‹ De la Cosmogonie de Moïse, comparée aux faits géologiques (volume 3)Chapitre 11 sur 37 · SIXIEME ÉPOQUE OU SIXIÈME JOUR · texte numérisé non relu

SIXIEME ÉPOQUE OU SIXIÈME JOUR

A cette époque Dieu Créa les reptiles terrestres et les mammifères, soit les races domestiques, soit les races sauvages. Dieu couronna ensuite l'œuvre de la création en faisant l'homme à son image. 11 lui prescrivit également de croître et de s'étendre sur la terre et pour lui en faciliter les moyens, il assujettit à son empire les poissons de la mer, les oiseaux du ciel, et enfin tous les animaux qui se meuvent sur la terre.

Mais écoutons la Genèse Dieu dit à l'homme : « Je* vous donne toutes » les herbes qui portent leur graine sur la terre » et tous les arbres qui renferment en eux-mê- » mes leur semence chacun selon son espèce, » afin qu'ils vous servent de nourriture (1).

(1) Ckaque formation ge©I*gique a, comme oa le sait,

aussi différentes de

celles qui les ont précédées que de celles qui les ont suivies; dès lors, les végétaux qu'ici Dieu donne à l'homme pour nowrriUure, ne devraient pas être les mcnies que oeux des preiaièi-.es périodes. Pax suite 4e la succession qui a eu lieu

» Et à tous les animaux de la terre, et à tous

dans l'ensemble des choses créées, les végétaux de' la troisième période avaient dû nécessairement disparaître depuis long-temps, de dessus la surface de U terre. ïl est aisé de juger pourquoi la révélation est restée muette à l'égard de pareils faits , et de semblables détails , tout-à-fait étrangers au but qui nous a valu le court récit <Se la création.

Ce récit nous ayant fait connaître l'acte de Dieu , qui fit sortir du néant les végétaux et les animaux dont la terre a été successivement embellie, il n'avait pas à revenir sur les diverses particularités qui pourraient les concerner.

Du reste, «Lara toutes les questions que peut faire naître le récit de la Genèse, on ne doit jamais perdre de vue qu'il a été écrit dans un tout autre but que celui de satisfaire mrtre curiosité. Il est enfin une dernière remarque essentielle à faire à l'égard de ce récit, e'est qu'une fois qu'il a est primé la création d'un objet quelconque , il n'y revient presque jamais. Seulement ponr les végétaux et les animaux, voulant faire comprendre qu'ils avaient été principalement créés pour satisfaire nos besoins, le législateur des Hébreux exprime cette pensée de la manière la plus formelle et la pjus explicite , en rendant l'homme le dominateur et le mohre souverain de tout oe qui existe. Aussi l'eu dirait .eu quelque sorte, que dans les idées de Moïse, Dieu n'agit pas à proprement parler à chaque époque, mais que les dispositions nouvelles que prennent les -choses, sont plutôt l'effet spontané de l'action des causes naturelles., émanées de son pouvoir divin , qu'uu effet immédiat de sa puissance créatrice. Cette manière de concevoir la divinité comme produisant à la fois pur une seule Ôe ses paroles, tout *e qui est , <ft les dispositions nouvelles que les causes créées doivent prendre ^our être les plus parfaites possibles, .n'étant que la suite des causes naturelles , la conséquence du même acte , est , ce semble , la plus propre à nous donner la «plusi

» les oiseaux du ciel, à tout ce qui vit et se meut » sur la terre, toute herbe verte servira de nour- » riture.

» Il en fut ainsi.

» Dieu vit toutes ses œuvres; elles étaient » parfaites, de la fin jusqu'au commencement: » ce fut la sixième époque. »

Pour prouver que les végétaux que Dieu donne à l'homme pour nourriture à la sixième époque, ne peuvent être les mêmes que ceux de la troisième époque, il suffit de montrer les progrès qu'a suivis l'ancienne végétation.

Les premiers végétaux, que Ton découvre dans les entrailles de la terre , ont évidemment l'organisation la moins compliquée. Ce sont, pour les espèces marines, des agames de l'ordre des algues, et pour les espèces terrestres, des cryptogames semi-vasculaires. Celles-ci y sont représentées par des fougères, des prêles, des lycopodes, dont les dimensions dépassaient 40 , 50 ou 70 pieds de hauteur, tandis que leurs analogues atteignent au plus, dans la zone torride , 20 ou 25 pieds.

