‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiquesChapitre 6 sur 80 · IV. Des travaux des mines · texte numérisé non relu

IV. Des travaux des mines

Les travaux des mines rentrent dans l'appréciation de la date que nous cherchons; œuvre de l’homme, ils peuvent servir à faire apprécier l'époque de sa venue. On a beaucoup exagéré l’ancienneté des recherches souterraines. D’après les traditions, les Phéniciens, les Carthaginois et

- plus tard les Romains, se sont livrés à des travaux considérables, pour rechercher les métaux précieux renfermés dans le sein de la terre. Leur exploitation a commencé fort tard et a par cela même été très-limitée dans leur étendue et leur importance. |

" Quoique les documents historiques soient assez positifs JR à cœtégard, quelques observateurs, jugeant ces faits avec des idées préconçues, ont prétendu que les mines de fer de l’île d’Elbe avaient été exploitées depuis plus de quarante mille années. M. Fortia d'Urban, en examinant les déblais ] qui en ont été extraits, a néanmoins réduit cet intervalle à environ cinq mille ans; encore a-t-il supposé dans ses ‘ calculs que les anciens n’exploitaient chaque année que le quart de ce que l’on en retire maintenant.

Il est facile de juger à quelles méprises on s'expose, lorsqu'on apprécie l'époque à laquelle des travaux ont

| commencé dans desmines, uniquementsur les déblais qu’on en a extraits. Cette quantité varie nécessairement d’une année à l’autre, en raison de l'accélération que l’on peut donner aux travaux plutôt à une époque qu’à une autre, + ainsi que par la pauvreté ou la richesse du minerai.

En admettant l’évaluation de M. Fortia, on se demande pourquoi les Étrusques et surtout les Romains, qui consommaient une si grande quantité de fer dans leurs armées, avaient tiré si peu de parti de ces mines. D’un autre côté, si elles avaient été exploitées il y a cinq mille ans, on ne saurait expliquer comment le fer était si rare dans la haute antiquité et pourquoi 1l n’a été commun que lors des beaux temps de la Grèce, où l'emploi de ce métal devint général.

La magnificence des édifices de l’ancienne Égypte est loin d’attester le contraire, quoique ceux qui les ont con-

struits aient atteint une assez grande perfection dans la préparation des métaux et particulièrement dans La trempe

Es

du cuivre. Les couleurs dont ils sont ornés et les métaux que l’on y a employés, annoncent égalementleurs connaissances dans l’art de composer certaines couleurs métalliques et dans celui deles appliquer ; mais ces monuments sont loin d’avoir une grande antiquité, ils ne remontent pas à quinze cents ans avant l'ère chrétienne ; ils ne reculent donc pas indéfiniment la naissance des arts, dont les premiers progrès furent sans doute inspirés, par une nécessité d'autant plus impérieuse, que les Égyptiens étaient soumis au despotisme le plus absolu.

On pourrait voir une preuve de l’habileté des Hébreux dans l’art de préparer et de fondre les métaux, dans la statue du Veau d’or, si célèbre dans leur histoire. Probablement, ces peuples avaient acquis en Égypte une partie de leurs connaissances; mais les lumières qu’elles font supposer aux Hébreux ne peuvent s'étendre plus haut que leur origine.

Les métaux paraissent avoir été connus aux premières époques historiques. D'après la Genèse, Tubal-Caïn aurait avant le déluge inventé l’art de travailler le fer. La connaissance de cet art s’évanouit bientôt après cette catastrophe; aussi les anciens se sont-ils servis des pierres, des cailloux, des os, des cornes des animaux, des arêtes des poissons, des coquilles, des bois durs et même des roseaux, comme nous le faisons des métaux. Les sauvages, sans idée de métallurgie, y suppléent au moyen des corps durs et résistants ; ils nous retracent ainsi les usages des peuples et l’art naissant des premiers âges. (Vote 18.)

La connaissance de la fabrication et de l'emploi des

métaux ne tarda pas cependant à être retrouvée. D'aprés une ancienne tradition des Égyptiens, Vulcain leur avait appris à forger des armes en fer. Les Phéniciens mettaient au nombre de leurs héros, deux frères qui passaient pour avoir découvert ce métal dans le sein de la terre et avoir connu la manière de le travailler. Prométhée, dans Eschyle, se vante d’avoir enseigné aux hommes l’art de façonner et d'utiliser les métaux. Quelques auteurs attribuent la découverte et l’usage du fer aux Cyclopes ; d’autres, tels que Diodore de Sicile, ont prétendu que nous devons l’art de le forger aux Chalibes ou Cabires, peuples renommés pour leur habileté à travailler ce métal. Clément Alexandrin a supposé que le secret de rendre le fer malléable était dû aux Norèpes ; enfin, d’après Job, le fer et les autres métaux étaient communs en Égypte et dans plusieurs contrées de l'Asie, où l’art de les préparer et de les employer à divers usages était connu avant Abraham. (Note 19.)

On ne sut d’abord travailler qu’un petit nombre de substances métalliques, telles que l'or, l'argent et le cuivre. Le fer n’a été employé par les anciens peuples qu'après un certain temps ; 1l ne paraît avoir été répandu que lors de la Grèce héroïque. La découverte de ce métal, et surtout sa fabrication, présentent tant de difficultés, que l’on est peu surpris de voir les écrivains de l’antiquité d’accord sur ce point, que les premiers peuples avaient à peine connu le fer, devenu maintenant si précieux.

