RÉSUMÉ
D après nos sciences modernes , coromed- après la haute science dont le récit de la Genèse est empreint , la création a eu aussi ses jours et ses époques diverses, pendant lesquels se sont suc* cédé dans un ordre merveilleux, les phénomènes qui sont pour nous un objet continuel d'admiration et d'études. Ainsi dans l'origine des choses , ou au commencement des temps , Dieu après avoir créé la matière ou le ciel et la terre, car c'est là, toute la matière, jugea bon dans sa sagesse infinie d'organiser ce globe , et l'univers qu'il avait tirés du uéant (1).
Cette création primitive a donc étéj d'après l'écrivain sacré, antérieure à l'organisation par-
(1) Le texte samaritain ne paraît pas croire à la création de la matière qu'il regarde en quelque sorte comme éternelle; aussi n-présênte-t-il la matière, comme diffuse jusqu'à l'annulation. Au lieu donc d'employer le verbe bara (creavil) il écrit Clamas, compressil , ordinavit. D'après ce texte, Dieu aurait seulement coordonné cette matière à celte époque ; mais cette matière aurait préexisté antérieurement. Cette différence dans la philosophie à une époque aussi reculée, est réellement remarquable. Mais une pareille doctrine qni tendrait à faire considérer la matière comme éternelle, n'a pas été avancée d'une manière absolue mais seulement pour faire sentir que la matière existait avant sa coordonalion.
ticulière de la terre. Quant à celle-ci, il est un fait qui découle aussi bien de la Genèse que des observations les plus récentes, c'est que l'état dé la surface du globe et la constitution de l'atmosphère n'ont pas été constamment les mêmes, et qu'à chaque modification du globe terrestre, correspond un changement dans l'atmosphère , et réciproquement, si bien que ces changements sont tour à tour cause et effet l'un pour l'autre.
Ainsi après la séparation de la lumière d'avec les ténèbres, c'est-à-dire, après la première condensation des corps tenus jusque-là dans l'état gazeux , Dieu sépara les eaux d'en haut , et les eaux d'en bas, et créa l'air et l'eau dans son éta,t liquide ; ce fut là l'œuvre de la seconde époque.
Une fois que les eaux furent formées , elles se rassemblèrent dans le bassin des mers , et peu à peu , quelques portions des continents s'élevèrent au dessus de leur niveau. La terre parut donc , et avec elle les corps organisés. La végétation qui devait embellir sa surface jusquelà inerte et stérile ouvrit la marche. Les plantes la couvrirent seules d'abord de leur brillante verdure ; et bientôt les arbres succédèrent à ces premiers végétaux. La gigantesque et active végétation de cette troisième époque, changea et modifia singulièrement l'état de l'atmosphère. Eu absorbant l'excès de l'acide carbonique qui y
était répandu , elle la rendit plus pure et plus propre à la respiration des animaux qui arrivèrent bientôt sur la scène de ces premiers âges.
Ces végétaux ainsi créés pour l'ornement de cette terre, autant que pour l'aliment des nombreux animaux qui allaient bientôt la peupler , une vive lumière était nécessaire à l'activité et à la vie de ces plantes, de ces arbres qui avaient déjà germé sur le sein du globe ; ce fut alors que Dieu disposa deux grands corps lumineux, propres à leur distribuer celle qu'exigeaient les conditions de leur existence. Le plus grand de ces corps présida au jour, et le plus petit à la nuit. Ainsi la quatrième époque fut consacrée à disposer les corps célestes, particulièrement le soleil et la lune, à exciter par leur présence, les ondulations lumineuses dont les corps organisés exigent l'influence. Moïse en cela d'accord avec les théories les plus récentes des physiciens , a considéré la lumière et la chaleur comme indépendantes des corps , d'où dérive toute celle dont la terre éprouve maintenant la bienfaisante impression. A ses yeux, comme à ceux des physiciens , le soleil ne serait pas la source de toute lumière et de toute chaleur, et son importance dans la création serait bien moindre que celle qu'on lui avait long-temps supposée.
Mais lorsque le soleil eut lui sur la terre, du
sein de laquelle avaient déjà germé de nombreux végétaux, les animaux apparurent , d abord les invertébrés, c'est-à-dire , ceux dont la constitution ou l'organisation est la plus simple, et successivement les espèces plus composées. La vie animale a commencé en effet par les espèces qui vivent dans le sein des eaux , et particulièrement par les zoophytes, les mollusques et les animaux articulés. Après- eux, ont paru les poissons, et les reptiles aquatiques; enfin les légers habitants des airs sont venus animer l'atmosphère qui sans eux aurait été vide d'habitants. Tel fut l'œuvre de la cinquième époque.
