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peut extraire des dates précises, et que l’on peut encore moins considérer comme un véritable corps d'histoire.
Il en est de même des listes de rois que des pandits ou docteurs indiens ont compilées, et qu'ils ont ornées de détails aussi absurdes que les fables des Chaldéens et des Égyptiens. Les listes qu’Abou-Fazel nous a données comme extraites des annales de Cachemire, malgré les événements fabuleux et extraordinaires qui s’y trouvent consignés, ne remontent cependant qu'à 4000 ans avant notre époque. Du reste, une grande partie de cet espace de temps, 2200 ans, est remplie de noms de princes dont les règnes demeurent indéterminés , du moins quant à leur date.
Pour-mieux faire comprendre les incertitudes qui enveloppent la première histoire des Hindous, nous rappellerons avec M. l'abbé Dubois que les brahmes de l’Inde reconnaissaient quatre âges à l’histoire de notre monde : le premier aurait duré pendant 1728000 années ; le second environ 4296000 ans, et le troisième 864000000 années ; quant au quatrième, dans lequel ils se placent, 11 doit durer la moitié du troisième, ou 432000000 années.
D'après les calculs faits par le même historien, l’année 4940 de cet âge correspondrait à l’an 4839 de notre ère. La fin de chacun des trois premiers âges , ou youghas, aurail été marquée par un cataclysme et une révolution générale dela nature. Ces peuples, comme tous ceux dont nous pouvons interroger les annales, ont admis un grand déluge qui a précédé le yougha actuel, qu’ils ont rapporté à l'an 3402 avant l’ère chrétienne.
Les détails que les Hindous nous ont donfés de leur
déluge sont si semblables à ceux de Moise, qu'ils paraissent tirés de la même source. On doit d’autant plus le supposer, que la date assignée par les brahmes à cette révolution de la nature, est à peu de chose près la même que celle des Septante.
La chronologie des Hindous se rapporte donc à quatre âges distincts ; Le plus ancien est uniquement consacré au règne des dieux. Tous les événements qui se sont passés dans ces premiers temps sont purement mythologiques et remplis de fictions plus ou moins merveilleuses et souvent aussi fausses qu’absurdes.
Le premier âge forme donc une période à part, période suivie par trois autres âges relatifs au monde actuel et à l’homme qui l'anime. L’âge divin est celui où ont eu lieu les diverses incarnations de Wistnou, ou Wischnou, connu aussi dans la mythologie des Hindous sous lenom d’Avatars.
A cet âge le plus ancien ont succédé : 1° l’époque de l'apparition de Bouddha ; 2 le Kali-Yougha ; 3° l’ére de Chandra-Goupta.
D’après cette mythologie, la durée du monde, égale à un âge des dieux, serait partagée en quatre parties nommées yougha, qui se composent d’un nombre inégal d'années, dont les chiffres sont tout à fait hypothétiques, même après les recherches de Robertson.
Le seule époque de l’histoire de l’Inde que l'on ait eonsidérée comme ayant quelque caractère de vraisemblance, est le Kali- Yougha , ou la période actuelle. Cette période presque histerique commencerait, d’après les Hindous , à la nouvième incarnation de Wistnou , qui, d'après les
calculs astronomiques des Hindous, aurait eu lieu au mois de janvier de l'an 3102 avant l'ère chrétienne.
Ce serait uniquement à partir du déluge et de cette révolution de la nature, que dateraient les temps réellement historiques de ces peuples ; car, avant cette époque, il est difficile de marquer la série des premiers siècles par des événements qui aient quelque certitude ; aussi Laplace faitil observer (Système du monde, pag. 322) que les tables astronomiques indiennes ont eu deux époques principales : l’une remonterait à l’année 3102 avant notre ère, et l’autre à 1491. Ces époques sont liées par les mouvements du soleil, de la lune et des planètes, de manière qu’en partant de la position que les tables des Hindous assignent à ces astres vers la seconde époque, et remontant à la première au moyen de ces mêmes tables , on trouve la conjonction générale des planètes , qu’elles supposent avoir eu lieu à cette époque.
