‹ De la Cosmogonie de Moïse, comparée aux faits géologiques (volume 3)Chapitre 10 sur 37 · CINQUIEME ÉPOQUE OU CINQUIÈME JOUR · texte numérisé non relu

CINQUIEME ÉPOQUE OU CINQUIÈME JOUR

A la cinquième époque , Dieu créa les poissons et les reptiles aquatiques ainsi que tous les animaux qui vivent dans le sein des eaux. Il anima également l'atmosphère en y répandant un grand nombre d'oiseaux. Il ordonna aux animaux aquatiques de remplir les eaux de leurs tribus, et aux volatiles de s'étendre sur la terre et de voler dans les airs.

D'après le texte hébreu , « Dieu dit que les » eaux produisent des animaux vivants qui na- » gent dans l'eau et des volatiles qui volent, sur » la terre, sous le firmament du cîel (1).

(1) La plupart des traducteurs ont rendu le mot hébreu n*Piy ophot par oiseaux ; mais tout ce que cette expression indique proprement, c'est un animal ailé. Or , il est une infinité d'animaux ailés qui sont loin d elre des oiseaux ; tels

» Dieu créa les grands poissons et tous les êtres » rampants qui ont la vie et le mouvement, que » les eaux produisirent selon leur espèce; il » créa aussi tous les volatiles selon leur espèce. » Dieu vit que c'était bien.

» Dieu les bénit et dit : Croissez et multipliez- /) vous , et remplissez les eaux des mers , et que » les volatiles se multiplient sur la terre.

» De la fin jusqu'au commencement, ce fut » la cinquième époque.

Ce texte n'a presque pas besoin d'interprétation ni de remarque. La seule que l'on puisse faire, tient d'une part au grand nombre de débris • de poissons que l'on observe au milieu des couches terrestres, des formations les plus diverses, et d'un autre côté, au petit nombre de ces débris qui se rapportent aux animaux volants èt particulièrement aux oiseaux. On conçoit faci-

sont, par exemple, certains mammifère!» , quelques espèces de reptiles et de poissons. D après cela , il se pourrait bien que le mot hébreu se rapportât plutôt à ces reptiles et aux poissons qu'aux oiseaux qui , comme les cétacés , ont paru beaucoup plus tard sur la scène de l'ancien monde. Du reste, la Genèse employé constamment le mot oph. oiseau

au singulier. C'est un nom collectif qui embrasse tous les volatiles en général, ou tons les cires volants. Aussi, pour bien rendre le sens des expressions delà Bible, il serait mieux de n'employer que le singulier et non le pluriel, et de substituer ntj? oph à ophot , ou oiseau aux oiseaux.

lement pourquoi les ichtyolites sont si abondants dans les différentes couches de i'écoree du globe ; mais Ton ne comprend pas aussi aisément pourquoi les animaux ailés, et surtout les oiseaux , y sont au contraire si rares.

Cette circonstance tiendrait- elle à la conformation du squelette des oiseaux et à la eompo. sition de leurs os, ou dépendrait-elle de ce que ces animaux ont pu facilement échapper aux causes de destruction qui ont fait périr les poissons. Quoi qu'il en soit, il est certain que les restes des oiseaux et des autres animaux ailés, tels, par exemple , que les ptérodactyles qui ont vécu dans les temps géologiques, sont aussi rares que les débris des poissons de ces anciens temps sont abondants.

On pourrait encore observer , que si les oiseaux semblent avoir été si rares aux époques géologiques , cette circonstance tient peut-élre à la composition de l'atmosphère pendant ces époques. Chargée, à ce qu'il paraît , d'une grande quantité d'acide carbonique , cette atmosphère pouvait bien favoriser le développement de l'ancienne végétation, et même, jusqu'à un certain point, celui des animaux aquatiques à respiration incomplète, tels que les reptiles et les poissons ; mais elle ne pouvait que nuire à des animaux qui respirent autant que les oiseaux.