D'après la Genèse, comme d'après les laits physiques qui eurent lieu postérieurement à cette création des animaux aquatiques, les continents en partie découverts reçurenlcnfin des espèces terrestres. Leurs races s'y étendirent d une manière successive et graduée, coin me celles qui les avaient précédées , les plus simples avant celles dont les conditions d'existence exigeaient une organisation plus compliquée, ou du moins plus en rapport avec les nouvelles influences dont ils allaient éprouver les effets.
L'homme n'existait pas encore ; la terre avait bien reçu de nombreux mammifères , mais elle ne possédait pas celui qui pouvait la soumettre et la subjuguer. L'homme, qui devait seul com-
prendre les merveilles de cet univers, qui devait sonder en quelque sorte la grandeur infinie de cet Etre immense , dont il est la faible image , Thomme enfin a terminé l'œuvre de la création, et Fa couronnée pour ainsi dire. Aussi, dernier ouvrage de la nature, par lui Moïse achève et complète le grand œuvre de la création.
Ce langage de la tradition est-il donc démenti par les faits les plus constants et les plus avérés ? Non , mille fois non ! la science tient à cet égard le même langage que la tradition. On dirait à les voir marcher d accord , que l'une n'a fait toutes ses découvertes que pour mieux confirmer la vérité de ces antiques traditions. Ainsi, ces sciences que l'on a tant invoquées, lorsqu'encore imparfaites , elles montraient certaines impossibilités apparentes dans le récit de la Genèse , sont venues au contraire appuyer ce récit, lorsque libres dans leur essor, elles sont parvenues au plus haut degré d'exactitude et de vérité.
Il y a plus encore, le récit du libérateur des Hébreux, de leur chef dans les combats, du révélateur de la religion du Très-haut, considéré sous le point de vue historique , porte un caractère irrécusable de vérité. C'est aussi sous
ce dernier point de vue que M. M. Poirson et
Cayx ont examiné ce récit dans leur précis sur l'histoire ancienne. En eflet d'après eux, il existe,
entre ce récit et l'histoire des peuples un accord admirable , soit que Ton consulte les plus anciennes traditions, soit que l'on examine l'état moral et politique des peuples et le développement intellectuel qu'ils avaient atteint au moment où commencent leurs monuments authentiques. Ainsi les faits historiques aussi bien que la Genèse nous apprennent que l'établissement de nos sociétés est loin de remonter à une Irèshaute antiquité , et. un pareil accord ne peut résulter que de la vérité des faits historiques et de celle de la Genèse qu'ils confirment.
Tels sont, en résumé , les faits principaux qui découlent du récit de Moïse. Ce récit a donc des droits, non seulement à notre respect comme la plus ancienne tradition de temps qui n'ont eu aucun homme pour témoin , mais surtout à raison de son accord avec les faits physiques les plus constants , qui ne nous sont pourtant connus que depuis une époque bien récente.
Ne serait-ce pas déjà une chose étonnante que de trouver dans un livre dont la date remonte au moins à 3,300 ans la distinction des deux créations (1), Tune générale et primitive qui eut lieu
(1) D'après Clément d'Alexandrie, la sortie du peuple hébreu de l'Egypte, aurait. eu lieu la 445 e année avant le renouvellement du cycle scythiaque; elle se rapporterait donc à Tan 1767 avant l'ère chrétienne, c'est-à-dire, qu'elle serait de 3,605 ans antérieure à notre époque!
au commencement des temps , et rautre toute particulière à notre globe qui s'est opérée beaucoup plus tard.
Ne lisons-nous pas également dans le même livre que la terre était couverte d'eau, avant que les continents eussent surgi au dessus de leur niveau, et pris leur configuration actuelle?
enfin n'y voyons nous pas, ce fait non moins remarquable de la succession dans la création des êtres vivants , succession qui d'après le témoignage de l'écrivain sacré, comme d'après les débris des générations éteintes, dont les couches de la terre nous ont révélé l'ancienne existence, aurait marché du simple au composé ?
