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sortes de pierres calcaires, depuis les formations jurassiques et crétacées jusqu'aux nummulitiques. Ils se sont servis de ces dernières roches très en grand, principalement dans les pyramides de Gyzeh, connues aussi sous les noms de Cheops et Chephren. ‘ |
A part ces trois pyramides, on en voit jusqu’à Dahehour, dans une étendue de 23,000 mètres, une vingtaine d’autres, construites partie en briques cuites devenues d’une extrême solidité, et partie en pierres de diverse nature, parmi lesquelles abondent surtout les pierres calcaires.
Quoique la majeure partie de la pyramide la plus élevée de Gyzeh soit bâtie à l’extérieur en calcaire nummulitique devenu maintenant de la plus grande dureté, diverses parties de l’intérieur du même monument ne sont pas moins construites avec des granites et des syénites de diverses nuances, notamment la chambre dite du Roi. Aussi voit-on auprés del’emplacement de ces mêmes pyramides une quantité très-considérable de blocs de granite et de syénite épars sur le sol 1.
Les brèches quartzeuses et les grès siliceux ont été également très-employés dans les édifices de Thèbes. Dans l’un des plus grands palais de cette ville immense, palais dont l’étendue n’est pas moindre de six cents mètres et où l’on observe un très-grand nombre de statues colossales, on a fait usage d’un grès siliceux qui a acquis la plus grande solidité.
Quant au temple d’Isis que l’on découvre dans l’enceinte . de Thèbes, on a fait usage dans sa construction d’un grès
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‘ M. Jomard affirme même que le granite a servi, du moins en partie, à la construction des pyramides de Gyzeh. (Antiquités de l'Égypte, 4e vol., pag. 217.)
fin jaunâtre, auquel la lumiére vive du ciel de l'Égypte donne un éclat d’un blanc tout particulier.
Les divers matériaux des monuments de Lougsor et de Karnak sont au contraire èn granites et en syénites tirés, à ce que l’on suppose , des carrières de Syène.
Le granite oriental, qui comme le granite rougeûtre y est exploité , a servi, d’après M. Rozière, à construire des monuments de tout genre, soit d’architecture, soit d’ornement, comme des monolithes, des obélisques, des statues, des colonnes des plus grandes dimensions, des sanctuaires, des sarcophages , et jusqu’à des ouvrages que l’on déplace facilement.
C'est à peu près uniquement lorsque les architectes et les statuaires égyptiens ont employé les granites et les syénites dans la construction des obélisques, qu’ils les ont faits d’une seule pièce. Lorsqu’au contraire ils se sont servis de pierres calcaires pour le même usage, la difficulté d’obtenir ces matériaux en gros blocs pour en faire des statues de grandes dimensions, les a portés à les établir par tambours ou par assises plus ou moins considérablest.
Note 54, pag. 233. — Les premiers monuments de l’ancienne Égypte qui aient une date certaine, ne remontent pas au-delà de la troisième dynastie; la construction des pyramides , plus récente , ne date que de la quatrième. La seconde époque de grandeur où ces peuples canstruisirent de grands monuments, comme le Labyrinthe, est bien plus
‘ Voyez la Description de l'Égypte, fruit des recherches des membres de l’Institut, et particulièrement les quatre volumes consacrés aux antiquités et à l'explication des inscriptions égyptiennes. Paris, 1809,
moderne; elle se rapporte en effet à la douzième dynastie.
Quoique les annales égyptiennes commencent, comme la plupart des traditions des peuples anciens, par des légendes consacrées à des dieux ou demi-dieux, ou à des héros fabuleux, elles n’en nomment pas moins Ménès comme le premier souverain humain de l'Égypte. Les monuments confirment cette tradition et placent ce prince à la tête des rois historiques. Îlest difficile d’en douter, quoique nous ne connaissions aucun monument contemporain de ce souverain.
Les successeurs de Ménès furent célèbres dans l'antiquité. Il en est un, le roi Suéfron, qui se distingua par la conquête de la presqu'île du Sinaï et fonda le premier établissement pour exploiter les mines de cuivre de cette contrée. Aussi Hérodote nous en a-t-il conservé le nom, ainsi que ceux de ses successeurs, particulièrement des rois de la quatrième dynastie, qui firent construire les pyramides de Gyzeh. Ces rois avaient donc à cette époque la puissance et la richesse nécessaires pour élever de pareils édifices.
Les souverains de cette dynastie possédaient probahlement la Thébaïde en même temps que la basse Égypte. On le présume en les voyant cités sur les monuments de Thèbes, comme les ancêtres royaux des princes thébains.
Le roi le plus remarquable et le plus puissant des successeurs de Ménès paraît avoir régné sur la haute et moyenne Égypte ; peut-être même était-il maître des établissements égyptiens. On conjecture , avec quelque vraisemblance, que ce prince est le même que le roi Phiops, placé par Manéthon dans la sixième dynastie.
La seconde époque de grandeur de la monarchie égyptienne commença avec la douzième dynastie, dont le premier
souverain fut Aménémés, toujours d’après le même Manéthon. Les monuments le nomment Amenemhea, et les diverses inscriptions nous donnent une idée de la puissance de ce potentat, d’après l’étendue des contrées qui composaient son empire.
” Vers la fin de cette dynastie et sous le règne de la reine Seveknofreou, vers le commencement de la treizième dynastie, les peuples nomades de l’Asie que l’histoire nomme pasteurs, envahirent l'Égypte et la désolèrent par toutes sortes de calamités. Non-seulement on n’éleva plus de monuments, mais les temples furent renversés par suite de la soif du pillage, fléau qu’aménent toujours avec” elles les invasions des nations nomades.
