‹ De la Cosmogonie de Moïse, comparée aux faits géologiques (volume 3)Chapitre 26 sur 37 · V° DES MOUVEMENTS DES GLACIEBS · texte numérisé non relu

V° DES MOUVEMENTS DES GLACIEBS

. On a également considéré comme pouvant servir de mesure du temps, le mouvement en avant des glaciers, qui forment des espèces de dunes ou de moraines au pied des hautes montagnes.

On s'est appuyé sur les sillons que les glaciers tracent sur les rochers qui les encaissent parfois, sillons qui indiquent leurs mouvements. Malheureusement, l'on manque de données exactes pour apprécier les époques de ces oscillations, dont on trouve pourtant de si nombreux indices.

Quant à ces mouvements des glaciers, ils semblent dépendre de ce qu'ils cherchent leur niveau à peu près comme les eaux courantes aussi ont-ils lieu constamment de haut en bas. La seule différence qu'il y ait à cet égard , tient à la rapidité de la matière , dont l'une est à l'état liquide et l'autre à l'état solide. Cette marche progressive des glaciers , semble du reste dépendre d'une foule de causes , comme celles de la température surtout des avalanches , de la forme des terrains qui soutiennent et encaissent les glaciers , de l'action fondante des vents , comparativement plus efficace, à même température, que l'absence de tout courant d'air.

Ces causes qui ne peuvent guère être soumises m

à des calculs un peu précis , empèchentdc tirer quelque conséquence de la marche progressive ou rétrograde des glaciers, relativement aux températures moyennes des contrées ou elle a lieu.

En effet les roules ou les passages interceptés par les glaces dans les chaînes élevées , ne prouvent pas que le climat se soit refroidi. Seulement ils annoncent que les causes d'accumulation des glaces et des neiges sur les hautes montagnes , l'emportent sur les causes qui les font descendre et se fondre.

Il existe bien à la vérité, une diminution dans l'activité végétale des hautes régions alpines ; mais elle provient non d'un changement dans les températures moyennes , mais de l'augmentation des glaciers. D'un autre côté si les glaces sont descendues plus bas, la cause en est au déboisement des forêts. Cette destruction a rendu la bonne terre et le gazon plus rares sur les Alpes, comme dans toutes les montagnes de l'Europe, même là où il n'y a ni avalanches ni chute de rochers ; par suite de cette cause, lia végétation y est descendue plus bas, et ne se maintient plus à des hauteurs aussi grandes qu'avant la destruction des forêts.

D'autres faits annoncent également que les forêts de l'Europe remontaient jadis plus haut

qu'actuellement, mais que Ton n'en accuse pas le climat ; car c'est Fhomme qui les y a détruites. Aussi n'en est-il pas de même dans les lieux qui ont été à l'abri de ses atteintes.

La destruction des forêts sur les grandes hauteurs, a eu une autre influence non moins ' funeste sur la végétation. En rendant les courants d'air plus violents, les vents ont plus facilement emporté la bonne terre dépouillée de gazon, et avec sa disparition, les végétaux ont perdu leur support ou si Ton veut, leur aliment nécessaire. Aussi ne faut-il pas supposer, que là où l'activité végétale a diminué, cet effet soit dû constamment au refroidissement du climat.

Cette diminution peut dépendre , en effet , de Faction renforcée des vents, et de l'absence de terreau.

En un mot , si les glaciers ont augmenté dans nos contrées tempérées , cette augmentation ne provient pas d'un changement dans le climat , mais de circonstances accidentelles, comme celle de la diminution des forêts des hautes régions. Tous les faits nous tiennent donc le même langage, et nous annoncent la nouveauté de nos Continents dans leurs formes actuelles.

vi" DES TOURBIÈRES , CONSIDÉRÉES COMME MESURES

DU TEMPS

Les tourbières produites surtout dans le nord de l'Europe par l'accumulation des débris de sphagnum et d'autres mousses aquatiques, peuvent encore nous donner une idée de l'époque à laquelle elles commencent à se former. Du moins , les voit-on s'élever dans des proportions déterminées pour chaque lieu et envelopper ainsi les petites buttes des terrains,

sur lesquels elles se forment. Plusieurs de ces buttes ont été enterrées de n\émoire d'hommes. Dans d'autres endroits, les tourbières descendent le long des vallons, et avancent comme les glaciers, mais avec cette différence que les glaciers se fondent par leur bord inférieur, ce que ne font pas les tourbes, aussi ne sont-elles arrêtées par rien.

En les sondant jusqu'au terrain solide on juge de leur ancienneté, et l'on trouve pour les tourbières comme pour les dunes et les falaises, qu'elles ne peuvent remonter à une époque bien reculée.

Il en est de même des éboulemens qui se font

avec une rapidité prodigieuse au pied de tous les

escarpemens et qui sont loin de les avoir comblés.

