‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiquesChapitre 45 sur 80 · XXXI · texte numérisé non relu

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une époque où les lois de la mécanique étaient ignorées, et laissaient sans solution les objections puissantes qu’on opposait à l’hypothèse du mouvement de la terre.

L’Almageste fut la science tout entière pendant plusieurs siècles ; elle ne fit plus de progrès chez les Grecs après Ptolémée, et l’astronomie ne marcha plus: en avant jusqu’à l'époque des Arabes. Cette école créa néanmoins plusieurs générations d’astronomes qui suivirent les idées de Ptolémée. Îls mesurèrent un arc du méridien dans les plaines de la Méditerranée, et en 880 Albategnius publia son livre De scientis, où il rectifia en quelques points le catalogue des 1022 étoiles publié par Ptolémée. L’astronomie repassa un peu plus tard en Europe, sans faire cependant de véritables progrès pendant plusieurs siècles. Copernic parut enfin; il fut suivi de Tycho-Brahé, qui enrichit la science de découvertes utiles, telles que celles de la variation lunaire et de ” l'équation annuelle. Galilée mit la dernière main à la théorie de Copernic , et la dégagea des ombres où les observations des péripatéticiens l’avaient retenue.

L'invention, ou du moins le perfectionnement des premiers télescopes, le mit à même de faire des découvertes dans le monde planétaire, qui ouvrirent un nouveau champ à la science. En même temps Képler, après d'immenses travaux, posa les bases du système de l'univers, lois qui ont conservé le nom de leur auteur. Newton trouva enfin la loi qui régit le monde, et depuis lors l’astronomie, dont l’ancienneté comme science est loin de se perdre dans la nuit des temps, a marché de découverte en découverte, comme toutes les autres branches des connaissances humaines.

Note 39, pag. 129. — Newton, qui par ses profondes recherches a répandu tant de lumières sur l’antiquité, a pensé

et soutenu que les nations qui peuplent la terre sont beaucoup moins anciennes que ne lont supposé la plupart des chronologistes. Les preuves qu’il a données pour le démontrer sont de deux ordres : les premières roulent sur l’évaluation des générations, et les secondes sont tirées de l’état

de l’astronomie chez les anciens.

Du reste, il faut bien distinguer, dans l’histoire du globe,

celle qui se rapporte à la création de la terre comme corps distinct et particulier, de celle qui est uniquement relative à la création des végétaux et des animaux. On ne saurait fixer l’époque de la première, et on peut jusqu’à un certain point apprécier le point de départ de la seconde.

Note 40, pag. 131. — Platon paraît avoir connu le Pentateuque ; il peut lavoir vu en Égypte, car à l’époque où ce philosophe visita cette contrée, un certain nombre de Juifs y étaient établis. Après avoir étudié auprès d’Eurytus et de Philolaüs les secrets de la philosophie pythagoricienne, Platon alla en Égypte pour y puiser la science aux mêmes sources. Cicéron (De finibus), Valère Maxime (VIIE, 7), Apulée (De dogm. Plat.) ont parlé du voyage de Platon dans des ter- . mes si précis, que l’on ne peut guère se former des doutes sérieux relativement à l’époque où il a eu lieu.

Saint Augustin et la plupart des docteurs ont supposé que Platon avait connu la Bible, non par la version des Septante, puisqu'elle n’a été faite que soixante ans après sa mort; mais par les communications qu’il eut avec les Juifs pendant son séjour en Égypte. Aussi Numénius d’Apamée, dans son examen critique de sa doctrine, dit-il que Platon est Moïse parlant grec.

On pourrait faire la même remarque à l'égard de son maître Pythagore. Après avoir passé vingt-cinq années en

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Égypte, ce philosophe alla à Babylone afin d'étudier la science des Chaldéens. Il y eut des relations suivies avec un mage nommé Zambranus, qui est peut-être le prophète Daniel. Aussi une foule de préceptes et de règlements disciplinaires de Pythagore sont-ils conformes à ceux de la loi mosaïque.

Les Pères de l’Église sont unanimes sur ce point de-critique; cette croyance générale, chez des hommes aussi éclairés et d’une bonne foi incontestable, est ici d’un grand poids. Saint Justin admet également que Platon a eu quelque connaissance des livres de l’ancienne alliance. Il en enseigna secrètement la doctrine à ceux qui cherchaient à connaître la véritable religion, sans jamais prononcer le nom de Moïse, par crainte de l’aréopage.