La restauration de l’empire égyptien n’eut lieu qu'après de longs temps de servitude et lors de l’établissement de la dix-huitième dynastie. Ce ne fut que lorsque Amasis se fut emparé d’Avaris, place forte du delta, que l'Égypte commença à respirer et que les peuples pasteurs furent complètement expulsés de cette contrée qu’ils avaient longtemps gouvernée d’une manière absolue.
À partir de ce moment, qui fut heureux pour les rois de l'Égypte , ces princes se succédèrent d’une manière régulière. De nombreuses victoires suivies de remarquables triomphes rendirent cette contrée l’arbitre du monde pendant plusieurs siècles.
Nous nous arrêterons ici afin de ne pas donner à cette note une éténdue trop considérable , et d’ailleurs parce que les faits historiques que nous venons de rappeler ont plus de rapports avec les notions rapportées par les Livres Saints que les événements qui leur ont succédé. Ces données suffisent du reste pour prouver le soin que les archéologues
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modernes ont mis à recueillir les inscriptions gravées sur les monuments de cette contrée célèbre et les documents historiques que nous ont fournis ces monuments eux-mêmes. Ceux qui désireront de plus amples détails sur l’histoire . réelle des premiers temps de l'Égypte , en trouveront des plus intéressants dans les écrits de MM. Champollion, Rosellini, de Bunzen, de Brugsch de Berlin, de Rougé, ainsi que dans les Annales de philosophie chrétienne, rédigées par M. A. Bonnetti, surtout dans le XIIe volume de la quatrième série (année 1855).
Note 55, pag. 238. — Genèse, chap. X, vers. 6; psaume CIV, vers. 11 ; CV, vers. 36; CXXXIV, vers. 11; Civit. 93, 27, vers. 22. — Voyez Diodore de Sicile, lib. I, pag. 15, et lib. VII, cap. XLVIII.
Si l’on peut douter que la terre de Chanaan se rapporte réellement à l'Égypte, il n’en est pas de même de ce que l’on a compris, dans les temps anciens, sous le nom de Phénicie, de Judée et d’une petite partie de la Syrie méridionale. Ces contrées paraissent en effet avoir été habitées par onze tribus issues des onze fils de Chanaan. Sept occupaient déjà la Judée avant l’arrivée des Hébreux conduits par Josué. Ces tribus étaient connues sous le nom d’Hébréens, de Jéhuséens, d’Amorrhéens, de Gergéséens, d’Héréens, de Phéréséens et de Chananéens proprement dits. Les deux dernières de ces tribus avaient remplacé les Sinéens et les Samariens. °
Les Hébreux paraissent être entrés dans la terre de Chanaan, sous la conduite de Josué, l’an 1605 avant l’êre chrétienne. Cette contrée a été aussi souvent désignée sous le nom de Terre Promise.
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Note 56, pag. 245. — L'Almageste est un traité d’astronomie que nous devons au savoir de Ptolémée, mathématicien né, à ce que l’on suppose, à Canope, près d'Alexandrie. Il vivait vers l’an 138 de l’ère chrétienne, sous les empereurs Adrien et Marc-Aurèle. En raison de l’importance de ce traité, connu aussi sous le nom de Compositio magna, Îles Grecs donnèrent à Ptolémée le nom de divin et de sage.
L’Almageste portait dans l’origine le nom de Syniaxis megisle; ce ne fut que dans le 1xe siècle que les Arabes désignèrent ce livre par la seule épithète grecque psjiorn, qu'ils firent précéder de l’article arabe al, d’où est résultée la dénomination bizarre d’Almageste qui s'est conservée.
Le texte gréc de cet ouvrage, divisé en XII livres, n’a été retrouvé qu’au xY° siècle; il contient un catalogue d’étodes prétendues fixes, soit d’après les propres travaux de Ptolémée, soit d’après Hipparque. Le premier en a donné le catalogue et en a décrit 1022, dont il a déterminé la position par leurs ascensions droites et leurs inclinaisons.
La première édition de l’A/mageste a paru à Bâle en 1538, in-folio. L'abbé Halma en a publié une édition française à Paris, en 1813, en deux volumes in-4o. Cette édition est accompagnée et enrichie de notes de Delambre.
Indépendamment de l’A/mageste, connu aussi sous le nom de Composition mathématique, Ptolémée a publié bien d’autres travaux, parmi lesquels on peut citer un Abrégé de ses tables astronomiques dites tables manuelles, et des Tables chronologiques connues également sous le nom de Canon royal.
On cite encore de lui l'ouvrage intitulé : Hypothèses et époques des planètes, mis au jour seulement en 1820, et une ” Géographie qui n’a été traduite qu’en 1828, quoique lesautres œuvres de Ptolémée, commentées par Théon, aient été assez
souvent publiées. La géographie de Ptolémée est un ouvrage nécessaire pour la connaissance du monde ancien ou de la portion de la terre qui était connue dans l'antiquité.
Nous devons à ce savant astronome un système du monde dans lequel le soleil, les planètes et les différents corps célestes décrivent leurs orbites autour de la terre : celle-ci est immobile, ainsi que l’annoncent les apparences, mais contrairement à ce que nous apprennent les faits, ainsi que le prouva Copernic dans un livre qui parut à Nuremberg en 1543, le jour même de sa mort !. Néanmoins, et jusqu’à ce grand astronome, le système de Ptolémée fut adopté par tous les savants et les philosophes qui lui succédèrent. Il fut même l’objet de l'attention de Tycho-Brañé, qui, quoique ayant créé un système différent de celui du philosophe. d’Alexandrieet de celui de Copernic, n’en pensait pas moins que la terre est immobile au centre du monde, et que le soleil et la lune tournent autour d'elle, tandis que Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne font leur révolution autour du soleil.