On s’est donc à peu près uniquement servi du cuivre aux premiers âges de l’histoire. On l’a employé aux mêmes usages auxquels nous soumettons maintenant le fer. Ainsi,

les armes, les outils de labourage et des arts mécaniques étaient de cuivre; cette coutume a longtemps subsisté. Les écrits d'Homère nous apprennent que l’on n’a pas fait usage du fer lors de la guerre de Troie. Le cuivre en tenait lieu, soit pour la fabrication des armes, soit pour celle des outils. (Note 20.) . os Îlen a été de même chez les Romains, pendant un grand nombre d'années. Presque tout ce qui nous reste de ce peuple guerrier est en cuivre. La preuve la plus évidente que l’usage de ce métal a précédé celui du fer, c’est que les anciens se servaient de l’airain dans toutes les cérémonies religieuses , telles que les sacrifices et les expiations. Les prêtres des Sabins coupaient les cheveux aux initiés avec des ciseaux d’airain. À Rome, le grand-pontife de Jupiter se servait pour le même usage de ciseaux de cuivre. Quand les Étrusques voulaient bâtir une ville nou-

velle, ils en traçaient le circuit avec un couteau d’airain ; ils

ontnéanmoins connu les mines de fer de l'ile d’Elbe, mais seulement un peu tard.

Cet usage n’était pas particulier aux Grecs et aux Ro-

"mains ; il a été commun aux peuples de l'antiquité. Chez

les Égyptiens, les armes étaient originairement d’airain. Du temps d’Agatharchide, on trouvait encore dans les fouilles des anciennes mines, des ciseaux et des marteaux d’airain, dont on faisait usage pour leur exploitation. Job parle d’arcs d’airain. L’Écriture dit que les Philistins, s’étant rendus maîtres de Samson , le chargèrent de chaînes d’airain.

Hérodote assure que, chez les Massagètes, les cognées,

fie.

les piques, les carquoiset jusqu'aux harnais des chevaux étaient de ce métal.

De même, les peuples modernes, tels que les Mexicains et les Péruviens, possédaient l’art de travailler l'or, l’argentet le cuivre, sans avoir la moindre notion du fer, quoiqu'il y en ait abondammènt dans la partie de l’Amérique qu’ils habitent. (Note 21.)

Les anciens’ ont fait usage du cuivre bien avant l’époque où ils ont su préparer le fer et fabriquer l'acier. Ils ont aussi connu l’art de rendre le cuivre malléable et de lui donner une grande dureté au moyen de la trempe. Ils paraissent y être parvenus en alliant ce métal avec l’étain, dans des proportions convenables. M. Darcet, en cherchant les procédés suivis par les anciens pour donner au cuivre ces avantages, y a réussi à l’aide d’un alliage d’étain qu'il a soumis à la trempe ; on peut donc présumer qu’à l’aide d’un pareil alliage, les Égyptiens, les Grecs et plus tard les Romains ont pu se servir du cuivre pour couper et inciser les corps durs, comme nous le faisons avec l'acier.

Ce que nous venons de dire de la découverte du fer et des moyens de le préparer, prouve, ce semble, qu'il est difficile de supposer que les mines de l'ile d'Elbe n'aient pas été connues avant l'époque où l’on sut tirer du fer tous les avantages qu’il présente. Les Étrusques paraissent avoir été les premiers possesseurs de cetteile ; elle passa ensuite sous la domination des Phocéens, qui bâtirent Marseille. Les plus anciennes médailles trouvées dans cette ile sont toutes étrusques. Les plus récentes sont des empereurs; celles-ci sont mêlées à des médailles consulaires sur les-

quelles sont gravés des trirèmes et des faisceaux ; elles ont été frappées aux noms de Pompée et de Cinna.

L'ile d’Elbe, connue des Grecs sous le nom de œfxhex ou de «das, avaitété nommée {lua ou Ilva par les Étrusques , nom adopté plus tard par les Romains. Les modernes en ont fait Elba, et enfin les Français Elbe. On suppose que les Grecs avaient appelé cette ville œBæux , de la racine grecque aidos (ardor) à cause de la violence du feu des usines destinées à travailler le fer!.

Plusieurs écrivains ont prétendu que Porto-Ferrajo , la capitale de cette île, avait servi d’asile aux Argonautes, lorsqu’après la conquête de la Toison d’or ils parcoururent les côtes de la Méditerranée. On a même avancé que Porto-Ferrajo avait reçu jadis le nom de port d’Argo ( Argous portus ); mais c’est là une pure hypothèse. Lors même que le voyage des Argonautes aurait été réel, cette circonstancene prouverait pas que l'ile d’Elbe ait été connue depuis les premiers temps historiques. L'arrivée des Argonautes ne remonterait pas au-delà de l’année 3564 de la période Julienne, ou depuis 1350 ans avant l'ère vulgaire, ainsi que l’a démontré Larcher dans son ouvrage sur Hérodote.

Ces mines n’auraient donc été connues que depuis 3195 années avant les temps actuels ; on doit dés-lors être peu surpris qu'Aristote les ait signalées comme remarquables par leur richesse en minerai de fer, et que Strabon,

‘Tous les mots dont on pourrait faire dériver œ6ahez, indiquent des lieux brûlants ou d’une température très-élevée.

Ptolémée et Diodore en aient parlé avec admiration.

(Note 22.)

Virgile appelle l'ile d'Elbe , dans le dixième chant de l'Énéide (vers 172) Ilva, et la signale comme récente et fort riche en productions métalliques.

Sex centos illi dederat populonia mater Experios belli juvenes; ast Ilva trecentos Insula ,in exhaustis Chalybum generosa metallis.

Ces faits prouvent que si les mines de l’île d’Elbe avaient été exploitées il y a cinq mille ans, l'usage du fer n'aurait pas été si peu répandu dans l'antiquité. On ne peut donc pas invoquer en faveur de l'ancienneté du genre humain les travaux des mines, pas plus que les autres monuments historiques dont nous avons discuté la valeur.

V. Des monuments et de la civilisation, considérés comme mesure du temps.

La grandeur, la beauté d’un grand nombre de villes de l'antiquité, ainsi que les faits représentés sur certains monuments des premiers temps de l’histoire, ont paru, à

plusieurs chronologistes, annonter une haute ancienneté

à l'existence de l’homme ; il est donc nécessaire de distuter la valeur de cette assertion.

