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donnent-elles pas continuellement de nouvelles dispo* sitions et de nouvelles formes?
En vain voudrait-on attribuer au temps une puissance d^action supérieure à celle des choses que nous avons énumérées jusquMci ; on arriverait toujours à la même conséquence, après en avoir calculé les effets. Sans doute, le temps entraîne tout dans sa marche rapide ; mais il ne saurait changer le cours et encore moins la durée des choses établies. Impuissant pour modifier à lui seul les espèces vivantes , il Test égale* ment pour intervertir la régularité des grands phénomènes de la nature. Aussi , que de milliers de siècles se sont écoulés pour amener le globe à Tétat de calme dont il jouit maintenant! que de millions d^années s^écouleront encore avant que les phénomènes existants puissent éprouver quelques légères modifications !
On ne peut apprécier la température des anciens climats, au moyen des thermomètres, puisque ces instruments n^ont été inventés qu'en >I607, par Gallilée, dont la première idée semble être venue à un Hollandais nommé Drebbel d*Âlimaer. Mais les thermomètres n'ont été réellement utiles que depuis Tépoque où ils sont devenus comparables. Cette époque ne remonte pas au*delà de Newton, qui trouva les deui points fixes en 4672; par conséquent, on ne peut employer les nombres qui nous sont fournis par ces instruments^ que du moment de leur invention, ou,
pour mieux dire, de celle où l'on a pu les comparer entr'eux; c'esl-à-dire, de >I672, ou depuis 469 ans.
Cependant, en se fondant 9ur des faits d'un autre genre que les moyens à Taide desquels on peut évaluer la chaleur, on s'assurera facilement si les climats terrestres ont ou non sensiblement varié depuis les temps historiques. Pour y parvenir, M. E. Biot, fils dtf célèbre physicien, a comparé, pour une même sône de la Chine, dans les temps anciens et modernes, les plantes habituellement cultivées, l'époque de Téduca* tion des vers à soie, celle de l'arrivée et du départ des oiseaux voyageurs, et diverses etreonsteoees n^téoro« logiques. (NoêeStll.
La parfaite identité de ces phénomènes aux mêmes époques lui a para indiquer avec beaucoup de probabilité que la température de la zone qu'il a étudiée axN tour du 55"* parallèle, n'a pas sensiblement varié depuis la plus haute antiquité. Il a extrait ses données pour les temps modernes, principalement des relations des missionnaires et des voyageurs européens ; et pour les temps anciens, des livres sacrés le Chi^ing et le ChoU'àingj d'un ancien calendrier des Hia, et d'un chapitre de l'ancien livre Tchetm^hou. Il a donné la traduction complète de ces anciens documents, qui neTavait pas encore été. Ainsi, d'après les limites données par les anciens livres chinois, et par exemple le Chi^king^ traduit en Chine même par le P. La
~ 556 — Charme, miBsionnaire, les limites données par ces livres à la culture du mûrier, du riz, de Toranger et autres végétaux naturels à la Chine, sont les mêmes que celles qu^ ils offrent maintenant.
. Ces recherches ont fait connaître des analogies dans les phénomènes de la végétation, qui sont autant d'indices en faveur de la constance sensible de la température, depuis les temps anciens dans la zone étudiée et Tactuelle. Divers passages du CAi^iirigf montrent également que l'éducation des vers à soie était habituelle dans la zone étudiée, dès le x® ou le xii^ siècle de notre ère. Or, comme pour une même partie de la Chine, ces éducations commencent dans le même mois, aujourd'hui et dans les temps anciens, il s^en suit que la température de ce mois ne doit point avoir ^arié. L'époque où commençait Téducation des vers à soie est fixée aux premiers jours d'avril par un calendrier rural connu sous le nom de calendrier dés Hin^ document très ancien qui se rapporte à la vallée du Fleuve jaune, vallée de la Chine qui est cultivée par arroseinenis. Or, c'est précisément à lamémeépoque,dan8le8 premiers jours d'avril, que commence actuellement Téducation des vers dans la partie centrale de la Chine, qui produit la plus grande quantité de soie.
L'identité de l'époque de Téducation des vers à soie est une preuve très forte en faveur de la constance du cliinnt dans celte aône. La probabilité de ce fait pby-
sique peut encore être confirmée poar les divers mois de Tannée par Tidentité des époques assignées aux principaux travaux de Tagricullure dans les temps anciens et modernes, et par la similitude des phénom^aes indiqués comme spéciaux à chaque saison, par des documents rédigés à plus de deux mille ans d'intervalle. 11 en est de même de la zone entière de FAsie, comprise entre les 32^ et 36® parallèles. Toute cette zone offre une constance sensible dans sa température depuis les temps anciens, constatée pour la Palestine rigoureusement, et pour la Chine centrale au moins , d'une manière extrêmement probable.
L'avenir physique de la terre dépend donc unique* ment de la question de savoir : si les phénomènes ter-> restres sont arrivés maintenant à un état complet de stabilité, et si cette stabilité peut être considérée comme durable. Il faut Tavouer, si nous jugions les phénomènes terrestres d'après nos sens ou diaprés le produit variable des récoltes, on les croirait dans une instabilité continuelle. Il ne faut pas moins que l'observation directe des instruments dont l'invention est si récente, et qui nous ont mis en communication avec le monde extérieur , pour nous convaincre , malgré toutes nos répugnances, qu'il en est tout le contraire.
Pour apprécier à leur juste valeur les phénomènes terrestres, et particulièrement les phénomènes atmosphériques que nous allons étudier, il foiU ks |u(ïQr en
eux^méaicft, en assembler un assese grand nombre, de manière à en former des séries^ dont on cherche en* suite les moyenne». En suivant cette marche^ la seule propre à noos donner (me idée des variations atmos* phériques d'une manière certaîoe, on arrive à cette conclusion inattendue, que dix années prises au hasard amènent toujours aux mêmes résultats, et que les extrêmes des températures moyennes ne varient pas, d'une année à Tautre, de plus de 4 à 2^ centig. Ainsi, voilà à quoi se réduisent les extrêmes des variations de .température dans les climats tempérés. Il est extrêmement probable qu'il eu est de même dans les régions polaires et tropicales, où les climats semblent encore plus fixes et plus stables^
Il en est de même de la quantité d'eàu qui tombe sur la terre : cette quantité se trouve constamment en rapport avec la proportion de Tévaporation. Cependant, les moyennes de dix années seraient loin de nous donner des nombres aussi rapprochés les uns des autres, que ceux qui nous sont fournis par les moyennes des températures annuelles.
Mais citons à cet égard quelques exemples : prenons* les parmi les années les plus rapprochées de nous, et dont les iné<Tali(ésont été les plus prononcées. L'année 4839 a été caractérisée, dans le midi de la France, pendant prés de 9 mois, c'est-à-dire depuis le 4*^ janvier jusqu'au 27 septembre; par une extrême sèche-
resse; mais depuis cette époque jusqu'au 4" janvier •1840, les pluies les plus considérables et les plus via» lentes sont venues compenser ce qui manquait aux premiers mois de cette même année 4859.