Note 51, pag. 256. — L'histoire des premiers temps du royaume d’Assyrie est donc bien incertaine ; elle le serait encore lors même que l’on admettrait avec Justin (lib. I, cap. I, et lib. IT, cap. IT), que les Scythes étaient en possession de l’Asie 3500 ans avant notre ère, et que Ninus aurait vécu 1900 ou 2000 ans avant l’ère chrétienne. Il en serait encore de même, lorsqu'on supposerait qu’à l’époque de Ninus ou même à une époque antérieure, les Égyptiens constitués en monarchie étaient des peuples riches et puissants, ainsi que nous l’apprend l’Écriture.
Copernic, né à Thorn, en Prusse, en 1473, mourut en 1543: |
Ces dates pourraient rentrer dans celles admises par la Bible, et ne reculeraient pas assez les événements historiques relatifs aux Égyptiens, aux Assyriens et aux Scythes, pour ne pas les faire concorder avec les chiffres adoptés par l'Écriture.
Ainsi , les races hébraïque, chaldéenne et assyrienne, et toutes celles qui s’y rattachent, pourraient être rapportées à une époque antérieure aux 3500 ans ou aux 3700 ans, sans qu’il y eût rien d’essentiel à changer dans la chronologie de l’Écriture. On pourrait même fixer la chronologie égyptienne à un temps plus éloigné que les 3500 ans de l’époque scythique, et porter le commencement de la civilisation égyptienne à 4000 ans avant notre ère, sans que ces modifications eussent une influense notable sur les événements qui s’y rapportent. En effet, la date de 4000 ans n’a rien d’exagéré lorsqu'elle doit embrasser le fait important de la dispersion des peuples, ainsi que le commencement de l'empire égyptien et l’assiette de cette même monarchie.
Note 58, pag. 259.— Il nous reste maintenant à prouver que les monuments de Ninive, quoique peu remarquables sous le rapport architectural, l’étaient cependant sous celui de leurs ornements intérieurs.
L'emplacement qu’occupait jadis cette ville, fameuse dans l’antiqu*&, nous est parfaitement connu par suite des recherches de M. Botta, consul à Mossoul. Son enceinte a été bien déterminée au moyen des murailles qui l’entouraient de toutes parts; quoique détruites en partie , elles ont conservé des traces en quelque sorte ineffaçables de la circonscription de cette populeuse cité. Comme l’on ne découvre pas ailleurs de vestiges semblables, on doit en conclure que
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nous connaissons la véritable enceinte de cette ville, ainsi que l'emplacement du palais de Khorsabad situé au dehors de Ninive et à une assez grande distance.
Les habitants actuels des environs de l’ancienne Ninive sont des Arabes ou plutôt de la race sémitique, c’est-à-dire, Curdes ou Kurdes; quelques-uns d’entre eux ont mêmela prétention d’être originaires de la Perse. C’est au milieu des ruines de cette ville, construite en grande partie en briques cuites, plus ou moins revêtues à l'intérieur de plaques de gypse souvent sculpté, qu’errent et que parquent les successeurs des anciens Assyriens , peuples aussi braves que fastueux.
Nous disons fastueux, car la sculpture était arrivée à Ninive à une perfection remarquable , à une époque qui ne peut être plus récente que 700 ans avant l’ère chrétienne, et qui était probablement d’une date encore plus reculée. Ces sculptures frappent d'autant plus, que l’art assyrien est tout à fait distinct de celui des autres peuples qui ont été leurs contemporains. Il en a été de même de leurs descendants , qui, comme les Grecs et les Romains, ont aussi porté cet art au plus haut degré de perfection. Quoique la sculpture employée par les Assyriens ait un caractère d’originalité particulier, elle n’en a pas moins quelques rapports avec celle des anciens Égyptiens , et même avec celle des premiers âges de la Grèce. Aussi peut-on considérer l’art assyrien comme intermédiaire entre les arts grec et égyptien.
Toutefois, les caractères de raideur et une habitude constante de représenter les objets de profil, qui signalent d’une manière particulière l’art égyptien, ne se trouvent plus dans la sculpture assyrienne. Ils y sont du moins bien peu mani-
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” festes, parce que chez ces peuples la sculpture était sortie de l’enfance de l’art, tandis qu’il n’en était pas ainsi de celle que pratiquaient les anciens statuaires de l'Égypte. En un mot, les sculpteurs de l’Asie n’ont jamais adopté, comme ceux de l'Afrique orientale, cette raideur conventionnelle qui distingue les ouvrages de ces derniers. J1 suffit de comparer quelques figures égyptiennes avec les bas-reliefs découverts à Khorsabad , pour comprendre combien l’art assyrien était supérieur dans la représentation des objets naturels tels qu’ils se présentent à nous.
C’est donc par une étude plus exacte de la nature, par une appréciation plus juste de la vérité des formes, que l’art des Assyriens est regardé comme supérieur à celui qui a été pratiqué par les sculpteurs de l’amcienne Égypte. Aussi, en contemplant les bas-reliefs de Ninive, on voit les premiers essais d’un système vrai, qui, perfectionné par des artistes intelligents et passionnés pour la beauté physique, a produit les chefs-d’œuvre qui ont porté à un aussi haut degré l’art chez les anciens Hellènes.
Si l’on compare la sculpture des Assyriens avec celle qu’ont adoptée les Persans, on s’aperçoit bientôt que ceuxci leur en ont emprunté les procédés, mais qu'entre leurs mains l’art a singulièrement dégénéré. Il existe peut-être tout autant de différence entre les bas-reliefs de Persépolis et ceux de Khorsabad, qu'entre les bas-reliefs sculptés sous les Ptolémées et ceux des âges antérieurs ; la décadence est la même de part et d'autre.