Aussi ces légers habitants des airs sont-ils plus nombreux dans notre monde actuel, l'excès d'acide carbonique s'étant dissipé à travers les espaces interplanétaires ou ayant été absorbés par la brillante végétation des temps d'autrefois ou de ces temps qui appartiennent aux diverses périodes géologiques.

Il est du moins certain que les premiers ani-* maux vertébrés qui ont paru sur la terre , ont été des espèces vivant dans le sein des eaux. Ce qu'il y a de plus singulier, les plus anciennes de ces espèces aquatiques qui dépendent de l'embranchement des vertébrés, ont des caractères communs aux poissons et aux reptiles. Aussi lesa-t-on nommés poissons sauroïdes, pour indiquer les rapports qu'ils ont avec les uns et les autres.

C'est en effet dans la série des dépôts inférieurs au lias que l'on commence à -trouver les plus grands de ces monstrueux poissons sau- Toïdes dont l ostéologie rappelle, à tant d'égards, les squelettes des sauriens. Cette analogie est annoncée par les sutures plus intimes des os de leur crâne , par leurs grandes dents coniques et striées longitudinalement , et enfin par la manière dont les apophyses épineuses sont articulées avec le corps des vertèbres et les côtes , à l'extrémité des apophyses transverses. Ce rap-

prochement entre ces premiers poissons et les sauriens ne s'étend pas seulement au squelette; car, d'après M. Agassiz, dans l'un des deux genres qui existent maintenant, l'on observe une orga* nisation intérieure de parties molles , qui rapproche encore ce groupe de celui des reptiles. Ainsi, d'après cet habile et excellent observateur, Ton voit dans le Lépidosteus osseus une glotte analogue à celles des sirènes et des reptiles salamandroïdes, et de plus une vessie natatoire celluleuse, avec une trachée artère semblable au poumon des ophidiens. Enfin , les téguments de ces poissons ont souvent une apparence si conforme à celle des téguments des crocodiles, qu'il n'est pas toujours facile de les distinguer.

Les poissons inférieurs à la série oolithique ont, indépendamment de leurs rapports avec les reptiles, des caractères bien particuliers. Ils se font tous remarquer par une très grande similitude dans leurs types et par la grande uniformité des parties d'un même animal entr'elles. Cette uniformité est souvent telle qu'il est difficile de distinguer les écailles , les os et les dents les uns des autres.

Mais pour mieux démontrer ce développement organique et régulier qui a lieu' dans tous les êtres organisés , développement toujours en rapport avec les différentes conditions d'exis-

tence qui se sont réalisées par suite des diverses modifications que le globe a subies, donnons une idée de la subdivision des poissons dans les différentes couches terrestres.

D après l'habile observateur que nous avons pris pour guide, il existe dans toute la série des formations géologiques, deux grandes divisions dans la classe des poissons qui auraient leur limite au grès vert. La première, ou la plus ancienne, ne comprend que des poissons de l'ordre des ganoïdes et des placoïdes, ordres dans lesquels se trouvent les poissons sauroides, dont nous venons de parler. La seconde, plus intimement liée avec les êtres actuels, offre des formes et des organisations beaucoup plus diversifiées ; ce sont des cténoïdes et des cycloïdes et un très petit nombre d'espèces des deux ordres précédents , lesquelles disparaissent insensiblement et dont les analogues vivants sont considérablement modifiés de ceux qu'ils rappellent.

M. Agassiz fait encore remarquer que les poissons de la première grande période ne paraissent pas offrir des différences correspondantes à celles que nous observons maintenant , entre les poissons d'eau douce et les poissons marins. Aussi , d'après lui , c'est aller au-delà des faits que d'admettre soit dans les terrains desédiments inférieurs au groupe oolithique , soit dans ce

groupe, des terrains d'eau douce et des terrains marins distincts. Il serait possible que les eaux de ces temps reculés, circonscrites dans des bassins moins fermés , ne présentassent pas encore entr'elles des différences aussi tranchées que celles que l'on remarque de nos jours.

