‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiquesChapitre 19 sur 80 · LL · texte numérisé non relu

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circonstanciés, qu’il est difficile. d'établir sur eux une histoire suivie.

Le royaume chaldéen de Babylone paraît avoir été établi avant celui des Assyriens de Ninive. Du moins la plupart des historiens placent l'empire babylonien à l’époque où vivait Nemrod, environ 450 ans après le déluge suivant les Livres sacrés. La fondation du royaume d’Assyrie, et de Ninive qui en fut la capitale, ne peut guëre avoir eu lieu sous le règne de Ninus, puisque la Bible lui assigne Assur pour fondateur‘. Du reste, l'érection de Babylone et de Ninive peut très-bien se rapporter à des époques trés-rapprochées du règne de l’un et de l’autre de ces princes. Cette supposition ou cette manière d'interpréter la Bible a du moins l’avantage de concilier les dires contradictoires des écrivains qui se sont occupés de l’histoire des premiers âges.

L'histoire de l'empire babylonien est environnée des plus grandes obscurités, jusqu’au temps où Ninus parait sur la scène du monde. L'empire assyrien ne semble avoir acquis de l’importance que lorsque les populations occidentales par rapport à l’Euphrate et au Tigre ont exercé une certaine influence sur les opulents orientaux. (Note 57.)

Les royaumes de Babylone et de Ninive n’ont donc pas la haute antiquité que quelques historiens, et entre autres Berose, ont voulu leur supposer. Du moins, d’après la Bible,

‘ M. de Brotonne fixe le commencement du règne de Ninus à l’an 1968 avant l'ère chrétienne, ce qui en rapporterait l’époque à l’âge du monde 4280 années, ainsi que l'ont admis un assez grand nombre d'historiens.

le commencement des deux empires daterait seulement de la cinquième génération après le déluge. Nemrod, djtelle, se rendit puissant sur la terre et fut un grand chasseur devant le Seigneur. Il établit son empire à Babe], à Free, à Accard, à Cané, au pays de Seinhar ou Sennaar, nom que Moïse donne à la Babylonie!.

Il est difficile de se persuader que lorsque les Chaldéens étaient dans une grande incertitude relativement aux premiers âges de leur histoire dans le cinquième siécle avant l’ère chrétienne, Berose, écrivain assez moderne, ar il était contemporain d'Alexandre, ait pu lesrésoudre deux siècles plus tard *. C’est aussi en imaginant des antiquités fabuleuses, lui qui était babylonien , qu’il a prétendu que l’origine des habitants de la Chaldée remontait à 450000 années avant le déluge, et qu'entre cet événement et Sémiramis il s'était écoulé 35000 ans, chiffre qu'il aurait puisé dans des registres dont la date remontait à environ 450000 années avant lui, registres qu'il avait eu l'avantage de consulter !

Ces nombres sont évidemment inexacts ; car il parait maintenant bien établi qu’il n’y avait pas d'histoire ancienne à Babylone , à Ecbatane, pas plus qu'il n’y en avait en Égypte et dans les Indes.

Il est toutefois certain que l’empire d’Assyrie a été fondé par Assur, qui bâtit Ninive et Rhebothstir. On suppose même qu’il fonda Calah et Riesen, villes situées entre

‘ Voyez le chap. X, versets 8 et 41 de Ja Genese. ? Berose écrivait environ 120 ans après Hérodote. ° 99 I, ie

Ninive et Calah, dont l’étendue était considérable. Telle paraît avoir été l’origine de l'empire d’Assyrie, qu'il serait fort difficile de faire remonter plus haut, à moins de porter la mythologie dans l’histoire. Aussi, tous les critiques modernes n’ont pas balancé à faire concourir la fondation de cet empire avec l’érection des villes construites par Assur. . Nemrod, partagé entre les violents exercices de la vie sauvage et les habitudes sédentaires de la vie civilisée , fonda l'empire de Babylone, en bâtit la‘ capitale, ainsi que trois villes ou bourgades au sud de la Mésopotamie, sur les bords de l'Euphrate. Il devint le premier fondateur de l'empire chaldéen. Nemrod entoura de vastes murailles la tour de Bel, qui paraît avoir été la même que la tour de Babel , dont il est question dans la Genèse 1.