Saint Clément d'Alexandrie a partagé la même opinion. Origène, quoique moins affirmatif, faitobserver que Platon, dans son voyage en Égypte, en a eu connaissance par les Juifs. Tout en faisant comprendre ce qu'il en a appris, il en a déguisé pourtant une grande partie, de peur de choquer les Grecs, s’il avait paru trop attaché à la doctrine d’un peuple décrié dans le monde par la singularité apparente de ses lois et la forme particulière de son gouvernement. (Origène, Contra Celsum.) Eusèbe a surtout insisté sur les analogies de la philosophie platonicienne et les enseignements de l’Écriture. Il en a consigné les preuves dans son travail sur la préparation évangélique. Il en 3 été de même de saint Cyrille d'Alexandrie et de Théodoret. °

Is en ont trouvé la preuve dans une infinité de passages de Platon, qui reproduisent jusqu’aux expressions dont Moïse s’est servi pour nous donner l’idée de Dieu : Je suis celui qui

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! Voyez également Cicéron, De finibus, lib. VII, v. 7.

est , termes sublimes dans leur simplicité, par lesquels Dieu s’est révélé comme l’être nécessaire, l'être par excellence. Platon dit exactement dans le même sens et avec un tour de phrase qui rapelle le passage de l'Exode: « la réalité de l'être n’est qu’en Dieu; c’est le seul dont on ne puisse pas »dire proprement, il a été ou il sera; mais seulement, il est. » |

Ce trait rappelle cette courte inscription du temple de Delphes : Et, fu es; car c’est le véritable sens de ce monosyllabe. De l’idée de Dieu existant par lui-même, de l’idée de l’être nécessaire, résulte invinciblement celle de l'unité, dognie fondamental que Platon a enseigné.

Ce Dieu existant par lui-même, l’être nécessaire et éternel, a tiré l’univers du néant; au commencement, il avait créé le ciel et la terre. La Bible nous apprend que sa bonté fut la cause de la création. Platon enseigne la même vérité dans le Timée, où il est écrit : « Disons quelle est la cause »pour laquelle celui qui a créé cet univers la créé : il était »bon. »

L'âme humaine créée à l’image de Dieu est encore une vérité mère écrite dans les premières pages de la Genèse. On la trouve en plusieurs endroits des écrits de Platon, notamment dans le Premier Alcibiade, où nous lisons: « Pouvons-nous indiquer une partie de l’âme plus divine que celle à laquelle se rapportent la science et la sagesse?.. » Cette partie de l’âme est donc semblable à la divinité; celui »qui y contemple tout ce qui est divin, connaîtra Dieu et la »sagesse; il se connaîtra lui-même. »

La présence de Dieu partout est exprimée par Platon dans des termes qui ressemblent parfaitement à ce passage du psaume CXXXIX : « Si je monte aux cieux, tu yés; si je me

»couche dans le sépulcre, tu y es encore. Si je prends les sailes du vent et que je fuie au-delà des mers, ta main me »saisira et ta droite me conduira.» Dans le Xe livre des Lois, Platon dit : « Quand tu serais assez petit pour descendre sdans les profondeurs de la terre, ou assez haut pour monter sau ciel avec des ailes, tu n’échapperais pas aux regards de »Dieu. »

Le rapport entre Moïse et Platon paraît encore plus frappant, lorsqu’on descend jusqu’aux rapports moraux et jusqu'aux lois spéciales. La punition de l’iniquité des pères sur les enfants, et cela jusqu’à la troisième génération, se retrouve dans les lois du philosophe grect. Il en est de même de la loi sur l’homicide occasionné par un animal. D’après là loi de Platon, « si un animal tue un homme, l'animal doit sêtre tué hors de la ville. »

La loi de Moïse dit en termes exprès que : «si un bœuf »heurte de sa corne un homme ou une femme et que la per- »sonne en meure, le bœuf sera lapidé sans exception; on ne »mangera point de sa chair; mais le maître du bœuf sera »absous. » (Erode, XXI, 28.)