Ces plantes gigantesques, transformées dans les entrailles de la terre en houille et en minerai de fer qui les accompagne ordinairement, sont devenues , pour les hommes , une source d'industrie et de richesse ; mais ce n'est pas là toute

leur importance. Elles éclairent la végétation primitive. Elles nous indiquent en quelque sorte, la température qui régnait, lorsque la terre était couverte de leur brillante végétation, et les changements géologiques qui s'y faisaient. Ces plantes de l'ancien monde, malgré le long temps qui s^est écoulé depuis leur destruction, sont si bien conservées, qu'en les soumettant au microscope, on peut étudier les détails les plus délicats de leur structure.

Les forêts de l'ancien monde n'ont donc point été détruites , comme les forêts modernes. Aussi sont elles devenues pour l'homme , dans ces derniers âges, les sources de la chaleur, de la lumière, de là force motrice et des arts.

Les végétaux de cette première flore ont donc été, comme les animaux, soumis à de fréquents changements. Ils étaient cependant formés d'après les mêmes principes d'organisation que nos végétaux actuels. Du' moins offraient-ils avec ceux-ci de nombreux points de ressemblance, preuve nouvelle de l'intelligence qui a présidé à la construction du monde matériel, puisque parmi ces végétaux, bien antérieurs à l'existence de l'homme , il n'en est pas dont il aurait pu tirer la nourriture nécessaire à ses besoins.

Si de ces détails nous envisageons d'une ma*

nière générale l'ancienne végétation aux diverses

époques géologiques, nous la veirons suivre une marche constamment accroissante. Ainsi tel plantes marines Semblent avoir été jadis dis'trfc buées d'après des lois analogues à celles dès habitations des plantes marines actuelles. Ges dernières constituent trois grande* divisions v d'après leurs habitations ; les unes ne prospèrent que dans les régions froides > d'autre* au contraire vivent uniquement dans' les régions tempérées , et d'autres enfin dans la zône forride. En assimilant les périodes géologiques à ce que l'on nomme régions en botanique et éti ttâlogie, on reconnaît facilement qu'une distribution analogue à celle qéte nous venons d'assigner aux végétaux mariné actuéls, a eu lieu pour les espèces des temps géologiques qui avaient les mêmes genres de station.

En effet parmi les algues fossiles des formations les plus inférieures et les plus anciennes , on observe uniquement dés genres trés^voisifiS de ceux qui croissent maintenant dàfns lés régions les plus chaudes de la terre. Lés algues des ter- t rains de transition ont donc exigé une température plus élevée que ceHes que l'on voit ensevelies- dans des terrains plus récents , c'èSÉ* dire, dans les formations secondaires et tertiaires. Il y a plus encore, les formes des végétaux qui se sont succédé pendant ces deux dernières p&>

riodes se montrent d'autant plu» semblable* au* formes des plantes de nos climats , qu'en les dé* couvre dans des couches de formation plus récente.

Le* mêmes lois le font également remarquer, lorsqu'on jette un coup d'œil général sur les végétaux terrestres distribués d&hs les trois grandes périodes géologiques. On voit cetk*Mci , tomm celles qui ont vécu dans l'ancienne mer, divisées en groupes , indiquant chacun d'une manière relative > les diminutions successives qui ont eu lieu dam la température de là surface de la terre .

-Nous voyons du meta* dominer essentielle* ment dans les terrains de transition, des crypto^ gatnes sewri-vaseulaires, de l'ordre des ety»sréta^ cés> des fougères et des lyoopodiacés > ainsi que nous l'avons déjà fait observer. {Quelques wrono*cotolyédons éparaetpeu nombreux accompàgnënt ces fougères, avec quelques autres espèces végé* taies de familles jusqu'à présent indéterminées. H en est à peu près de taémè de la flore defc terrains houillère $ cependant une classe feoH« vette de végétaux, les coftifère%, y apparat! pamt la première fois, et vient etf it^el hr une végétation si restreinte par te now*re des familles «qui la

Mais après le dépèt des Mtains feottiMers, la

et les espèces des premières familles disparaissent presque entièrement. Des formes végétales nouvelles remplacent les plus anciennes , et se maintiennent plus ou moins long-temps sur une scène , où la vie est aussi mobile qu'incertaine. Du moins parmi ces formes plusieurs ont si peu persisté, qu'elles ont paru aussi rarement dans les temps géologiques, que leurs analogues actuels sur la surface de la terre. Telles sont les cycadées des terrains secondaires , auxquels s'associent parfois des conifères, végétaux qui s'y montrent alors en plus grand nombre , que ceux qui se sont développés pendant le dépôt des terrains carbonifères. Du reste, le caractère général des formes végétales qui appartiennent à cette série, indique un climat dont la température devait être à peu près semblable à celle des contrées intertropicales, si elle ne leur était supérieure.

