‹ De la Cosmogonie de Moïse, comparée aux faits géologiques (volume 3)Chapitre 3 sur 37 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Le caractère sérieux du siècle auquel nous appartenons, et la tendance religieuse qui s'est récemment manifestée dans toutes les classes de la société, doit nous faire espérer que Ton nous saura quelque gré d'avoir entrepris un travail en harmonie avec ces idées. Aussi croyons- nous que, dans son examen, on songera moins à l'écrivain qu'à l'objet important de son travail. Ce sujet est assez grave pour mériter une sérieuse attention et attirer les réflexions des hommes éclairés.

Nous espérons également que les hommes même les plus religieux ne liront pas avec méfiance les observations auxquelles nous nous sommes livré ; car l'étude des phénomènes naturels conduit nécessairement à la connaissance de

quelques-uns des plus nobles attributs de la divinité, et à la manifestation de sa toute puissance. Ces bommes ne repousseront pas, sans doute, des recherches faites avec scrupule et conscience, dans le but unique de la vérité. Ils ne verront peut-être pas non plus, sans quelque intérêt, les recherches géologiques en cela d'accord avec l'Écriture, nous conduire à penser que l'ère de la création de l'univers est bien antérieure à celle du genre humain, dont l'apparition remonte à peine au-delà de sept mille ans. Il y a plus encore ; d'après ces recherches comme d'après la Genèse , la création de l'homme aurait été précédée par l'apparition d un^grand nombre de végétaux et d'animaux qui tour à tour ont successivement brillé et disparu de dessus la surface de la terre. Oui, nous le disons hautement, la géologiecomme toutes les autres sciences, lorsqu'elles sont bien comprises, devient un puissant et fort auxiliaire de la révélation ; car si elle est la vérité, les sciences ne peuvent se trouver en opposition avec elle.

Ceux donc qui considèrent la Bible comme la parole de Dieu ont tort de craindre que l'observation des phénomènes naturels, dont l'origine comme celle de la révélation dérive de Dieu même, puisse amener à des conséquences contraires à la vérité, dont cette révélation n'est

qu'une émanation. Les persécuteurs de Galilée ne seraient-ils pas maintenant tout au moins humiliés de voir les découvertes de ce grand homme, où ils appréhendaient quelque danger pour la religion, être devenues,comme les travaux de Kepler et de Newton, une des plus fortes preuves des plus sublimes et des plus nobles attributs du créateur.

Si notre travail consacré à prouver que les phénomènes naturels s'accordent avec le récit de la création, est entaché de quelques inexactitudes, ces inexactitudes ne peuvent qu'être infiniment légères, d'après toutes les précautions que nous avons prises pour les éviter, et les hommes habiles que nous avons consultés. C'est aussi avec une pleine conviction que nous avons pris la plume, non pour défendre un livre qui n'a pas besoin de notre soutien, mais pour démontrer aux hommes, qui n'ont pas le loisir de cultiver une science encore à son berceau, que ses découvertes sont loin d'être en opposition avec les faits qui s'y trouvent consignés. Ce but nous a puissamment encouragé, et puissions-nous avoir été assez heureux pour l'avoir atteint.

Nous ne pouvons terminer ces premières lignes sans prévenir le lecteur de tous les avantages que nous a fournis la lecture de la nouvelle traduction de la Bible de M. de Genoude et celle de M. Cahen,

dont les notes nous ont été si utiles. Ces notes ont eu pour nous, non seulement l'avantage d'éclaircir les doutes que nous nous étions formés sur divers passages de la Genèse ; mais surtout celui de nous amener à une interprétation plus exacte du texte hébreu que nous avions tant d'intérêt à bien comprendre. Puissent ces deux hommes distingués agréer l'expression de la gratitude que nous leur devons, et sentir que si notre travail a quelque mérite, ils doivent en partie se l'attribuer.

IITTRODTJGÎTIOIT.

À mesure que les sciences s'étendent et se perfectionnent, elles doivent porter leurs regards aussi bien sur les faits sensibles et pbysiques que sur les vérités que peuvent renfermer les ouvrages de l'antiquité. Fapmi les œuvres des premiers temps et que les siècles n'ont point anéanties, il est un livre surtout qui doit à tous égards fixer l'attention des hommes éclairés. La haute science dont il est empreint, le style sublime avec lequel il est écrit, ont trop constamment excité

l'élonnement et l'admiration des âges passés, pour ne pas mériter un sérieux et profond examen, de la part de ceux qui cherchent et poursuivent avec ardeur la connaissance de la vérité.

