‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiquesChapitre 7 sur 80 · II · texte numérisé non relu

II

la même de certains arbres dans les pays les plus divers. Il existe dans les environs d’Hyères, particulièrement auprès de la Grande-Bastide, des oliviers dont les troncs ont de 8 à 9 mètres de circonférence. Si les calculs de Moschetini sont fondés et si réellement cet arbre croît d’une ligne et demie par année , l'olivier d'Hyères aurait environ 740 ans. Il en serait de même de celui de Pescio, que l’on regarde comme le plus gros et le plus vieux de l'Italie. Évidemment, depuis la croissance de ces arbres, le thermomètre ne doit pas être descendu à 42° au-dessous de zéro, car un pareil abaissement dans la température les ‘aurait fait périr. |

Sans regarder certains cèdres du Liban comme contemporains des temps bibliques, il paraît que plusieurs baobabs de la presqu'ile du cap Vert remontent au xvie et même au xve siècle. |

Ïl en est de même des chênes et des orangers, si fameux par leur durée. On peut citer comme un exemple de la longévité de ces derniers , l’oranger du couvent de Sainte- Sabine à Rome , planté par saint Dominique en 4200, et celui du monastère de Fondi, que saint Thomas d'Aquin y plaça en 1278. Le tilleul de Martigny est antérieur à Henri IV, né en 1553 ; cet arbre a servi de repère indicateur à l’époque où Sully fit travailler à la carte de France. Les climats où ces arbres ont prospéré n’ont pas dû éprouver de notables modifications depuis lors ; s’il en avait été autrement, ils n’y auraient certainement pas résisté.

VI. Les monuments et les traditions historiques des anciens peuples contrarient-ils la chronologie des Hébreux ?

Les anciens peuples se sont disputé la priorité de leur origine, comme si elle pouvait être une illustration. L’ancienneté des pères ne fait pas la gloire de leurs descendants, mais les titres qu’ils peuvent s’être acquis à la reconnaissance publique par leurs hauts faits ou leurs vertus. Un nom historique est alors une grandeur , car il excite ceux qui ont le cœur bien placé à imiter les exemples de celui qui l’a illustré.

Parmi les nations qui ont prétendu à une grande antiquité, on peut signaler les Hébreux, les Égyptiens, les Indiens et les Chmois. Examinons avec attention les différents titres qu'ils apportent à l’appui de leurs prétentions.

Le plus ancien livre que les peuples peuvent nous mcnrer, est celui des Hébreux, ou le Pentateuque, dont la date remonte environ à 3500 ou 3620 avant l’époque actuelle ; aussi seuls 1ls ont une véritable histoire des temps les plus reculés, et elle nous a donné du moins des dates et des renseignements assez précis sur les premiers événements historiques.

Les écrits qui nous restent sur l’ancienne Égypte sont récents auprès de la Bible; ils paraissent même postérieurs à la dévastation de Cambyse. D’un autre côté , leur peu d'accord atteste qu'ils sont tirés de documents mutilés ; aussi est-il à peu près impossible d'établir les moindres rapports entre les listes des rois d'Égypte, qui nous ontété

fournies par Hérodote, Érastosthène, Manéthon et Diodore.

Il y a plus, on ne peut pas même accorder entre eux les différents extraits tirés de Manéthon.

Les Hébreux, le seul peuple qui ait une histoire réelle des premiers âges , ont été également avancés de bonne heure dans l’industrie et les connaissances scientifiques. Néanmoins, on avait admis pendant longtemps que l’art judaïque n'existait pas et n'avait jamais existé. Cette supposition, quoiqu'elle ne reposât pas sur des documents précis, était devenue une sorte d’axiome en matière d’archéologie. M. de Saulcy, de l'Académie des inscriptions, persuadé que ce fait était exact, a entrepris dernièrement un voyage en Judée pour s'en assurer.

Après avoir visité avec détail les divers monuments de cette contrée, 11 a reconnu que , par une grave erreur historique , on avait considéré l’usage de la voûte comme . postérieur de plusieurs siècles à l’époque de Salomon.