Le plus grand nombre des familles végétales de la première et de la plus ancienne série et plusieurs de la seconde disparaissent entièrement dans la période tertiaire. La végétation plus compliquée des dicotylédons y remplace les formes plus simples qui prédominent pendant les deux séries précédentes. Des équisétacées plus petites succèdent aux calamités gigantesques , et les fougères sont également réduites pour la taille

et pour le nombre à de moindres proportions , que celles qu'on leur voit atteindre aujourd'hui sur la limite méridionale de nos régions tempérées.

La présence des palmiers qui se prolonge pendant la plus grande partie de cette période , prouve également que le froid des hivers ne devait pas être pour lors très-intense, puisqu'il n'arrêtait pas leur dévéloppement. Aussi, le caractère général de la végétation des terrains tertiaires, signale un climat très-rapprochéde nos climats méditerranéens, mais seulement un peu plus chaud.

Enfin la plus récente végétation des temps géologiques, dont les débris existent dans les couches quaternaires est presque semblable à notre végétation acluelle. Elle indique donc un ordre de choses peu différent de Tordre établi ; aussi seule a-t-elle pu fournir à l'homme la nourriture qui lui est nécessaire. C'est donc à elle , et non à la primitive végétation , que la Genèse fait allusion, lorsqu'elle dit que Dieu donna à l'homme toutes les plantes qui couvraient la terre , pour lui servir de nourriture ; car ce ne pouvaient être les espèces des terrains de transition , ni celles des terrains secondaires et tertiaires , celles-ci ayant cessé de vivre, bien antérieurement à l'apparition de l'homme.

La sixième époque a donc été le terme de la

création. La création a été en effet achevée lera* que Dieu eut fait l'homme à son image , et à sa

ressemblance , c'est-à-dire, lorsqu'il l'eut animé de ce souffle divin, immortel comme l'auteur de toutes choses.

L'homme est donc aux yeux de la Genèse l'être vivant le plus nouveau entre tous les êtres créés, et celui auquel s'est arrêtée la puissance divine elle-même , satisfaite en quelque sorte d'avoir donné l'existence à une à me immortelle, capable de la comprendre et de saisir quelques-unes des merveilles de ses admirables perfections.

L'homme n'est donc pas contemporain de la terre. Il y a même été placé postérieurement aux animaux et aux plantes qui l'embellissent et l'animent et cela à une époque qui n'est pas très-éloignée de nous.

Si donc, la terre est fort ancienne, l'homme y est au contraire fort nouveau. Aussi, l'histoire antique de l'espèce humaine nous montre l'hom? me long-temps faible , luttant par des efforts constants contre les grands phénomènes qui se passaient encore sur cette terre, devenue désormais son apanage.

Les fleuves débordés, les marais sans limites, les froides et profondes forêts, les animaux ravisseurs , des nuées innombrables d'insectes, lui disputèrent long-temps un monde dont il ne pou-

vah pas se dira le Roi. Mais fort par son intelligence, autant que par sa confiance en son au> leur, r homme a soumis peu à peu les animaux qui pouvaient lui être utiles, détruit ceux qui pouvaient lui nuire, et dompté une terre rebelle. Il a plus fait encore : les arts, fruits de son génie, 6ont devenus pour lui une source continuelle de gloire et de bonheur , et les sciences dont il a aussi élevé le magnifique et majestueux édifice , l'ont rendu le maître de tout ce qui l'entoqre , en même temps , qu'elles lui ont donné l'immense avantage de saisir quelques-unes des merveilles de l'univers.