Assur, qui avait fondé l’empire d’Assyrie sur les bords du Tigre, par la construction de Ninive, paraît y avoir ‘été troublé par Nemrod. Ce prince, après avoir soumis les ‘pays voisins du royaume de Babylone, passa en Assyrie et déposséda Assur, d’après ce que rapportent les plus ‘anciens historiens profanes. Il resserra ce royaume dans de plus étroites limites, et agrandit le nouvel empire qu'il avait formé , d’une partie du territoire de la monarchie assyrienne.

Ninive paraît avoir été une des plus belles villes de l’antiquité, du moins d’après le dire des voyageurs modernes qui en ont visité les ruines. On peut en avoir la preuve

! Voyez le grand ouvrage de M. Botta sur le monument de Khorsabad, chap. VI, pag. 174,

dans les ouvrages de MM. Botta et Layard, qui ont publié de fort beaux travaux sur les monuments de cette fameuse cité‘. On assure même que depuis les publications dues à ces archéologues, on a trouvé, d’après une inscription, que plusieurs des temples de Ninive avaient été construits environ 4900 ou 2000 ans avant l’ére chrétienne, monuments qui, si le fait de leur érection est bien constaté, remonteraient à l’époque la plus ancienne de l’histoire de Égypte. Aussi l’importance de ces découvertes, par rapport à l'histoire sacrée et profane , a porté un grand nombre de. personnes distinguées de Londres à instituer une association dans le but de favoriser l’exploration des ruines de l’Assyrie et de la Babylonie, au point de vue spécial de la Bible.

Quoique les monuments de Ninive , dont la destruction paraît se rapporter à l’an 625 avant Jésus-Christ, soient d’une extrême simplicité quant à leur construction et même par rapport à l’art architectural , ils n’en présentent pas moins des décorations d’une extrême richesse. Il en est surtout ainsi des monuments de Khorsabad, comme l’a fait remarquer M. Botta, qui les a visités, décrits et figurés avec détails, de concert avec M. Flandin. (Note 58.)

Cette circonstance tient à ce que l'art de la sculpture était arrivé de bonne heure, à Ninive, à un haut degré de perfection, vers 750 ans avant l'ère chrétienne, et peut-

! La puissance des souverains de PAssyrie fut bientôt établie et redoutée ; aussi , au dire de Manéthon , que nous avons si souvent cité, les premiers rois pasteurs en craignaient tellement les effets, qu'ils placèrent la plus grande partie de leur armée sur les frontières de cet empire.

être même à une époque encore plus reculée. Du reste, l’art assyrien, bien différent de celui des autres peuples contemporains , était intermédiaire entre l’art égypüenet Part grec. La sculpture était sous quelque rapport supérieure chez les Assyriens à celle des Égyptiens, mais elle l'était surtout à celle des Persans, quoique leur arçhitecture fût en quelque sorte inférieure à cplle de ces derniers peuples. oo

L'industrie des Assyriens avait atteint sous €e rapport une perfection remarquable ; ils savaient du moins travailler les matières les plus dures comme les plus tendres et s’en servir dans les constructions et tous les genres d’embellissements.

C’est ce que démontrent les cylindres de jaspe ou de cristal, comme les bas-reliefs de Khorsabad sculptés sur le gypse et sur le basalte siliceux, deux genres de pierre bien différents, surtout par rapport à leur dureté. Ils connaissaient le verre, diverses espèces d’émaux et de couleurs; ils savaient façonner et cuire l'argile pour en faire des briques et des vases à pâte plus ou moins fine.

Ils connaissaient également l’art de fondre et de travailler différents métaux, genre d'industrie qui avait acquis chez eux un grand degré de perfection. Le métal que les Assyriens employaient le plus, était le euivre ; il en était du reste de même chez tous les peuples de l'antiquité, qui faisaient généralement peu d'usage du fer. La préparation de ce métal et son emploi dans les arts ont été des plus lents à s'établir, tandis qu'il en a été tout le contraire du cuivre, quoique l’on soit peu tenté de le sup-

poser d’après les difficultés que cette substance métallique présente dans son extraction. L’acier n’ayant été connu que fort tard , il a bien fallu que les anciens fissent tous leurs efforts pour soumettre le cuivre à la trempe, afin de le faire servir aux divers usages auxquels nous employons l'acier. Ils y étaient parvenus, ainsi que nous l’attestent les mstruments qu'ils nous ont laissés.

