VIII. À. Chinois
L'antiquité que les Chinois se sont plu à s’attribuer, parait trés-exagérée lorsqu'on consulte leurs annales et leurs Kings, ou livres sacrés, sur lesquels ils fondent leur chronologie et où sont déposées les preuves de leur civilisation. Ces livres sont au nombre de trois : le Chou-King, le ChiKing et le Tchune-Tsidon. On y trouve les fragments historiques qui ont survécu à l'incendie commandé par l'empereur Hoam-Ti.
La certitude historique des premières époques de la Chine repose sur ces uniques fragments échappés à la violence des flammes. Quant aux temps fabuleux des Chinois, ils ne méritent pas plus d'attention que les périodes imaginaires de leurs astronomes. La période de Liéoukine était de 143127 années ; d’autres, d’après lui, en inventèrent de plus longues encore , de 200 et même de 300 millions d'années. On juge facilement combien ces nombres sont exagérés; aussi n’insisterons-nous pas davantage à à cet égard.
L'antiquité des Chinois, bien appréciée, est au-dessous de celle des Hébreux ; car les certitudes historiques ne datent on Chine, d’après l'opinion de leurs lettrés, que du
temps de Tchouen-Hiu, lequel a été rapporté à l'an 2514 avant l’ére ehrétienne!. D’autres chronologistes ont adopté une autre date, et celle-ci est encore plus récente. Suivant eux, cette certitude commencerait seulement à partir du règne de Fo-Hi ou Fou-Hi , le fondateur de l'empire des Chinois. Ce prince aurait vécu, d’après Freret, vers 2386 avant l’êre vulgaire. Si l’on adopte cette opinion, les temps historiques ne s’étendraient pas au-delà de 2357 années avant Jésus-Christ, époque à laquelle vivait Yao, environ trois siècles après la construction de la tour de Babel?.
Si l’on remonte un peu plus haut, on arrive aux temps mythologiques, où l’on suppose que régnait Schouen-Hi, avec lequel commence la véritable histoire, du moins d’après la plupart des lettrés qui se sont occupés des annales chinoises. Hyoang-Ti, bisaïieul de Yao , aurait régné vers l'an 2485 ; mais avant lui Tohi, aïeul d'Houng-Ti, avait gouverné la Chine, et l’on suppose que sa domination re-
‘monte à 2460 ans avant l’ére vulgaire. (Note 69.) 7
‘ Du reste, ceux qui portent le plus loin la certitude historique en Chine, ne l’étendent pas au-delà de Fou-Hi, auquel aurait succédé Chin-Noung (laboureur divin), c’est-à-dire en 3218 avant Jésus-Christ, ou plusieurs siècles avant Moïse. Ce Chin-Noung aurait appris aux Chinois l’usage de la charrue, ainsi que la culture des champs, la manière de se servir du blé et du sel contenu dans
‘ Peau de la mer. On lui attribue bien d’autres inventions et d’au-
tres connaissances, mais qui sont loin de pouvoir être mises en parallèle avec celles dont on découvre les germes dans les livres ñes Hébreux. .
2 D’après ces données, l'empereur Yao daterait de 4219 années avant l’époque actuelle 1859. Cuvier a adopté le chiffre de 4189 ou celui de 3963.
Si l’on adoptait ces nombres comme exacts, on pourrait très-bion les accorder avec ceux des Septante et des Samaritains, qui ont admis le chiffre de 2984 pour l'intervalle écoulé depuis le déluge jusqu’à l'ère chrétienne.
L'opinion qui fait remonter à Yao les commencements de la monarchie chinoise, a été adoptée par Meng-Té, le disciple chéri de Confucius. À la vérité, son maître a supposé que six rois avaient régné avant Yao ; mais il y a tellement d'incertitude à cet égard, qu’on ne connaît guère les actions de ces princes et qu'on en sait à peine les noms *. |
. On doit dés-lors , à raison du silence de Confucius, révoquer en doute les actions attribuées à Fou-Hi, à Chin- Noung et même à Hoamti ou Hoang ; car elles paraissent n'avoir rien de réel, d’après le sentiment de Freret, l’un des critiques qui se sont occupés avec le plus de succès de l’histoire de la Chine *.