La nouveauté de l'homme, non seulement par rapport aux reptiles terrestres , aux oiseaux du ciel , mais encore relativement aux mammifères, annoncés par la Genèse , ne Test pas moins par les faits géologiques. Ges faits, tout en démontrant que les mammifères terrestres ont apparu les derniers sur la scène de l'ancien monde, prouvent également que l'homme n'y est venu qu'après que bien des générations de ces animaux ayaient déjà passé sur cette terre sujette à tant de vicissitudes. Si donc les mammifères sont nouveaux relativement aux autres animaux , l'homme ne l'est pas moins, eu égard aux premiers de ces^êtres. En effet, l'on ne commence à découvrir les débris des mammifères, dont après

l'homme l'organisation est la plus compliquée , que dans des formations assez récentes , c'est-àdire , dans les couches les plus inférieures des terrains tertiaires. Quant aux traces de l'espèce humaine, elles se rencontrent encore plus tard; jamais dans des dépôts réguliers et stratifiés; mais uniquement dans les dépôts les plus superficiels et les plus modernes de la période quaternaire.

Les débris de l'homme apparaissent donc pour la première fois, au milieu des dépôts des anciennes alluvions ou dans les terrains diluviens. Chose remarquable , on les y voit confondus et mélangés avec des restes de différents animaux, dont les uns sont semblables aux espèces actuel lement vivautes et dont les autres rappellent des races dont nous cherchons en vain des traces à la surface du globe. Ces ossements humains , dont l'ensevelissement paraît antérieur aux temps historiques, ont encore cela de particulier, de se trouver dans des limons où l'on voie également des restes nombreux de notre industrie et quelques objets des arts encore à leur berceau.

Il y a plus, les mêmes dépôts diluviens , qui recèlent des ossements humains et des produits de notre industrie , offrent également des animaux domestiques, évidemment modifiés par l'homme ; car l'on y reconnaît des races distinctes et diverses. Or l'homme a seul le pouvoir de

modifier les espèces au point d'y établir des variétés particulières et nombreuses , lesquelles constituent des races proportionnées à la cause qui les produit, c'est-à-dire l'intensité de l'esclavage. Aussi dès que ces races reprennent la vie libre et indépendante, elles reprennent également l'uniformité de leur type primitif et se dépouillent, pour ainsi dire , des caractères nouveaux que leur avait donnés la domesticité.

Mais puisque ce traces de l'influence de l'homme sont encore empreintes sur les débris de certains animaux qui sont ensevelis avec lui , il faut nécessairement, que soit l'homme, soit les animaux qu'il a modifiés , aient été contemporains , et antérieurs aux dépôts dans lesquels on les observe.

Si donc les débris humains n'ont pas jusqu'à présent été observés à l'état fossile, c'est-à-dire, dans des couches antérieures à la rentrée des mers dans leurs bassins respectifs , il n'est pas moins certain que ces débris se montrent dans un assez grand nombre des localités différentes à l'état humatile , puis qu'on les rencontre avec des espèces perdues dans des limons déposés sur la surface du sol , depuis la rentrée des mers dans leurs lits actuels.

Quoique ces faits soient incontestables , on y avait fait une objection, et cette objection avait

même quelque çhosede spécieux. Les être* vi*vaaU se font succédé, observaïkpu, avec la plus grande régularité , et comme par une sorte de

gradation du simple au composé ; comment d^ lors admettre que les débris de l'espèce humai*ne puissent appartenir réellement aux temps géologiques , lorsque nous ne découvrons nulle part dçtus des couches terrestres aucune traoe des quadrumanes qui précèdent pourtant l'honar me dans la série, *oologique?

Ç était sans doute là une lacune dans les observations; mai* ft'efttàHfl pas été cpmhlée 4 on nantit pas pu avec de$ faits négatifs, détr nire des faits positifs, Tout doute à cet égard vient d'être dissipé par les travaux de M. Lartet : ce savant a découvert en effet des restes de qqa^* drumanes dans les terrains tertiaires marins du département du Gers, c'est-à-dire* dans des cquches antérieures à la rentrée des mers dans leurs bassins respectifs. Ces quadrumanes sont donc bien autrement anciens que les débris de l'homme, qui appartiennent aux temps géologiques les plus récents.

En effet leurs débris ont été rencontrés avep des ossements de Dinotherium, de Mastodonte, de Rhinocéros , d'Anoplotherium, et de Palœotberium, et tout annonce qu'ils ont été contemporains de ces deux genres perdus regardés long-

temps comme le» pltf* andensdasmamraifèm tes» i*stres,qu* auraient habité nos continenls,Mai* et> que ces débris oui présenté 4e plus particulier, ç'estd'ofrrir dans uuesaule localité, ceUedeSansa* dans les enYironsd'Ancb, trois espèces de. suites de trpis parties du monde, Une mâchoire a signalé upe espèce de quadrumane analogue au gibbon de l'Inde, tandis qu'une molaire supérieure dont les quatre tubercules sont disposées autrement que dans les singea ordinaires rappelle assea bien la conformation des dents des singes du nouveau monde. Enfin M, Urtet y a rencontré un fragment de mâchoire inférieure et des incisives qu'il croit pouvoir rapprocher des makis. Ainsi la lo* calité de Sansan , la première où l'on ait ren* Qontré des quadrumanes fossiles , en offrirait de trois mondes différents, le gibbon de L'Inde, le makis de. Madagascar et enfin le singe d'Amérique.