Sans doute , les ganoïdes et. les placoïdes se montrent encore dan» le groupe oolithique ; mais, outre que leurs espèces y sont moins nombreuses, elles offrent des caractères qui les distinguent des espèces des formations inférieures. Ainsi, il existe une grande différence dans la forme de l'extrémité postérieure du corps des ganoïdes , avec celle des poissons de cet ordre, qui appartiennent aux formations supérieures au terrain du Keuper. Ces ganoïdes ont tous la colonne vertébrale prolongée à son extrémité en un lobe impair, qui atteint le bout de la nageoire caudale, particularité qui s'étend depuis les poissous du Keuper et des marnes irrisées , jusqu'à ceux des terrains de transition. Ces derniers, mais surtout les espèces qui ont vécu avant le dépôt de la houille , ne paraissent pas avoir été carnivores, c'est-à-dire munies de grosses denU coniques et acérées. Les autres semblent avoir été omnivores, leurs dents étant arrondies, ou en cônes obtus, ou en brosse.

Quant à la série oolithique, dans laquelle nom

comprenons le lias et la formation veldienne, on n'y découvre aucune espèce que I on puisse faire rentrer dans les genres des terrains crétacés. Depuis cette époque jusqu'à celle du dépôt du lias, les deux ordres qui prévalent dans la création actuelle ne se retrouvent plus , tandis que ceux qui sont en minorité de nos jours se présentent subitement en très grand nombre. Lesganoïdes y existent bien à la vérité, mais uniquement les genres à caudale symétrique , et parmi les placoïdes, ceux surtout dont les dents sont sillonnées sur leurs deux faces et les rayons remarquables par leur étendue. Ces grands rayons nommés lchthyodorulithes par MM. Buckland et de la Bêche, ne proviennent ni des silures ni des balistes , mais bien de la dorsale des grands squales, dont on trouve Jes dents dans les mêmes coucbes, qui offrent les premières de ces parties.

Les poissons de la craie ont déjà, considérés dans leur ensemble, le caractère général des espèces des terrains tertiaires, surtout comparativement à ceux du groupe oolitbique. Aussi cette similitude est même assez grande , pour que, si , dans un rapprochement général des formations géologiques, on n'avait égard qu'aux poissons, il semblerait plus naturel d'associer la formation de la craie et du grès vert avec les terrains tertiaires, que de les ranger dans le groupe des terrains se-

condaires. Cependant la craie offre encore plus des deux tiers de ses espèces qui se rapportent à des genres entièrement éteints, et Ton y voit même apparaître quelques-unes de ces formes qui prévalent dans la série oolithique. Mais en dessous de la craie, il n'y a plus un seul genre qui ait des espèces vivantes, et même ceux de la craie qui en ont, en comprennent un plus grand nombre de fossiles.

Par suite de la succession qui a eu lieu dans la création des êtres organisés, on conçoit facilement que les poissons des terrains tertiaires doivent être ceux qui se rapprochent le plus des espèces vivantes. Cependant jusqu'à présent M. Agassiz n'a observé qu'une seule espèce parfaitement identique avec celles de nos mers. C'est un petit poisson que l'on trouve dans le Groenland, dans des géodes d'argile, dont Page géologique est encore indéterminé.

Dans les formations tertiaires inférieures, par exemple dans l'argile de Londres, le calcaire grossier de Paris et de Monte-Bolca, il existe un tiers au moins des espèces qui appartiennent à des genres totalement éteints. Quant aux espèces du crag de Norfolk, de la formation subapennine supérieure et de la mollasse, elles se rapportent pour la plupart à des genres communs dans les mers tropicales , tels que les pla-

ta*, les grands careharias, et les myliobatcs à larges chevrons.

Ainsi, d'après ces faits , les poissons, comme les autres êtres organisés, annoncent une suc-

cession lente et graduée dans leur création; car il n'est pas une seule espèce de poisson fossile qui se trouve successivement dans deux formations différentes , tandis qu'il en est un grand nombre qui sont disséminées sur une étendue horizontale extrêmement considérable.