Cette admiration et cet étonnement auraient été sans doute plus grands encore, si la Genèse avait été considérée sous les rapports qu'elle parait

avoir avec les faits géologiques. En effet, l'accord que l'on remarque entre le récit qu'elle nous donne delà création et ces mêmes faits, est si frappant, que l'on dirait que la première page du premier des livres , n'est en quelque sorte que le résumé des observations scientifiques les plus récentes(f ). C'est là une vérité trop long-temps méconnue, mais que le plus grand des naturalistes modernes, Cuvier, a fait sentir bien avant nous, avec cetle profondeur de talent qu'il a portée dans tous ses travaux. La science oblige seulement à considé-

(1) La Genèse que Ton attribue avec raison à Moïse est le plus ancien livre connu ; car la naissance de Moïse remonte, à ce qu'il paraît, à plus de 55 siècles, c'est-à-dire, à l'an 5562 avant les temps actuels. Il n'est aucun écrivain connu, dont les ouvrages remontent à une si haute antiquité. Enfin, il n'est pas moins certain que du temps de Moïse il n'y avait pas encore de grand empire en Asie, et que la civilisation d'aucune nation ne remonte guère à plus de 4000 ans avant l'époque actuelle. Les plus anciennes colonies d'Egypte ou de Phénicie qui ont arraché la Grèce à l'état sauvage, remontent à peu près à la même époque. La barbarie et l'ignorance de tous les peuples des bords de la Mé- . diterrauée attestent également lu nouveauté de leurs établissements, et cette nouveauté confirme la grande catastrophe qui a renouvelé le genre humain, il y a au moins 5000 ans. Ainsi la vérité du récit de Moïse, qui nous a transmis le souvenir de ce grand événement, est à la fois prouvée par les nombreux phénomènes du globe, par l'examen de quelquesunes de ses parties, par les traditions des peuples , et par les monumeuts irrécusables de leur civilisation.

rer comme des époques indéterminées et dont rien ne peut nous permettre de fixer ni la date ni, la durée, ce que Ton a long-temps nommé les jours de la* création. C est la seule modification que les observations de la science nous forcent à faire au sens ordinaire et le plus généralement adopté au texte hébreu; heureusement ce récit considéré dans son ensemble, et ce texte envisagé en lui-même , se prêtent parfaitement à ce mode d'interprétation. En effet, plus on approfondit cette interprétation, plus on lui trouve de justesse, soit que l'on y arrive par l'étude des différents phénomènes qui se sont succédés pendant les sept époques de la création, soit que Ton y parvienne par l'élude unique du texte hébreu, preuve évidente que la vérité est une, et qu'une fois aperçue, tous les moyens y conduisent également.

La science qui, à son berceau, cherchait, par suite d'une fausse philosophie, des armes pour combattre ce que le commun des hommes a constamment respecté, doit donc proclamer hautement les conséquences auxquelles Font conduite les observations les plus consciencieuses et les plus positives. En effet, consultons à la foisles livres saints, les observations géologiques et les faits dont les

entrailles de la terre nous ont conservé le souvenir, et nous serons convaincus que la terre a été

long-temps privée d'êtres vivants, et qu'à l'apparition dé ces êtres, leurs générations s'y sont succédé en raison inverse de la complication de leur organisation. L'homme, le plus parfait des êtres au physique comme au moral, a donc dû venir le dernier sur cette terre, et couronner ainsi en quelque sorte, l'œuvre du créateur. C'est aussi ce que nous apprennent les livres saints et les couches terrestres les plus récemment déposées.

Tel est l'ordre de la création que Moïse nous a révélé; tel est aussi celui que la science moderne, cet te géologie, dont le nom n'existait pas, il y a un demi-siècle, nous a forcé de reconnaître depuis qu'elle a étudié les diverses couches terrestres. Dans le sein de ces couches sont ensevelies ces antiques générations, ces races éteintes, preuves irrécusables des grandes et diverses modifications que notre globe a successivement éprouvées, modifications qui ont précédé ou suivi chaque ordre et chaque système de création.

La science marche donc d'accord avec la religion, et ce résultat peut être considéré comme le plus heureux et le plus digne des efforts des hommes civilisés. C'est vers ce but que doivent tendre nos recherches scientifiques. Pour l'atteindre, nous avons comparé le récit de Moïse avec les faits géologiques, afin que chacun puisse juger de leur concordance avec ce même récit, et par con-

séquent apprécier les documents qu'il nous a transmis; si l'on veut donner à notre travail une sérieuse attention, on sera probablement convaincu avec nous de l'exactitude d'une cosmogonie, qui a frappé également l'illustre Cuvier, et qui lui a fait dire que toutes les observations géologiques en confirment pleinement la vérité.