Si la sculpture chez les Assyriens était supérieure, sous quelques rapports, à celle des Égyptiens, et si elle surpassait incontestablement l’art des Perses, leur architecture était restée toutefois inférieure à celle de ces deux peuples, du
moins à en juger par ce que nous en connaissons aujourd’hui.
En effet, la simplicité de construction des édifices de Khorsabad contrastait avec la richesse de leur décoration; des murailles de terre revêtues de plaques de gypse sculptées, et une toiture probablement en hois, étaient assez généralement le genre de construction adopté dans leurs édifices. Cette pauvreté extérieure des monuments de Ninive ne peut être attribuée, comme à Babylone, au manque de matériaux propres aux grands édifices. On ne peut pas supposer non plus que les Assyriens, plus nombreux et plus puissants que les Égyptiens, n'aient pas pu transporter et travailler d’immenses blocs des matières les plus dures, et en faire usage dans leurs temples et dans leurs palais.
On se demande à quelles circonstances peut donc tenir une pareille infériorité dans l’art architectural ? Peut-être n’estelle qu’apparente ; aussi de nouvelles découvertes nous apprendront qu’il n’en a pas été toujours ainsi. On peut d'autant plus le supposer, qu'il est dans Ninive même des monuments dont la façade est supportée par des colonnes, et même des édifices à plusieurs étages, pourvus de frontons triangulaires et ornés de plusieurs pilastres.
Les anciens Assyriens ont aussi fait usage des couleurs dans leurs monuments, genre de décoration qui a été usité chez presque tous les peuples de l’antiquité. On est peu étonné de trouver cette pratique établie à Ninive, puisque la Rible en fait une mention expresse. ( Ézéchiel , chap. XXII, vers. 14 et 15.)
Quoique l'architecture des palais de Ninive n’ait pas atteint la perfection qu’elle avait eue en Égypte àla même époque, il n'est pas moins certain que par leurs dimensions et les richesses de leur décoration, les monuments de cette ville
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égalaient, s'ils ne surpassaient pas, tout ce qu'ont fait les divers peuples de l’antiquité. L'ensemble des palais et des temples de cette ancienne cité devait être aussi imposant que magnifique ; l’effet que devaient produire les peintures et les sculptures, correspond bien à l’idée que Îles descriptions de la Bible nous ont donnée du faste des rois d’Assyrie.
Les ameublements, les vêtements des anciens Assyriens, ainsi que leur industrie, avaient également atteint un grand degré de perfection; ils.nous montrent ces peuples aussi avancés dans les arts qui intéressent notre bien-être, que dans ceux qui tiennent plus particulièrement aux commodités de la vie.
Si nous nous sommes aussi étendu sur le luxe de Ninive, c'est que la Bible nous en a donné une idée, et que nous mettons une assez grande importance à montrer l'exactitude des Livres Saints sur toutes les matières où ils ont porté leur attention. (Voyez le grand ouvrage de MM. Botta et Flandin sur les monuments de Ninive. — 5 volumes grand in-folio, dont le dernier contient la description des monuments et des inscriptions cunéiformes assyriennes. Paris, imprimerie nationale , 1840.)
Note 59, pag. 265. — La réserve de Diodore de Sicile à admettre que Ninus a été le premier souverain de l’Assyrie, n'est peut-être pas aussi peu fondée qu’on pourrait le supposer au premier aperçu. En effet, plusieurs historiens con- Sidérent ce prince comme ayant succédé à son père Belus, qui avait réuni le royaume de Babylone à celui de Ninive.
Ce qui est plus certain, c’est que Ninus, guerrier fameux dans l’antiquité, après avoir fait alliance avec les Arabes, soumit les rois d’Arménie et leur imposa même un tribut.
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Poursuivant ensuite ses conquêtes, il se rendit maître de la Médie, subjugua l'Égypte, envahit la Bactriane, et finit par s'emparer de Bactres , la capitale de cette contrée, qui lui résista longtemps. Il paraît même qu'il ne dut la prise de cette capitale qu’à un stratagème heureux employé par Sémiramis, femme d’un de ses généraux.
Cetie héroïne, que Ninus épousa après la mort de son mari , gouvérna avec gloire l’empire que ce souverain lui laissa. Après elle, le trône échut au fils de Ninus, qui prit le nom de Ninus IT, afin de rappeler le nom de son père, dont il ne partagea pas la gloire. .
C’est, du reste, après avoir fait toutes les conquêtes qui l'ont illustré, que le grand Ninus embellit la capitale de son empire, et la peupla de monuments aussi magnifiques que nombreux. On suppose que sa mort eut lieu vers l’an 1916 avant la naissance de Jésus-Christ, après un règne aussi long que glorieux.
Note 60, pag” 267. — L'ère qui porte le nom de Nabo-
nassar, l’un des fondateurs du royaume des Babyloniens, fameuse dans l’antiquité, a été très-employée dans les tables des anciens astronomes. Ptolémée est celui qui en a fait le plus d'usage. Ses observations ont confirmé la plupart des faits qui y sont consignés. Ceux qui ont le mieux étudié cette époque ont fait remarquer qu’elle a dû commencer un mercredi ou un jour férié, et peut-être le 26 février de Pan 747 avant J.-C.
- Les années dont cette ère est composée sont des années de 365 jours, sans intercalation à la quatrième année, de même que celles des anciens Égyptiens, ce qui produit une année de plus sur 1460 années juliennes.
Aussi Censorius compte à l’an 238 de l’ère chrétienne 986 ans de l'ère de Nabonassar, quoiqu'il n’y ait que 985 années juliennes. Du reste, cette chronologie est moins suivie pour les années postérieures à la naissance du Sauveur, que pour celles qui l'ont précédée.