Par une particularité non moins remarquable, la même localité a offert des débris d'oiseaux beaucoup plus petits qu'aucune espèce vivante , et des œufs assez bien conservés dont le plus grand diamètre n'atteignait pas deux lignes.

Avec tous ces animaux , on a découvert une foule d'autres espèces,, parmi lesquelles on a reconnu 1 0 un carnassier gigantesque d'un genre inconnu dans la nature actuelle et qui par les ca-

ractères de son squelette, est plus rapproché du raton que du chien; 2° un pangolin gigantesque présentant cette singularité d'à voir des mâcheliéres, et un ruminant celle d'être de la taille du lièvre. Enfin M. Lartet y a également rencontré un rhinocéros ayant quatre doigts à chaque pied, peutêtre sans cornes , et devant dès lors former le type d'un nouveau sous-genre. Outre ces espèces, il en est une infinité d'autres que Ton a observées dans cette même localité, et sur lesquelles il est inutile que nous insistions davantage.

Les observations de M. Lartet sont donc venues combler une lacune dont on avait évidemment déduit de fausses conséquences. Ainsi toutes les recherches des géologues et des zoologistes prouvent de plus en plus que dans la création des êtres organisés , la tendance générale de la nature a toujours été de procéder du simple au composé.

D'après les faits que nous avons déjà exposés on a pu saisir , que pour la série des animaux vertébrés , cette marche est indubitable. Elle n'est peut-être pas aussi évidente pour les invertébrés et particulièrement pour les mollusques. L'on ne sait encore que peu de choses sur les animaux articulés du monde ancien pour décider si elle existe dans ce grand embranchement du règne animal. Du moins nous savons

déjà que les plus compliqués de ces animaux, sous plusieurs rapports sont extrêmement rares aux plus anciennes époques géologiques et que les insectes, comme la plupart des animaux, qui respirent l'air en nature ne deviennent abondants que dans les couches tertiaires , soit dans les lignites, soit dans les succins que Ton y découvre, soit enfin dans les marnes des terrains d'eau douce.

Nous avons déjà fait connaître plus de cent cinquante genres d'insectes dans les seules formations tertiaires du bassin d'Aix en Provence, et nous espérons pouvoir bientôt doubler ce nombre.

Enfin les zoophytes de l'ancien monde ont été des plus abondants, dès les premiers temps, où notre planète a reçu des habitants. Leurs espèces les plus simples parmi celles des invertébrés ont été des plus variées et des plus nombreuses. Mais ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que les genres des polypes les plus élevés en organisation , tels , par exemple , que les eschares , ne se trouvent point parmi ceux qui ont paru aux plus anciennes époques. Il y a eu par rapport à eux la même progression que pour les autres invertébrés, et leurs espèces ont été successivement et entièrement détruites, comme pour laisser le sein des mers libres, aux poly-

pes nouve âùx qui constituent nôtre création actuelle.

Ainsi , diaprés là Genèse , comme d'àprès les faitè géologiques, l'homme, quoiqué fort nouveau sur cette terré , créée dàns le principe des teiiipfc , y existàit cependant antérieurement âù derâier deè éatàclysmes qui en ont ràvâgé k surface et dispersé lés anciens térràihs fcTalluvion auxquels on a donné le nom de dépôts diluvienfc ou de diluvium, cômmé pour eh rappeler l'origine. Lé récit de l'écriVata sacré s'irc- Corde donc avec les faits physiques, dont il décrit la marche èuccesSivè , et les observations les plus exactes comme les plus récentes sont venues en quelque sorte mettre un Sceàu ineffaçable aux faité qui y sont consignée •

En effet, d'après la Genèse comme diaprés les faits physiques, aucun é'tré Vivant n'existait dans lé principe déè temps sur la Surface de la terre, notre globe n'étant pas pour lors brgànisé pour tes recevoir , soit pàrce que la température èïi étàît trop élevéè, pour permettrè à la Vie d'y déploy er èe* merveilles , soit parce que la cotfrposîtiôh de l'atmosphère VôppôSàit à Vexistenee descîôrps organise^. Apfêé ces prèinierstèmps, où ta matière inerte, fruit du jeu des affinités, a seule été pfoduitê , est* arrivée une époque où là vïe a comttièncé par apparaître, d'abord pëu variée

et peu multipliée; mais se perfectionnant d'une manière ^radtiée et successive , au point de lié" Venir dé plus en plus semblable à celle qui caractérise les temps actuels.