La classe des poissons s'étend donc dans l'immense série de toutes les formations sédimentaires ; elle offre pour les animaux vertébrés un point de comparaison très-intéressant pour le plus grand laps de temps connu d'animaux construits sur un plan assez uniforme, et qui , dans ce long intervalle, ont constamment persisté. Les poissons des. temps géologiques qui se sont succédés avec des formes différentes ne se laissent guère rapporter qu'à des types qui n'existent plus , et dont les affinités avec les espèces vivantes sont aussi éloignées que celles qui rattachent les crinoïdes aux échinodermes ordinaires , les nautiles , les sepia et les poulpes aux bélemnites et aux ammonites, les ptérodactyles, les ichthyosaures et les plesiousares à nos sauriens, les pachydermes vivants à ceux qui habitaient les environs de Paris, de Montpellier et

de tant d'autres lieux, ou les plaines de la Sibérie» Si en s'appuyant sur ces faits, on peut hasarder quelques conjectures sur un pareil état de choses, l'on serait porté à penser que le principe de la vie animale, qui s'est développé plus tard sous la forme de poissons ordinaires, de reptiles, d'oiseaux et de mammifères, a été d'ahord entièrement confiné dans ces singuliers poissons sa uroïdes* Ces premiers poissons ont participé eu même temps à l'organisation des poissons et des reptiles , et ce caractère mixte ne semble s être perdu dans cette classe qu'après l'apparition d'un grand nombre de reptiles, à peu près comme nous voyons les ichthyosaures et les plésiosaures participer par leur ostéoipgie aux caractères des cétacés de la classe des mammifères, «et les grands sauriens terrestres à ceux des pachydermes , qui n'ont «été créés cependant que beaucoup frites tard.

En un mot, les poissons les pins simples des vertébrés sont les setds parmi les animaux de cet embranchement qni aient constamment persisté et aient traversé toute la série des formations sédimentaires. Les poissons n'ont en effet jamais cessé d'exister , depuis que des êtres vivants ont apparu snr la surface de la terre,, c'est-à-dire^ «depuis les terrains de «transition jusqu'aux «dépôts lesphas récents. Il en est donc

de ces poissons comme des autres animaux de l'ancien monde ; ils diffèrent d'autant plus de leurs congénères actuels, qu'on les observe dans des couches pins profondes.

Les plus grands changements opérés dans les caractères des poissons fossiles ont également coïncidé avec les modifications les plus importantes survenues dans les autres classes d'animaux et de végétaux. Ils ont même coïncidé avec l'état minéral des couches où ils sont ensevelis. Ces changements n'ont pas eu lieu insensiblement d'une formation à l'autre. En effet, ni les mêmes genres, ni les mêmes familles ne traversent les séries successives des grandes formations. Ils changent d'une manière prompte à certains points marqués de la succession verticale des couches, et 1 on ne voit, ainsi que nous l'avons déjà fait observer, aucune espèce de poisson fossile qui soit commune à deux grandes formations. Enfin la plupart, et Ton peut dire même presque toutes les espèces des poissons fossiles, diffèrent de nos espèces vivantes!

Les changements brusques qui ont eu lieu à diverses époques dans l'organisation, ne peuvent donc pas s'expliquer par des transformations successives , mais uniquement par des actes de création directe et plusieurs fois répétée. Si le contraire avait eu lieu, on trouverait, dans les

couches de la terre, des traces de ces transformations ou de ces passages des espèces les unes dans les autres, au lieu de rencontrer à chaque époque des êtres totalement différents de ceux qui les ont précédés ou -suivis. Ainsi, tout prouve que des créations successives et diverses se sont tour-à-tour succédé sur le globe, et que ces créations ont été d'autant plus différentes de nos races actuelles, qu'elles se rapportent à des époques plus anciennes.