Ainsi, du 4 «^ janvier au 27 septembre, il est tombé h Montpellier, de 0",455 à 0'",440 d'eau (5 pouces à 5 pouces 2 lignes) ; tandis que du 27 septembre à la fin de décembre, cette quantité a été de 0'",770 (28 pouces 6 lignes), ce qui donne tin total de 0*,940 (55 pouces, 8 lignes). Ces nombres ont été évalués, d'après des observations faites à Montpellier, avec le plus grand soin; pour le prouver, il nous suffira de dire quUls sont tout à fait d'accord avec ceux qui ont été obtenus par MM« Bérard, dont l'exactitude est assez connue. Si nous comparons cette quantité avec la moyenne de celle qui tombe à Montpellier, calculée sur une série de 25 années, nous trouverons pour cette moyenne 0^,787,285 (29 pouces 4 ligne). Cette somme a donc été dépassée, en 4859, de 0^^22,7^7 (4 pouces 7 lignes). D^un autre côté, si nous évaluons quel est dans la même localité le nombre deâ jours véritablement pluvieux, non pas de ceux où il tombe une quan< tité d'eau quelconque ou à peu près insensible, mais bien de ceux où elle est manifeste, on le trouve de 44 , tandis que celui des seconds est à très peu de chose près le même, en terme moyen, par année. Or, en 4859, le premier de ces nombres o été dépassé, et le
second a été loin d'é(re atteint ; mais ce dernier est^ pour ainsi dire^ sans importance. Les craintes que Ton s'était formées^ dans le midi de la France^ sur la sécheresse réellement extraordinaire des premiers mois de Tannée >I859, si grande, que par exemple, il n est pas tombé une seule goutte d'eau pendant le mois de janvier, ne sont donc pas fondées. Elles s'évanouissent devant les grandes pluies de la fin de Tannée, comme devant les moyennes dont nous venons de rapporter quelques traits.
Nous ajouterons à cet égard , que la quantité moyenne de pluie, appréciée sur dix années d'observations faites avec soin à Montpellier, est de 0"')776,004 (28 pouces 8 lignes), tandis que cette même quantité, évaluée sur trente-deux années, est un résultat moyen de 0"*,764,724 (28 pouces 3 lignes), nombre peu différent de celui qu'on a obtenu par les dix premières.
Il paraîtrait pourtant que dans d'autres villes du midi de la France, assez rapprochées de Montpellier, les moyennes décennales éprouveraient de plus grandes variations. Ainsi, la différence entre ces moyennes dépasserait, à Avignon, 0"'08>l (3 pouces), ou un septième de sa moyenne ; et à Marseille elle s'élèverait a 0'",>i49 (5 pouces 6 lignes), ou le tiers de la moyenne de la quantité d'eau qui y tombe annuellement. Les variations dans les moyennes s'étendent dans cette dernière ville de 0'",>l 62 (6 pouces), à 0" ,972 (36 pouces),
dont la différence 0'",8>I0 (30 pouces), répartie en 40 années, s'élève à 0"*,084 (3 pouces).
De laborieux physiciens de nos contrées méridionales, au nombre desquels nous citerons Flaugergués et Poitevin, avaient conclu de leurs observations, qu^il y avait un décroissement dans la quantité moyenno annuelle de pluie dans les régions du midi de la France. L^un et Tautre en ont rapporté la cause aux défrichements et surtout aux déboisements. Mais les observations ne remontent pas assez haut pour admettre un pareil point de fait, et encore moins pour l^expliquer par une cause dont les effets, s'ils sont bien réels, semblent avoir été singulièrement exagérés.
Les plus grandes inégalités que Ton remarque dans les pluies ne paraissent pas tenir à leur quantité, mais bien à celle de leur distribution. Ce sont ces inégaliiés qui sont le plus souvent un véritable fléau pour les champs et nos cultures. Ainsi, les pluies considérables qui ont eu lieu dans le midi de la France pendant Tautomne 4839, n'ont pas pu compenser leur absence durant les grandes chaleurs de Tété de cette même année. Elles n^en prouvent pas moins, que la quantité de pluie qui tombe annuellement oscille autour d'un état moyen, dont les extrêmes ne sont pas fort éloignés. Cette inégalité dans la distribution de l'eau et les variations dans le mode de répartition de la températurc, qui ne coïncide pas toujours avec les saisons,
nous trompent le plus ordinairemenl sur l'équilibre et la stabilité de ces phénomènes.
Parmi ces deux causes d'inégalités^ il en est une à laquelle Thomme ne peut porter aucun remède et contre laquelle ses efforts sont tout à fait impuissants. Cette cause est celle qui détermine les variations de la température. Quant à celle de l'inégalité dans la distribution des pluies, nous pouvons y apporter quelque modification.
En effet, la nature nous refuse bien rarement Teau dont nous avons besoin, mais nous ne savons pas tou* jours tirer parti de celle dont elle dispose en notre ftn yeur. C'est surtout ce qui arrive dans les contrées méridionales de la France, où les grandes sources sont considérables, mais peu fréquentes.
Pour faire saisir ce que nous avons à dire, afin de justifier cette proposition, on nous permettra, à raison de rintérét du sujet, d'entrer dans quelques détails à cet égard* Il existe dans Tintérieur du globe, et plus ou moins rapprochées les unes des autres, deux sources d'eau. Les premières, ou les plus superficielles, uniquement alimentées par des eaux pluviales, cessent du moment que les pluies ne sont pas assez abondantes pour leur entretien; c'est ce qui est arrivé en 4839, dans le midi de la France, à toutes lés sources de ce genre; elles ont généralement tari, et n'ont reparu qu'après les pluies de la fin de Tannée.
La seconde espèce de sources, ou les eaux profondes toujours perennes, ne cessent jamais entièrement; seulement ces sources ont deux sortes de niveau : l^un factice ou variable, produit par Taccumulation des eaux pluviales dans le sein de la terre, et qui Test d'autant plus que ces eaux ont été plus abondantes. Aussi les voit-on perdre souvent leur élévation la plus ordinaire, lorsque la sécheresse devient si grande qu^elle ne peut plus se maintenir à la même hauteur.
11 en est donc de ce nivead comme de celui des sources superficielles. La cause qui fait tarir celles-ci dimi^ nue ou même change entièrement la hauteur variable des eaux profondes, pour les 'réduire au niteau qu^on ne leur voit jamais perdre. En effet, les sources profondes ont un niveau constant, tout-à-fait indépendant des pluies ainsi que des autres causes accidentelles. Il ne parait pas du moins en être affecté, même pendant les plus grandes sécheresses, comme, par exemple, celle des premiers mois de l'année >I859, une des plus extraordinaires que Ton ait jamais éprouvées dans le midi de la France. Aussi plus les sources sont enfoncées dans rintérieurdu sol, plus elles sont abondantes, et Ton peut même ajouter, plus leur température est éle* vée. Cette abondance et cette chaleur annoncent assez la grandeur et l'importance des bassins souterrains qui les fournissent et les alimentent.
Les eaux que ces bassins entretiennent sont les véri-
tables fleuves ou les lacs, placés aussi bien daus Tinté* rieur du globe qu^à sa surface. En s'épanchant au dehors, ces grandes sources d*eau prouvent combien sont intarissables les réservoirs qui les alimentent et dont elles proviennent.
Ces sources inépuisables pourraient facilement de* venir Télément constant de la fertilité de nos champs, même lorsqu'elles ont perdu leur niveau variable qui, nécessairement, est le plus élevé. Pour faire saisir de quelle manière on pourrait les utiliser, citons un exemple, et prenons-le parmi les sources d'eau profondes , comme celle de la fontaine de Nîmes.
Le niveau variable de cette source ayant considérablement baissé dans Tété de >I859, et les fontaines les plus élevées ayant par celte cause également cessé de couler, Nimes se trouva en partie privé d^eau. Dans les anxiétés où cette privation jeta Tadministration , une commission fut nommée pour constater les produits d'une machine à vapeur établie sur la source, dont le plus grand abaissement de niveau ne dépassa guère deux mètres. Quant à la quantité d'eau qu'elle fournit, à Taide de la machine à vapeur, elle ne fut pas sensiblement augmentée, elle fut à peu près constamment d'environ 70 pouces fontainiers. Pour remplir son mandat et savoir si réellement les sources d'eau profondes sont intarissables, la commission désirait vivement abaisser davantage son niveau afin d'arriver ainsi
à sa profondeur constante. L^administration s'y opposa, dans la crainte, probablement mal fondée, d'épuiser la source. Du reste, on abaissait facilement son niveau, et Ton aurait peut-être pu, avec une certaine persévérance, parvenir jusqu'au plus bas, qui parait être à 9 ou>IO mètres au-dessous du sol.
