à ses lois et à en triompher. Il leur imposa un tribut annuel, et emmena captif le roi qui les gouver-* naît, ainsi que ses enfants. Il parait même en avoir or^ donné la mort, et par là il mit fin à Tempire des Ara'bes y qui avait succédé à celui des Chaldéens.

Ce que nous avons dit de Thistoire du commence* ment des monarchies chaldéennes, babyloniennes et assyriennes a assez prouvé que leur origine ne peut recu^ 1er celle du genre humain. C^est seulement par suite d'idées préconçues, etfauted'un sérieux examen, qu on a pu penser que les traditions de ces différents peuples et celles des anciens Égyptiens contredisaient formellement la nouveauté de Tbomme y attestée par les faits physiques et ceux déduits de la véritable histoire. Lors* qu'on examine avec quelque critique ces traditions, on n'est pas long-temps à s'apercevoir qu'elles n*ont rien de réel ni de fondé. Elles sont loin d'ébranler ce que le temps nous a conservé de documents positifs sur les premiers établissements des nations , et ce que nous devons à cet égard à TÉcriture , qui seule nous éclaire sur les premiers âges du monde.

Nous avons déjà prouvé ^ par les monuments natu* rels et les faits physiques, que cette antiquité indéfinie, attribuée, par les anciens écrivains, aux nations dont ils ont tracé l'histoire > devait être rapportée non è

rhomme, mais à la terre sur laquelle il a été placé si long-temps après sa formation.

Ce que nous avons déjà observé relativement à Tantiquité relative des Hébreux et des Chaldéens , vient d^acquérir un nouveau degré de certitude par les savantes recherches de M. Dureau de la Malle. Cet archéologue distingué a su le premier fixer Tattention sur la circonstance remarquable qui existe entre ces deux peuples. Il a prouvé le premier Tidentité de leur origine, en constatant la conformité remarquable qui existe entre les Chaldéens , les Kurdes et les Mèdes sculptés sur les bas-reliefs de Persépolis , et celui des Juifs, figuré dans tes sculptures grecques ou romaines ; enfin la similitude du type de ces divers peuples avec celui qu'offre encore celui des Juife établis dans le fau^ bourg de Ghetto à Rome.

Cette race vit parquée au milieu de la capitale du catholicisme ; elle y est l'objet d*un profond mépris , et tous les chrétiens la repoussent et Téloignent. Comme elle ne s^atlie jamais avec lesétrangers, elle a gardé, plus que tonte autre branche de la race juive , le caractère indélébile et particulier de sa physionomie. D^un autre côté, M. Bore, qui voyage dans ce moment en Orient, a Clément remarqué^dansla Perse et le Kurdistan, cette ressemblance frappante entré les traits des Juifs et des Chaldéens répandus depuis le Pontr-Euxin jusqu'aux bouchés du Tigre et de TEuphrate , sous les noms de

Childam, de Chalby de Kard^ de Kurd^ lesChaly* bes , les Kalinouques , les Gordyeos des anciens. Ce jeune observateur a trouvé aussi entre tous ces divers peuples une identité de langage qui confirme d'une ma« nière puissante l'observation zoologique. Tous ses guides , Chaldéens ou Kurdes , s'entendaient, en parlant leur patois, avec les Juifs parlant Thébreu littéral, tout comme les paysans des comtés de Galles et de Cornouailles s'entendent avec les Bas-Bretons du Finistère. M. Bore a prouvé, par le rapprochement des deux langues hébraïque et chaldéenne, qu'il connaît si bien , et que depuis trois ans il étudie sur les lieux et avec les hommes qui les parlent , il a prouvé , disons-nous , que les Hébreux et les anciens Chaldéens sortent d^une même souche et sont un même peuple.

Ainsi la philologie et Thistoire naturelle marchent d'accord , comme toutes les sciences qui ont pour but la connaissance de la vérité; elles ont démontré que les Chaldéens, loin d'être plus anciens que les Hébreux , dérivent d'une même origine et ne peuvent en être dis» tingués. Cette démonstration est venue ^ en quelque sorte, confirmer tout ce que nous avions fait observer sur l'antiquité des uns et des autres. (Note 26.)

Il est, en effet, très remarquable de retrouver, non plus cplte fois rhistoire d'un peuple , mais ce peuple lui-même. C'est cependant ce qu'a fait M. Bore , en prouvant que les Chaldéens , qu'on croyait éteints àe^

puis si long-temps, existaient encore au centre de VA* sie occidentale, dans le$ montagnes qui étendent leurs innombrables rameaux entre Mossoul et Sultimania. Us se nomment eux-mêmes et sont appelés par les Arméniens, leurs voisins, Childam ou Assoriy et Mukin par les Kurdes. Le nom de Childam est le même que . celui de Chaldéens ; et quant à celui d^ Assori, il dérive de ce que les anciens Chaldéens occupaient la Babylonie, la Mésopotamie, la Syrie occidentale et tout le royaume d'Assyrie. Eofin , la langue de ces Childams est la même que celle des Chaldéens; et s'il est vrai que chez tous les peuples le perfectionnement du langage soit toujours en rapport avec le développement de l'intelligence et le progrès des sciences et des arts , celui dont font usage les peuples de TAsie occidentale nous anAonce à quelle hauteur de civilisation devaient être parvenus les Chaldéens , si souvent cités par les auteurs sacrés et profanes.