Les plus anciens monuments parvenus jusqu’à nous sont la tour de Babel, et ceux qui couvrent le sol de certaines parties de l’Asie et de l'Égypte, particulièrement les pyramides. (Note 23.)

L'époque de leur construction, évidemment postérieure

à celle du déluge, est aussi fort éloignée de l’apparition de l’homme. Les historiens qui en ont le plus reculé le terme ne la font pas remonter au-delà de 3413 ; tandis que d’après la Genèse leur construction ne dépasserait pas 2655, ou au plus 2665 années avant les temps actuels (1859 ).

Nous adopterons, si l’on veut, avec plusieurs écrivains modernes, le premier de ces nombres, qui éloigne le plus cette date. |

Les pyramides d'Égypte doivent être moins anciennes que Moïse; car si ces monuments dont, suivant l’expression du poëte, la masse indestructible a fatigué le temps, avaient existé, 1l enaurait certainement parlé aux Hébreux, qui comme lui sortaient d'Égypte. Leur grandeur et l'ensemble de leurs proportions frappent l'imagination à tel point, que plusieurs artistes, étonnés de leurs dimensions gigantesques, ont répété à plusieurs reprises que ces monuments annonçalent ou des hommes de cent pieds ou une antiquité incalculable. (Nate 24.)

Nous avons déjà répondu à la seconde partie de cette supposition. Nous ajouterons, relativement à la première, que tout ce que ces édifices disent à ceux qui les jugent sans prévention, c’est qu'ils n’ont pu être élevés que par des nations soumises à un pouvoir absolu. Que d’instruetion dans ces monuments ! Ne révélent-ils pas à notre pensée sous quel joug gémissaient les hommes qui les ont érigés1?

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! La plupart des archéologues ont considéré les pyramides comme de vastes tombeaux destinés à la sépulture des rois d’Égypte. M. de Persigny a seul prétendu que les pyramides d’ Égypte et de Nubie n’ont été construites dans le lieu qu’elles occupent, que

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Les pyramides, loin d’être les édifices les plus anciens de l'Égypte, leur sont postérieures, d’après Champollion, d'environ mille ans. Les premières ne remonteraient pas à plus de 3055 ans avant l'époque actuelle ; tandis que les monuments antérieurs auraient été érigés il y a environ 4060 années.

Du reste, c’est seulement pendant les xvirre, xvire, xvie et xve siècles avant l’ère chrétienne, que les rois d'Égypte ont élevé les plus beaux édifices de Thèbes, de l'Égypte et de la Nubie. Ils ont employé les pierres extraites des riches carrières de Syène et les calcaires de Silcilis pour les constructions qu'ils ont fait élever dans les contrées soumises à leur empire. Ils ont fait exécuter, à la même époque, d'immenses monuments religieux excavés dans les rochers, de grandes sépultures, ainsi que de vastes édifices consacrés à leurs tombeaux.

Les constructions dont le sol de l'Égypte est rempli ne remontent donc pas très-haut, puisque les plus anciennes ne dépassent pas 3663 années avant les temps actuels (1859).

On a cru pouvoir justifier la haute antiquité que l’on voulait attribuer aux Égyptiens, au moyen des zodiaques d'Esnée et de Dendérah. Ainsi, l'on a vu dans ces monuments une preuve du progrès que les connaissances astronomiques avaient fait chez ces peuples , et les longues

on nn Ou

: pour empêcher les sables du désert de pénétrer en l'Égypte. On

voit qu’en refusant à ces monuments leur destination primitivement funéraire, cet observateur leur fait jouer en quelque sorte dans le désert le rôle de paravents.

observations que leur invention avait exigées. Les érudits modernes ont établi leur système d’incrédulité sur ce zodiaque , dont Dupuis faisait remonter l'origne à 13 ou 45000 années avant l’époque actuelle. Les recherches récentes ont enlevé à l'Égypte et à l'Orient une invention qui provient de la Grèce. (Note 25.) Lors même que l'Égypte aurait eu un zodiaque semblable ou inverse du nôtre, il n’appartiendrait point à cette contrée, mais à un peuple plus ancien en astronomie que les Égyptiens, et fixé dans un climat ou dans une région toute différente, qui paraîtrait être l’Assyrie ou la Chaldée. Il pourrait tout au plus avoir été construit dans cette contrée, s’il n’était prouvé que les zodiaques prétendus égyptiens sont d'origine grecque et d’une date peu ancienne.

La supposition qu’ils pouvaient avoir été imaginés en Assyrie , se concilierait plutôt avec la construction du z0diaque pris comme il est, sans qu’il fût besoin de l’altérer par aucune hypothèse. Du moins, l’histoire sacrée et l’histoire profane s'accordent dans ce sens, que lune et l’autre

‘admettent le berceau des sciences et des arts dans cette

contrée. Les Égyptiens semblent donc l’avoir apporté lors de leurs expéditions dans le royaume d’Assyrie. Depuis lors seulement il a été en usage. |

Sr l’on veut connaître l'époque précise d’une découverte aussi utile à l’agriculture, ilsuffit d'observer que le zodiaque, composé de figures symboliques relatives à la diversité des saisons, ne peut remonter plus loin que leurs variations et leurs différences. Or, les historiens sacrés et les poètes profanes nous représentent les premiers habitants

de la terre comme jouissant d’un printemps perpétuel, d'une température toujours égale, et dont la vie durait plus d'un siécle, circonstances qui concordent parfaitement.

Ori peut supposer , d’après les animaux ensevelis dans les dépôts géologiques récents , que la température de la terre était plus élevée à l’époque de leur dispersion qu’actellement ; seulement la chaleur du globe semble avoir été pour lors plus également et plus uniformément répartie. Ces conditions ont dû exercer une certaine influence sur la durée de la vie des hommes des premiers âges. Ainsi , quelque étrange que puisse paraître le récit des poëtes ef des historiens touchant les premiers temps, il pourrait bien ne pas être sans réalité. Les poètes ont peutêtre puisé les idées d’un bonheur imaginaire dans la tradition qui s’en était conservée parmi les enfants de Noé.