L'absence de toute construction semblable dans les édifices antiques de l'Égypte avait, jusqu’à un certain point, légitimé cette opinion ; mais les Juifs ne tirèrent pas de l'Égypte seule les principes de l’art qu’ils adoptèrent, et qui subirent une influence purement assyrienne.

Les ruines de Ninive, encore debout, prouvent cette influence. Une magnifique voûte en plein cintre et de 12 mètres sous clef, trouvée ‘dans les fouilles de Khorsabad, en est en quelque sorte une démonstration. Ce fait architectural remonte à 625 ans avant l’êre chrétienne , puisque l'an 633 avant Jésus-Christ est la date précise de la destruction de Ninive.

Ces faits architectoniques donnent une haute idée de la

science des constructions pratiquées par les Juifs dès le règne de Salomon, c’est-à-dire plus de dix siècles avant l'ére vulgaire. -

L'usage de la voûte circulaire et de l’encorbellement pour les sols de balcon existait chez les Juifs, et ceci implique forcément des connaissances très-avancées de la coupe des pierres et de l’appareillage des voussoirs. L'art judaique avait donc des ressources que les Égyptiens eux-mêmes ne possédaient pas, puisqu'il est très-probable que ces peuples n’ont pas connu le genre de construction si employé dans la plupart des monuments.

Ce que nous venons de dire de l’artjudaïque doit peu nous étonner , lorsqu'on réfléchit que le pays de Canaan était, à l’époque des Patriarches, placé entre deux contrées où l’architecture et l’industrie étaient très-développées. La

: Mésopotamie au Nord et l'Égypte au'Sud eurent nécessairement une grande influence sur les arts des Hébreux.

Ces peuples étaient, en effet, à leur sortie d'Égypte, très-habiles dans les arts industriels ainsi que dans celui de l'écriture. La statue du Veau d’or et les renseignements que le Deutéronome nous a donnés à cet égard, prouvent qu'ils étaient également très-avancés dans la préparation des métaux. D’après les Paralipomènes et le Livre des Rois, les Israëlites avaient acquis, dès les plas anciens âges, une science égale à celle des Égyptiens, des Assyriens et

‘ Histoire de l'art judaïque , tirée des textes sacrés et profanes, par M. de Saulcy, membre de l’Académie des inscriptions et belleslettres. Paris, 1858, un vol. in-80.

des Phéniciens, et cela non-seulement dans les arts vulgaires, mais dans les plus élevés.

L’exactitude de ces faits, si elle pouvait être douteuse, a du reste été confirmée par un observateur habile, M. V. Guérin , qui a visité les mêmes lieux que M. de Sauley ; le témoignage qu'il a porté en faveur des recherches faites par ce dernier sur la mer Morte et lesterres bibliques, est de la plus haute importance sur la solution des questions que ces recherches ont fait naître.

Les Égyptiens, qui semblent avoir ignoré une partie essentielle des constructions monumentales, ont aspiré néanmoins à une haute antiquité. Pour appuyerleurs prétentions, ils ont fondé une chronologie sans bases, car elle ne s’appuie que sur des événements fabuleux. D’après elle , sur les 36525 années auxquelles 1ls rapportaient le commencement de leur histoire , 33984 auraient été consacrées au règne des dieux ; les autres 2541 années , ils les attribuaient à l'empire des hommes, ou jusqu’à la quinzième année avant la conquête d'Alexandre, époque qui correspondait à l’an 347 antérieurement à l’ère chrétienne. Ils donnaient ainsi à la durée du genre humain 4787 années avant l’époque actuelle , la seule date qui puisse être considérée comme réelle dans leur chronologie.

Le nombre de 3285 années que nous signalerons plus bas , paraït assez exact, d’après les progrès que l’étude des monuments de l’ancienne Égypte a fait faire à la chro-

Annales de la philosophie chrétienne, tom. XVIII, pag. 85. Paris, 1858.

nologie de ce pays. L'histoire de cette contrée célèbre ne remonterait pas au-delà avant l’ère chrétienne , ce qui revient au nombre que nous avons fixé. Le reste du temps compté pour le règne des dieux et des demi-dieux, consacré aux fabtes mythologiques, n’a pas ce caractère positif qui convient à l’histoire. Dès-lors la véritable chronologie, celle qui se fonde sur une histoire réelle ou sur des monuments authentiques, ne permet pas d’assigner aux Égyptiens une plus haute antiquité.