Il est fâcheux que cette expérience n'aie pas été poussée plus loin. Elle suffit pourtant pour faire saisir quels avantages on pourrait retirer des sources profondes. Sans doute les dépenses des premiers établissements qu il faudrait faire à cet égard seraient considérables; mais il est facile déjuger qu'elles seraient bien compensées par Futilité que Ton en retirerait.
Pourquoi ne pas généraliser une idée aussi simple et aussi heureuse? Pourquoi, par exemple, Montpellier, dont les campagnes manquent d'eau, n'utiliserait-il pas les sources profondes qui sont à ses portes, telles que celles de Saint-Clément et du Lez? On peut encore se demander pourquoi on n'en ferait pas de même aiU leurs, surtout dans le midi de la France, où, par suite de la nature du sol, les sources sont considérables, découlant pour la plupart des eaux profondes, reste, peut-être, de celles qui ont tenu en suspension ou en dissolution les matériaux de sédiment dont la surface du globe est composée? Les fossiles marins qui existent dans ces matériaux et qui feraient supposer aux eaux une certaine salure, ne sont pas du reste un bien grand
obstacle à radmission de celle hypothèse, d'autant que les sels gemmes se trouvent uniquemeot dans les terrains sédiraentaireSy et sont loin d'être répandus en général partout dans ces formations évidemment déposées, pour la plupart, dans le bassin des mers.
^ous creusons à grands frais des canaux, nous allons prendre, à de grandes distances, des eaux pour lesali* menter, et nous n'en ferions pas de même pour utiliser celles qui sont à notre portée, afin de fertiliser nos campagnes et d'arroser tant de lieux qui ne sont incuites que par suite de la privation d'eau 1 On a dit, et avec toute raison, que le trident de Neptune était le sceptre du monde; eh bien, ce trident, caché dans Tinteneur de la terre, peut devenir, avec un peu d'indus« trie^ la source de la fécondité et de la richesse. La sé« cheresse des pruniers mois de Tannée 4839 deviendra ainsi une calamité peut-être utile, puisqu'elle nous aura mis sur la voie, nous aura donné les moyens d^en triompher et de n'avoir plus à craindre les funestes effets de la privation d'eau.
Du reste les mêmes idées avaient été émises, il y a environ dix-huit années, par M. Valz, directeur de l'observatoire de Marseille. Elles lui furent suggérées à l'époque où chargé au sein d'une commission de faire le jaugeage de la fontaine de Nîmes, il entreprit quelques expériences à cet égard. Dans le rapport qu'il soumit à cette commission, et à l'administration de cette
ville, il eut l'Iieurease idée^ diaprés quelques essais^ qu'on pourrait obtenir un plus grand volume d^eau en la puisant à Taidede machines et en abaissant le niveau des sources souterraines.
En effet, en vidant partiellement et avec rapidité le bassin de la fontaine de Nimes^ il avait constamment obtenu trois ou quatre fois plus d'eau que son contenu, déduction faite du produit de la source, ce qui a été également reconnu en>l859. Des recherches non moins exactes lui avaient également prouvé que le niveau le plus inférieur de la fontaine de Ntmes, que Ton pouvait atteindre avec une machine à vapeur, ne dépassait pas la profondeur du creux de cette fontaine qui est de 9 à 40 mètres, ainsi que nous Tavons déjà fait observer.
Ces résultats remarquables lui ont paru démontrer qu'il existait de grands réservoirs d^eau intérieure dont la surface était au moins trois ou quatre fois plus considérable que celle du bassin de la source. Nous ajouterons que ces réservoirs paraissent tout-à-fait intarissables et qu'il en existe partout au-dessous des sources superficielles dans Tintérieur du globe. Aussi lorsque Nîmes se trouva manquer d'eau pour alimenter toutes les fontaines publiques placées dans les différents quar^ tiers de cette cité populeuse, Tun des parents de cet habile astronome conseilla d'appliquer à la grande source une machine à vapeur. Nous avons déjà fait connaître
]es avantages que cette ville en relira et comment cette machine la préserva d'une des plus grandes calamités qui puissent menacer les populations.
On reconnaît également la même stabilité dans les autres phénomènes terrestres, car elle n^est pas bornée aux phénomènes atmosphériques les plus intimement liés avec la végétation.
Du reste, les observations que nous venons de 6oa« meltre au jugement des physiciens, auraient une bien plus grande force pour faire saisir dans quelles étroites limites se maintiennent les moyennes de cet ordre de faits, si elles avaient embrassé une plusgrande^étendue de pays. Nous aurions vu, pour lors, que toutes les inégalités (les pluies tiennent à leur distribution, et nullement à leur quantité qui ne varie que dans des termes extrêmement rapprochés. Comment n'en serait-il pas ainsi, puisqu'elles sont réglées par la marche de Tévaporation, laquelle Test elle-même par Taction solaire, en sorte que tous les phénomènes terrestres dépendent essentiellement de purs effets thermomèlriques. En effet, la chaleur et la lumière, les principaux et les plus puissants agents de notre globe, sont la cause première, et, nous avons dit, presque la cause unique de ces mêmes phénomènes.
Voyons maintenant si Tensemble des autres faits physiques nous conduira à reconnaître également cette stabilité que nous avons remarquée dans un des
pbénoniènes ûlmosphériques les plus intimement liés à la végétation.
On pourrait à priori le supposer ; ear^ si celte stabilité est nécessaire, on ne voit pas pourquoi elle n'aurait pas lieui En effet, le plus simple raisonnement nous dit assez que si les agents extérieurs , dont Tinfluence est si grande sur les êtres vivants, éprouvaient des modifications trop considérables , ces êtres ne pourraibnl y résister. Ils succomberaient comme ces anciennes générations, qui tour à tour se sont succédées sur la surface de la terre. 11 y a donc nécessité, et nécessité indispensable, pour la durée et la perpétuité des êtres vivants, qull y ait la plus grande fixité dans Tonsemble des phénomènes du monde matérieU Cette stabilité est aussi la loi la plus absolue et la plus universelle de ce monde soumis a nos investigations. Il ne faut pas croire cependant que tout ce qui pourrait être utile ait lieu et arrive d'une manière constante. Ainsi, sans doute, Teau dans des déserts y serait avantageuse^ mais n'est-il pas également vrai qu'elle n'est nullement nécessaire dans les lieux où les êtres vivants ne peuvent se maintenir et encore moins y prospérer. Probablement c'est une des raisons qui les y ont rendues si rares, et nous devons peu en être étonnés, puisqu'elles n'y claient pas indispensables.
Nous avons vu dans quelles faibles limites les tem-* pcrnlures annuelles moyennes variaient, et nous avons II. 24
égntement fait saisir que la géographie botanique confirmait à cet égard ce que nos instruments nous apprennent. EUe nous dit, en effet, que partout les mêmes végétaux prospèrent dans les lieux où, dès les plus anciens temps historiques , ils étaient cultivés avec avantage, ou bien ils avaient été placés à Tprigine des choses, c^est-à-dire, depuis la création.
Si donc les températures terrestres sont dans un état remarquable d^équilibre, il doit en être de même des autres phénomènes physiques qui sont sous sa dépen« dance. La chaleur solaire règle tous les mouvements qui ont lieu à la surface de la terre ; elle détermine ia marche et la quantité de Févaporation, qui elle-même assure le retour de Teau sur la terre, c'est-à-dire , la fréquence des pluies , sur lesquelles les inégalités du sol sont loin d'être sans effet. Cette cause entretient , par son action sur les végétaux, et sur les corps solides et liquides qui composent la surface du globe , Téleotricité atmosphérique , dont la stabilité est tout aussi grande que celle des autres phénomènes terrestres.