Visconti paraît avoir soupçonné le premier que les zodiaques de Dendérah et d’Esnée pouvaient être des ouvrages inspirés et exécutés sous l'influence grecque. La disposition de douze figures, dont huit à genoux et quatre droites, annonçait trop d'esprit pour des Égyptiens. (Note 26.)

D’un autre côté, de nombreux voyageurs ayant exploré l'Égypte depuis la première cataracte jusqu’à Syène, ont démontré que les monuments de cette contrée étaient d'autant plus anciens qu'ils étaient moins parfaits. Les temples de Dendérah, d’une construction et d’une archilecture très-avancées , doivent par cela même être modernes,

On ne peut se former des doutes à cet égard, depuis

.Qu'on a découvert sur l’une des faces du temple d'Esnée une

inscription gravée sur une colonne, laquelle annonce combien l’origine de ces monuments est récente. Cette inscription porte : Au nom du très-grand Ammon.......... (ici quelques mots manquent)............ et Apacras ont fait la sculpture et la peinture de la colonne, la dixième année d'Antonin, notre maitre.

Cette colonne n'était donc érigée que depuis peu, quand elle fut confiée aux pinceaux et aux ciseaux des artistes. Le reste du monument n'avait pas une plus haute antiquité; car toutes les parties qui le composent offrent le même . éclat et la même fraicheur.

Les monuments de Dendérah , comme ceux d’Esnée, annoncent une époque et une intention communes. Îls sont donc moins anciens qu'on ne le pensait; car ce qu’on plaçait avant la guerre des Perses doit être reporté bien après. Comment en douter, depuis la découverte faite par Champollion de l'alphabet des anciens habitants de l'Égypte? Il y a distingué deux sortes de signes : les signes des sons et ceux qui peignent les idées. Les premiers représentent les noms propres , et les seconds des faits et des choses générales. Pour exprimer ces derniers, on s’est servi de diverses figures d'animaux, de pierres brutes ou d’autres objets naturels ; ainsi, par exemple, le lion désigne con-

stamment l'emblème de la force ; tandis que, pour rendre la même idée, les Égyptiens ont employé, dans d’autres circonstances, des caractères différents. (Note 27.)

En revenant aux monuments, tous ont des cartouches, et sur l’un de ces cartouches du pronaos ou de l’avanttemple de Dendérah, on a lu le nom de Tibère ; sur d’au-

tres parties du grand temple d'Esnée, ceux de Claude, de Titus, de Domitien etde Trajan. Probablement, ce temple a été bâti sous le règne du premier de ces princes ; son nom, du moins, y est répété plus souvent que celui des autres empereurs.

Ces divers monuments ont été exécutés sous linfluence des Romains, et à une époque récente, puisqu'on lit sur une des figures placées dans l’un de ces temples, le nom de Néron, qui a régné après Tibère. Ailleurs on découvre aussi celui de Cléopâtre, dont le règne mit fin à la dynastie égyptienne.

Par conséquent, les inseriptions grecques, la sculpture, l'alphabet de Champollion, tout, en un mot, démontre que les quatre zodiaques ne dépassent pas l’époque à laquelle régnaient les empereurs. Les monuments qui n’ont point été touchés par une main étrangère, ceux du style égyptien sous les Pharaons, n’offrent aucune trace de représentation zodiacale. |

D’autres genres de présomptions sont venus fortifier ces données. M. Cailliaud a rapporté d'Égypte de nombreuses momies qui avaient une couronne sur la tête, usage qui appartenait spécialement aux Grecs, et qui plus tard fut adopté ‘par les Romains. Le cercueil dans lequel elles se trouvaient, était entouré de feuilles et de baies d’oliviers, circonstance qui indique un mélange des usages romain, grec ct égyptien.

Ces momies avaient de plus la bouche fermée avec une pièce d’or, comme si on voulait s'opposer à ce que la langue en sortit, coutume tout à fait grecque. En les examinant

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de plus prés, on a découvert un zodiaque analogue, par ses signes et sa forme, à celui de Dendérah ; enfin, on y a lu l’inseription suivante : € Paiéménophus, fils de Cor- » nélius Soter et de Cléopâtre, est mort à l’âge de 21 ans, »4 mois, 10 jours, l’an XIX du règne de Tibère, et le » 19 juin.»

Londres, Turin et Leyde ont reçu aussi d’autres caisses de momies. Dans l’une d’elles, on a remarqué un nouveau zodiaque, d’une similitude parfaite avec le premier. Ces figures appartiennent à la même famille, à celle de Cléopâtre. Les zodiaques qui y sont représentés sont semblables à ceux de Dendérab, l’un quadrangulaire et l’autre circulaire. Ils ont le Lion pour premier signe et sont coupés en deux, entre le Cancer et le Lion; il y a derrière le couvercle de la momie, une grande figure qui lève les mains au ciel, dans l’attitude d’une suppliante. Le zodiaque circulaire de Dendérah en possédait une pareille qui est restée en Égypte. D’après ces faits, les zodiaques de Dendérah sont d'une date moderne; le quadrangulaire a été exécuté sous Tibère, et l’autre sous Néron. Quant aux deux d’Esnée, ils ont été construits le premier sous Claude et le second sous Antonin. Le plus ancien des autres zodiaques ne remonte pas au-delà de Tibère.

Aucun monument antérieur ne renferme de zodiaque. Ce mode de représentation du ciel n’était pas connu des Égyptiens, tant qu'ils n’ont pas eu de fréquentes communications avec les Grecs et les Romains ; aussi les zodiaques ont subi diverses combinaisons suivant les opinions qui dominaient en Grèce ou à Rome , à telle ou telle époque ;

ils sont l’expression d’idées qui n’ont eu cours qu'après l'ère vulgaire. (Note 28.)