Ainsi, d'après la Genèse, comme d'après l'observation directe des faits, l'homme, le plus par* fait desétres vivants, soit au moral, soit au physique, a paru le dernier, et a couronné l'oeuvre immense de la création. Ces faits attestent encore que l'espèce humaine, partie des plateaux de l'Asie, sa première et antique patrie , se serait renouvelée, après un événement terrible , gravé en traits ineffaçables dans ce livre prodigieux comme dans le grand livre de la nature. Le globe entier et les diverses couches qui le composent, ne nous fournissent-ils pas enfin des preuves irrécusables de la nouveauté de nos continents dans leur forme actuelle, comme de l'unité de J'cîpèce
humaine, fait important que toutes les observations tendent à confirmer , et viennent chaque jour appuyer de leur grave et imposante autorité?
Après de pareils faits, fouillerons-nous encore ces antiques annales, et y chercherons-nous des traces de ces faits, pour nous si extraordinaires et dont les observations récentes viennent cependant nous démontrer la réalité , afin de savoir si le globe a une température propre,et si la lumière dont il est pénétré est le reste de celle dont la terre a joui dans le principe de sa formation ? Ainsi 1 nterrogées , ces annales nous répondront que la création de la lumière et de la chaleur a précédé l'époque à laquelle Dieu assujétit les astres qui composent le système de l'univers, à en répandre d'une manière constante sur la terre, et que dèslors il doit exister nécessairement une température et une lumière primitives, indépendantes de l'action solaire. Or, que nous répondront à leur tour les faits? ne viendront-ils pas confirmer d une manière irrécusable cette double proposition naguéres l'objet des railleries et des sarcasmes de nos demi-savans envers l'écrivain sacré.
Ainsi se concilie et s'accorde avec les faits physiques un récit, contre lequel on s'est tant élevé, par suite des plus fausses préventions, et
parce que d'ailleurs , on était encore loin d'en
pouvoir pénétrer, les mystérieuses paroles. Nos observations, auront probablement suffi à. ceux dont l ^prH es* dégagé de toute prévention ; quant aux autres, nous n'avons jamais eu l'espoir de les convaincre ; nous savons trop qu'il est des maux de l'esprit comme du cœur, qu'il n'est pas donné à l'homme de guérir ni même de soulager.
D'après l'exactitude que nous avons reconnue dans le récit de la création , que le législateur des Hébreux nous a laissé, comparé aux faits géologiques les plus constants, et en considérant cependant combien peu les études astronomiques étaient avancées de son temps , et que la science de la géologie n'existait pas encore, on est porté à conclure que Moïse n'a pu deviner si juste que par suite d une révélation. Mais ici, nous devons nous arrêter , et ne point oublier que nous n'avons voulu examiner la Genèse, que sous un rapport purement scientifique.
Qu'il nous suffise de dire que cet examen prouve que les nouvelles découvertes faites dan$ les différentes branches des sciences physiques , loin d'être en opposition avec ce livre admirable, sont venues en quelque sorte en démontrer l'exactitude et la vérité. D'après ces découvertes, le récit de la Genèse est beaucoup plus d'accord avec les faits les plus récemment observés , que
les systèmes enfantés par les plus beau* génies des temps modernes , pour expliquer la formation de la terre , et de l'univers dont elle fait partie.
Si l'on ne voulait voir pourtant dans Moïse , qu'un écrivain ordinaire, on serait du moins forcé d'admirer en lui le singulier et beau privilège du génie, dont les heureuses inspirations, long-temps obscurcies et même cachées par le voile épais de l'ignorance et du préjugé, brillent enfin de l'éclat qui les venge de l'injuste ridicule, qui fut si souvent déversé sur elles.
Du reste, pour éclairer l'histoire des premiers âges de la terre , nous n avons que le récit de l'écrivain sacré. Sans doute, on peut s'en former quelque idée, en comparant ce qui se passe dans ces globes brillants, qui , dans leurs premiers âges, parcourent l'immensité des espaces célestes, entourés d'une atmosphère lumineuse avec les planètes de notre système solaire. Les résultats de cette comparaison prennent néce ssa ir eme n t une nouvelle importance, lorsque nous les trouvons d'abord avec ceux consignés dans le premier et le plus ancien de nos livres. C'est même sur les données fournies par la Genèse, que nous avons eu les premières idées sur l'origine de cette terre qui, comme certains. des astres qui nous entourent , est maintenant un soleil éteiut et
tout-à-fait encroûté. L'excès de Ja température propre du globe, s'est donc dissipée à travers les espaces planétaires. Depuis lors seulement les êtres vivants ont pu l'embellir et l'animer.
Aussi y devons nous distinguer, ainsi que Ta l'ait Moïse , deux principales époques dans la création : celle qui se rapporte à Funivci s Jet celle - qui embrasse les différentes phases que la terre a subies, depuis sa formation jusqu'à l'apparition de l'homme, son maître et son dominateur.