Tout ce que les traditions rapportent sur les temps qui ont précédé Yao, n'est qu'un amas de fables et de traditions obscures ou incertaines qui ne méritent aucune croyance. Enfin , aux yeux des plus habiles lettrés de la Chine, il faut s’aider de la chronologie des Européens pour
: Le Chou-King est un livre historique qui commence au règne de Yao. Nous en avons une traduction par le père Gaubil. Elle a été publiée en 1770, à Paris, format in-4o.
2? Confucius, le plus fameux philosophe de la Chine, naquit dans la province de Chan-Tong, l’an 551 avant notre ère. Il vint au monde à Tséan-Hy, aujourd’hui Fou-Hiem, ville de troisième ordre, dont son père était gouverneur. Sa mort arriva l'an 479 avant l'ère vulgaire, 80 ans avant la naissance de Socrate,
se fixer sur celle des premières époques de l’histoire de leur pays. Comment pourrait-il en être autrement, puisque leurs livres actuels ont été refaits à peu près en entier, sur des fragments mutilés et incomplets.
On a supposé cependant, malgré l'évidence de ces faits, que l’état de la civilisation dont jouissaient les Chinois aux premières époques de leur histoire, était trop avancé pour qu'on püt refuser à ces peuples une haute antiquité. Cette supposition n’est guère admissible, lorsqu'on se rappelle l'observation faite par les auteurs de l’Art de vérifier les dates, monument qui, plus qu'aucun autre, a fait reposer la chronologie des différents peuples sur une base solide.
D'après cet ouvrage, la civilisation n’aurait pas fait des ‘progrès aussi rapides chez toutes les nations, en raison de la diversité de leurs mœurs. Les unes n’y seraient arrivées qu'après avoir été plongées pendant des temps plus ou moins longs dans l’ignorance et la barbarie. Tels sont, parmi les anciens, les Grecs, les Latins ou Romains, qui n’en sont pas moins parvenus au plus haut point de splendeur ; chez les modernes, la plupart des peuples de l'Europe.
D'un autre côté, plusieurs nations des temps modernes ou des temps anciens, ont été policées ou éclairées jusqu’à un certain point, dès l’enfance de leurs sociétés. On peut citer : parmi les modernes, les habitants des États- Unis ; et dans l'antiquité , les Chinois, de même que les Égyptiens, les Babyloniens, les Phéniciens, les Assyriens, -enfin la plupart des peuples de l'Orient.
Quant aux Chinois, dont nous nous occupons dans ce
moment, ils sont sortis de ces colonies qui, après la confusion des langues dans les plaines de Sennaar, se dispersérent dans les diverses contrées de la terre. Une de ces colonies fut conduite dans la Chine par Yao, lequel y fonda la monarchie chinoise avec Chun , que cet empereur associa au trône et qui devinf plus tard son successeur.
Les souverains qui depuis Chun ont possédé la Chine jusqu’à nos jours, se divisent en vingt-deux dynasties. La première, celle de Hia, a eu pour auteur Yu, surnommé Ta ou le Grand. Cet empereur paraît avoir régné, d’après l'opinion la plus probable, vers 2208 avant l'ère vulgaire. La dynastie des Hia subsista pendant 444 années et eut sept empereurs. À cette dynastie succéda en 1766 avant l’êre vulgaire, celle des Chang et ensuite la dynastie des Tcheou. Cette dernière dura 864 ans et eut jusqu'à trente-trois empereurs différents. Mais comme nous donnons dans les notes placées à la fin de cet ouvrage la généalogie des différents princes qui ont gouverné successivement la Chine, il est inutile d’entrer dans-plus de détails à ce sujet.
Depuis la fin de cette dynastie, l’histoire de la Chine ne présente plus guëre d'incertitude ; comme il n’y a pas de difficulté sérieuse sur cette partie des traditions du Céleste
Empire, nous n’avons pas à noûs en occuper. (Note 70.) .
Les Chinois, comme les peuples de l’Orient, ont admis un déluge ou une inondation qui a ravagé la plus grande partie de la surface de la terre. Ce déluge serait arrivé, selon les uns, peu de temps avant le règne de l’empereur Yao. Aussi, le Chou-King, le plus ancien des livres de la