On aurait du reste une bien imparfaite idée de la Bible, si l'on supposait qu'elle ne s'accorde qu'avec les faits géologiques. Les progrès de la physique, de l'histoire naturelle, de l'archéologie et de l'histoire, sont'venus appuyer de leur imposante autorité, ce qu'elle nous apprend touchant les faits physiques ou les documents historiques. 11 y a plus encore, les découvertes des voyageurs modernes ont confirmé les faits dont elle nous a transmis le souvenir, et ont démontré de la manière la plus incontestable qu'ils s'accordent avec ce que nous apprennent les monuments de l'antiquité.

N'est-ce pas à l'aide des renseignements précieux que fournit la Bible , que JM. Léon de Laborde a pu parcourir tout récemment l'Arabie avec fruit. Les renseignements que donne l'Écriture sur cette contrée sont surtout remarquables par leur justesse, lorsqu'on veut remonter à une époque reculée de l'histoire de ce pays.

L'Écriture nous fait connaître les peuples et

h s divers territoires de l'Arabie, avec une plus grande exactitude que les auteurs et les voyageurs les plus modernes, ainsi que le fait observer l'écrivain que nous venons de citer. Ce qui doit surtout nous surprendre, remplacement fixé par la Bible aux différentes peuplades arabes, se rapporte assez exactement à la division des territoires qu'ont adoptée de nos jours les diverses tribus.

Les importants travaux de M. Champollion le jeune, et particulièrement ceux que nous lui devons sur l'ancienne Égypte, ont également confirmé et appuyé de leur autorité la vérité et l'exactitude des événements racontés par les livres • saints et qui se rattachent à l'histoire de ce pays. La découverte faite par cet- illustre savant des traits du roi Roboam, petit-fils de David, sur les monuments de l'Égypte, et ceux» du roi Sésac, figurés sur les mêmes monuments, est venue fournir en quelque sorte une vérification de l'Écriture. Ce Sésac n'est autre que ce Pharaon cité par la Bible et dont, d'après les traditions qu'elle nous a transmises, Dieu se serait servi pour châtier l'impiété de Roboam. Ce Pharaon n'est pas cependant ce prince puissant, dans lequel Newton et Bossuet étaient portés à reconnaître le grand Sésostris ; car ce monarque vivait à une époque bien plus ancienne que le Sésac, vainqueur de Roboam. Tout, dans cette réprésentation du roi

vainqueur et du roi vaincu, dont la figure juive annonce assez le pays qui la vu naître, ce roi de Juda ici tenu enchaîné par Sésac, ce conquérant qui, d'après l'Écriture, s'empara du royaume des fils courageux de Jacob , tout confirme cette tradition et s'accorde avec ce qu'elle nous apprend de ces grands événements.

Ces monuments détruisent donc l'assertion de Volney, qui voulait que le Pentateuque fût moderne, et eût été rédigé seulement après la captivité des Juifs à Babylone. Les monuments de l'ancienne Egypte, bien antérieurs à cette captivité, ne peuvent nous tromper, et ils nous apprennent évidemment le contraire.

Après ces travaux, nous devrions sans doute parler de ceux de Wilkinson sur l'Egypte, de Robert-Ker-Porter sur Babylone, et de Paravey sur les livres écrits aussi en hiéroglyphes conservés à la Chine, et qui ont ouvert des voies nouvelles et jusqu'à présent inconnues, aux recherches et aux labeurs des archéologues ; mais leur examen nous entraînerait beaucoup trop loin. Nous dirons seulement qu'à l aide de ces livres, qu'on ne peut bien apprécier que dans l'idiome du pays, on est parvenu à démontrer que la Chronologie égyptienne, la seule authentique et réelle, est celle d'Eratosthèneet non celle de Manethon qu'ont suivie cependant Champol-

lion et quelques autres savants. Cette chronologie est en parfaite harmonie avec les listes données par Ératosthène et avec celle des livres saints qui se retrouvent mot à mot dans les prétendues listes regardées à tort comme celles des souverains du céleste empire.

L'aperçu que nous venons de tracer, quoique étranger en apparence, au plan de notre travail, suffira sans doute, pour prouver que si la Genèse concorde parfaitement avec les faits géologiques nouvellement observés, le reste de l'Écriture Sainte est également d'accord avec les nouvelles découvertes dues aux pénibles et laborieuses recherches de nos historiens et de nos archéologues. Un livre qui s'harmonise si bien avec les faits physiques qui ne peuvent nous tromper, ne saurait être démenti par les monuments et les traditions des hommes, dont il est la première comme la plus fidèle expression. La Genèse, où des hommes pieux vont constamment puiser des sujets de méditation pour raffermir leur foi, mérite donc d'être étudiée sous des rapports nouveaux. Puisse notre travail attirer l'attention des hommes sérieux sur un livre qui contient des vérités si sublimes, et qui offre aux recherches des savants un champ si vaste et pourtant si peu exploré.

la €omopnie DE MOÏSE,

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