En considérant l'ensemble dé cës âwetenneS créations > si différentes en général, dé celles t^tti brillent maintenant à nos yen* et dont \k Genèse nous a tràeé la mârdie , on reconnaît qu'elles embrassent un certain nombre de périodes, toutes caractérisées par des êtres distincts et particuliers. Gels périodes, qui ont vu leurs espèeefc essentiellement dominantes successivement anéanties , comme pour céder la place aux nouvelles, qui devaient se manifester plus tard , sont au «ombre de trois , leStfu'eMes entrassent là généralité des être* de% temps géologiques. La Succession des corps virant que Ton y reconnaît annonce assez que leur création ii'â pas èû tien d'un seul jet ; mais d une manière graduée et à dés iMervafflés *nVîgâu*. Àin$i, lorsqu'on compare là création des temps d'autrefois â là nôttveîle, on voit bientôt, domine nous râppremî la èénêse, qtiè les étreS Vivants se Sont Suc'cédé «ur la terre, en ràiSôn inverse de la Cômpltëa^ *iôn de létfr organisation, les plus aimptes ayant été produite les derniers.

Ces trois grandes périodes se subdivisent •tles-mémes en un certain nombre d'époques

qui correspondent aux diverses formations sédimentaires, époques également caractérisées par l'apparition de quelques êtres qui n'avaient point encore existé , et dont la vie semble avoir été parfois bornée à des espaces de temps peu considérables. Ces trois grandes périodes comprennent aussi bien les animaux que les végétaux ; car la généralité des êtres vivants se rattache au dépôt des principales couches de sediment. Une concordance réellement remarquable, existe donc entre l'ensemble des diverses formations géologiques et les débris organiques que l'on découvre dans leur sein.

Ainsi l'on peut comprendre dans la plus ancienne de ces périodes celle où la vie s'est manifestée pour la première fois sur la terre; elle embrasse les formations sédimentaires les plus inférieures , c'est-à-dire, les terrains de transition et houillers, formations dans esquelles ou observe les débris des animaux et des végétaux les plus simples. Ce sont d'abord des invertébrés, soit des rayonnés , soit des mollusques, soit des crustacés marins , avec quelques débris fort rares d'insectes à respiration aérienne , les seuls animaux qui annoncent qu'il existait déjà à cette époque des terres sèches et découvertes. Les animaux marins se trouvaient donc pour lors , singulièrement en excès relativement aux

pèces terrestres ; et parmi les premières , on distingue surtout des poissons dont les formes , les proportions et les caractères n'ont presque rien de commun, non seulement avec nos espèces vivantes ; mais encore avec les poissons qui ont vécu depuis le dépôt du lias,

La même simplicité se fait également remarquer dans les végétaux de cette antique période. D'abord à peu près bornée à des agames, la végétation qui a commencé par ces plantes , les moins compliquées du règne végétal, a vu peu à peu apparaître des espèces terrestres , c'est-àdire , des cryptogames semi-vasculaires , avec quelques phanérogames monocotylédons et gymnospermes. Les débris de ces cryptogames , des familles des équisétacées, des fougères et des lycopodiacées primitivement peu nombreuses, n'ont pris un grand développement que lors du dépôt du terrain houiller , c'est-à-dire , à l'époque la plus éminemment végétale des temps géologiques. D'après les faits physiques, comme d'après le récit de la Genèse, la vie a donc commencé sur la terre par les êtres les plus simples, et les végétaux ont été non seulement primitivement plus abondants que les animaux, mais celles de leurs espèces qui vivent sur des terres sèches et découvertes ont apparu bien long temps avant

la plupart des animaux qui oot le même genre d'habitation, ou plutôt de station,

Ainsi, les végétaux qui composent la flore de l'ancien monde, ontété, comme les animaux, soumis à de fréquents changements. Ils étaient cependant formés d'après les mêmes principes d'organisation que nos végétaux actuels. Ils offraient du moins avec ceux-ci de nombreux points de ressemblance , preuve nouvelle de l'intelligence qui a présidé à la construction du monde matériel.