Le royaume d’Assyrie continua, malgré les conquêtes de Nemrod, à être séparé de l’empire de Babylone, et s'étendit jusqu’à l'extrémité occidentale de l’Asie-Mineure. Quant aux listes des rois de cette contrée, elles en comprennent sept, entre Nemrod et Chinzir. La suite des princes que ceslistes établissent, prouve que la forme du gouvernement était monarchique. Par l'effet de la civilisation que ce genre de gouvernement amène avec lui, les villes se multiplièrent, la population prit un nouvel essor, et bientôt la domination de Babylone s’étendit sur toute la Mésopotamie.

Le temple de Belus ou de Bel fut édifié; les prêtres chaldéens commencèrent dans son enceinte les recherches astronomiques qui ont donné à cette contrée une si haute renommée. Mais leurs recherches sont loin d’avoir l’antiquité qu’on leur a supposée ; elles ne remontent pas audelà de deux mille ans, et non point, comme on l’a prétendu sans preuves, à cinq mille ans avant notre èret. La première de ces dates est la seule qui mérite quelque confiance.

‘ Hérodote, I, 494. — Strabon, 1, XVI, pag. 475. — Simpl. Com. 46, in lib. IT. — Aristote, De cœlo. — Volney, tom. V, pag. 176, 184, dernière édition.

Voilà ce que rapporte l'Écriture sur Nemrod, ce premier despote qui fonda en Asie une forme de gouvernement absolu, laquelle y a duré jusqu’à nos jours. On a cherché, mais en vain, à trouver ce prince parmi les souverains de l’histoire profane et même à l’assimiler au Belus des Grecs et au Bel des Babyloniens. Tout ce que l’on a dit à ce sujet est tellement mêlé d'événements fabuleux , que la véritable histoire ne saurait y puiser des renseignements utiles et d’une certaine exactitude.

Berose, dans son histoire des Assyriens, confirme le té-

moignage de l’Écriture sur l’origine de l’Assyrie, par l’ana- logie des fables païennes avec les traditions de la Genèse. Il est certain qu'avant Nemrod et Assur nous n’avons aucune lumière sur les empires de Babylone et d’Assyrie, ainsi que sur les lois qui les régissaient.

Il est du moins fort douteux que les temps historiques des Babyloniens remontent jusqu’à Alorus, et de ce prince jusqu’au déluge, qui aurait eu lieu sous Xisuthrus. Ce souverain est considéré par les écrivains profanes comme le père de l'humanité renouvelée après cette grande catastrophe. Xisuthrus aurait été le dixième roi après Alorus, de même que dans la Bible Noé est le dixième patriarche après Adam.

Quant aux sares, manière de supputer le temps propre aux Assyriens, aux Babyloniens et aux Chaldéens, chacun paraît avoir été de 223 mois lunaires, environ dix-huit ans et onze jours, du moins d’après Suidas. Si cette fixation est réelle, les 120 sares qui se seraient écoulés entre Alorus et Xisuthrus comprendraient un espace de

2165 années 295 jours'. Cette date s'accorde assez bien avec telle adoptée par les Septante et donne une certaine probabilité à la réalité de cette chronologie.

La deuxième période embrasse neuf sares et demi ou 176 années, jusqu’au règne d'Evechous, fils et successeur de Nemrod. Après ce roi, on ne compta plus par sare, mais par année solaire composée de 365 jours. Ainsi, d’après Georges le Syncelle, il se serait écoulé 1865 années entre cette époque et la destruction de l'empire d’Assyrie sous le dernier des Sardanapales, 608 ans avant l’ére chrétienne.

D'un autre côté, Jules l’Africain, Eusèbe et Georges le

Syncelle donnent au royaume des Babyloniens une durée de #40 ans, qu'ils comptent entre Nemrod qui en aurait été le fondateur, et Ninus. D'après eux, treize rois partagés en deux séries auraient occupé cet intervalle, etl’un d'eux, Chinzir, après un règne de quarante-cinq ans, aurait été détrôné par les Arabes, l’an 2218 avant Jésus-Christ. La monarchie babylonienne paraît avoir été ensuite démembrée. Les royaumes de Mésopotamie, de Sennaar, d’Elam, d'Ellazar et quelques autres petites souverainetés dont il est question dans la Bible, se formèrent de ses débris. Ce fut sous le règne de Chinzir que les Chaldéens , occüpés depuis longtemps à la contemplation des astres, commencèrent à mettre en ordre leurs observations astronomiques.