Note 61, pag. 270.— M. Botta, consul de France à Mossoui, a envoyé à l’Académie des inscriptions, des dessins et des fragments de sculpture provenant des fouilles qu’il a exécutées sur l'emplacement de l’ancienne Ninive. Une pareille découverte a engagé cette Académie à envoyer à Mossoul M. Eugène Flandin, afin d’aider M. Botta à continuer les
travaux qu’il a si heureusement commencés. Nous possédons
maintenant les dessins précieux des sculptures qui ornaient le palais des anciens princes assyriens , dont on n’avait pas soupçonné jusqu’à ce jour qu'il existât le moindre vestige. On désirerait seulement trouver dans l’ouvrage qui a été publié sur ces découvertes intéressantes , un plus grand nombre de notions historiques sur des peuples aussi peu connus que le sont les Assyriens.
Note 62, pag. 272.— En effet, il est certain que l’homme, le plus nouveau des êtres animés, est le dernier de ceux qui ont apparu sur la scène de la vie. Ce fait est attesté par tous les faits physiques, qui démontrent que l’on ne trouve aucun de ses débris, ni aucun produit de son industrie dans les couches ou les dépôts des temps géologiques, pas même dans les terrains de transport anciens , qui, en raison de cette circonstance, ont été improprement nommés dépôts diluviens.
Les terrains où l’on rencontre des ossements humains et
des vestiges des arts que l’homme a enfantés dés l’enfance de la civilisation, appartiennent tous, sans exception, aux temps historiques, quoiqu’ils aient été souvent mêlés à des limons et à des ossements d'animaux bien antérieurs à ces temps plus rapprochés de nous.
C’est principalement dans les cavernes qu’un n pareil mélange a eu lieu; il a été quelquefois si intime, qu’on ne peut reconnaître les causes qui l’ont produit que par la comparaison des ossements des animaux et de ceux qui appartiennent à l’homme. L’altération des uns et la conservation des ‘autres permettent de reconnaître la diversité de leur origine et de leur date. On arrive également à cette détermination, en observant avec soin les diverses circonstances qui ont accompagné dans les cavités souterraines le transport de ces débris osseux. L . Nous ferons toutefois observer que cette distinction n’est pas toujours facile; c’est aussi ce qui a trompé tant d’observateurs, et nous-même, qui avons admis pendant bien des années une communauté d’origine entre des ossements de dates si diverses. Ce n’est qu'après de longues et de minutieuses recherches, que nous avons reconnu notre méprise. On sera suffisamment éclairé sur les causes qui ont prolongé notre erreur, en jetant les yeux sur notre Mémoire sur les ossements humains et l’époque de leurs dépôts. .
La nouveauté de l’espèce humaine est un fait démontré par les observations géologiques , fait également annoncé par la Genèse , et cela bien avant que l’on eût l’idée d’examiner les couches dont la terre est composée. Comment
A pe,
1 Voyez les Mémoires de l'Académie des sciences de Montpellier, pour 4855,
” dès-lors ne pas avoir plus de confiance dans un pareil accord entre l’Écriture et les faits physiques, que dans les annales des plus anciennes nations, qui ne reposent, quant à leur origine, que sur des événements purement chimériques, ou du moins privés de toute certitude.
Nous ne saurions trop le répéter, l'homme est ici-bas fort nouveau, surtout relativement à la terre, sur laquelle il a été placé en quelque sorte pour en démêler et en comprendre l’origine. Cette origine n’a rien de commun avec celle de sa propre espèce, ainsi que le démontre chaque jour l'observation des couches qui composent notre planète.
Note 63, pag. 274. — Ces faits, qui intéressent au plus - haut degré l'anthropologie et l’histoire naturelle des races humaines, ont été observés par M.Boré, dans les lieux mêmes où ils peuvent être vérifiés pour ainsi dire à chaque instant. M. Dureau de la Malle avait déjà remarqué avant M. Boré la conformité de type qui existe entre les Chaldéens, les Kurdes et les Mèdes sculptés sur les bas-reliefs de Persépolis, et les Juifs que l’on voit sur les sculptures grecques ou romaines, enfin l'identité du type des premiers peuples avec les Juifs du faubourg Ghetto, à Rome.
M. Boré, en remarquant dans la Perse et le Kurdistan une grande ressemblance entre les traits des Juifs et des Chaldéens répandus depuis le Pont-Euxin jusqu'aux bouches du Tigre et de l’Euphrate, a observé entre eux une conformité de langage qui vient à l’appui de l'identité zoologique admise par M. Dureau de la Malle.
Enfin, nous le répétons, cette analogie des Juifs et des Chaldéens connus sous les noms de Chab et de Kard, est démontrée par la comparaison des crânes des Chaldéens avec ceux des Juifs établis à Rome.
Note 64. pag. 274. — Les philologues avaient pressenti en quelque sorte les découvertes de M. Boré, lorsqu'ils avaient admis que l’hébreu et le chaldéen étaient la même langue, et qu’il en était probablement ainsi de l'arabe. Dès lors, on était en droit de conclure que les trois peuples avaient la même origine et ne devaient former qu’une seule et même nation.
D’autres écrivains avaient eu la même pensée, et avaient considéré les Chaldéens comme frères des Hébreux, par leur aïeul commun Arphaxad. Les uns et les autres admettaient les mêmes dix patriarches antédiluviens, et-par conséquent la réalité du déluge. Aussi suffirait-il d'effacer le caractère babylonien qu’ils ont imprimé sur leurs annales primitives, pour y retrouver l’histoire de l’humanité tout entière.
Cette opinion, présentée par M. de Rougemont, est fondée sur le passage de Tertullien : Est in mundo loquelæ dissimilis virtus, traditionis una. En effet, si l’on considère les Hébreux et les Chaldéens comme ayant eu une commune origine et ne formant qu’une seule et même nation, on peut très-bien dire avec ce Docteur, qu’il y a eu dans le monde plusieurs langues, mais qu’il n’y a eu qu’une tradition , dont l’Écriture a été l’organe et l’expression. (Voyez l’onvrage de M. de Rougemont sur le peuple primitif, sa religion , son histoire et sa civilisation.)