L'histoire physique de notre globe , dans lequel certains géologues n'ont vu que ruine, désordre et confusion , présente au contraire , aux yeux de celui qui sait la comprendre, une suite d'événements nécessaires qui ont enfin amené l'harmonie et l'ordre actuel.

Tout sur la terre, comme dans l'univers, nous révèle une puissance supérieure et infinie qui a présidé à tout, et a rendu l'ensemble des choses créées essentiellement durable. Du fond de ses abîmes , la terre s'unit avec les corps célestes qui roulent dans l'immensité de l'espace , pour proclamer la toute puissance de celui qui les conserve, après les avoir tirés du néant.

Les mêmes lois de simplicité semblent s'être également continuées pendant la seconde période. Du moins les animaux les plus compliqués y sont

bornés aux poissons el à un grand nombre de reptiles, les oiseaux et les mammifères n'y existent point encore. Tout au plus pourrait-on citer deux ou trois mammifères sur le gisement et sur la détermination desquels s élèvent les doutes les plus fondés. De même les végétaux Jes plus perfectionnés , les dycotilédons ne s'y trouvent pas non seulement dans la même proportion, relative ment aux autres végétaux, qu'actuellement; mais à celle qu'ils ont acquise plus tard dans la troisième période géologique.

Cette seconde période caractérisée essentiellement par des reptiles souvent aussi extraordinaires par leurs formes et leurs proportions , que par leurs dimensions , l'est également par des végétaux , dont l'organisation était généralement moins avancée que celle des espèces qui leur ont succédé , quoiqu'ils aient appartenu à des classes plus nombreuses et plus variées que les végétaux des premiers temps.

Cependant cette seconde période embrasse un grand nombre de formations diverses et un espace de temps considérable ; car elle s'étend depuis les terrains bouillers jusqu'aux terrains tertiaires.

La troisième période, la plus récente des temps géologiques, démontre également de la manière la plus manifeste, la succession des êtres vivants

en raison inverse de la complication de l'organisation. On y voit en effet , pour la première fois , les mammifères apparaître ; d'abord ceux qui, habitant les eaux des mers, ont le plus de rapports avec des êtres plus simples, les reptiles, puis enfin ceux qui ne se plaisent que sur des terres sèches et découvertes. C'est surtout par rapport à ces derniers que Ton reconnaît cette loi de succession qui a toujours produit des êtres de plus en plus compliqués et de plus en plus rapprochés de nos races actuelles.

Ainsi les premiers mammifères terrestres ont été des pachydermes, animaux en grande partie aquatiques, dont les races long-temps dominantes sur la scène de l'ancien monde, se sont constamment fait remarquer par leur taille et leurs proportions gigantesques. A ces pachydermes , ont succédé d'abord des rongeurs, des ruminants et enfin des carnassiers, qui ne sont arrivés que les derniers sur la scène de. l'ancien monde. Leurs espèces primitivement différentes des nôtres et tout- à-fait inconnues dans la nature vivante, sont devenues, comme par degrés de plus en plus semblables à nos espèces actuelles, jusqu'au moment où les races aujourd'hui domestiques ont été les plus essentiellement dominantes parmi cette création soumise à l'ardeur dévorante des plus terribles carnassiers qui aient

jamais existé. Parmi ces races, certaines paraissent avoir excité l'altenlion de l'homme et avoir été soumises à son empire, lorsque d'autres espèces dont nous cherchons en vain les traces dans la nature actuelle , vivaient encore à la surface du globe.

Cette succession , si manifeste pour les animaux, ne Test pas moins pour les végétaux de la troisième période. Les caractères de cette flore nouvelle sont totalement différents de ceux delà flore qui l avait précédée. Au lieu de ces immen-* ses fougères en arbre, de ces prêles gigantesques, des dicotylédons s'y présentent en abondance et dans des proportions numériques à peu près égales à celles de notre végétation. Il y a plus, parmi ces antiques dicotylédons, on découvre bien encore des espèces inconnues dans notre monde ; mais un assez grand nombre de ces végétaux ne saurait être distingué de nos espèces vivantes, surtout parmi ceux qui appartiennent aux époques les plus récentes de la plus moderne des périodes géologiques , analogie qui précède de peu et annonce en quelque sorte la nouvelle création qui allait leur succéder.