Bailly a cherché à établir dans son Traité de l’astronomie indienne, que cette époque était fondée sur des observations précises; raais il n’a pu y réussir. Malgré les faits rapportées par cet astronome à l’appui de son opinion, avec la clarté qu’il a su répandre sur les matières les plus abstraites , la date qu’il a fixée paraît avoir été imaginée pour donner dans le zodiaque une origine commune au mouvement des corps célestes. Les dernières tables astronomiques que plusieurs savants ‘et notamment Laplace , ont perfectionnées par la comparaison de la théorie avec un grand nombre d'observations, ne permettent pas d'admettre la conjonction supposée dans les tables des Hindous -
Elles offrent des différences beaucoup plus grandes què la somme des erreurs dont elles peuvent être susceptibles.
Il est donc démontré que l’époque historique de 3102 ans avant Jésus-Christ, loin d’être confirmée par les calculs astronomiques modernes, est, au contraire, justement suspectée de fausseté , puisqu'il est rapporté dans l'histoire des Hindous qu’à cette époque eut lieu une conjonction de toutes les planètes, ce que l’astronomie moderne regarde comme impossible. La. date de 3102 ans avant l'ère chrétienne serait , du reste, postérieure à celle que les Septante attribuent au déluge.
Cette époque donnée par les traditions indiennes a pu paraître probable à Bailly, par suite d'idées préconçues ; mais les progrès que les théories astronomiques et l’art d'observer ont faits de nos jours, ne permettent pas de l’adopter. Dès-lors , elle doit être rejetée de la véritable histoire, qui ne doit admettre que des faits certains, ou du moins exempts d'erreurs et à l’abri de toute suspicion.
M. David, l’un des premiers qui nous aient fait connaître l’état de l’astronomie des Hindous, d’après les traités originaux qui lui ont été communiqués par les brahmes, considère les périodes éloignées que ces peuples ont adoptées pour bases ou points de départ de leurs calculs, comme tout à fait arbitraires et hypothétiques. Elles ont été établies Sur des supputations rétrogrades et non sur des observations réelles, ainsi que Bailly l'avait supposé sans fondement !. °
! Recherches asiatiques, tom. II, pag. 228; édition de Calcutta.
Du reste, avant la connaissance de ces traités originaux, Delambre!, Montutla et plus tard Colebrooke, avaient prouvé que les supputations admises par Bailly ne reposaient sur aucune base solide, ni sur aucun fait positif. De même , Laplace , däns ses réflexions sur les tables indiennes , a démontré que si l’on s’en tenait aux observations qu’elles contiennent, elles annonceraient un état assez avancé de l'astronomie; mais qu’en jugeant leur ensemble avec une critique éclairée , on s’aperçoit bientôt qu’elles ne sauraient remonter à une haute antiquité.
Aussi sir W. Jones affirme-t-il qu'en compulsant les documents authentiques de l’Inde et les réduisant à leur juste valeur, il est impossible d’y voir un gouvernement régulier et établi avant les deux mille ans qui ont précédé l’ére chrétienne , c’est-à-dire avant Abraham. L'époque à laquelle a vécu ce patriarche nous montre toutefois l'Égypte ayant une dynastie légalement constituée, et le commerce et les arts florissant dans cette partie de l'Afrique, ainsi qu’en Phénicie.
Les travaux de ces savants , surtout ceux de la Société de Calcutta, ont prouvé sur quelles bases frivoles les Hindous avaient cherché à se donner une antiquité fabuleuse qu'ils n'ont pu établir sur aucun fait précis. Ainsi, les âges, les cycles et les longues périodes qui embrassaient des millions d’années , et dans lesquels ces peuples ont cherché à comprendre les diverses phases de leur histoire, ne sont que le fruit de leur imagination et de leur vanité.
‘ Histoire de l'astronomie ancienne ; Paris, 1817, pag. 409.
Leurs époques étaient d’ailleurs astrologiques, et avaient été imaginées pour expliquer la restitution des aspects des astres qui devaient avoir lieu lorsque les planètes et les étoiles , après un grand nombre de révolutions , seraient toutes revenues au même point d'où elles étaient parties dans l’origine.