Deux peuples, fameux par l'antiquité qu'on leur a supposée, ont suivi les lois du caprice, dans l’arrangement des constellations. Les Chaldéens et les Égyptiens ne marchaïent pas cependant de pair dans la voie de la science ; les premiers étaient assez habiles pout prédire la marche des astres. Il y avait du moins science et observation chez ce peuple; sans cela, il n’aurait pas pu annoncer avec précision le retour des planètes et les diverses particularités de leurs positions respectives. |

On peut rapporter l'introduction du zodiaque dans les monuments , à l’époque où les idées des Chaldéens devinrent populaires sur le continent occidental. Alors seulement, ce mode de représentation du ciel , connu depuis environ trois ou quatre cents ans, fut mis en pratique. À raison du défaut d'application utile, il demeura longtemps sans paraître sur les monuments anciens. On n’en trouve de mention expresse que vers le commencement de l'ère chrétienne, quoiqu'it eût été inventé depuis très-longtemps. (Note 29.)

La connaissance du zodiaque est également très-moderne dans l'Inde. Les monuments et les textes ne confirment pas non plus la haute antiquité attrijuée aux natchatras des Indiens, ni aux diverses parties de leur zodiaque lunaire , ou à leurs douze signes du zodiaque solaire. Le même monument grec paraît avoir passé, du temps d'Alexandre, dans l'Inde et de l’Inde dans la Chine ;

il y a été constamment consacré à un usage astrologique, mails jamais à un usage civil.

D’après l’histoire de l’astronomie chinoise, des étrangers l’apportèrent en Chine sous Antonin. Ce mode de représentation du ciel, soit celui dont les monuments de l’ancienne Égypte nous ont donné une idée, soit ceux qui se trouvent dessinés sur les édifices de l’Inde et de la Chine, a donc été emprunté à l'Occident par les peuples de l'Orient. Les progrès de la science archéologique confirment pleinement cette opinion.

Tout ce que Dupuis et Bailly ont avancé sur l'antiquité des Égyptiens et des Indiens, est une pure fiction. Ainsi, les bas-reliefs égyptiens qu’ils ont fait remonter à l’an 3999 ou 4000 avant l’ère chrétienne, ont été probablement sculptés au rxe siècle. Leur date n’est pas antérieure à 4000 ou 4200 ans au plus avant Jésus-Christ. Ces bas-reliefs en granite sont les représentations d'Horus assis sur deux crocodiles et couvert d’un masque hideux. À ses côtés se trouve une chèvre, tandis que le dieu tient des serpents dans ses mains et tire un lion par la queue.

Les monuments mythriaques, auxquels Dupuis et Bailly ont attribué une si grande antiquité, sont si récents qu’ils sont postérieurs à Auguste ; ils ont été érigés vers la fin du règne des Antonins, ou peut-être sous celui de Caracalla.

On ne doit pas voir non plus une preuve de l’ancienneté des monuments de Dendérah, dans cette circonstance que les figures des constellations zodiacales sont les mêmes que celles dont nous faisons encore usage, seulement avec une distribution particulière. Cette concordance ne saurait être

considérée comme une preuve de leur antiquité, surtout après ce que nous en avons dit. Il en est de même de ce que l’on y trouverait une représentation de l’état du ciel, au moment où l’on a peint ce monument. A l’aide de la méthode que nous avons indiquée, on a pu juger que les observations astronomiques des Égyptiens ne remontent pas aussi haut qu'on l’avait supposé.

Sans doute, si les Égyptiens avaient pu déterminer la longueur de l’année d'après le lever héliaque de Sirius, ce résultat serait réellement étonnant ; mais pour qu’il le fût, 1l faudrait qu'il eût été déduit d'observations réelles de cet astre. Ceci est à peu près impossible, surtout en Égypte où le tour de l'horizon est tellement chargé de vapeurs, que dans les belles nuits d'été on ne voit jamais d'étoiles de la deuxième ou troisième grandeur, à quelques degrés au-dessus de l’horizon, et où le soleil, à son lever et à son coucher, se trouve entièrement déformé. (Note 30.)

Si les Égyptiens avaient eu des idées astronomiques aussi exactes, comment Eudoxe, qui avaitétudié pendant plusieurs années dans leurs écoles, aurait-il porté en Grèce des cartes du ciel si grossières et si incohérentes dans leurs diverses parties? Comment la précession n'auraitelle été connue des Grecs que par Hipparque, si elle eût été consignée dans les registres des Égyptiens et écrite en caractères manifestes au plafond de leurs temples ? Comment enfin Ptolémée, qui écrivait en Égypte, n’aurait-il pas profité des observations des anciens habitants de cette contrée , et comment n’en aurait-il pas été de même de Thalès et plus tard d'Hérodote ?

JL. 8,

Les anciennes observations astronomiques, dont les résultats primitifs ont une exactitude remarquable, ne font pas cependant supposer une science antérieure au déluge, ni qu'aucun monument remarquable ait été érigé avant le renouvellement du genre humain. On ne saurait rien en conclure contre la chronologie de la Genèse, pas plus qu’on ne peut admettre les longues périodes que les anciens peuples se sont attribuées sans fondement. Ces périodes, détachées de leur histoire , sont uniquement des sommes de temps calculées par les anciens astronomes, pour faire coïncider les mouvements du soleil, de la lune et des étoiles à certaines époques. Elles sont le résultat d'observations faites dans un espace de temps plus court que celui qu’elles embrassent.

Pour former de telles périodes, il n’est nullement né- . cessaire de les avoir parcourues en entier , il suffit d’en connaître les éléments. Quelques siècles sont suffisants pour y parvenir, surtout si l’on fait attention que la science astronomique des Chaldéens était assez avancée, et que, plus tard , elle parvint à un certain degré de splendeur chez les Égyptiens. On peut en juger par la perfection et la solidité des instruments dont il nous reste des vestiges, et surtout par les aiguilles gnomoniques que le temps et la barbarie n’ont pu détruire entièrement.

Il en est de même des pyramides, qui sont exactement orientées et où les prêtres égyptiens, voués par état à l’étude - de la nature et à l'instruction, se retiraient, assure-t-on, pour être à portée d'observer, sous un ciel pur et serein,

pendant le calme de la nuit , les mouvements des corps célestes.