La chaleur solaire , la grande cause de toutes les combinaisons et de toutes les décompositions qui ont lieu à la surface de la terre, développe aussi des quantités plus ou moins considérables de lumière et d'électricité auparavant latentes ; mais comme la cause qui les produit est elle-même dans un état d'équilibre à peu près constant ^ il est tout simple qu'il en soit de
même de ses effets. Enfin, son influence détermine la (jistribulion de la vie sur le globe , par suite de l'inégalité de sa répartition , soit que Ton considère les rayons solaires comme calorifiques ou lumineux.
La stabilité de la chaleur terrestre ne saurait être affeclée par celle qui anime Tinlérieur de la (erre ; car, quelque considérable que soit cette dernière source de chaleur, son effet se borne , ainsi que nous Tavona déjà fait observer, à affecter la température a la surface de la terre d'un trentième de degré. Cette Tariation est trop insensible pour exercer quelqu 'influence appréciable sur les climats. Aussi la chaleur centrale ne produit plus ces grands phénomènes qui ont si souvent troublé les êtres des temps géologiques ; arrivée maintenant à la surface du globe à un état à peu près complet d^équilibre , elle a singulièrement diminué l'action de toutes les causes perturbatrices qui, sous sa dépendance, ont opéré les grands désordres des temps antérieurs à Tapparition de Tespèce humaine. Ainsi peu à peu ces causes perturbatrices ont été ramenées à cette stabilité et à celte harmonie , caractère le plus dislinclif et le plus particulier de Tépoque actuelle.
Il est cependant quelques phénomènes qui ne sont pas précisément soumis à Tinfluenre solaire, et qui ne se maintiennent pas moins dans un état d'équilibre re« marquable. Parmi ces phénomènes , on peut surtout citer la composition de l'atmosphère, que tous les faits
démon Irentôlre identiques dans tous leslieuxetà toutes les hauteurs. Celte identité de coniposition tient sans doule à ce que les gaz se mélangent enir^eux d^une manière indéfinie , et non en raison de leur densité. Dus -lors, par suite de l'agitation continuelle où se trouve l'atmosphère, il est tout simple que le mélange des éléments qui entrent dans la composition de Pair atmosphérique soit complet et partout le même.
On se demande cependant pourquoi les végétaux et les animaux , qui absorbent certains principes constituants de cet air et en exhalent d'autres , n'en altèrent pas la composition ; enfin comment les combinaisons nouvelles et les décompositions , qui s'opèrent constamment sur la surface de la terre , ne troublent pas cet ordre et cette harmonie.
Le pourquoi, le voici : les animaux fournissent sans cesse de Pacide carbonique h l'atmosphère, par l'acte de la respiration, et ils absorbent une quantité à peu près égale d^oxigène. Cet acide carbonique, fourni par une action constante, finirait par s'augmenter si une cause quelconque ne venait y mettre obstacle. Cette cause est dans les végétaux.
Les plantes , qui absorbent l'acide carbonique de l'almosphère, s'emparent du carbone et exhalent Foxîgène, qui compense celui que les animaux fixent par l'acte de la respiration. Enfin les végétaux ont la facullo de décomposer Feau et de s'emparer de l'Iiydi'o-
gène qui entre dans sa composition. Ils rendent par là à Tatii^osphère Toxigènesi nécessaire aux animaux. De plus encore, les plantes absorbent généralement Tazate de Fair, et ne diffèrent entr'eiles que par Tépoque à laquelle elles le fixent : par là elles augmentent la quantité d'oxigène dont tant d'éléments terrestres ont besoin pour les combinaisons nouvelles qui se produisent sans cesse. GVst donc par les réactions uniformes de TeaU) de Fair, de l'acide carbonique, dans le développementdes plantes et des animaux, que s'établit cette parfaite compensation et qu'est assurée la composition identique de l'atmosphère , malgré les causes continuellement agissantes qui semblent propres à la trou* bler.
Il est, du reste, facile de comprendre qu'il était né« cessaire qu'il en fût ainsi. Si la quantité d'acide carbonique venait à s'augmenter trop considérablement, les animaux à respiration aérienne ne pourraient certainement pas supporter un pareil changement. S'il arrivait, ces animaux disparaîtraient de la surface du globe ; la preuve en est en quelque sorte dans les eui trailles de la terre.
Les végétaux et les animaux ne paraissent pas avoir le pouvoir de former d'eux-mêmes aucun des corps simples qui entrent dans la composition de l'air atmosphérique comme dans toui autre composé; ils ne peuvent dès«lors rien innover dans le monde inorganique ;
cor s ils en absorbent un élément^ ils le rendent tôt ou tard. Us ne changeiit donc jamais celle parlie de la nature, qui serait tout-à-fail immuable si elle n'éprouvait pas d'aulres aclions que celles des êtres vivants.
Sans doule les plantes des temps géologiques ont laissé de plus grandes quantités de carbone que ne le feraient les végétaux actuels s'ils étaient ensevelis avec lesmémesconditions.Maiscesderniers ne trouvent plus dans Tatmosphère cet excès d'acide carbonique que les anciens végétaux y rencontraient. Ainsi il est tout simple que les plantes actuelles soient toul-à fait impuissantes pour fournir aux temps à venir des dépôts de charbon aussi considérables que ceux que nous devons aux forêts de Tancien monde.
L'ensemble des faits physiques bien étudiés prouve combien la stabilité de Patmosphère est en harmonie avec les conditions d'existence auxquelles sont soumises les espèces actuelles , et combien dès-lors elle est nécessaire. Cette stabilité est également liée à celle de tous les autres phénomènes terrestres ; car il est essentiel, pour la durée et la perpétuita des choses actuelles , qu'il en soit ainsi ; autrement tout aurait été ici^bas , comme dans les temps géologiques, dans une instabilité continuelle. Des \arialions constantes et sans limites auraient entraiaé, d*une manière en quelque sorte inévitable^ les générations présentes, comme elles l'ont fait des générations passées.
Ces premiers aperçus suffiront pour faire compreii"* dre que, malgré quelques variations que Ton éprouve dans certaines localités , variations dues h notre in*» fluence et non à la nature des choses , la stabilité est la loi là plus essentielle du monde actuel , et sans laquelle il ne saurait durer, du moins avec les formes et les dispositions que nous lui voyons.
La stabilité de Tensemble des phénomènes terrestres, de laquelle dépend l'avenir physique de notre phmète, est une suite des lois d'unité et de simplicité 'qui régissent la nature entière. C'est donc par Tétude de ces lois que nous allons terminer Texamen d'une des questions les plus élevées de Tiiistoire du globe.
Les sciences ont pris depuis peu un essor tellement clevé^ qu'il ne suffit plus pour elles de recueillir uniquementdes faits; elles exigent maintenant que nous nous élevions à des points de vue supérieurs, afin de les coordonner en les rattachant à un lien commun, et de remonter ainsi jusqu'à la connaissance des lois qui les régissent.
La découverte de celles qui règlent et déterminent les phénomènes physiques du monde visible, est une des plus belles conquêtes de Tintelligence; tous nos efforts doivent donc tendre à ce but, le plus noble et le plus élevé que puissent se proposer les hommes éclairés.
La première chose qui nous frappe, lorsque nous
contemplons l^admirable spectacle de la nature^ cVst l'ordre et riiarmouie qui régnent dans la marche et les mouvements des corps nombreux qui en font partie.
Cet ordre dépend d'une loi unique, qui régie aussi bien les phénomènes des grands corps célestes que ceux des atomes que nous n^apercevons qu'à Taide du microscope.
Diaprés cette loi qui fait que les corps s'attirent en raison directe de leur masse, et en raison inverse du carré des distances, les astres nombreux qui composent Tensemble de Tunivers, ont leur route à jamais tracée à travers les espaces célestes. Cette route est d'autant plus certaine qu'elle est établie d'avance par une loi immuable; aussi celui qui, dans le silence du cabinet, la calcule et la détermine, est plus assuré des points du ciel qiie Tastredoit parcourir, que ne Test l'observateur le plus exact à l'aide du télescope, qui lui permet de l'apercevoir et de le suivre dans sa marche.