On a supposé que les observations astronomiques des anciens habitants de cette partie de l'Afrique étaient en opposition avec une pareille chronologie, et portaient à considérer l’époque qu'elle fixe, comme trop courte pour les progrès qu’avaient faits ces observations. Nous ferons remarquer que les formules établies par les géomètres pour représenter les mouvements planétaires, sont arrivées à un tel état de perfection, qu'avec leur secours il n’est pas aujourd’hui , dans le système du monde , de phénomène observable que l’on ne puisse prévoir pour un avenir quelconque, ou reproduire pour une antiquité sans bornes.

. On peut ainsi remonter dans la série des temps, reconstruire l’ancien aspect des cieux, et, en le comparant à la science ou aux traditions des peuples, assigner l’état de leurs connaissances positives, rechercher les idées qui leur sont propres ou quileur ont été transmises, et donner de la sorte un élément de plus à l’histoire comparée de l'esprit humain.

En appliquant cette méthode aux documents que l’on possède sur l’ancienne Égypte, M. Biot a pu constater qu’à

une époque aussi reculée que 5285 ans juliens avant l'ère chrétienne, les Égyptiens avaient déterminé dans le ciel la vraie position de l’équinoxe vernal, du solstice d'été et de l’équinoxe d'automne. Ces peuples avaient également reconnu 4505 ans plus tard, ou 1780 années avant l’ère vulgaire, que ces points primitifs s'étaient considérablement déplacés; aussi ont-ils exprimé ces deux états sur leurs monuments.

M. Biot est parvenu à ce résultat en étudiant les travaux astronomiques découverts en Égypte par Champollion, et leur appliquant les recherches de ce dernier sur l’ancienne année égyptienne. Îl a prouvé par les monuments, que l’année, composée de douze mois de trente jours, y avait cinq épagomènes. Elle s’écrivait, depuis la plus haute antiquité, par des signes qui la partageaient en trois saisons. Ces saisons coincidaient avec les plantes que le débordement du Nil assigne aux cultures annuelles, respectivement caractérisées par les symboles de la végétation, de la récolte et de l’inondation. En outre, à chacun des mois était attaché un personnage divin qui y présidait; parmi eux, Champollion a reconnu avec évidence les emblèmes des deux solstices de l’équinoxe vernal.

Ces notions astronomiques sont-elles nées d’abord en Égypte en commémoration de faits réels, et de là sontelles passées aux Chaldéens ; ou ceux-ci les ont-ils données aux Égyptiens, qui en auraient fait le fondement de leur année vague? C'est un point de chronologie important sans doute à éclaircir; mais comme il est indifférent à la solution de la question qui nous occupe, nous n’en dirons pas davantage à cet égard.

Les monuments mithriaques, qui sont les mieux caractérisés par des symboles astronomiques et qui permettent d'arriver à une pareille détermination , sont tous des ouvrages des Romains. On trouve également des vestiges des mêmes traditions sur les cylindres babyloniens et persépolitains, et sur divers bas-reliefs de Persépolis. Ces monuments ne remontent pas à plus de cinq ou six siècles avant l’ére chrétienne. À la vérité, on croit retrouver quelques traces.de ces traditions jusque dans les racines de la langue persane.

Si l'on pouvait compter sur l'exactitude du fait si souvent cité, que Callisthène avait envoyé à Aristote des observations astronomiques chaldéennes remontant à dix-neuf mille ans, l'embarras concernant la question de priorité entre la Chaldée et l'Égypte augmenterait encore. Mais ce fait repose sur le seul dire de Simplicius, qui a vécu six . cents ans après Aristote et qui le rapporte sur l’unique autorité de Porphyre; du moins le maitre d'Alexandre n’en a rien dit, et aucun véritable astronome n’en a parlé. (Note 53.) |