D'un autre côté plusieurs historiens, en considérant les Chaldéens et les Juifs comme un seul et même peuple, les regardaient comme plus anciens que les Assyriens, qui avant Ninus ne possédaient probablement que le pays montueux situé entre l'Arménie et la Médie. Les Babyloniens étendi rent ensuite leur domination sur tout le pays plat situé entre la mer et le golfe Persique, le désert et les montagnes.
La philologie est venue ici au secours des sciences naturelles ; ce concours inattendu de deux sciences aussi diverses prouve, avec un grand nombre d'autres faits, que toutes les connaissances humaines se touchent et peuvent, par cela même, se prêter un appui mutuel pour arriver à . la connaissance de la vérité. (Comptes-rendus des séances de l'Académie des sciences de Paris, deuxième semestre 1840, tom. IX, pag. 256.)
Balbi, qui est une autorité en pareille matière, admet que presque toutes les langues ont une connexion évidente avec celle qui a été la plus anciennement parlée, l’hébren. A ses yeux, plus les peuples sont isolés et sauvages, et plus
cette connexilé est complète ; plus, au contraire, ils se po- Jissent et se civilisent, plus les rapports que leurs idiomes avaient avec ceux dont ils dérivaient, s’affaiblissent et se perdent. ( Noüvelles annales des Voyages, tom. XXXI.)
Nute 65, pag. 279.— L’ère d'Abraham, qui commence à la vocation de ce patriarche, précède l’Incarnation de 2015 ans; elle commence en effet au {er octobre, de manière que le 4er octobre qui devance immédiatement notre ère vulgaire, est le commencement de l’an 2016 d'Abraham. C'est l’ère d’où part Eusèbe dans sa chronique, et que suit Idacius dans la sienne. Telle est l’opinion que s’est formée l’auteur de l’Artde vérifier les dates des faits historiques, sur une époque célèbre dans l’antiquité, ainsi que l’on peut s’en assurer en jetant les yeux sur le premier volume de cet excellent livre, page xxxix. |
Cette ère est, du reste, bien plus importante dans l’histoire de l’antiquité que celle de Nabonassar, fondateur du royaume des Babyloniens , qui n’est fameuse que dans les
Tables des anciens astronomes. Aussi Ptolémée, qui a recueilli dans son Almageste tout ce que l’on savait, à son époque, en fait d’ästronomie , est celui des anciens observateurs qui en a fait le plus d'usage.
Note 66, pag. 283. — Les rois de la première dynastie des Persans ont été désignés sous le nom de Guil-Chäydens, ou bien Pech-Däydens. Ce nom est dérivé de Guil-Chäh, nommé aussi Kaioumaratz, l’un de leurs premiers souverains, qui se distingua par la justice des lois qu’il donna à ses peuples. La reconnaissance que les Persans en éprouvèrent fut si grande, qu'ils fui donnérent le nom de Pech-Déydens, ce qui signifie Prince qui rend la justice. Aussi, depuis lors, les rois de la même race ont-ils porté le nom de Peck- Déydens. Cette dynastie , l’une des plus anciennes de celles qui ont gouverné la Perse, fut aussi l’une des plus illustres et des plus aimées.
Les rois Guil-Chäâydens se divisent en quatre races distinctes et particulières : la première, ou les Pech-Déydens, paraît avoir eu pour premier roi Kaioumaratz, qui établit le siége de son empire dans l’Azerbâdjan ; la deuxième nommée les Kayängen; la troisième connue sous le nom d’Archänyens ; la quatrième sous celui de Sécanydes ou de Sécanydiens , dont le dernier des rois a été Yerdezerse.
Quelques-uns ont admis avant la dynastie des Guil-Chäydens, ou Pech-Déydens, une autre dynastie partagée en quatre races qui, en partant de la plus ancienne, sont : 10 les Abaydyens; 2o les Djeyens; 30 les Chayens; Ào enfin, les Yécaniens.
Néanmoins on a aussi désigné les rois de Perse qui ont gouverné les provinces méridionales dé cet empire, sous le:
nom de Key-fran, et ceux qui ont régné sur les provinces situées au-delà du fleuve Oxus, ou Oxe, sous celui de Key- Touran. Aujourd’hui encore les rois de Perse sont, désignés sous le nom de Pascha-lran!, comme leur grand-visir sous le nom d’fran-Medary, ce qui signifie le Pôle de la Perse ; ces dénominations sont du reste les plus ordinairement en usage dans cet empire. Une partie de ces désignations s’est conservée chez les Orientaux, qui distinguent en effet la Perse sous le nom d’Yroum ou fran, qui rappelle en quelque sorte celui d’Elam que l’Écriture donne à cette contrée.
Du reste, les noms d’/ran et de Touran se trouvent fréquemment dans les anciennes histoires de la Perse : Key- Iran et Key-Touran, pour dire roi de Perse et roi de Tartarie.
Quoi qu’il en soit, les rois de la dynastie des Pech-Déydens, dynastie qui a duré environ 332 années, s'appelaient tous Dädyäna ou Dadyan, expressions persanes dérivées de dad ou de déh, qui renferment la même idée de juste ou de justice. En définitive, les rois de la monarchie persane étaient considérés par leurs peuples comme les chefs de la justice, ou comme les promoteurs de ce qui est juste et bon.