Cette loi ne borne pas ses effets à circonscrire les mouvements des corps célestes dans des espaces déterminés. Bien plus puissante encore, non-seulement elle rend le cours de ces corps régulier, mais elle empêche que des causes perturbatrices viennent en troubler l'or^ dre et riiarmonie. En effet, si par quelque cause advenlive un dérangement pouvait avoir lieu dans le cours de ces astres, la grande loi de la nature rendrait cette
cause de désordre tout-ii-fait momentanée, et Fastre réprendrait luenlôt sa marche accoutumée. A Taide des forces conservatrices et toujours présentes qu'elle lient comme en réserve pour les faire agir dès que le trouble commence, et d'autant plus que Taberration est plus grande, la nature rétablit la stabilité et l'équilibre dès qu'ils sont troublés.
L'attraction, qui tend à rapprocher les molécules des corps et a en opérer la condensation, est également une force active qui agit aussi bien ici-bas que dans les espaces célestes. Sous ce point de vue , elle est tout-à-fait antagoniste de la force expansive , qui tend , nu contraire, à maintenir à distance les molécules do la matière et à les éloigner les unes des autres.
A ces deux forces sont dus tous les phénomènes physiques, car les corps passent de Tétat solide à Télal liquide ou aériforme, suivant que la seconde de ces forces remporte sur la première. Cest surtout dans les espaces célestes que Tattraction, ou en d'autres termes, la force de la condensation surpasse la force d'expansion. Cest elle qui, rapprochant peu à peu les molécules de la matière éihérée, disséminée en si grande quantité dans les espaces célestes, produit les aurores boréales, les étoiles filantes, les aérolilhes et les comètes.
La loi qui règle les mouvements de ces astres est donc la même que celle qui en opère la formation;
preuve nouvelle de Tunilé et de la généralité des lois de la nature.
Les astres stellaires et planétaires paraissent tous provenir de la matière éthérée, et n'être devenus dos corps distincts et particuliers que parce que !a condensation a triomphé de la puissance expnnsive qui dominait antérieurement à leur création.
Comme des astres semblables n'existent pas seulement dans le système solaire, mais peuplent, au contraire, par myriades, l'immensité du monde, on est irrésistiblement entraîné à adopter une hypothèse qui coïncide si bien avec Tunité de plan que Ton voit régner dans les œuvres de la création. Elle s'accorde d'ailleurs très bien avec l'ensemble des faits observés. Ne voyons-nous pas des amas de vapeur, connus sous le nom de comète d'Eneke , tourner autour du soleil, dans un milieu appelé éther, et cela dans une période déterminée et suivant un orbite donné.
Les effets d'une même loi concourent donc à la formation des corps de cet immense univers^ et ils maintiennent ces corps dans une stabilité et une harmonie qui y rend tout désordre impossible.
Nous trouvons encore l'universalité de la loi d'u* nité dans les faits physiques qui se rapportent au globe terrestre, comme ceux qui sont en dehors de lui. Ainsi la plupart des mouvements qui s'opèrent et se produi*
8ent sur notre planète dépendent toujours de ces deux grandes forces si répandues dans toute la nature, la chaleur et rallractîon.
Si nous portons notre attention sur la seconde de ces forces, nous verrons dans les phénomènes électriques et magnétiques des actions répulsives qui suir vent la même loi que la gravitation universelle. Coulomb a démontré, par des expériences très délicates , que les points animés de deux électricités semblables se repoussent en raison inverse du carré de la distance, et qu'ils s'attirent suivant la même loi, lorsque les électricités sont contraires. Si Texpérience et Tobseryalion ne nous Tavaient pas appris, on n'aurait certainement pas supposé qu'il pût exister un lien com-r in un entre des effets qui semblent si éloignés les uns des autres.
De même, l'attraction qui régit les mouvements de la terre et des astres stellaires et planétaires exeree également ses effets sur les plus petites molécules des corps, à des intervalles tout à fait imperceptibles. Cette force s'étend aussi bien à des distances en quelque sorte incommensurables, qu'elle règle les mouvements de la matière dans les points les plus rapprochés ; ainsi . à l'aide de l'attraction, la nature produit les plusgrands comiDc les plus petits phénomènes du monde matériel. La gravitation universelle est une force d'autant plus puissante, qu'elle est pour ainsi dire instantanée ; car
~ 580 — elle se propage plus de cinquante millions de fois plus vile que la lumière , dont la vitesse bien connue est de soixante-dix à quatre-vin{;t mille lieues par seconde.
Comme nous avons déjà prouvé que c'est surtout dans les effets qui dépendent de Toction solaire que Ton reconnail la preuve la plus frappante de la simplicité et de Funité des lois de la nature, nous n'y reviendrons pas. Nous ferons seulement observer que , par suite du dérangement produit par la chaleur solaire dans l'état des corps , elle donne naissance aux phénomènes du magnétisme terrestre. D'un autre côté, par son action vivifiante sur les végétaux , elle entretient Télectricité de Tair atmosphérique dans une per* manence qui compense toutes les causes qui tendent à la détruire ou du moins à la transporter ailleurs.
En effet, la chaleur solaire , en activant la végétation , verse des torrents de fluide électrique dans les couches de Tair, tout comme par les modifications qu'elle fait éprouver à la température des corps solides et liquides qui composent l'écorce du globe , elle en développe des quantités non moins considérables.
Les rayons solaires produisent également tous les dérangements d'équilibre chimique des corps ou des éléments ; et par une suite des nouvelles compositions ou décompositions qui ont lieu , ils donnent naissance à de nouveaux produits ou occasionnent sans cesse des transports de matériaux , et mettent ainsi
toute la nature dans un mouvement en quelque sorte continuel.
La lente déf^radation des principaux matériaux solides de la surface de la terre y qui produit la plupart des changements extérieurs de cette surface et leur dif* fusion dans les eaiix de l'Océan , est encore duc h l'action des rayons solaires. Tous ces effets, sous la dépendance des vents ou des pluies, sont une suite de Taclion alternative des saisons, laquelle est réglée par Tinégale distribution de la chaleur et de la lumière solaire.
Par leur influence vivifiante, les végétaux, après avoir été élaborés de la matière inorganique , avoir couvert de leur brillante verdure un sol qui sans eux serait nu, inerte et comme désolé , servent à la nourriture et au bien-être des animaux et des hommes eux-mêmes y qui en tirent tant d^avantages.
C'est également par suite des effets de la chaleur que les végétaux de Tancien monde ont pu nous fournir ces immenses dépôts de charbon qui sont devenus la source de tant d'industries. En effet , à toutes les épo* qucs, la chaleur a été la grande cause du développe* ment et de Tactivité des forces vitales. Si elle favorise la décomposition et la putréfaction des êtres qui ont perdu ce souffle intérieur qui les animait, elle n'en est pas moins la source de la vie, ou du moins celle dont rinfluence est la plus puissante sur sou maintien.
L'action solaire n'est pas moins grande lorsqu'on
la considère sous le rapport de la luir.itTO qu^elle distribue à la surface du globe , animée et vivifiée par la puissance de ses rayons.
Cette influence» si sensible sur les animaux et sur les végétaux, ne Test pas moins sur les minéraux. La lumière, comme la chaleur, dont elle n'est en quelque sorte qu^une émanation ou un mode particulier, a été plus considérable dans les temps géologiques qu^actuellement, par suite de la plus complète dissolution de la vapeur vésiculaire et de la plus grande quantité d'électricité atmosphérique.
Aussi ses efTéts ont-ils été plus manifestes jadis que maintenant. Ils annoncent donc qu à toutes les phases de la terre , la chaleur a été la principale cause des phénomènes du globe. Seulement , celle qui animait aux époques géologiques la surface du globe , n'était point due spécialement aux rayons solaires, le feu central y avait aussi une bonne part.