Il n’a pas fallu des temps bien considérables pour former les périodes astronomiques, et, par exemple, celle de six cents ans, si vVantée par certains savants à raison de son exactitude et de son antiquité. Des millions d’années v’ont nullement été nécessaires pour les découvrir et faire des calculs propres à en démontrer la réalité. Un homme dont la vie se prolongerait jusqu’à quatre-vingts ans, et qui observerait le ciel avec constance, pourrait bien y parvenir pendant cette courte durée. Il suffirait, pour cela, que le zodiaque lui fût connu et qu'il connût également le jour astronomique , divisé en trente parties égales au lieu de vingt-quatre. À l’aide de ces données, un observateur exact etpatient pourrait fort bien former la période luni-solaire de six cents ans.

Voici comment il pourrait y arriver. Supposons que la lune rencontre le soleil au tropique du Capricorne, le 21 décembre à minuit, et que là commence l'observation. Au bout de vingt ans, la lune rencontrera le soleil le 20 du même mois, à minuit, plus trois trentièmes de jour. Après vingt autres années , la même rencontre aura lieu Je 20 décembre, à minuit, plus deux trentièmes de jour. Conséquemment, au bout dix fois soixante, qui valent six cents ans, la fraction du jour devenant un entier, la ren- ‘ contre se fera exactement le 21 décembre à minuit, comme la première , et voilà la fameuse période trouvée.

: Une fois l’élément de la période ainsi fixé, le reste n’est plus qu’une affaire de calcul ; telle a été probablement la

marche suivie par les inventeurs de cette période. Elle à pu être découverte depuis le déluge, et sans beaucoup d'efforts, surtout chez les Chaldéens, qui vivaient sous un ciel constamment pur. Il n’est pas nécessaire d'attribuer au renouvellement du genre humain une date très-éloignée, et de gratifier les hommes des premiers âges de connaissances assez précises, pour arriver à l'invention de cette période.

Les inductions tirées de la perfection de la science astronomique des anciens peuples , ne sont pas plus concluantes en faveur de leur antiquité que les témoignages qu'ils se sont rendus à eux-mêmes. Quand leurs connais- Sances auraient été plus avancées, que prouveraientelles? A-t-on calculé les progrès que peut faire une science chez des peuples qui n’en avaient pas d’aütre ? La sérénité du ciel, les besoins de la vie pastorale ou agricole, les registres des phénomènes, particulièrement tenus par des hommes habiles, l'hérédité des professions : tout a dù y contribuer. Il a suffi que parmi les hommes dont l'astronomie était la seule occupation, il se soit trouvé quelques esprits géométriques, pour découvrir le peu queles nations de l'antiquité ont connu. ( Note 31.)

La beauté du ciel, qui a porté les habitants de la Chaldée à s'occuper de la marche et du mouvement des corps célestes, a dû en donner une juste idée aux esprits méditatifs. Il n’a pas fallu un long espace de temps pour les faire parvenir à un pareil progrès. Ne voyons-nous pas des hommes, en apparence grossiers , dépourvus de tout

instrument d'observation, faire néanmoins des découvertes dont la science des astres s'enrichit?

Ainsi, le paysan saxon Palitzch observa, en même temps que l’astronome Goodricke, les changements qui ont lieu dans l’étoile périodique Algol , ou B de Persée. Paysan par état, mais astronome par vocation, Palitzch devint assez familier avec l’aspect du ciel, pour y reconnaître une étoile changeante entre plusieurs milliers d’autres, et en fixer la période.

Il fut aussi le premier à apercevoir la comète de Halley dont le retour avait été annoncé pour 1759, près d’un mois avant qu’elle fût vue des astronomes , qui armés de leur télescope l’attendaient avec anxiété. Quelques esprits pareils ont pu amener, sous le beau ciel de la Chaldée, la science au point où elle était arrivée.

Depuis les Chaldéens, la véritable astronomie n'a eu que deux âges : celui de l’école d'Alexandrie qui a duré un siècle environ, et le nôtre, dans lequel elle a fait tant de progrès. À peine l’âge des Arabes y a-t-il ajouté quelque chose ; les autres siècles ont été tout à fait nuls pour elle. Îlne s’est pas écoulé trois cents ans entre Copernic et l’auteur de la Mécanique céleste ; et l’on voudrait que les Égyptiens et les Indiens aient eu besoin de milliers d’années pour arriver à leurs informes théories! Un homme de génie suffit pour créer une science et la porter de suite

à un haut degré de splendeur; ce n’est donc pas surle .

temps qu’on doit calculer les progrès des sciences. Si cette vérité avait besoin d’être étayée par des exemples, l’histoire nous en fournirait de nombreux et de frap-

pants. Qu’étaient les sciences naturelles avant Aristote ? et que sont-elles depuis lui jusqu'à Linné et Buffon ? Qu’était également la médecine avant Hippocrate ? Ces ‘ grands hommes ont fondé la science sur des bases inébranlables, et le dernier, en dirigeant les médecins vers l’expérience, leur a frayé une voie nouvelle, dont l'humanité a tant profité.

Considérons des temps plus rapprochés de nous, et demandons-nous ce qu'étaient les sciences physiques et mathématiques avant Galilée, Leibnitz et Newton ? N'est-ce pas à eux que sont dus en grande partie les méthodes et les instruments qui nous ont mis en communication avec le monde extérieur ? À leur aide, nous avons pénétré dans l’immensité des cieux, et découvert des mondes aussi merveilleux que celui qui s'offre immédiatement à nos regards. |

L'esprit humain leur doit encore les nouveaux moyens d'analyse qui nous ont fait faire tant de découvertes inat- ‘tendues et qui en préparent tant d'autres pour l'avenir. Heureux supplément de l'intelligence humaine , l'analyse infinitésimale est un instrument en quelque sorte rationnel; au milieu de ses avantages, cette analyse a celui d’être applicable à tout ce qui peut être saisi par des nombres.