Cependant Ptolémée cite dix observations d’éclipses qu'ont véritablement faites les Chaldéens, mais elles ne remontent qu'à Nabonassar, ou à 721 ans avant l’ère chrétienne. Ces observations sont tout à fait grossières ; le temps n’y est exprimé qu'en heures et en demi-heures et l'ombre qu’en demi ou en quart de diamètre. Comme elles avaient des dates certaines, les Chaldéens devaient avoir quelque connaissance de la vraie longueur de l’année et quelque moyen de mesurer le temps. Ils paraissent

avoir connu la période de dix-huit ans, qui ramène les éclipses dans le même ordre, et que la seule inspection de leurs registres devait promptement leur donner ; mais il est constant qu'ils ne savaient ni expliquer ni prédire exactement les éclipses de soleil.

Les centaines d’éclipses que les Égyptiens sont supposés avoir calculées, mais seulementsur la foi de Diogène Laerce,

prouveraient uniquementque, pendant plusieurs siècles, ils ont observé assidüment le soleil et la lune, et que, dans les cas d’obscurcissement, ils ont jugé à propos d'inscrire la date du phénomène sur leurs registres, sans en comprendre peut-être la cause. (Note 34.) .

Ce fait est, du reste, douteux , n'étant appuyé que sur le dire de Diogène Laerce ; il est douteux parce que cet historien ne l’allègue que pour donner aux Égyptiens une antiquité de 48000 années , antiquité à laquelle le nombre des éclipses citées est loin de correspondre. Les observations d’éclipses devaient être bien grossières, puisque Ptolémée n’en mentionne pas une seule, tandis qu’il en cite plusieurs des Chaldéens , quoique celles-ci soient encore peu précises.

Si Thalès a pu prédire la fameuse éclipse sur la date | de laquelle 1l règne tant d'incertitude, rien ne prouve que l'honneur doive en être rapporté aux Égyptiens. Le philosophe grec pouvait n’avoir dû sa méthode qu’à luimême et avoir connu la période chaldéenne ; il devait du moins appliquer quelque procédé de ce genre, car, dans l'état d’imperfection où se trouvaient pour lors les sciences, un calcul d'éclipses était à peu près impossible. Aussi

Thalës ne put parvenir à prédire le jour et encore moins heure de léclipse , mais seulement l’année où ce phénomêne devait avoir lieu.

Ce philosophe parait avoir surpassé ses deux maîtres ;

il a enseigné du moins aux prêtres de Memphis à mesurer là hauteur des pyramides par leurs ombres. L'orientation exacte de ces monuments serait un fait significatif, s’il était certain que les Égyptiens ont eux-mêmes orienté et construit les pyramides. Or, c’est là un point douteux et contesté ; quand il ne le serait pas, il serait facile de prouver qu'une méridienne déterminée à un tiers de degré près, a pu l'être au moyen d’ombres égales.

Siles Égyptiens ont connu les planètes, ce mérite leur est commun avec tous les peuples. Ils n’ont certainement pas inventé l’usage de la semaine ; cette période, admise Chez toutes les nations, serait, au défaut de la semaine biblique, un motif suffisant de leur en contester l’invention. En supposant qu’on leur en accordât le mérite, comme l'origine s’en trouverait dans le nombre des planètes pour lors connues ou dans la durée des quadratures de la lune, la renommée astronomique de cette nation y gagnerait sans doute, mais non pas au point qu’on pourrait supposer.

La composition et l’usage de la période sothiaque, employée par les Égyptiens jusqu’à l’ère chrétienne, prouve qu'ils n’avaient pas connaissance de la longueur de l’année tropique, et qu'ils considéraient l’année solaire comme composée de trois cent soixante-cinq jours et un quart. Cette connaissance fort peu précise ne supposerait pas, à la rigueur, cent années d'observations suivies, ce que l’on

découvre chez tous les peuples et à toutes les époques. Une connaissance n’est pas toujours une découverte; car les Égyptiens pouvaient tenir d’ailleurs de pareilles notions.