La présence des poissons dans les couches sédimentaires les plus profondes ou celles de transition, peut nous faire concevoir comment Moïse a considéré les animaux aquatiques, comme les premiers êtres qui aient paru sur la scène de l'ancien monde ; car Ton conçoit, d'après ce que nous venons d observer, les difficultés que peuvent faire naître des poissons dont l'organisation est aussi singulière que celle des sauroïdes. Aussi la découverte de ces poissons sauriens , dans les plus anciennes formations sédimentaires , semble expliquer assez bien le vingtième verset de la Genèse dans lequel il est dit « que Dieu or- » donna aux eaux de produire des animaux pro- » près à vivre dans leur sein. » L'ancienne création a commencé par les êtres aquatiques , et, comme le dit Moise, par tous les animaux qui vivent et se meuvent dans les eaux : « Omnem

» animam viventem atque motabilem quam pro- » duxerunt aquas in species suas. » Ainsi, d'après Moïse, le monde aurait été peuplé pendant longtemps d'animaux aquatiques dont nous cherchons maintenant en vain des traces sur la terre.

Où trouver en effet dans notre création actuelle des représentants de ces antiques ichthyosaurus et plésiosaurus , êtres si étranges qu'ils réunissaient les caractères des cétacés, des reptiles et des poissons avec les formes les plus bizarres et les proportions les plus gigantesques. Ces singuliers reptiles n'ont pas plus de repré-

sentants parmi nos espèces vivantes que les poissons sauroïdes des terrains de transition et des terrains houlliers ou les ptérodactyles dont se nourrissaient les plésiosaurus. Ne serait-ce pas à ces immenses reptiles qu'il faudrait appliquer le passage de la Genèse que l'on a rapporté aux grands cétacés, faute, peut-être, d'en bien comprendre le sens ?

Pour se faire quelque idée de ces êtres qui réunissaient les caractères de plusieurs classes d'animaux, étudions d'une manière rapide leur organisation , et commençons par l'ichtyosaurus, ce reptile poisson dont rien dans notre monde actuel ne rappelle les formes bizarres, ni peut-être la voracité.

L'organisation de ces reptiles, dont la longueur

dépassait trente pieds, offrait des particularités départies maintenant à diverses classes et à divers ordres d'animaux, mais que Ton ne retrouve plus dans un seul et même genre. Ainsi, l'ichtyosaurus avait tout à la fois, le museau d'un marsouin , les dents d'un crocodile , la tête d'un lézard , ies vertèbres d'un poisson, le sternum de l'ornithorynque et les nageoires d'une baleine. Leur corps monstreux se terminait par une queue longue et d'une force prodigieuse.

Leur tète, dont la longueur était souvent audelà de six pieds, portait deux yeux énormes. Ces organes étaient entourés d'une série de pièces osseuses, analogues à celles qui entourent les yeux de plusieurs oiseaux et de certains reptiles. Par leur rétraction , ces pièces augmentaient la convexité de la partie antérieure de l'œil , et le transformaient en microscope. En reprenant leur position naturelle, elles en faisaient un télescope.

Ce curieux instrument d'optique permettait à l'ichtyosaurus de découvrir sa proie de loin et de près, dans l'obscurité de la nuit et dans les abîmes des mers.

Cette organisation annonce aussi bien les habitudes voraces des ichtyosaurus , que les 180 dents coniques, dont étaient armées les mâchoires de certaines espèces de ce genre.

Ces dents avaient du reste une disposition

merveilleusement appropriée au but qu elles devaient remplir.

Il en était de même des mâchoires qui tes supportaient. Par exemple la mâchoire inférieure, surtout à cause de sa longueur et de la taille des animaux qu'elle était destinée à saisir, aurait été par cela même sujette à de fréquentes fractures. Aussi, loin d'être formée par un seul os, comme chez les mammifères, elle était composée de six pièces combinées de manière à la rendre tout à la fois très-solide, très-élastique et d'une grande légèreté.

D'un autre côté, pour faciliter les mouvements que ces animaux devaient exécuter dans le mU lieu qu'ils habitaient, les vertèbres de ces reptiles, au nombre de plus de 100, étaient creuses comme celles des poissons. Leurs côtes, nombreuses, minces, pour la plupart bifurquées au sommet, s'amincissaient à leur extrémité antérieure, au moyen d'os intermédiaires analogues aux portions cartilagineuses intermédiaires et sternales des côtes du crocodile.

Cette structure permettait à l'ichtyosaurus d'introduire dans sa poitrine une grande quantité d'air et de rester long-temps sous Feau, sans venir respirer à la surface.