Il ne faut donc pas évaluer les progrès des sciences et de la civilisation, d’après le temps où ils ont commencé à s’opérer. Le génie crée et perfectionne tout à la fois; à sa voix puissante tout cède et obéit, et dans un instant il invente ce que des siècles n’ont su trouver. Aussi n'est-il pas de branche des sciences physiques, à l'exception peut-être de

celle qui se rapporte à l’histoire des animaux, qui date de plus d’un siécle ; en effet, nos sciences modernes n’ont rien de commun avec les ébauches imparfaites que les anciens nous ont laissées. Par leur influence, il n'est pas sur le globe d'asile inexploré; nous y avons découvert quatre fois plus de terres que les anciens n’en connaissaient. Des siècles n'ont pas été nécessaires pour produire de pareilles merveilles ; on ne saurait donc y trouver une preuve de l’ancienneté des nations modernes , comme on a essayé de le faire pour celles de l’antiquité. Les faits sont trop près de nous pour le prétendre ; or , si cet argument ne peut avoir la moindre force relativement à nous, peuples si nouveaux , 1l ne saurait en avoir davantage pour les nations de l'antiquité. |

Si, à certaines époques, les progrès des sciences et des arts ont marché avec lenteur, il en est d’autres, au contraire, où l'intelligence humaine a parcouru avec rapidité la plus longue et la plus brillante carrière. Comment, dès-lors, sur le temps que l'esprit humain aura mis à faire dans le pretnier cas d'importantes découvertes, asseoir un caleul propre à nous faire connaître celui qui aura été nécessaire dans le second? On ne saurait assigner des termes comparables , à des objets qui n’ont entre eux aucune analogie. |

Ne voyons-nous pas l'enfant qui bégaie à peine quelques mots, acquérir en peu de jours un accroissement de connaissances dont aucune autre période de la vie ne nous Offre l'exemple. La civilisation, comme le progrès des arts

et des sciences, et tout ce qui tient à l'intelligence humaine, n’est nullement soumise à l’influence du temps.

Il est donc possible de circonscrire la marche et le développement de la civilisation ancienne et moderne, dans l’espace de temps qui s’est écoulé depuis l'apparition de l'homme, que l'on a fixée entre 7500 et 8000 années avant les temps actuels. Ainsi, entre l’aurore de l’histoire grecque et le déluge , il se serait écoulé un intervalle de 3500 ans au moins, et de 4866 années au plus. Cet intervalle suffit pour avoir amené les peuples de l'antiquité au point de civilisation où nous les représente l’histoire.

Les Égyptiens, les Indiens et les Chinois, vivant sous un climat tempéré, dans un pays heureux et fertile, sous le despotisme ou sous la théocratie, ont pu arriver, il y a environ trois mille ans, à cet état de civilisation où le pouvoir souverain crée de grands monuments et où le luxe nourrit et développe les arts propres à le perpétuer. C’est à cet état que les Indiens et les Chinois sont parvenus ; et que serait encore l'Égypte , si cette contrée n’avait été subjuguée et colonisée par des nations d’une autre trempe d'esprit! (Note 32.)

Les notions que les Égyptiens et les Chinois ont eues sur l’agriculture ne dénotent pas davantage une haute antiquité. L'art de semer et de cultiver le blé, que ces derniers ont connu d'assez bonne heure, ne remonte pas à des âges antérieurs aux temps historiques. Avant Chin- Hong, les Chinois mangeaient crus tous les fruits des arbres, et ne savaient pas faire cuire les légumes ni les diverses parties des végétaux. Ils se nourrissaient de la chair

palpitante des animaux et ignoraient l’art de labourer Ja terre.

L'empereur Chin-Hong paraît avoir étéle premier qui, après avoir taillé du bois , en fit une herse ; eten ayant courbé d’autres, en fabriqua une charrue. Fier d’avoir trouvé cet instrument, si essentiel à l’agriculture, il en fit l'application et enseigna à ses peuples la manière de cultiver les diverses espèces de grains.

Les progrès de l’agriculture n’ont pas non plus devancé, en Égypte, les temps historiques. La charrue a été figurée pour la première fois sur les bas-reliefs des grottes d’Ilithia, que Champollion a reconnus appartenir à diverses époques pharaoniques. Ces bas-reliefs ne remontent pas à plus de quinze siècles avant l’ère vulgaire.

On en trouve quelques traces sur un tombeau plus ancien que les bas-reliefs des grottes d’'Ilithia, c’est-à-dire dans celui de Zaeniïetel-Meiteïa. Ce tombeau est du temps de Pepei ou Apop, que l’on croit être le même que Phiops, quatrième roi de la sixième dynastie. On l’a assimilé à Apophys, le vingt-deuxième prince indiqné dans le canon d'Érastosthène. Les scènes d’agriculture figurées sur ce . tombeau remonteraient, si l’on admet la dernière supposition, à une époque plus reculée que celle des bas-reliefs d'Ilithia. Ce tombeau est, du resté, un des plus anciens de l'Égypte. Antérieur à l'invasion des rois pasteurs, il ne dépasse pourtant pas les dates historiques que les traditions les. plus authentiques assignent aux constructions régulières de cette partie de l'Afrique.

L'art de cultiver.le blé paraît être passé de l'Égypte chez

les Grecs et les Romains. Plus tard, la culture du froment s’introduisit en Europe ; mais on ignore l’époque où cette pratique agricole, dont l’influence a été si grande sur la civilisation, s’y est répandue. À la connaissance du blé et de sa culture sont liés la réunion des habitants de l’Europe en corps de nation, et les progrès qu'ils ont faits dans les arts et les sciences. Aussi, dans la Babylonie, où, selon Bérose et Hérodote, le blé croissait spontanément, se sont élevés successivement les grands empires des Babyloniens, des Assyriens et des Perses.