Cet excès de température a produit les nombreuses combinaisons chimiques qui ont eu lieu dans des temps déjà très éloignés de nous. C'est encore à cet excès qu'il faut attribuer les exhaussements du sol, qui ont hérissé de toutes parts la surface des continents de chaînes de montagnes plus ou moins élevées , et les affaissements , qui ont non moins dérangé dans tous les sens Técorce terrestre en partie durcie.
 celte plus grande chaleur ont été dus, comme dons
les temps actuels y les éruptions volcaniques , les commotions du sol ou les tremblements de terre et les eaux thermales , derniers effets de Faction de Tintérieur d'une planète en liquéfaction ignée sur sa surface extérieure durcie^ effets qui continuent à se produire encore de nos jours. Enfin , ainsi que nous Tavons déjà fait observer, h elle a été due la conversion des anciennes forets en anlhracile, en houille, et plus tard en lignite.
Aussi, lorsqu'on considère les résultats produils par cette cause , dont Tiniluence a été constamment si puissante, et que Ton envisage Timmense transport de matériaux qui en a été la suite , Taccroissement de pression qui en est résulté, sur de grands espaces, dans le lit de l'Océan, et la diminution correspondante dans certaines parties de la terre, on en comprend toute la portée.
On n'est plus pour lors embarrassé pour concevoir eomment la force élastique des feux souterrains, ainsi réprimée d'un côté et facilitée de lautre, peut se faire jour dans des points où la résistance est h peine égale à cette force , et faire ainsi rentrer le phénomène des volcans en activité sous F influence générale de Faction solaire^
11 est encore facile de reconnaître qu'à cette même puissance sont dus les grands effets produits par les alluvions anciennes. Ces alluvions , qui ont couvert la plus grande partie de la surface du globe d'un amas
de cailloux roulés, annonccnl assez, pur leur épaisseur, leur étendue, la violence et la généralité de la cause, qui les a ainsi dispersés.
Parmi toutes celles qui ogissenl et qui ont agi à toutes les époques de la terre, il n'en est pas de plus actives et de plus intimement liées avec ce dernier phénomène , l'un des plus récents et des moins effacés de ceux que noire planète a éprouvés.
Deux agents liés en quelque sorte avec la chaleur, et qui n'en sonl peut-être que des modiûcations , d'après les analogies des effets qu'ils produisent, exercent également une action non moins prononcée sur les phénomènes terrestres. Ces agents , la lumière et Télectricilé, ont cntr'eux les plus grandes connexions, et ne sont peut-être que le résultat du mouvement oscillatoire qui s'opère dans Tair ou dans la matière étbérée.
Il parait toutefois à peu près certain que Tagent de rimpuision imprimée aux oscillations de la lumière est à peu près uniquement l'action solaire, ou des actions chimiques puissantes. D'un autre côté, il n'y a presque pas de dégagement considérable de chaleur sans production de lumière et d'électricité. Aussi Teiisemble des faits (end h démontrer que la chaleur dérive de rélectricilé ou est intimement liée avec elle. Du moins , quand les corps sont à la fois de même nature et de mauvais conducteurs de calorique, et
qu'ils ne diiffèrent les uns des autres que par Tétat de leurs surfaces , celle de ees surfaces qui s'échauffe le plus prend Félectricité négative, et celle qui s'échauffe le moins l'cleclricilé opposée.
Des faits nombreux permettent d'étendre également h la lumière les relations entre la chaleur et l'électricité. La phosphorescence nous les fournit. Ce phénomène se manifeste toutes les fois que des particules des corps, mauvais conducteurs de l'électricité, sont ébranlées par la percussion, le froKement, la chaleur, la lumière , le choc électrique , ou bien lorsqu'elles sont décomposées par Faction chimique.
Ces causes sont précisément celles qui dégagent aussi de l'électricité et de la chaleur. Or, le phénomène étant moléculaire y la recomposition des électricités , dégagées autour des molécules, doit donner lieu à une infinité de petites étincelles dont l'ensemble produit une lueur semblable à la phosphorescence. Dès-lors il est permis de supposer que la phosphorescence a une origine électrique. Pour s^en assurer, M. Ehrenberg a étudié , avec un soin tout particulier, la lumière émise dans Tobscurité par les infusoires et les annélides, qui rendent la mer lumineuse dans certaines contrées, surtout lorsqu'une brise légère agite sa surface. Ayant placé sur le porte-objet de son microscope de Teau renfermant des animalcules , il fut fort étonné de voir que la lueur diffuse qui les entourait
n'était autre que la i^unioa d'une multitude de petites étincelles qui partaif^qt de toutes les parties de leur corps, et en particulier de celui des annélides. Ces étincelles qui se succédaient avec tant de rapidité y avaient une telle ressembUnee ayeo celles des décharges électriques, que M. E;brenberg n'a pas hésité à établir leur identité avec elles. Il s'est encore assuré <|ue la lumière émise n'est pas due à une sécrétion particulière, mais bien à un acte spontané de Tahimalcule , et qu'elle se manifeste iiussi souvent qu'on l'irrite par des moyens mécaniques ou chimiques, c'est-à-dire, en agitant l'eau ou en versant dedans de l'alcool ou un acide.
C'est une analogie de plus avec la torpille , qui ne lance sa décharge que lorsqu'on l'excite ou qu'on l'irrite. De même , dans les animalcules comme dans la torpille > h décharge recommence après un certain temps de repos. Celte similitude d'effets, et dans les mêmes circonstances, annonce une identité entre les causes qui les produisent. Or, dans la torpille , cette cause est l'électricité ; il faut donc admettre que c'est elle qui produit aussi la phosphorescence des infusoires, des annélides et des lampyres.
Du reste, il est remarquable que les phénomènes lumineux ou autres , qui dépendent de l'électricité , soient d'autant plus forts et d'autant plus prononcés , que les animaux sont plus petits.
Il semblerait que cette profusion de fluide électrique
émise seulement par le^ cires d'un ordre inférieur, est destinée à remplir d'autres fonctions dans les êtres d'un ordre plus élevé. N'est-il pas dès-lors permis de supposer, ainsi que M, Berzelius et d'aulres physiciens Tout avancé, que la lumière, dégagée dans la combustion, qui donne lieu à un si grand dégagement d'électricité, n'est aussi que le résultat de la décharge d'une infinité de petites étincelles produites dans la combinaison du corps combustible a\ec le corps comburent. Tels sont quelquçs-uns des phénomènes qui lient ensemble la lumière, la chaleur et Télectricité. Probablement ces trois agents > qui président à la constitution moléculaire des corps ^ dérivent d'un sepl prin« cipe de nature éthérôe répandu dans res|>ace et dans tous les corps.
La même simplicité se remarque dans tous les faits particuliers à la composition du globe terrestre. En effet } la terre est formée par 55 corps élémientaires ; il est facile de saisir quelles combinaisons n(Mfibreu-> ses la nature aurait.pu produire avec un pareil cortège de radicaux. £lle les a cependant singulièrement ré^ duites par les lois qu'elle, a imposiées au]| eomhinaisonç inorganiques ; elle a surtout manifesté sa tendance à la simplicité. Dt'ahord ces corps, soit simples, soit composés , ne se réunissent qu'un à vn ou deux a deux , et pour qu^l y ait enir'eux réunion ^ il est nécessaire qu'ils soient dans on état électrique différent.
Ces combiuaisons ne peuvent également avoir lieu qu'en proportions définies ; pour si peu qu'elles s'étendent , il faut que Tun des corps qui entre dans le composé quaternaire soit le même acide ou la même base que celui d'un des composés binaires primitifs. Ainsi, dans ces combinaisons déjà fort complexes, les deux ou les trois composés binaires ont ou la même base ou le même acide associés ensemble, et toujours dans des rapports fixes et parfaitement définis. Il ne se forme donc des combinaisons très complexes dans la nature inoi^anique que lorsque, parmi les corps qui forment les composés, il y a un principe commun ou deux principes isomorphes.