! Laplace , dans son Système du monde, pag. 509, et M. Francœur, dans son Uranographie, pag. 94, ont adopté l’un et l’autre le même nombre de 48 ans 11 jours pour la valeur et la durée d'un sare,

Cette tradition , que les faits connus rendent presque certaine, prouve combien les Chaldéens sont peu fondés, lorsqu'ils veulent faire considérer leurs recherches en astronomie comme remontant à la plus haute antiquité. Cicéron y croyait si peu, qu'il n’a pas craint de considérer les assertions des Chaldéens sur ce sujet comme folles et erronées!. |

Il en était de même d’Aristote, qui chargea Callisthènes de s'assurer à Babylone si l’on savait quelque chose de positif sur les travaux scientifiques des Chaldéens. Pour répondre aux désirs de ce grand philosophe, Callisthènes lui transmit des observations célestes qui avaient exigé 4903 ans. Elles comprenaient l’espace de temps écoulé entre le commencement de la monarchie babylonienne et Alexandre le Grand. Cette date, quoique plus ancienne que celle citée par Simplicius (17053 ans avant le siècle d'Alexandre), est loin de coïncider avec l'antiquité fabuleuse que, d’après des calculs hypothétiques , les Chaldéens avaient voulu s’attribuer.

La deuxième dynastie, composée de six princes arabes, eut pour premier roi Mardocentés. Il détrôna, l’an 2218 avant Jésus-Christ, Chinzir, qui avait déjà régné quarantecinq années. Cette dynastie dura pendant 215 années etfinit, selon les mêmes chronologistes (Jules l’Africain, Eusèbe et Georges le Syncelle), en la personne de Nabonal, qui fut détrôné par l’assyrien Belus. Ce dernier, après avoir régné trente ans sur une partie de l’Assyrie, gouverna encore

mienne

4 Lib. III, De divinationibus.

pendant vingt-cinq ans les deux royaumes et laissa le trône à son fils Ninus, l’an 1968 avant Jésus-Christ.

L'histoire primitive de l’Assyrie est si incertaine , que Diodore de Sicile ne dit pas que Ninus ait été le premier roi de cette contrée, mais seulement le premier dont l’histoire ait fait mention. Les noms des anciens souverains de l'Asie sont, d’après Diodore, tout à fait inconnus, peut-être parce qu'on n’a pu rapporter aucun événement ni aucune de lears actions qui eût quelque importance. (Note 59).

Parmi les successeurs de Ninus, les uns nomment la fameuse Sémiramis, tandis que d’autres, tels que Diodore de Sicile, Athénée, Justin, Suidas et Grégoire Posthume, mentionnent Ninias comme successeur immédiat de ce prince, et ne parlent pas de Sémiramis. Ils donnent à Ninus des vertus guerrières et lui attribuent de vastes conquêtes, tandis que d’autres historiens le représentent comme plongé dans la mollesse et l’oisiveté. Il en aurait été de même de ses successeurs , qui ; jusqu’au règne de Sardanapale, occupèrent le trône pendant un intervalle de plus de douze cents ans. |

Ces contradictions, et une foule d’autres qu'il serait facile de relever, prouvent combien l’histoire de la monarchie assyrienne est incertaine et peu connue. Il paraît que sous le gouvernement des successeurs indolents de Ninias , Sésostris , roi d'Égypte, porta fort loin ses conquêtes en Orient (vers l'an 45914 ); il se contenta cependant de prélever des tributs, sans chercher à détruire

l'empire d’Assyrie. La chuté de ce royaume eut lieu plus ll, 23

tard, sous Sardanaple (l’an 759 avant Jésus-Christ), qui surpassa tous ses prédécesseurs en mollesse et en voluptés.