Le règne végétal comme le règne animal, ont donc tendu, d'une manière constante à un perfectionnement marqué , lequel s'est opéré plus lentement dans le second de ces règnes que dans

le premier , par suite de la distance immense qui sépare les animaux inférieurs des supérieurs et de l'homogénéité comparative des grandes classes du règne végétal.

.11 en est résulté que les mammifères terrestres ont paru beaucoup plus tard sur la scène de l'ancien monde, que les végétaux phanérogames, soit monocotylédons soit dicotylédons. Ainsi à toutes les époques, les conditions d'existence ont été constamment plus nécessaires et plus impérieuses pour les animaux que pour les végétaux.

Ces lois de perfectionnement, si manifestes pour les êtres de l'ancien monde, semblent se continuer dans le monde actuel ou lorsque des récifs ou des îles s'élèvent au-dessus de l'océan, on voit d'abord les plantes les plus simples apparaître sur leur surface dénudée. Lorsqu'un peu d'humus s'accumule sur ces rochers, des plantes plus compliquées s'y établissent successivement, lesquelles sont suivies par des animaux d'abord simples et devenant ainsi graduellement plus avancés en organisation. La seule différence que l'on remarque entre ce qui se passe actuellement et ce qui a eu lieu jadis, tient uniquement à ce que les êtres qui s'établissent sur ces îles nouvelles n'appartienneiît point à une création totalement différente de celle qui caractérise les temps actuels , comme cela a eu lieu pour les

créations successives des temps géologiques.

Du reste cette ancienne création, si différente de la nôtre, ne peut pas être considérée comme un complément de la création actuelle ; car elle ne comble pas les lacunes que Ton remarque entre certaines classes , et ne donne pas non plus une symétrie complète au tableau maintenant irrégulier des affinités des êtres vivants. Dés lors, on ne peut pas considérer les êtres de cette ancienne création comme la souche de nos espèces actuelles ; car rien ne démontre la possibilité de pareilles transformations, ni l'existence d'êtres intermédiaires entre l'ancienne et la nouvelle création.

En résumant tous ces faits, on voit qu'à la première période éminemment végétale, en a succédé une seconde , caractérisée par l'apparition d'un grand nombre d'animaux plus tard anéantis , parmi lesquels se font principalement remarquer des reptiles aussi monstrueux que gigantesques. Des végétaux de l'ordre des cycadées ont accompagné ces étranges animaux, et leurs espèces bornées à une époque peu étendue, n'ont plus reparu sur la scène de l'ancien monde.

Lors de la troisième période, l'Océan a été séparé des mers intérieures, et les terres sèches et découvertes ont pris nécessairement une plus grande étendue.

Les mammifères terrestres ont aussi apparu à la même époque , et leurs races ont pu se propager et se multiplier à l'infini sur des continents où brillait une végétation plus appropriée à leurs besoins , que celle qui avait fleuri pendant les premières périodes. A mesure que la terre recevait des animaux d'une organisation plus compliquée, sa surface était embellie par des végétaux nouveaux et aussi perfectionnés que les animaux dont ils devaient assurer la subsistance. Des rapports constants et des lois d'harmonie ont donc toujours présidé à l'ensemble des choses créées, ^t ont ainsi manifesté l'immense et admirable sagesse qui tour à tour les a fait sortir du néant.

En un mot d'après la Genèse, comme d'après les restes fossiles et bumatiles des êtres organisés dont les couches de la terre nous révèlent l'ancienne existence, des créations successives et diverses, ont tour à tour apparu sur la surface du globe pour céder alternativement la place à de nouvelles créations qui devaient animer cette terre, pendant si long-temps nue et inerte, comme nous l'apprend l'écriture aussi bien que les faits géologiques. Ces créations graduées et diverses ont été d'autant plus différentes de celle qui brille maintenant à nos yeux, qu'elles se rapportent aux plus anciens temps et d'autant

plus semblables aux êtres vivants , qu'elles se montrent ensevelies dans des dépôts rapprochés de l'époque actuelle.

Tel est le dernier mot de nos sciences géologiques si modernes et pourtant déjà si avancées ; et, chose étonnante , les faits qu'elles nous apprennent, sont en quelque sorte consignés dans le premier et le plus ancien de nos livres. Un pareil accord annonce, à la fois, la vérité du livre où ils sont écrits et l'exactitude des observations qui nous les ont fait reconnaître.

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