VI. — iMins et Ramaim
La plus grande incertitude règne également sur rhistoirede Pantique Italie, jusqu'à Tépoque oùRomulus fonda la ville à laquelle il donna son nom et qui plus tard devait devenir la capitale du monde. Tout ce que Ton sait sur les invasions dont Tltalie a été successivement le théâtre, c'est que la première de ces invasions fut opérée par les Sicules qui , è leur tour, furent
chassés par les élrangers venus avec la colonie des Pé* lasges d'iEnotrus. Nous avons adopté comme époque de là fondation de celte colonie. Tannée 4790 avant Tare vulgaire, date admise par Ghampollion. Ensuite, apparurent en Italie, les Thessaliens, plus tard,Évandr6 et les compagnons d'Hercule , et enfin , Énée avec ses guerriers échappés du sac de Troie , vers Tan 4 270. Ce prince qui s'établit dans le Latîum , eut quatorze successeurs dont le dernier Amulius, mort 424 ans après la prise de Troie, précéda immédiatement Romulus.
C^est seulement à partir de cette époque , fameuse dans l'histoire de Tantiquiléy que la chronologie des Romains prend un certain caractère de certitude.
Toute la différence qui existe entre les dates de la fondation de Rome, tient à ce que, selon Varron, cette fondation aurait eu lieu la première année de la septième olympiade ou la 752^ avant Tère chrétienne, et, selon Galon , plutôt la 755« avant la même époque.
Cette dernière opinion a été assez généralement préférée par les anciens historiens comme par les nouveaux; Dion, Cassius, Pline Tancien, et Vellius Paterculus Font suivie. Elle fut adoptée par Tempereur Claude , lorsqu'il fit de Tépoque de la fondation de Rome , une ère civile pour l'empire. Néanmoins , Denis d'Halicarnasse et Tite-Live, ont préféré le calcul de Caton , mais d'après les recherches de Varron, la fondation de Rome
fut reconnue remonter au 21 avril 753 avant Y ère vulgaire, la quatrième année de la siiième olympiade.
Bientôt après , les Romains réunirent tous les peuples deTItalie sous leurs lois.Les annales de ces peuples, malgré les soins que Varron parait avoir pris de les rassembler pour donner à ses travaux historiques toute la précision désirable, ne sont point parvenues jusqu^à nous. Tout ce que nous en savons , c^cst que cet écrivain avait divisé les anciens temps de Fhistoire dltalie en trois principales périodes. La première qu'il a appelée incertaine, la seconde, mythique ou fabuleuse, et la troisième historique. Celle-ci commençait avec la première olympiade, c'est-à-dire, vers Tannée 776 avant Tère chrétienne.
YII. — Indim$.
L^histoire primitive des Indiens est peut-être encore plus incertaine que celle des autres nations dont nous nous sommes occupés jusqu'à présent. La religion des Brahmes peut les avoir empêchés de conserver les anciennes traditions, comme elle leur défend encore de garder la mémoire de ce qui ce passe dans Tâge actuel, c'est-à-dire, dans Tàge du malheur.
Le plus ancien de leurs livres ou leurs vedas, ne remonteraient paa^ en adoptant les systèmes les plus
favorables à leur antiquité , au-delà de 3200 ans avant l'époque actuelle , c^est-à-dire^ qu'ils seraient posté-* rieurs de plus de trois siècles au Pentaleuque. Cette date même parait bien exagérée , lorsqu'on porte son attention sur les idées cosmogoniques qui y sont consignées. Le style des vedas ne ressemble en effet en rien à celui des premiers âges. Les opinions philosophiques qui y r^nenl, sont les mêmes que celles des Grecs , ce qui est une preuve de leur nouveauté. Enfin, Bailly et surtout les travaux de la Société asiatique de Calcuta ont démontréqu'il n'y avaitpointdechronologieni de dates suivies, ni de détails géographiques exacts, dans ces livres que les Brohmesregardent comme révélés et considèrent comme le fondement de leurs croyances.
Les Indiensonlencoredeux autres principaux po£mes; le Ramaian et le Machabarat ^ mille fois plus merveilleux que Ti/io^a et V Odyssée. D'autres poèmes forment avec les deux écrits dont nous venons de nous occuper ^ le grand corps des Pouranas, desquels on ne peut extraire de dates précises, et que l'on ne peut considérer comme un véritable corps d'histoire.