L'Égypte elle-même a dû une partie de sa puissance à la perfection que l’agriculture y avait acquise. La culture du blé y était si honorée, qu’à l'ouverture de l’année rurale, les rois dirigeaient la charrue de leurs mains et traçaient le premier sillon, afin de montrer aux peuples quels services ils devaient attendre du premier des arts.

La civilisation de la Grèce est postérieure à celle de l'Égypte et de la Chine; du moins les données les plus positives ne la font pas remonter à quinze siècles au plus avant l’ère chrétienne. Homère n’a paru que 900 ans avant

cette époque, et Hérodotea vécu 456 ans plus tard. Cette | carrière de quinze siècles est suffisante pour expliquer les merveilles de la Grèce antique, surtout lorsqu'on les compare aux immenses progrès que les peuples modernes ont faits depuis la renaissance des lettres.

Le cercle de la chronologie biblique, qui parait si court aux faiseurs de système, est encore assez vaste pour les historiens. On peut y faire entrer, non-seulement la Grèce historique et héroïque, mais encore les grands empires

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d'Orient, dont les lourds et immenses monuments ont exigé des siècles pour s'achever. On peut également y compréndre la civilisation des Indiens et des Chinois, ainsi que les antiques migrations des Celtes et des Scandinaves, dont Suhm, le Varron des Danois, a si judicieusement déterminé l'époque et l'étendue.

La véritable philosophie de l'histoire rejette, sans embarras comme sans regrets, ces millions de siècles dont elle n’a que faire. Elles le doit d'autant plus, que la nature nous tient le même langage que les monuments et les

. traditions historiques.

Nous avons rapporté un grand nombre de faits qui confrment la nouveauté de l’homme; mais il en est d’autres qui n’ont pas moins de puissance. Si nous interrogeons l’histoire des céréales, de ces plantes que nous avons tant d'intérêt à cultiver, puisqu'elles sont la base essentielle de notre nourriture , elle nous apprendra qu’elles ont été découvertes dans la Palestine, où elles croissent spontanément. Aussi l’agriculture, le premier et le plus ancien des arts y a pris naissance, et s’est ensuite étendue dans tous les pays habités. C’est du moins dans la Palestine que les premiers troupeaux ont été réunis et nourris avec, soin. (Genèse, IV, 2, 3,4. Deutéronome VIIL, 7, 8 et 9.)

C’est encore de la même région que la vigne parait être

! Le passage de la vie nomade à la vie agricole a toujours eu lieu chez tous les peuples, du moment qu'ils ont découvert les céréales ou qu’on les à importées dans le pays qu'ils habitaient ; c'est ce qui est arrivé aux Hébreux, aux Égyptiens, comme aux nations asiatiques et européennes. ”

provenue ; pour la première fois Noé en a’ fait couler la liqueur enivrante à laquelle nous devons force et courage!. (Genèse IX, 20, 21.) Elle est également la patrie du baumier, du cèdre, du palmier, du dattier, de l’abricotier, du figuier, du sycomore, de l'olivier, du pêcher, du lin, du blé, de l'orge, de l’épeautre et d’une foule d’autres végétaux non moins utiles, ainsi que nous l'apprennent les traditions et les monuments historiques hébreux et égyptiens.

N’est-il pas naturel d'en conclure. que la contrée où existent les planteset les arbres les plus nécessaires à nos besoins, a dû étre la première habitée, surtout si l’agriculture y a pris naissance, ainsi que nous le savons d’après le plus ancien monument historique que nous possédons ?

Si l’on examine la distribution des céréales ; à la tête desquelles ont peut signaler le blé ou froment , l'orge, l'épeautre, l’avoine, on les voit à peu près uniquement disséminées dans les pays tempérés et dont là hauteur audessus du niveau des mers est peu considérable. Là seulement, les plantes alimentaires donnent d’abondantes et de fructueuses récoltes. Il en est de même de la vigne et des arbres qui sont les compagnons des plus utiles végétaux. En effet, les céréales ne peuvent pas prospérer dans les

1 La vigne, affectée en général au bassin de la Méditerranée, ne croît spontanément ni dans l’Éthiopie, ni dans l’Arabie proprement dite, ni même dans l'Égypte, mais dans la Palestine seulement. Les traditions, les histoires égyptiennes recueillies par Diodore, la placent à l’état sauvage près de Nyssa et du Jourdain, ainsi que l’a fait observer M. Dureau de la Malle.

contrées équatoriales d’une hauteur médiocre, ni au-delà des tropiques à une grande élévation.

Leur reproduction spontanée n’a pas lieu en Europe, où elles gélent souvent dans certaines contrées; on ne les voit pas davantage dans les parties du nouveau ou de l'ancien continent où les Européens ont porté leurs colonies. Ces plantes ne sont donc pas originaires de nos régions : elles viennent de la Palestine et de l'Égypte; aussi la Cérés adorée dans la dernière contrée, portait en ses mains un épi de blé.

Le froment se trouve dans les tombeaux des anciens rois d'Égypte, avec les pains qu’ila servi à confectionner. Ce qui n’est pas moins particulier, le blé retiré des catacombes de Thèbes ne diffère pas de celui qui croit maintenant sur le sol environnant ou dans nos régions. Les froments sculptés sur les zodiaques de Thèbes et d'Esnée, ainsi que ceux représentés dans les scènes d'agriculture d'Eileithis , sont en tout semblables à ceux de nos jours. * L'orge extraite des pains des hypogées de la haute Égypte a présenté plusieurs glumes entières et semblables à celles de l'orge cultivée. Depuis au moins deux mille ans, les céréales, d’après la remarque de Robert Brown, n'ont pas été altérées ni modifiées par la culture dans la moindre de leur parties. Si elles se sont ainsi perpétuées sans variation dans leurs caractères, le climat où elles ont prospéré n’a pas dû éprouver le moindre changement.

D’autres faits annoncent que les climats se sont maintenus dans un état de stabilité remarquable depuis l’apparition de l’homme. On peut mentionner la grosseur toujours

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