La loi de Platon interdit l’usage du vin aux magistrats dans l'exercice de leur charge, comme celle de Moïse le défend aux prêtres et aux sacrificateurs. (Lévit., X, 9.)

Ï serait facile d'étendre ces rapprochements et de rendre très-probable que Platon a connu les livres de Moïse, ou tout au moins que les docteurs juifs lui en avaient exposé la doctrine, lors de son voyage en Égypte. Cette connais- Sance explique de la manière la plus naturelle comment s'est formé le système théologique du philosophe grec.

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! Eusèbe; Prœæparat. Evang., XI, 95.

Du reste, suivant Philon le Juif, commentant le premier chapitre de la Genëse, ainsi que d’après Platon dans le Timée, le monde a commencé d’êtreet il est l’œuvre de Dieu ; mais la matière corporelle est co-éternelle à Dieu même. Tout erronée qu’est cette doctrine, plusieurs docteurs de l’Église ont cru en trouver la source dans les Livres Saints. Cette doctrine a été combattue par saint Paul au rer siècle; saint Clément d'Alexandrie au ne; Origène, Denys d'Alexandrie, Maxime et Eusèbe au ter et au me; saint Basille au 1ve, et saint Augustin au ve. Ils ont tous hautement proclamé l’existence d’un seul être nécessaire , d’une cause première, unique, qui a tout produit, même la matière. °

Note 41, pag. 136. — La cosmogonie des Hindous, qui a supposé le monde supporté par un éléphant et, ce qui est non moins extraordinaire, par une tortue, est peut-être fondée sur la grandeur d’une espèce de ce genre, le Colossochetys Atlas, de l’Inde. Cette ancienne tradition est encore admise par les Indiens de nos jours, et le poète, Jyadova y fait allusion , lorsqu'il dit : « Tortue divine ! la terre est soli- »dement établie sur ton dos immense, dont l’étendue s’ac- » croît encore par la callosité, résultat du poids énorme que »tu as à supporter.» D’autres passages des livres sacrés des Hindous mentionnent une tortue livrant bataille à un éléphant. De pareilles traditions qui se rapportent à des tortues gigantesques se rencontrent dans la cosmogonie de Pythagore, et, à ce qu’il paraît, chez les Iroquois d'Amérique.

Note 42, pag. 144. -— La tortue fossile que nous venons de mentionner, trouvée dans les monts Sewalick, n'avait pas moins de 6 mètres; sa hauteur était de 2m,274. On a donné à cette espèce le nom de Colossochetys Allas , à raison

de ses dimensions extraordinaires. Quoiqu’elle n'ait été trouvée jusqu’à présent que dans des couches présumées appartenir aux temps géologiques , il n’est pas impossible qu’elle ait eu des représentants depuis l’apparition de l’homme.

Ses ossements se rencontrent dans des terrains récents, associés à des crocodiles, des chéloniens, semblables à des espèces encore existantes. C’est d’ailleurs lorsqu'il s’agit des êtres réels, que les Hindous se sont livrés à de plus grandes exagérations.

- Ainsi, l'éléphant est le plus gros des quadrupèdes de l'Inde; on a cru reconnaître l’origine de leur grand serpent asoki dans l’énorme python, de l’oiseau divin garuda dans la cicogne gigantesque de la même partie de l'Asie. Il ne paraît pas possible que l'idée d’une: tortue comparable à un éléphant puisse venir à personne, du moins d’après la taille de celles qui vivent de nos jours dans l’Inde, quoique leurs dimensions soient bien plus considérables que les tortues terrestres’ des autres régions. Gette sorte d’impossibilité fortifie la conjecture que le Colossochetys Atlas a été contemporain des premières générations humaines, et qu’une tradition vague et exagérée de ses grandes proportions a été la première origine des fables cosmogoniques auxquelles nous avons fait allusion.

On peut supposer que la découverte de quelques débris de ces reptiles ait attiré l’attention des anciens habitants de l'Inde ; la spécialité des formes des chéloniens rendant leur reconnaissance facile, même à des hommes peu versés dans les sciences naturelles. Cette dernière hypothèse s’accorderait mieux avec les différences spécifiques qu'ont présentées les éléphants fossiles trouvés aux monts Sewalick,

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