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Les idées que ces livres nous donnent de notre planète sont bien autrement étranges. D'après eux, sa forme serait plate et triangulaire. Elle serait composée de sept étages ; chacun aurait son degré de beauté, ses habitants et ses mers. La première des mers serait de miel , les autres de sucre, de beurre, de vin ou d'autres liqueurs. La masse entière du globe serait portée sur les têtes d'innombrables éléphants , dont les mouvements violents produiraient les tremblements de terre.
Ces absurdités sont surpassées par les rapports fantasti- . ques que les livres des brahmes admettent entre leurs dieux et le monde physique, ou avec l’ensemble des phénomènes de l’univers. Elles sont du même genre que celles du Coran. Ainsi, elles font créer les montagnes pour empêcher la-terre de se mouvoir et pour la faire tenir en place , comme si elle était arrêtée par des ancres ou des cordages.
Si de pareilles erreurs se rencontraient dans la Genèse, quels reproches ne lui aurait-on pas adressés ! Elle en aurait même mérité, si elle avait parlé de la nature comme les anciens sages, et si elle avait rapporté la formation de l'univers à quatre éléments principaux.
Philolaüs de Crotone n’a-t-il pas supposé que les astres étaient de cristal, tandis que, d’après Empédocle, deux soleils éclairaient les deux hémisphères de notre globe. D’un autre côté, d’après Leucippe, les étoiles, embrasées par la vitesse du mouvement diurne de la terre, allumaient le soleil de leurs feux. Diodore de Sicile , en cela d'accord avec les sages de l'Égypte , voyait la formation des cieux
et de la terre dans le mouvement de l'air et l'ascension du feu. Par suite d’une idée non moins étrange, Philolaüs croyait l'éclat du soleil tout à fait emprunté ; cet astre n’élit pour lui qu'un miroir qui nous renvoyait la lumiére des corps célestes.
Aux yeux d’Anaxagore, de Clazomène, la lune était une masse de fer dont la grandeur dépassait peu celle du Péloponèse, et la terre une montagne immense dont les racines s’étendaient à l'infini. Que n’aurait-on pas eu le droit de dire de l’Écriture , si elle avait considéré le ciel comme une sphère solide où étaient attachées les étoiles ! Telles étaient cependant les idées de presque tous les philosophes de l'antiquité, et notamment d’Aristote , ce génie le plus étonnant des beaux temps de la Grèce.
Le philosophe de Stagyre a même cru devoir conserver le souvenir de l'admiration qu’éprouvèrent ses disciples, lorsque Anaxagore vint leur dire que le principe des choses était la raison universelle , l'intelligence ou l'esprit, 0 Noïç, qui avait créé l’univers avec toutes ses perfections. Du reste, les idées d’Aristote et des philosophes de son temps ont régné dans le monde jusqu’à Galilée.
On aurait pu adresser bien d’autres reproches à la Bible, si, comme la plupart des interprètes grecs ou latins, elle eût considéré la voûte céleste comme un corps ferme et solide, un véritable orepoux où firmamentium ; enfin, si, comme le pensaient naguère encore quelques nations chrétiennes, les Livres Saints avaient admis l'influence du mouvement des cieux sur les événements de ce bas monde, ainsi que
sur les caractères des hommes et sur le cours des choses bumaines.
Ainsi, quoique la Bible embrasse l’universalité de la nature , qu’elle raconte sa grandeur , explique la formation des corps célestes, de la terre elle-même, et sa coordination successive, on n’y trouve aucune de ces taches qui déparent les cosmogonies païennes. Ce livre a pourtant précédé de près de dix siècles les plus anciens philosophes de l’ancienne Grèce et de l'Asie. Celui qui en a écrit les premières et les plus belles pages, avait été le disciple des prêtres de Memphis et des sages des autres parties de l'Égypte, sans en partager cependant les opinions.
Non-seulement la Bible, et le Pentateuque, le premier chapitre de ce livre admirable, ne contiennent pas des erreurs comme les autres cosmogonies , mais ils nous rendent compte de faits que les siècles modernes nous ont seuls révélés. |
Après cet aperçu sur les cosmogonies des peuples de l'antiquité, qui nous font connaître leurs mœurs, leurs institutions et leur état social , il ne nous reste plus qu'à étudier leurs monuments, ainsi que leurs traditions et leur histoire. Nous commencerons cet examen par les Hébreux; en effet, ce peuple possède le livre le plus ancien que nous puissions interroger sur les premiers âges du monde et l’époque. de l’apparition de l’homme. Nous passerons ensuite à l'examen des faits à l’aide desquels les nations paiennes ont voulu s’attribuer une haute antiquité, et nous les comparerons à ceux qui résultent des Livres Saints.
À l’aide des lumières que nous y puiserons et de celles que nous fourniront les observations récentes, nous pourrons démontrer que la véritable histoire des nations paiennes s’accorde avec l'Écriture , lorsqu'on la dépouille des faits fantastiques et fabuleux dont on s’est plu à la
- surcharger. Il doit d’autant plus en être ainsi, que la cer-
titude historique, fondée sur des faits positifs, est une et simple comme la vérité, dont elle est en quelque sorte l'image et l’émanation.
La véritable histoire a un caractère particulier qui la fait reconnaître partout où l’on en découvre quelques traces. Ce caractère se trouve dans la manifestation des desseins de Dieu sur la destinée des différentes nations.
Ces desseins sont seulement plus évidents dans les traditions des Hébreux que dans celles de tout autre peuple ; cest ce qui donne un si grand intérêt à l’histoire sacrée et au développement que nous en a donné Bossuet!. Il nous montre l’ingratitude des Israélites se renouvelant sans cesse, malgré les biens dont le Très-Haut les avait comblés, ingratitude constamment punie et finissant par un retour sincère à Dieu et à l’observation de ses commandements.
L'histoire des nations profanes ne révélerait pas moins l’action de la Providence sur leurs destinées , si, au lieu d'une foule de divinités aussi absurdes que fantastiques , elles n’avaient reconnu qu’un Dieu unique, créateur de l'univers.
ù Discours sur l'histoire universelle de Bossuet. Paris, 1829; 2 vol, in-8°,