D'après ces lois communes à tous les corps inorganiques , les minéraux les plus composés ne sont que des associations de composés binaires. Enfin , pour ces corps comme pour tous ceux de la nature , il n^y a presque jamais combinaison que lorsque ces corps ne se trouvent pas , les uns et les autres , à Tétat solide. Nous ne connaissons du moins qu'une seule exception à cette loi générale. Elle nous est fournie par le phosphore et l'iode , qui se combinent avec d^gemént d'une grande quantité de calorique et de lumière, quoique l'un et Tautre se trouvent à l'état solide. On sent à quel point des lois aussi absolues ont dû restreindre les combinaisons inorganiques; et pour en donner une idée , nous rappellerons combien peu
de corps composés entrent d'une manière essentielle dans la charpente solide du globe.
Nous avons tu que 55 éléments faisaient une partie quelconque de la portion solide de la terre qui nous est connue; éléments dont le nombre aurait pu produire des combinaisons infinies. Cependant la nature les a tellement réduites, que trois principaux composés forment à eux seuls les 0,95 de la surface de notre planète y c'est-à-dire la presque totalité ; les autres corps composés n^en constituent en effet que les 0,05 restant.
Ces corps, si prédominants dans la structure de la terre , sont premièrement les silicates qui y entrent pour les 0,55 ; en second lieu, la silice pour les 0,55, et enfin le carbonate de chaux pour 0,05 seulement ; quant aux autres 0,05, ils sont formés parles autres minéraux.
Cette simplicité n^est pas moins gt*ande si Ton porte son attention sur le nombre des corps élémenlaires qui entrent dans ces composés. Au lieu des 55 éléments dont la nature pouvait disposer, elle n'en a employé qu'une dixaine environ , c'est-à dire bien moins du cinquième de ceux qu'elle avait en son pouvoir.
Cette simplicité a été plus grande encore dans la composition de la couche aériforme qui environne la terre. Deux corps simples et deux corps composés la forment entièrement ; en sorte que Fatmo^phère offre
seulemenl quatre éléments , ou à peu près le quatorzième de la totalité de ceux dont elle pouvait se servir.
C'est, du reste, dans la formation de l'atmosphère que la nature nous a montré toute la beauté de ses lois. Il était utile et peut-être même nécessaire aux êtres vivants , et surtout aux animaux qui devaient respirer l^air atmosphérique \ de le pouvoir sans efforts comme sans fatigue. Si Toxigène et l'azote y avaient été en véritable combinaison, les êtres vivants ne Tauraientpa sans un travail plus ou moins pénible pour leurs organes ; car Ton sait qu'il faut toujours des agents plus t)u moins puissants pour détruire des combinaisons. Elle les y a donc réunis à Tétat de simple mélange ; de cette manière , les poumons des animaux , aussi bien que les organes tibsorbants des végétaux, n'ont eu aucun effort à faire pour s'emparer de ces deux ga^.
Ce mélange a eu encore un autre avantage : c^est de <]onner aux poissons , qui ne respirent qu'aux dépens de f air en dissolution dans Teati , une plus grande quantité d'oxigène que celle qu'ils y auraient trouvé s'il ■^vait été combiné avec l'azote dans l'air atmosphérique. En effet , plus solubles que ce dernier gaz , les eaux qui traversent ratmosphère l'entraînent avec elles fA le déversent dans les eaux continentales. Aussi cellestî, au lieu de ne contenir que 0,24 d'oxigène, en offrent constamment tfeO,32 à 0,53. Celte plus grande quantité compense , en quelque sorte , cette circons-
tance particulière aux poissons , de ne poînl respirer l'air en nature ni d'une manière médiate, mais seulement aux dépens de celui qui est en dissolution dans Teau*
Cette quantité d'oxigène était donc nécessaire à la vie de ces animaux et la nature leur a donné les moyens de se la procurer en rendant ce gaz plus soluble dans leau que Tazote, avec lequel il se trouve mêlé dans l'air atmosphérique.
Quant au fait en lui-même , il est incontestable , et il est établi depuis les observations de MM. de Humboldt et Gay-Lussac sur reudiométrie. L'on sait que les expériences de ces deux grands physiciens ont été bien souvent répétées depuis lors.
Il en résulte que Teau des mers ou des fleuves, ou même Teau distillée aérée^ contient en dissolution en* viron le 4 de son volume d'oxigène et d^azote dans les proportions àe 52 du premier de ces gaz et de 68 dV zote.
La même simplicité se remarqu également dans la composition de la couche liquide, qui occupe la plus grande partie de la surface de la terre. En effet , deux seuls éléments la composent entièrement; ici, ils s'y trouvent non-seulement combinés, mais en combinaison fixe et définie. Trois ou quatre autres corps simples entrent bien dans la combinaison de Teau ; mais ils ne s'y trouvent d'une manière constante que dans
les eaux des mers , et par cela même ils oe sauraient être considérés comme essentiels à ce liquide.
Les sels qui s'y rencontrent ont cependant une grande importance pour la vie des êtres qui y sont plongés, car ces êtres ne sauraient vivre ailleurs. On les voit du moins mourir dès qu'ils sont plongés dans les eaux douces. Ces sels ont encore un autre avantage pour la vie des animaux marins : c'est celui de reculer le point de congélation de Teau. Ce liquide, en passant à Tétat solide, abandonne tous les sels qu'il tient en dissolution, et par là est éloigné le terme où les couches inférieures des eaux des mers se solidiCeraient sans celte circonstance , puisque les couches les plus chargées de sel, étant les plus denses , doivent se précipiter dans la profondeur des eaux.
Ainsi les habitants des mers peuvent se présenter dans les zones les plus différentes » lors même qu'ils seraient recouverts , comme cela a lieu pour les mers polaires/par des dômes immenses de glaces. Ils le peuvent d'autant plus que les eaux de TOcéan, comme celles des mers intérieures, ne varient pas dans le degré de leur salure ni dans leur pesanteur spéciCque. Ces eaux n'éprouvent d'autres différences que celles relatives à leur température ; mais comme leurs couches s'échauffent moins que lessolides, il en résulte qu'elles n'éprouvent pas d'aussi grandes variations dans leur chaleur que la surface dos contiaAits.
D*une autre part , comme aucune variation importante n'a jamais lieu dans leur composition, les elres qui habitent le sein des mers peuvent, sans aucun danger pour leur existence , se transporter dans les régions les plus différentes, comme le font les oiseaux qui par* courent dans tous les sens TOcéan aérien. Ils le peuvent également sans péril, à raison de la composition invariable de Tatmosphère à un millième près, dans les latitudes les plus éloignées, aux époques les plus distan* tes, comme à des hauteurs fort différentes.
Les phénomènes de la vie oi^anique , les décompositions spontanées des plantes et des animaux , les combustions ou oxidalions qui s'accomplissent à la surface de la terre, ne sauraient troubler cette uniformité. Tous ces changements dontnotre imagination se platt à grossir la grandeur, sont des faits qui passent pour ainsi dire inaperçus» en ce qui concerne la composition géiié* raie de Tair qui nous entoure.
Par une prévision providentielle^ la nature n'a pas voulu que les altérations possibles de l'atmosphère par le jeu régulier des forces qui agissent à la surface de la terre puissent jamais approcher, même de loin, de la limite où la vie des animaux et celle des plantes pour** raiten souffrir.
La constance de la composition de Pair donne la mesure et la preuve d'une des plus belles harmonies naturelles, celles qui, liant le^ deux règnes organisés
Tun à Tawlre. 'par Tîntennédiaire de l^almosphère , les place ainsi dans une dépendance mutuelle.
Nous avons vu précédemment comment la nature a fait triompher la loi de Tunité dans les combinaisons inorganiques qu'elle produit pour former Tassembiage des composés ou des espèces minérales qui constituent la partie solide de la terre. La simplicité y règne constamment. Quoiqu'ayant à sa disposition un très grand nombre de corps simples, elle put opérer un nombre décomposés presqu^infinis ; pour cela, elle a dû restreindre considérablement et limiter les combinaisons. €'est ce qu'elle a fait au moyen des lois que nous ayons déjà indiquées , lois tellement puissantes qu'elles sont absolues.