On prétend que ces peuples ont connu le vrai système du monde, et qu’ils l'ont révélé à Pythagore ; mais cette idée philosophique n’est pas venue à leur connaissance, et d’ailleurs elle ne constitue pas une véritable science. Elle est même compatible avec une certaine ignoränce et des idées assez grossières ; aussi lhilolaüs, de Crotone, qui le premier l’enseigna dans la Grèce, soutenait que le soleil n’était qu'un miroir réfléchissant la lumière et la chaleur des planètes. Les Égyptiens ne paraissent pas s'être élevés jusque-là; ils ont connu seulement la révolution de Mercure et de Vénus autour du soleil, connaissance fondée sur la remarque qu'ils avaient faite, que les deux planètes s’éloignaient peu de l’astre central. Mais il y a loin de cette idée à celle du mouvement de la terre. |

Ce dernier système, s’il avait été connu des Égyptiens, l’aurait été de Thalès, qui avait appris d’eux tout ce qu'ils savaient à cet égard. Aussi, imaginé en Grèce longtemps après, y passa-t-il pour une nouveauté assez étrange.

Les Égyptiens n’ont pas connu non plus le mouvement équinoxial et la vraie longueur de l’année. Il paraît seu- Jement que les observations grecques comprennent un intervalle de quatre à cinq siècles, depuis Arystille jusqu'à Ptolémée, et qu’elles ont eu pour but de vérifier le soupçon d'Hipparque sur le mouvement des équinoxes. Ensuite Ptolémée, par ses propres observations, ne laissa aucun doute sur ce point de fait.

Le dernier de ces astronomes, comme, du reste, Arystille et Hipparque, vivait en Égypte au milieu des trésors de la science humaine rassemblés dans la bibliothèque d'Alexandrie. Ptolémée connaissait donc les observations des Chaldéens; dès-lors, comment n’aurait-il pas su que le mouvement équinoxial était ua fait que n’ignoraient pas les Égyptiens, au milieu desquels il vivait? Cependant Ptolémée a cru qu'il avait été découvert par les Grecs, après quatre ou cinq cents ans d’études suivies! Voilà pourtant sur quoi l’on s’est fondé , pour prétendre que les philo . sophes de l'Égypte avaient de hautes connaissances en astronomie.

Il paraït cependant qu'il en a été tout à fait le contraire. Toujours est-il constant qu'Hipparque, pas plus que Ptolémée, n’a cité aucune observation astronomique due aux Égyptiens. Du moins ils n’en ont rapporté aucune à laquelle ils aient pu comparer les leurs, tandis qu'ils l'ont fait souvent à l’égard de celles dues aux Chaldéens. D’un autre côté , ces peuples ne pouvaient pas avoir une astronomie passable avant Thalès, puisque ce philosophe inventa la mesure des angles et les lignes proportionnelles. Plus tard, Pythagore découvrit les propriétés du carré de l’hypothénuse et sut en faire l'application. Ainsi, avec une géométrie aussi imparfaite que celle dont les Égyptiens se servaient à l’époque où ce philosophe alla les visiter, lastronomie était à peu près impossible ; une pareille science ne permettait pas de mesurer les hauteurs des astres. ( Note 35.)

Leurs connaissances étaient encore si peu avancées, que

Plutarque nous représente les astronomes de l'Égypte mesurant la hauteur du pôle, non avec un instrument gradué, mais en dirigeant une tuile vers l'étoile polaire. L’absurde procédé que leur attribue Macrobe , pour mesurer la durée de la révolution diurne, n’est pas aussi incroyable qu’on l’a supposé, surtout lorsqu'on réfléchit que ces peuples n’avaient pas de cadran solaire. La part des Égyptiens dans l'invention et les progrès de la science astronomique, a donc éte bien faible, si ce n’est tout à fait nulle.

Voudrait-on attribuer aux Phéniciens la gloire d’avoir posé les fondements de l'astronomie nautique ? Cela est possible, mais le difficile est de fixer le degré auquel ils s’élevèrent dans cet ordre de connaissances. Il faut l'avouer, l’histoire est muette sur ce point important. La tradition, du moins d’après Strabon, leur accorde d’avoir découvert la constellation de la grande Ourse, ou plutôt son usage dans la navigation. Mais ce fait est en quelque sorte équivoque, car les hommes n’ont jamais ignoré que cette constellation est placée au ciel dans la région du Nord. Strabon leur attribue également l'invention de lastronomie et de l’arithmétique ; mais cette assertion, qui pe repose sur aucune donnée historique, est encore plus vague que la première.