La dynastie des Pech-Dâydens, composée de onze rois, aurait duré 2450 années, du moins d’après ce que rapporte le Djchéa-and ou Däbistén, publié par Oussely; mais ce chiffre est probablement hypothétique, car nous ignorons tout à
1 Les titres ordinaires des rois de Perse sont Cha ou Padcha, expression qui, dans le langage du pays, signifie simplement faire des partages ou distribuer des secours. C’est le titre le plus grand que l’on puisse donner en Perse à un personnage très-élové, et qui répond au titre de roi ou d’empereur, que l’on attribue en Europe aux têtes couronnées. .
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fait lé commencement et la fin de cette dynastie. Dès-lors il est difficile de dire d’une manière positive quelle a été sa durée.
. Si l’on s’en tenait aux notions géographiques que les Persans nous ont données du pays qu’ils habitent, la Perse serait le plus grand empire du monde. Ils le considèrent en effet comme environné par quatre grandes mers, la mer Noire, la mer Rouge, la mer Caspienne et le golfe Persique. Six principaux fleuves, presque aussi fameux que les mers qui l'entourent, lui donnent également un grand renom; ces fleuves sont : l’Euphrate, l’Araxe, le Tigre, le Phase, l’Oxe ou l’Oxus, enfin l’Indus. En outre, la Perse présente presque de tous côtés un espace de trois à quatre journées de chemin, inhabité, quoique ce territoire soit fertile du côté de l'Orient et de celui de l’Occident.
Les Persans regardent comme une marque de vraie grandeur, de laisser ainsi des pays abandonnés entre de vastes empires. Ces bornes, qui n’ont rien de fixe, empêchent, disent-ils, la moindre contestation pour les limites, en servant comme de murs de séparation entre les pays limitrophes. Selon eux, la Perse doit d'autant plus être considérée comme l’un des plus grands royaumes du monde , qu'elle ‘s'étend du fleuve Indus au Phase, ce qui embrasse un espace de plus de sept cent cinquante lieues, et que sa largeur n’est pas moindre de quatre cent cinquante lieues.
Ils ajoutent enfin que leur empire a eu une étendue encore plus considérable que celle qu’il présente aujourd'hui, puisque du temps d’Effrasiah, neuvième roi de Perse, l’empire comprenait, outre le vaste territoire qui le compose maintenant, tous les pays situés entre la mer Caspienne et la Chine, du côté du Septentrion et de l'Océan. Ce fut alors
que ce monarque partagea par le fleuve d’Oxe cet empire sans pareil, appelant fran ce qui est au Midi, et Touran ce qui est au Nord, comme pour désigner les pays qui se trouvent en decà et les distinguer de ceux d’au-delà de ce même fleuve {.
Note 67, pag. 289.--— L’ère des Olympiades, qui consiste dans une révolution de quatre années, est la plus ancienne de toutes celles dont la Grèce s’est servie. Les Latins l’adoptérent pour s'entendre avec les Grecs et pour assurer leurs propres supputations. La première année de l’Incarndtion, ou de l’êre chrétienne, coïncide avec la première année de la 195e olympiade. La cinquième de Jésus-Christ correspond par conséquent à la première de la 196e olympiade, et ainsi des autres.
Note 68, pag. 299. — On avait bien conçu quelques doutes
. sur l’authenticité des Védas, ou livres sacrés des Hindous,;
mais Colebrooke a prouvé que les livres qui portent aujourd’hui ce nom sont les mêmes que ceux qui depuis tant de siècles ont été vénérés par les Hindous. Seulement leurs fragments, épars et dispersés, ont été recueillis et mis en ordre par Douapa-Yana, écrivain célèbre dans l'Hindoustan sous le nom de Viaca. Cette mise en ordre a eu lieu à ce qu’il paraît vers 1400 avant l’ère chrétienne.
et Rennes Med ed ue
! Quant à la langue dont les Persans anciens et modernes ont fait usage, elle paraît dérivée du sanscrit , ainsi que le prouve la comparaison des mots employés dans les deux idiomes.
Voyez le Voyage de Chardin en Perse, nouvelle édition publiée par L. Lariglès, 10 vol. in-80. Paris, 1811 , surtout le tome IIT, page 256 et suiv. — Id. Voyage en Perse, par MM. Flandin et Pascal. 6 grands vol. in-f°; de plus, 2 vol. in-8° destinés à la relation du voyage. Paris, 1840-1841,
Quant aux Pourânas, leur origine n’est pas encore parfaitement connue, malgré.les travaux de la Société de Calcutta ; tout ce que l’on sait, c’est qu’ils sont bien antérieurs à l’Érour-Veidam, puisque ce livre contient une critique amère de certains Pourânas, où se trouvent en effet les fictions les plus absurdes sur l'origine des choses ou sur la création. On sait maintenant que l’Ézour-Veidam est bien plus moderne que l'expédition du héros macédonien, et l’on suppose qu’il a été rédigé quelques siècles seulement avant l’époque où Voltaire a vécu, c’est-à-dire vers 1700.
Les Védas ont sans doute une certaine ancienneté, à en juger par la pureté de plusieurs dogmes qu’ils contiennent, comme l’unité de Dieu , l’immortalité de l’âme; mais cette ancienneté est bien moindre que celle du Pentateuque. Il ne serait pas du reste très-étonnant que cette doctrine leur fût venue d’ailleurs et que les Hindous l’eussent reçue des Hébreux, quoique en général leur religion soit assez conforme, pour le fond des idées et des principes, à celle qui était professée par les Égyptiens et les anciens Persans.
Du reste, d’après plusieurs historiens, comme par exemple M. Marles, auxquel nous devons de nombreuses recherches sur l’Inde ancienne, l'Iran, ou l’ancienne Perse, aurait été le siége des sciences morales ou religieuses des peuples idolâtres de l’antiquité ; toutefois plusieurs, comme les habitants de ce vaste pays, auraient eu quelques doctrines plus épurées. On le suppose d’autant plus qu’on peut trèsbien admettre qu'ils ont considéré Menou comme le premier homme, qu’ils ont représenté le Noé des Hébreux par Vaïvassouats, et conservé le souvenir du déluge dans leurs premiers Avatars.