Enfin, les membres antérieurs de cet étrange reptile étaient semblables à ceux de la baleine,

et occupaient à peu prés la même place. Mais, outre ces rames élastiques et puissantes, ces reptiles en avaient deux autres, de moitié plus petites et placées à la partie postérieure du corps.

Un reptile, peut-être encore plus hétéroclite que l'ichtyosaurus, et qui, au dire de Cuvier luimême , mérite encore mieux le nom de monstre, vécut également à la même époque que celui-ci, comme pour satisfaire à sa gloutonnerie. Ce reptile joignait à une tête de lézard les dents d un crocodile, et un cou d'une longueur énorme, semblable au corps d'un serpent. Mais pour rendre ces anomalies encore plus singulières, le plésiosaurus avait le tronc et la queue à peu " prés semblables à celles de ces mêmes parties, dans un quadrupède ordinaire, les côtes d'un caméléon et les nageoires d'une baleine.

Cet étrange animal devait vivre dans des mers peu profondes, ou il devenait la pâture des Icbtyosaurus , dont la gloutonnerie était telle qu'ils se dévoraient entr'eux : quelque, singulier que puisse paraître ce fait , le doute n'est pas même permis.

En effet , les excréments des ichtyosaurus , conservés dans les couches des terrains secondaires , y sont restés , comme pour éclairer des événements qui se sont passés au fond des mers, à une époque bien antérieure à l'existence de

T homme. Ces excréments renferment encore , comme ceux des anciennes hyènes , les os des animaux que dévoraient ces reptiles , et parmi ces os , on reconnaît très-bien ceux des plésiosaurus et de petits ichtyosaurus. Enfin cette étrange nature était si peu destinée à durer, que tandis que les plesiosaurus vivaient aux dépens de ptérodactyles que leur long cou leur faisait saisir, lorsqu'ils volaient au-dessus de leur tête, ces derniers dévoraient avec avidité les énormes libellules qui, comme eux, vivaient dans ces temps singuliers.

A voir ces animaux occupés sans relâche à se faire une guerre cruelle, pressés par les besoins les plus impérieux , on dirait que la nature ne les avait mis au monde que pour se détruire et s'entre-dévorer. Aussi est-on peu étonné, qu'avec une organisation aussi bizarre que celle qui leur avait été attribuée , et des appétits que rien ne po vait satisfaire, ces reptiles n'aient pas prolongé leur existence au delà de l'époque secondaire qui les vit naître et périr.

Il en a été donc de ces espèces comme de celles qui furent leurs contemporaines, du mosasaurus, lézard marin de 25 pieds de longueur , du mé-

galosaurus dont les proportions étaient au moins deux fois plus considérables et l'appétit plus vorace encore ; enfin du basiiéosaurus ce roi des

sauriens dont la longueur n'était pas moindre de 150 pieds anglais. Elles ont toutes disparu de dessus la surface du globe , de même que les ptérodactyles, dont les formes bizarres rappellent les fabuleux dragons de la chevalerie ou les créations fantastiques du génie de Cal lof .

Les ptérodactyles ont dans leur structure, des anomalies si extraordinaires , que dès le principe de leur découverte, certains les prirent pour des oiseaux, d'autres pour des chauve-souris, et d'autres enfin pour des reptiles volants.

En effet, la forme de leur tête et la longueur de leur cou sont assez semblables à celle de ces mêmes parties chez les oiseaux ; leurs ailes s'approchent assez de celles des chauve-souris, tan- - dis que leur queue et leur corps sont analogues à ceux des mammifères.

Mais en comparant les ptérodactyles avec les oiseaux et les mammifères , dont ils se rapprochent le plus, Cuvier a démontré que cet animal était un reptile doué de la faculté cfe voir pendant la nuit et de saisir au vol les insectes dont ils faisaient leur pâture.

Ces animaux n'en ont pas moins par leur forme extérieure , quelques ressemblances avec* v les chauve-souris et les vampires actuels. La plupart d'entr'eux avaient le museau alongé , comme celui du crocodile, et armé de dents co-

niques. Leurs yeux étaient d'une grosseur énorme , et de leurs ailes partaient des doigts terminés par de longs crochets, semblables à l'ongle recourbé des chauve-souris.

