‹ De la Cosmogonie de Moïse, comparée aux faits géologiques (volume 3)Chapitre 25 sur 37 · IV° DE L'ACTION DES EAUX OKS MERS SUE LES CONTINENTS · texte numérisé non relu

IV° DE L'ACTION DES EAUX OKS MERS SUE LES CONTINENTS

Les eaux des mers modifiant sans cesse la forme des continents sur lesquels elles agissent, ou peut, en quelque sorte, en calculer les effets, et apprécier à leur aide la date de l'époque à laquelle elles sont rentrées dans leurs lits respectifs. Cette action s'exerce d'abord sur leur fond que leurs eaux créusent principalement dans les

lieux où existent de» courant» considérables. Elle n'est pas moindre sur leurs bords, et là les eaux des mers produisent deux actions totalement différentes.

La première rejette sans cesse les sables sur les rivages, surtout lorsque ceux-ci sont peu élevés et les pousse vers l'intérieur des terres. La seconde sape les côtes élevées par leur base et les escarpe en falaises. Enfin , il arrive par-

fois , que , lorsque les eaux des mers ont tout à fait abattu et nivelé des portions de côtes jadis élevées, elles y rejettent du sable, et y forment des dunes comme elles le font sur les côtes basses et unies.

Ces effets étant constants, on peut facilement en étudier la marcbe , et reconnaître en quelque sorte, le moment où ils ont commencé à se produire. Brémontier est un des observateurs qui s'est le plus occupé de la marche des dunes.

D'après lui , les dunes s'avanceraient dans l'intérieur des terres d'environ 60 pieds par an et quelquefois de 72 pieds dans le même espace de temps. D'après ces calculs , il faudrait à celles du golfe de Gascogne , 2,000 ans , pour arriver à Bordeaux , en sorte qu'en appréciant l'étendue actuelle des dunes de cette partie de la France, il ne doit pas y avoir plus de 4,000 ans qu'elles ont commencé à se former.

Le recouvrement des terrains cultivables de l'Égypte par les sables stériles de la Libye est encore un phénomène du même genre que les dunes; comme elles, ces sables peuvent nous servir de mesure du temps. On sait qu'ils ont envahi un grand nombre de villes et de villages, dont les ruines paraissent encore au-dessus de leurs monticules , et cela depuis la conquête du pays par les mahométans. Dès lors, d'après une marche aussi rapide , ces sables auraient sans doute rempli les parties étroites de la vallée., s'il y avait tant de siècles qu'ils eussent commencé à y être jetés. Il ne devrait plus rien rester à combler entre la chaîne libyque et le Nil , et cependant il en est bien différemment.

Aussi est-ce là un chronomètre qu'il serait bien intéressant d'observer avec exactitude et qui nous fournirait des données bien précieuses ; néanmoins dans l'état d'imperfection où sont à cet égard les observations, on peut cependant en conclure que ces sables n'ont pas dû être poussés en avant sur le sol de l'Égypte depuis des temps bien éloignés de nous. Enfin , quoique la rner sape sans cesse les côtes élevées et en escarpe toute la hauteur en falaises, à en juger par l'état de ces mêmes côtes, son action ne doit pas dater non plus d une époque bien reculée.

Ce commencement parait se rapporter au plus à 4,000 ans avant l'époque actuelle lorsqu'on calcule l'action des mers dans un temps donné et qu'on la compare à celle qu'elles ont du successivement exercer.

Il en est encore de même de la double action que les eaux produisent sur certaines parties des côtes élevées, dont elles ont sapé les bases , et sur lesquelles elles rejettent ensuite des sables, et y forment peu à peu des dunes. Ce double effet a souvent lieu sur les côtes de la Méditerranée, et l'on peut en suivre facilement les résultats. Par exemple, la côte occidentale du port de Sète a été réduite dans quelques parties en falaise trés-abaissée , et la mer y rejetant ses sables d'une manière constante y a formé des monricules, mai* encore si peu élevés, que nulle part ils ne dépassent le niveau de la méditerranée de plus de 3 à U mètres (1 ).

(1) Nous croyons devoir adopter cette manière d'écrire le nom de Sète , petit port de la Méditerranée , situé dans le département de l'Hérault , parce que le mont Sigius n'est autre que la montagne à laquelle la ville de Sète est adossée. Ptolomée ( Liv. II chap. X.)lui donne le nom de 2tx(ov 6'po;,ct enfin Sestus Aviénus , celui de Sotius mons. (Ora mariiima. Vers. 605. ) Il semble donc plus conforme à rétymologie d'écrire Sète que Celle quoique cette dernière orthographe ait en quelque sorte prévalu.

D'un autre côtë, si ces sables avaient été rejetés sur le rivage depuis des temps bien longs, ils devraient s'avancer dans l'intérieur des terres, de manière à y occuper des espaces considérables. Cependant ils ne se sont nulle part étendus au-delà du rivage à plus de 25 ou de 30 mètres. D'après ces faits, dont la vérification est si facile, il faut donc que les mers, dont l'action est si puissanté sur les côtes qui les bordent, n'exercent pas

cette action, depuis des temps bien reculés, puisque les effets qu'elle a produits sont si peu sensibles.

Cette conséquence est du reste confirmée par d'autres faits physiques; et par exemple, ne saiton pas que la rentrée des mers a eu lieu lors de la période quaternaire , c'est-à-dire, bien postérieurement à leur séparation , et que leur action sur les côtes qui les bordent n'a pu commencer qu'à dater de cette période. D*un autre coté , l'homme n'est apparu sur la terre que vers la fin de cette même période, en sorte que relativement à lui , il faudrait retrancher l'intervallé de temps écoulé entre le commencement de la période quaternaire , et l'époque de son apparition. C'est cependant ce que l'on n'a poinl encore fait et qui diminuerait d'autant le temps fixé à l'action des causes actuelles.

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