Mais ayant ici borné le nombre des éléments qui devaient lui servir à former les nombreux composés organiques , elle a dû suivre une toute âulre voie ; voici ce qu'elle a adopté pour parvenir à son but , et ici , elle a manifesté tout autant que pour leà corps bruts sa tendance vers la simplicité, quoique ses moyens soient immenses.
Les lois qu'elle a imposées à ces combinaisons sont donc aussi simples qu'efficaces; on peut môme ajouter qu'elles ne sont pas moins admirables que celles qui régissent leà corps bruts. La nature a composé essentiellement les corps vivants avec quatre éléments, les* quels ne manquent presque jamais. Ayant ainsi réduit
le nombre des corps simples , avec eux elle a fait des composés qui jouissent des propriétés des corps élémentaires eux-mêmes. Elle a de la sorte multiplié , pour ainsi dire à Tinfini, le nombre des éléments; et par \h elle a surpassé de beaucoup celui qui existe dans la nature brute.
La nature organique possède donc ses éléments h elle ; ceux-ci jouent tantôt le rôle qui appartient au chlore et à Toxigène dans la nature minérale, et tantôt ils jouent le rôle de métaux. Tels sont, par exemple, le cyanogène , l'amide , le bcnzoïle , les radicaux de Tammoniaque, les corps gras, l'alcool et tant d'autres.
Ces corps et leurs analogiies , voilà les véritables éléments de la nature organique. Aussi les quatre corps élémentaires auxquels en déOnitiv« se résolvtent tous les composés organiques^ le carbone, l'hydrogèoe, Toxigèneet Tacote, n'apparaissent comine corps «iitiplesi <{0e lorsque toute trace d'origine organique a disf>ara.
Les corps inorganiques réunissent donc tous les composés qui résultent de la combinaison directe des éléments proprement dits. Ces composés, soit qu^ils se combinent deux à deux du quatre à quatre, ou enfin dans un nombre su[)érieur , s'associent constamment en rapport aussi simple que fixe; en sorte, qu'en dé-
finitive ils sont toujours des composés binaires ou des associations de pareils composés.
Les êtres vivants sont formés au contraire par des corps composés fonctionnant comme le font les éléments eux-mêmes dans la nature brute, mais ils ont cela de tout particulier et d'essentiellement différent, c'est qu'ils ne se réunissent presque jamais en proportion constante et définie.
Ainsi aucune limite n'est imposée à leurs combinaisons; celles-ci quoiqu'infinies ne diffèrent les unes des autres que par la diversité de proportion des éléments qui les constituent.
Un peu plus ou un peu moins d'hydrogène, d'azote , de carbone ou d'oxigène constitue toute leur différence; cette diversité dans leurs proportions les sépare donc les uns des autres et les distingue entr'eux ainsi que des corps bruts ou inorganiques.
La simplicité des lois de l'unité de la constitution organique, n'est pas moins remarquable que celle qui règle la composition des éléments des corps, vivants. Elle domine aussi bien chez les végétaux que chez les animaux, quoiqu'elle soit plus manifeste chez ces derniers, où les conditions d'existence sont plus absolues et plus variées. Aussi observe-t-on une grande distance entre l'homogénéité des tissus des végétaux et Textrême complication des nombreux appareils organiques des animaux. La vie est par là môme plus complexe clie;
ces derniers, et pour en parcourir le cercle mystérieux, ils ont eu besoin d'organes divers et variés, aCn de remplir les conditions qui leur ont été imposées ^ conditions qui donnent à leur existence quelque chose de plus vif et de plus animé.
Néanmoins, la loi deTunité organique est toute aussi évidente chez les végétaux que chez les animaux ; seu« lement les traits qui la distinguent et la caractérisent , sont plus obscurs et moins tranchés, par suite de la manière dont s'y manifeste l'activité des forces vitales. Dépourvues des plus nobles fonctions et des organes à Faide desquels elles s'exercent , les plantes n'ont des rapports avec les espèces animales que par leurs organes d'assimilation et de reproduction communs à tous }es éires vivants. En effet, ces êtres ne peuvent durer et se perpétuer d'une manière infinie , qu'à Taide d'appareils propres à les substanter, et d'autres è servir à teur propagation.
C'est là à peu près tout ce que les deux règnes ont de commun; mais dans leurs différences comme dans leurs rapports, on reconnaît que la nature, dont les moyens sont immenses et les ressources infinies , tend toujours à arriver à ses fins, par les combinaisons les plus simples et souvent môme les plus inattendues.
Cette manifestation de la simplicité des lois naturelles si évidente chez les corps bruts, ne Test pas moins diez les êtres vivants, et si les détails dans les-
quels nous serions obligés d'entrer pour en démontrer toute rinfluence, ne devaient pa^novia entraîner trop loin, nous noua livrerions à cette étude si éminemment liée avec Tobjet de notre travail. Elle nous donnerait le moyen de démêler comment se parcourt le cercle mystérieux de la vie dans les diverses classes des êtres qui en jouissent. Cette étude si curieuse et si digne d'intérêt, nous donnerait peut-être la mesure de Finfluenca de la chaleur et de la lumière solaires que nous retrouvons partout, et qui sont aussi des excitants puissants et en quelque sorte indispensables des phénomènes vitaux.
C'est toutefois avec regret que nous abandonnons un pareil sujet, croyant en avoir assez dit pour faire saisir combien les faits qui pro\ivent la simplicité des Icâs de la nature sont liés avec ceux qui noua donnent une idée de l'avenir physique de la terre. Arrivée à un point de yae aussi éleyé, la science n'est-elle pas comme un hymne magniflque en Thonneur de la sagesse divine* Quand tout ^'enchaine et se lie d'une façon ai parfaite dws la vie, en quelque sorte purement matérielle du monde, à plus forte raison doit-on admettre qu'il y a lien et hara^uie dans les fait^ du domaine de la vie morale ^ t individuelle. .
La science, bien interrogée, nous redit donc, comme celui dont les paroles ne sauraient nou^ tromper: c Tant que la terre durera , la semence et la qioisson, le froid et le chaud , l'été et l'hiver, la nuit et le jour
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ne oeaseront point de se suivre et de se succéder, » Si nos premiers pas ont été environnés iei^bas de mille dangers, si de violentes convulsions ont si souvent menacé nos vies, si enfin les fleuves débordés y les marais sans limites, -les froides et prolandes forêts, les animaux ravisseurs , des nuées innombrables d^inseetea nous ont disputé si long-temps une terre dont nous ne pouvions pas nous dire les rois, de pareils ennemis et de pareils fléaux ne sauraient plus nous troubler dans la possession d^un monde que nous avons conquis par la constance de nos travaux.
A la vérité, les recherches des astronomes modernes ont rendu assez probable que la terre, comme les autres planètes, se meut dans un milieu résistant. Dès-lors , si un pareil milieu existe réellement, toutes les pla« nètes doivent finir par tomber sur le soleil , si une cause à nous inconnue n^y vient mettre obstacle. Aussi ceux quf ont admis l'existence d'un milieu résistant , comme un fait , ne croient pas que notre globe cesse jamais de se mouvoir comme planète, et aille se coller sur la masse du soleil.
Du reste, s'il pouvait en être ainsi, comme le changement qu'un pareil milieu pourrait avoir pour la terre s^opère avec une lenteur extraordinaire , il fau« drait ajouter des myriades de siècles à d*autres myriades, pour se faire une idée de l'époque où un aussi funeste résultat pourrait avoir lieu. Mais n^oublions
pas que s^i certaines prévisions des astronomes sont prostrés à nous épouvanter pour Tavenir physique de notre planète, ils admettent en même temps une force à nous inconnue, qui empêchera les désordres que pourrait nous faire craindre la résistance du milieu que parcourt la terre.