Ces crochets formaient une serre puissante , au moyen dè laquelle l'animal pouvait ramper, grimper ou se suspendre aux arbres. Peut-être

même , pouvait - il nager , en sorte que les

ptérodactyles, comme le Satan de Mil ton, étaient

propres à tous les emplois et capables d'habiter

tous les climats.

Ainsi, bien avant l'apparition des mammifères, les reptiles furent les plus terribles, les plus formidables et les plus grands habitants de la terre et des eaux. Parmi ces reptiles alors dominateurs sur la scène du monde, furent surtout des crocodiles et des lézards de formes très-variées et d'une taille souvent gigantesque.

Le mot hébreu DWtfin aihanninin , que les traducteurs ont rendu par serpens, draco , balœna f cetus, s'entend généralement d'un grand poisson ou reptile marin. Cette expression racine, dont il n'existe aucun dérivé connu, semble avoir été assimilée mal à propos aux cétacés , par cela seulement que ces animaux , les plus grands de la nature actuelle, habitent aussi le bassin des mers. On peut se former d'autant, moins de doutes à cet égard , que *pn thanan ,

d'où sont dérivés thanim et thaninim est rendu par serpent, dragon ou grand poisson , comme sont, disent les commentateurs, les baleines. Ainsi le texte hébreu portant D'Snjn winn athaninim aghédalim peut très bien n'avoir eu en vue que de grands reptiles , analogues aux antiques ichtyosaures, plésiosaures et megalosaures.

Si donc les commentateurs de la Bible ont rendu l'expression halîhunnitnim ou athaninim, en disant creavitque Deus cete grandia , c'est parce que , frappés de la grandeur des baleines et de la plupart des mammifères marins, ils ont cru devoir plutôt rapporter cette expression aux cétacés qu'ils connaissaient qu'à des reptiles ou à des poissons gigantesques dont les races éteintes leur étaient entièrement inconnues. Tel n'est pas cependant le véritable sens de cette expression, qui désigne uniquement un grand poisson ou un reptile d'une dimension à peu prés égale à celle des baleines.

Le mot halthannimin ou thanninirn peut donc s'appliquer aux grands reptiles de la première création, tels que les ichtyosaurus, les plesiosaurus, les megalosaurus et les antiques crocodiles, plutôt qu'aux mammifères marins ou aux cétacés qui ont paru beaucoup plus tard sur la scène de l'ancien monde. Si les commentateurs de la Bible n'ont pas admis cette interprétation

si conforme au véritable sens du texte, c'est probablement parce qu'ils ignoraient l'existence de ces gigantesques et monstrueux reptiles.

Du reste, nous abandonnerons entièrement cet objet de discussion aux lumières de ceux qui s'occupent d'une manière particulière d une langue dont l'étude est si négligée parmi nous. Il doit nous suflire de leur avoir soumis une question , que leurs lumières leur permettront de résoudre, sans doute , beaucoup mieux que nous ne saurions le faire nous même. Si cette question est résolue dans le sens que nous le présumons, ce sera une preuve de plus en faveur de l'exactitude d'un récit, qui, conforme à la vérité dans les grandes choses, doit l'être aussi dans les détails.

Il est du moins certain que Moïse a supposé que la création des reptiles aquatiques a eu lieu bien antérieurement à celle des reptiles terrestres. En effet , il place la première à la cinquième époque, tandis que l'apparition des reptiles qui vivent sur la terre, n'aurait eu lieu qu'à la sixième , c'est-à-dire , à celle où Dieu créa également les animaux terrestres. Ainsi , d'après Moïse , comme d'après l'observation des couches terrestres fossilifères , les êtres qui vivent dans le sein des eaux, soit les poissons , soit les reptiles aquatiques, auraient précédé les

reptiles et tous les animaux qui vivent sur les terres sèches et découvertes, comme ceux-ci ont apparu avant l'homme, qui a couronné en quelque sorte l'œuvre de la création.

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