Depuis lors, les annales de l’Asie ne présentent plus les destinées d’un seul empire qui embrasse ou du moins qui domine toute cette partie du monde; mais elles portent l’attention sur les trois empires que fondérent les successeurs de Ninus. Au premier rang, on peut citer la monarchie assyrienne de Babylone établie par Bélésis, qui renversa l'empire de Sardanapale et devint en partie le successeur

de ce prince efféminé. On peut encore signaler l'ancien royaume des Assyriens de Ninive , qui se perpétua en la personne de Phul ; enfin , en troisième lieu, l’empire des Mèdes, qui dut son indépendance au courage et à la valeur d’Arbacès.

= La première de ces monarchies, celle de Babylone, dura pendant 221 ans, jusqu’à la conquête de Cyrus, roi de Perse , qui eut lieu vers l’an 538 avant l’êre chrétienne. La durée de la monarchie de Ninive n’a pas été longue : elle fut réunie à celle de Babylone l’an 625 avant Jésus- Christ, ou 134 ans après sa fondation. Enfin, l’état des Mèdes, devenu monarchique sous Déjocès, dura 2292 ans, ou jusqu’à l’an 537 avant Jésus-Christ ; il fut alors compris dans le vaste empire des Perses.

On ne peut, avec la chronologie des Babyloniens, remonter plus haut que nous ne l'avons fait relativement à celle de l'Égypte. Séulement, le nombre des princes admis par ces dernières annales est plus considérable que celui qui résulte des documents historiques des Chaldéens : les Égyptiens comptent jusqu’à 92 rois successifs pour le

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même intervalle de temps , lorsque les Babyloniens n'en admettent que 86. Quoi qu’il en soit, on ne trouve aucuns certitude dans l’une ou dans l’autre de ces chronologies, avantles époques que nous avons fixées, ainsi que Bossuet l'a fait remarquer dans son Discours sur l'histoire universelle !.

En effet, l’ére de Nabonassar, si célèbre parmi les chronologistes, ne peut être étendue au-delà de l’année 3967 de la période julienne, ou 747 ans avant l'ére vulgaire. Dès-lors ce prince ne remonte pas bien haut, car il paraît le même que Baladan, père de Mérodach ou Bérodach, dont il est parlé à la fois dans Isaie et le livre IV des Rois. Ce fut lui qui envoya des ambassadeurs à Ézéchias?.

Cette ère, qui commence avec le second empire de Babylonie, est fort nouvelle à côté de celle dont nous venons de parler ; aussi la date de cette époque est-elle bien constatée. On ne peut pas, en effet, se former des doutes sérieux sur son origine ; la seule chose sur laquelle il règne de l'incertitude, tient aux actions du prince qui ouvre l'ére à laquelle il a donné son nom. ( Note 60.)

Les dates que nous avons adoptées dans notre tableau relativement à Ménès, fondateur du royaume de l'Égypte, ainsi que celles de Nemrod et d’Assur, sont très-incertaines. On ne doit les considérer que comme des données approximatives sur les époques auxquelles ont vécu ces souverains, à peu de chose près contemporains. Les notions les

‘ Première partie, pag. 47.

? Reg., XX, 18. — Psalm., XXXIX, 1.

plus positives que nous ayons sur Nemrod et Assur se réduisent à ce qui en est dit dans le chapitre X de la Genèse. . Les Babyloniens et les Chaldéens, en s’occupant des sciences et des arts, oublièrent peu à peu l’art de la guerre, auquel Nemrod avait dû ses victoires et ses succès. Cette inexpérience les fit tomber sous le joug d’un peuple voisin, les Arabes, dont le courage égalaît l’habileté, et qui, deux mille ans environ avant notre ère, s’emparérent du royaume de Babylone.

Il est singulier de retrouver dans l’histoire ancienne et à une époque aussi reculée, une conquête faite par les Arabes, assez semblable à celle qui eut lieu beaucoup plus tard sous les successeurs de Mahomet; seulement cette conquête s’étendit sur un moindre nombre de pays que les victoires des kalifes. La raison de cette différence est facile à comprendre : les anciens Arabes n'avaient pas plus de point central dans leur gouvernement que de chef suprême et unique; aussi n’agissaient-ils jamais de concert, ni d’après un plan préparé et médité d'avance.