Nous aurions bien voulu Jnscrire sur nos tableaux les noms et les Ustes des rois qui ont gouverné la Phénicie aux premiers figes historiques ; mais nous avons été forcé de renoncer à ce projet, faute de données assez précises pour le faire avec quelque exactitude. "^

11 parait cepeqdant , et c'est encore la Genèse qui nous fournit ce document , que les Phéniciens descendent de Sidon , prince qui donna son nom à la ville qu'il fonda dans la Palestine, Du moins, leç Sidoniens

semblent les mêmes que les Phéniciens; ear les nns et les autres habitaient la terre de Chanaan , que Ton nomma plus tard la Palestine. Cette contrée était peuplée également par tes iEthéens , les Jéduséens et les Àmorhéens. Aussi, lorsque Josué fit la conquête de ce pays, il y trouva ces diverses nations réunies, qui s'op^ posèrent en vain à sa marche triomphale.

Ces différents peuples descendaient de Chanaan , fils de Cham, qui, suivant toutes les apparences , vint au monde peu après le Déluge. L^ Écriture n'a pas cependent désigné ces diverses nations sous le nom de Phéniciens, quoiqu'elle parle déjà delà Pbénicie à Tépoque d'Âbrabâm^ et qu'elle plaça celte contrée dans les en* virons de Damas \

Chanaan s'étant donc dirigé vers la Palestine, peu de temps après la construction de la tour de Babel , y fonda un empire nouveau. Cet empire devint plus tard Torigine de celui de la Phénieie , dont nous venons de voir qu'il était question dans la Genèse. Aussi, lorsque Abraham Arriva en Palestine , il y trouva les Chananéens qui, déjà établis dons cette contrée , n'y avaient été précédés par aucune autre nation. Seulement les peuples qifi habitaient la P«lestine à Tépoque à laquelle losué en fit la conquête, ne paraissent pas avoir été les mêmes que ceux qui y étaient établis au temps d^Abraham.

* ^oy. Genèse, cfaap. m, V. 19.

Lorsque Josué se fut emparé de la Palesliûe, et qu^il en eut chassé la plupart des anciens habitants, ceux-ci se retirèrent sur les côtes de la Méditerranée » et y prirent le nom de Phéniciens. Ces peuples s'adonnèrent entièrement à la navigation, et ceux qui restèrent dans la Palestine s'établirent sur les côtes. Aussi abandon** nèrent-ils aux Hébreux la oulture des terres et le soin d'élever et de nourrir des troupeau^. Par suita de iearrt nouvelles habitudes, le6 Phéniciens se répandirent ftur toutes les côtes de la Méditerranée, particulière^ ment sur celles de la Gaule, de TEspagne et de l'Âfri'* que. Us s'étendirent également dans quelques partiea de l'Asie-Miaeure, et acquirent par leur activité et leur industrie, de grandes richesses* Ces richesses qui ne firent que s'acoroitre, par suite de leurs progrès dans les arts et la navigation, leur donnèrent un grand renom ohcE les Grecs et plus tard chee les Romains.

Aussi est-on peu surpris de Voir Homère faire men« lion des Phéniciens, dans se» deux grands poèmes, /'/«liade ti l'Odyssée, il y parle même de Sidon, capitale de la Phénicie , comme d'utie ville remarquable par aes richesses et la quantité de métaux précieux qui s'y trouvaient. Le poète nomme même, parmi ces métaux^ le cuivre, dont l'emploi était si répondu dans la haute antiquité *. Hérodote, tout en mentionnant les Phéniciens, les a signalés comme les premiers auteurs des

* Uiai., XXIII, V, T^Sf.-^dysê.^ XV, v. 4M.

divisions qui éclatèrent entre les Grecs et les peuples barbares.

Tout ce que nous savons de Thistoire des Phéniciens se borne à quelques fragments de Sanchoniaton, recueillis par Eusèbe et Porphyre ; enfin, à ce que nous en apprend TÉcriture et Josèphe *. Sans ces divers documents, qui n'ont pas du reste une grande importance, h raison de leur faible étendue et du peu de détails qu'ils renferment, les Phéniciens , fameux dans Pantiquité, nous seraient à peu près inconnus » faute d'annales et de traditions. Tout ce que nous en savons d'après Josèphe, c'est que la fondation de Tyr, ville bâtie par ces peuples , rémonterait à 240 ans avant Pédification du temple de Salomon ; ce qui en fixe Pépoque vers Pannée 4244 avant Père chrétienne '^^

L^histoire des anciens Phéniciens est donc bien incomplète, puisqu'elle se borne à ces seules données. Du reste , les annales de toutes les nations sont singalièrement obscures, lorsqu'on veut remonter jusqu'à leur origine ; et sans la Genèse, le seul guide que nous ayons pour les premiers temps historiques, elles seraient environnées de bien plus graves et plus sérieuses difficultés.

* Josèphe, eanlre J]^^, lib. I, pag. 104S; et lib. VU JnH'^ quU., caput n.

**" yoye% ie CommenUUfû de dom Calmet sur Joeaé , cb, XIX»

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