Ainsi, quoique l'on n'ait point appliqué des mesures précises à ces deux causes, elles ne paraissent cependant pas avoir exercé leur action, depuis plus de quarante ou de cinquante siècles. L'on voit souvent des débris organiques dans ces tourbes; et lorsqu'ils se rapportent à des mammifères terrestres, ce sont ou des espèces qui vivent encore dans les mêmes lieux, ou des espèces qui se sont éteintes depuis les temps historiques.

Lorsque ces débris sont des végétaux, les troncs d'arbres que Ton y observe, conservent presque toujours leur solidité, et portent même souvent les traces de la hache qui les a abattus. L'on y voit aussi parfois divers monumens de l'industrie humaine, tels que des armes, des bois de construction, des chaussées entières qui se sont enfoncés dans la tourbe, et ont été en quelque sorte submergés par cette substance primitivement dans un état de mollesse ou du moins dans un état pâteux tout particulier.

Les tourbes, surtout celles d'eau douce, sont donc de formation moderne, et d'après les débris organiques qu'elles renferment, elles semblent de la date la plus- récente. Quant aux tourbes d'origine marine, dans lesquelles on a démontré la présence de l'Iode, antérieures à la rentrée des mers dans leurs bassins respectifs, elles ne pourraient rien nous apprendre sur la date de

l'apparition de l'homme, puisque leur formation remonte aux temps géologiques.

VU 0 DE LA TERJlE VÉGÉTALE , CONSIDÉBEE COMME MESURE

DU TEMPS

Après le dépôt des terrains diluviens, nos continens durent être mis à sec, la végétation reprit peu-à-peu son cours, jusqu'au moment où elle devint générale. Dès lors, elle dut commencer à former de l'humus, puis du terreau, et enfin la terre végétale en à été la suite. Ces dépôts se sont ainsi successivement accumulés surtout dans les lieux où rien ne les a troublés.

Connaissant la manière dont la terre végétale se forme continuellement, et observant la petite quantité qui en existe, on peut en conclure que le temps où elle a commencé à s'opérer ne doit pas être très éloigné de nous. Cette conclusion s'accorde parfaitement avec ce fait généralement reconnu, du peu d'épaisseur que présente la terre végétale sur les hautes montagnes. Il y a plus, dans un grand nombre d'entr'elles, à peine en observe-l-on si ce n'est par lambeaux et encore à peu près uniquement sur les places qui offrent des assises peu inclinées.

Quant aux pentes verticales, elles en sont nécessairement privées. On y voit pourtant des fp-

rêts d'arbres verts couronner les montagnes ainsi dénudées. Cette circonstance paraît tenir au mode de croissance de ces arbres ; les racines des pins, des sapins et des mélèzes ne pivotent point, elles rampent à la surface de la roche nue ét ne pénètrent dans le sol qu'à travers les fentes ou les fractures des roches. Aussi ces forêts sont-elles souvent anéanties par les grandes avalanches, qui entraînent avec elles les arbres, leurs racines et même les quartiers de roches

autour desquels ils s'étaient cramponnés. Lorsqu'on se transporte sur ces lieux victimes de ce grand fléau des montagnes, on se demande où sont les restes de cette terre végétale qui avait servi à nourrir ces forêts, à peiue en trouve-t-on quelques vestiges. Cependant bientôt de nouveaux arbres viendront embellir des lieux ainsi désolés, preuve nouvelle que la terre végétale n'est pas complètement nécessaire à la croissance de certains arbres, même de ceux qui acquièrent de grandes dimensions.

Si des montagnes nous nous dirigeons vers les plaines, nous verrons la terre végétale augmenter d'autant plus d'épaisseur, que ces plaines sont rapprochées des grands cours d'eau, qu'elles sont surmontées par des chaînes élevées et enfin que leur niveau est peu supérieur à celui des mers : mais nulle part , nous ne verrons cette

terre végétale dépasser, en terme moyen, une épaisseur de plus d'un ou de deux mètres. Partout, les faits nous apprendront que sa formation est une des dernières opérations de la nature, et quoiqu'elle se forme avec d'autant plus de rapidité, que la végétation est florissante puisque sa puissance n'est nulle part considérable, il faut, qu'elle n'ait pas commencé à se produire depuis des temps bien longs.

Ajoutons encore que dans tous les lieux cultivés, les efforts de l'homme ont tendu sans cesse à l'augmenter, soit par ses travaux, soit par les fumiers qu'il ajoute aux terres que son industrie divise sans cesse ; cependant comme nous ne voyons point que, même dans ces lieux, son épaisseur soit fort grande , sa formation ne peut être fort ancienne. Son. commencement daterait donc, d'après tous ces faits, de la même époque

que celle que nous avons assignée à la venue de l'homme sur la terre.

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