1 1 en est de même des listes des rois que des pandits ou docteurs Indiens, ont compilées et qu'ils ont ornées de dëlails aussi absurdes que les tables des Chaidéens et des Egypliens. Les listes qu'Abon-Fazel nous a données comme extraites des annales de Cachemire , malgré les événements fabuleux et extraordinaires qui
s'y trouvent consignés, ne remontent cependant qu'à 4000 ans avant notre époque; encore la plus grande partie de cet espace de temps, 2200 ans, sont remplis de noms de princes dont les règnes demeurent indéterminés quant à leur durée.
Mais, pour mieux faire comprendre les incerlUudes qui enveloppent la première histoire des Indiens , nous rappellerons avec M. Fabbé Dubois, que les Brahmes de rinde reconnaissent quatre âges à notre monde. Le premier aurait duré pendante ,728,000 ans. Le second environ 4,296,000 ans et le troisième 864,000,000 années. Quant au quatrième dans lequel ils se placent, il doit durer juste la moitié du troisième , c'est-à-dire, 432,000,000 années.
D'après les calculs faits par ce même historien , Tannée 4940 de cet âge correspondrait à l'an 4 859 de notre ère. La fin de chacun des trois premiers âges ou you^ gaSy aurait été marquée par un cataclysme et une révolution générale de la nature. Ces peuples, comme tous ceux qui peuvent nous parler, ont aussi admis un grand déluge qui a précédé immédiatement YYougan actuel, et qu'ils ont rapporté à Tan 3402 avant l'ère chrétienne.
Les détails que les Indiens nous ont donnés de leur déluge, sont tellement semblables à ceux de Moïse, qu'ils paraissent avoir été tirés de la même source* On doit d'autant plus le supposer que la date assignée par
les Brahmes à cette révolution de la nature, est à peu de choses près la même que celle des Septante.
La seule époque de l'histoire de Tlnde que l'on a considérée comme ayant quelques caractères de yraisem* blance est le Kalr-Youghan ou la période actuelle. Le Kal-Youghan , diaprés les Indiens , commencerait à la neuvième apparition de Wischnou qui , d'après les caU culs astronomiques des Indiens , aurait eu lieu au mois de janvier de Tan 54 02 avant Tère chrétienne. Ce serait uniquement à dater du déluge et de cette grande révolution de la nature, que commenceraient les temps historiques des Indiens; car avant cette époque, il est difficile de marquer la série des premiers siècles par des événements qui aient quelque vraisemblance. Aussi M. deLaplaee fait-il remarquer (Système du monde, p. 322) que les tables astronomiques indiennes ont eu deux époques principales, qui remontent, Tune, à Tannée 3102 avant notre ère et Tautre à 1 494 . Ces époques sont liées par les mouvements du soleil , de la lune et des planètes , de manière qu'en partant de la position que les tables Indiennes assignent à tous ces astres , vers la seconde époque/ et remontante la première au moyen de ces tables, on trouve la conjonction générale des planètes , qu'elles supposent à cette époque primitive.
Bailly a bien cherché à établir dans son traité de l'astronomie Indienne, que cette première époque était fondée $ur des observations précises. Cependant^ malgré
les preuves rapportées par cet illustre observateur, avec la clarté qu'il a su répandre sur les matières les plus abstraites y il est vraisemblable qu'elle a été imaginée pour donner dans le zodiaque une origine commune aux mouvements des corps célestes. Les dernières tables astronomiques que plusieurs savants et notamment Laplace, ont singulièrement perfectionnées par la comparaison delà théorie avec un grand nombre d^observation's très précises , ne permettent pas d^admettre la conjonction supposée dans les tables Indiennes. Elles offrent même à cet égard, des différences beaucoup plus grandes que les erreurs dont elles sont encore suscept tibles.
Il reste donc démontré que cette époque historique de 3402 ans avant Jésus-Christ, loin d'être confirmée par les calculs astronomiques modernes, est au contraire justement suspectée de fausseté, puisqu'il est rapporté dansleshistoiresindiennes, qu'à cette époque eutlieu une conjonction de toutes Jes planètes, ce que l'astronomie moderne démontre impossible. Cette époque de 3402 avant l'ère chrétienne est toujours postérieure à la date que les Septante attribuent au déluge.
En un mot , l'époque historique 3402 ans , donnée par les traditions indiennes, a bien pu paraître probable a Bailly par suite d'idées préconçues ; mais les progrès que les théories astronomiques et Tart d^observer ont faits de nos jours , ne permettent pas de Tadopter en n. i6
aucune manière. Dès-lors, elle doit être rejetée de la vé* ritable bisloire^qui ne peut admettre que des données et des faits certains, ou du moins exempts d'erreurs ou de suspicions fondées.