Ces peuples nomades se trouvaient pour lors dans la même situation et le même état qu'au moment où parut Mahomet; mais ils n’avaient pas à leur tête un chef aussi remarquable par son expérience et son intrépidité. Néanmoins les tribus arabes se précipitérent sur la Babylonie et s'en rendirent maitres. Indépendantes les unes des autres, quoique associées à la manière des Arabes , ayant chacune ses chefs, leurs tribus s’emparèrent des états de Chinair et les démembrèrent. L'un de leurs capitaines nommé Macerdontès, dont nous avons déjà parlé, régna sur Babylone,

nn

| et, d'aprés Eusébe, cinq rois de sa nation, dont les noms

sont rappelés dans des listes particulières, lui succédérent.

L'histoire est muette sur le nombre et les exploits des successeurs d’Assur, prince qui avait fondé l'empire d’Assyrie, après l'établissement de celui de la Babylonie par Nemrod. Elle nous apprend seulement que la chute du

royaume de Babylone avait averti les souverains de Ninive

de se tenir en garde etdese prémunir contre les Arabes; aussi ces souverains réunirent des forces considérables pour les combattre. À

Un de leurs chefs, que l’histoire désigne par le surnom de Belus, attaqua les Arabes dominateurs de Babylone et les vainquit. Georges le Syncelle (Chronogr. pag. 92, A.), ainsi qu'Eusèbe ( Fragm. apud Scaliger, pag. 44), nous représentent la Babylonie comme une contrée florissante, mais dont les habitants étaient plus adonnés à l'industrie et au commerce qu'à l’art de la guerre. Belus eut donc peu de peine à.eu triompher et à les soumettre à ses lois. I leur imposa un tribut annuel et emmena captif le roi de Babylone ainsi que ses enfants. Il paraît en avoir ordonné la mort, et avoir mis fiu à l'empire des Arabes qui avait succédé à celui des Chaldéens.

L'empire des souverains de l’Assyrie , ou des contrées

situées sur les bords du Tigre et dans les plaines de la

Mésopotamie, devint très-florissant sous Ninus; deux reines

le gouvernérent ensuite avec gloire et s’illustrérent en

même temps par des travaux devant lesquels reculerait la

puissance moderne. Elles étendirent ainsi leur domination

sur la plus grande partie de l’Asie, et firent parvenir après H. 23.

bien des efforts les contrées qui leur étaient soumises à un haut degré de civilisation, à en juger par les monuments de Nimroud ou de Nemrod, êt de Khorsabad !.

Toutefois, l'architecture des palais de Ninive n’annonce pas la perfection qu’elle avait atteinte en Égypte à cette époque. Mais il n’en était pas de même de l’art de la sculpture, ainsi que nous l'avons fait observer, car les monuments de Khorsabad paraissent supérieurs par la richesse de leurs décorations à tout ce que l'Égypte nous a laissé de plus somptueux *. La découverte de ces anciennes constructions nous a révélé les progrès que l’art avait faits en Assyrie, en même temps qu'elle nous a prouvé que la sculpture de Ninive, tout en rappelant celle de l'Égypte et de la Grèce, n’en était pas moins originale. (Note 61.)

Les Assyriens, qui ont construit le monument de Khorsabad, ne sont du reste mentionnés qu’accidentellement dans les Livres Saints, c’est-à-dire lorsque les circonstances

‘ A la vérité, M. Hæœfer a prétendu que ces monuments n’appartenaient pas à l’ancienne capitale de l'empire assyrien ou à Ninive; mais M. Quatremère à réfuté d’une manière victorieuse l'opinion de cet érudit, tout en faisant remarquer que Ninive a laissé dans l'histoire peu de traces de son existence. Voyez le numéro du mois de juin du Journal des savants pour l’année 1850 , pag. 358. — Id., Description des monuments de Ninive, découverts et décrits par M. E. Botta; Paris, imprimerie nationale, in-4o, 4847 et 1849.

? M. Raoul Rochette a vu dans les sculptures de l’ancienne Ninive une représentation de la lutte des deux principes du bien et du mal, signalée au moyen de combats d'animaux. D’un côté sont figurés le lion , le griffon, le sphinx, et de l’autre le taureau, la chèvre , la gazelle ou la biche. Journal des savants , février 1850, pag. 84, 92 et suiv. |

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