Les Védas , ou les livres sacrés des Hindous , sont si
anciens, qu’ils paraissent remonter à 3000 années avant l’'êre chrétienne. Ces livres ont un intérêt réel, non-seule. ment en raison de la grande place qu'ils occupent dans le passé , mais parce qu'ils prouvent avec tant d’autres faits physiques et historiques que la civilisation est partie de l'Asie. Née sur les bords du Gange et au pied de l’Himalaya, elle s’est étendue successivement vers l'Occident, où elle est maintenant parvenue au plus haut degré de perfectionnement dans la partie occidentale et septentrionale de l’Europe, qui en avait été si longtemps privée.
Les Védas se composent de plusieurs livres ; le plus ancien est le Rig- Véda, ou livre des hymnes, qui a été traduit par M. Langlois , c’est celui dans lequel les autres Védas ont puisé plusieurs documents : {° le Jüig-Veda samhita ;
2 le Yadjour-Véda, 30 le Sima-Véda; 4o l’Atharva-Véda ou Alharvana. Ce dernier est le plus récent de ces quatre Traités. |
Ces différents livres composent l’ensemble des Védas, qui ont de l’importance pour l’histoire générale de la civilisation et celle du peuple dont ils forment la religion. Parmi ces corps d'ouvrages, on a toujours distingué le Rig- Véda en raison de sa priorité ; anssi a-t-il provoqué les
* plus nombreux et les plus importants travaux. La pureté de
quelques-uns des dogmes qu’il contient, comme par exemple l'unité de Dieu, n’y a pas peu contribut. Néanmoins la doctrine qui a triomphé dans la religion des brahmes a toujours été entachée de panthéisme, même au milieu des plus heureuses fictions.
Outre les Védas, la littérature orientale invoque, pour montrer sa supériorité, le poème sanscrit de Valmiki, que les écrivains persans regardent comme égal à ceux d'Homère.
— EXXXH —
C’est en effet dans ce poème, ou le Ramayana, que l’on trouve ce beau vers :
« La fidélité à sa promesse est le cachet de la grandeur! »
Les mêmes écrivains voient également dans l'hymne célèbre attribué à Orphée , le transport des idées originellement indiennes dans les premiers âges de la Grèce; ces idées y auraient été, encore d’après eux, grandement affaiblies, ainsi que le prouve la comparaison de cet hymne avec les chants sublimes du Ramayana.
En effet, ces chants nous donnent les idées les plus justes et les plus hautes de Dieu ! Tu es, disent-ils, celui qui a été et celui qui sera! Tu es le point le plus élevé des mondes et l’origine de tout, toi qui n’auras pas de fin! Tu es la demeure de la vérité! Tu es au commencement et ä la fin de tout; mais on ne connaît de toi ni le commencement ni la fin !.. La lumière fut avant les mondes, comme Ja nuit fut avant la lumière; mais qui a été avant toi, Dieu suprême ?
Après ces belles paroles, comment ne pas supposer que souvent, dans l’antiquité, l’idolätrie n’était qu’à la surface, et que l'unité de Dieu était au fond des choses? Le polythéisme était le culte des masses populaires; mais le monothéisme était la religion des esprits éclairés par quelquesuns des rayons proveaus des saintes Écritures, ou inspirés par Dieu lui-même, dans quelques âmes pures et choisies 1.
Comme l'opinion la plus généralement admise fixe la prise de Troie à l’an 4072 avant Jésus-Christ , Homère, à quelque époque que l'on rapporte sa naissance, a été très-postérieur
! Journal général de l'instruction publique, du samedi 7 mai 1859, vol. XXVIIT, pag. 203, n° 37.
= LXXMH —
en-date à l’époque où a vécu Valmiki, l’auteur du Ramaÿana. Ce n’est donc pas dans les poésies du Prince des poètes que Valmiki a pu prendre les nobles pensées qu’il a exprimées, lorsqu'il a voulu nous donner une idée de la puissance divine.
Nole 69, pag. 307.— Les dates que nous venons de donner ne sont pas les seules qui existent sur l’histoire réelle de la Chine. Les trois différents abrégés latins que nous avons des annales de Se-Ma-Couang, annales qui ont été publiées en 4064 de l'ère chrétientie, font commencer les temps historiques sous le règne de Hoang-Ti, 2697 avant Jésus- Christ !. Mais on a cru pouvoir faire remonter les premiers temps historiques à 634 années plus haut, pendant lesquelles neuf princes auraient régné avant Hoang-Ti. Si ces règnes avaient eu lieu réellement, Fou-Hi, fondateur de la monarchie chinoise, aurait vécu 8331 avant l’ère chrétienne.
Depuis les travaux qui nous ont valu les ahrégés latins, en a reconnu que l'existence de ces neuf rois antérieurs à Hoang-Ti était tout à fait hypothétique, et ne reposait nullement sur le véritable système chronologique des annales chinoises. Ces annales sont composées de deux parties distinctes, dont la certitude et l’authenticité sont très-différentes. °
La partie qui commence à. 206 ans avant Jésus-Christ est écrite sur des mémoires contemporains; aussi a-t-elle
1 Ces abrégés sont : 1° celui du P. Martini, Hist. sinic., decas I, 8; Amstel, 1856 ; 2% celui du P. Couplet, Synopsis chronologica in-fo,1686; Paris, à la suite du Confucius; 3° celui de l’anonyme, publié par Melchi Thevenot, dans le quatrième volume du Recueil
des voyages.