Les plus anciennes observations astronomiques mentionnées dans les livres des Chinois remonteraient, d’après M. Biot, à 2400 ans avant notre ère. Elles seraient postérieures de neuf siècles à la position primitive des solstices et des équinoxes, rappelée par les notations et les tableaux sculptés des Égyptiens.

Le mode de division du ciel par ascension droite, le choix des constellations adopté par les astronomes chinois etles dénominations qui les désignent, n'ont aucun rapport avec le système astronomique des Égyptiens.

Il n’y a rien de commun entre les deux systèmes, qui puisse faire supposer une transmission de méthode ou de tradition, qui se serait propagée des Égyptiens aux Chinois. Les deux systèmes d'idées sur lesquels reposent les méthodes des uns et des autres, semblent indépendants et n'être pas provenus d’une même opinion fondamentale.

Si l'on découvre quelques analogies entre les systèmes adoptés par ces peuples, comme le culte du ciel, la gloire des ancêtres, l'assimilation des rois au soleil, l’emploi des signes figurés dans l’écriture primitive, ce ne peut être que parce qu'ils ont été conduits à ces usages par une pente naturelle à l'esprit humain. S'ils les avaient réellement puisés dans une communauté de patrie ou de race, ces relations auraient précédé le phénomène astronomique qui est devenu l’origine des traditions et de la notation égyptienne. Ainsi, elles auraient dû être antérieüres à l’année 3285 avant l’ère chrétienne, époque qui correspondrait à lan 5144 avant le moment actuel, 14859. |

Les observations d’éclipses faites par les Chaldéens et citées par Ptolémée, ne remontent pas non plus au-delà de 2500 ans avant notre ère. Aussi, les millions d’années que s’attribuent les Chaldéens sont fabuleux comme l'est le nombre d’années à l’aide desquelles les Égyptiens ont voulu se donner une haute antiquité. Leurs périodes astronomiques ont été calculées sur des observations

inexactes et même en rétrogradant; plusieurs de ces périodes sont de simples cycles arbitraires multipliés par euxmêmes. Tout porte à croire que leur grande réputation en astronomie leur a été faite à des époques plus récentes, lorsque leurs successeurs vendaient dans tout l'empire romain des horoscopes et des prédictions. ( Note 56.)

Delambre, l'historien des progrès de l'astronomie chez les différents peuples, croyait si peu à l’habileté des Chaldéens, des Égyptiens, des Chinois et des Indiens, qu'il les considérait comme étrangers à l’astronomie mathématique. Nous ne possédons, ainsi qu’il le fait observer, aucun monument ancien qui puisse faire présumer qu'ils aient acquis des connaissances dans cette science. Tout se borne, pour les Chinois et les Indiens, à des ouvrages assez modernes ; on ne cite en faveur des Chaldéens et . des Égyptiens, que quelques témoignages vagues et insignifiants, d'écrivains qui ne sont pas des juges bien compétents en pareille matière. Il n'existe donc aucun moyen de se former une idée exacte de la science des anciens en astronomie. Si toutefois cette science a existé chez eux, lès preuves en sont tout à fait perdues 1.

Il est du moins certain, ainsi que BaïHy le fait observer, que les connaissances astronomiques laissées par les peuples de l'Asie , ne remontent pas à plus de 3000 ans avant l'ère chrétienne?. Aussi Klaproth, dans ses mémoires relatifs à l’histoire de l’Asie, fait remarquer que les tables

‘ Histoire de l'astronomie du moyen-âge. — Discours prélimiminaire. Paris , 1819.

2 Lettres sur les sciences.

astronomiques des Hindous , auxquelles on a voulu attribuer une antiquité prodigieuse, ont été construites dans le septième siècle de l’ére vulgaire et ont été postérieurement rapportées à une époque antérieure, par des calculs faits après coup {. D'un autre côté, Bentley a démontré que les tables si renommées de Trivalore , que l’on faisait remonter à l’époque du Cali-Yug, se trouvent écrites et datées du treizième siècle ?.

Si l'on voulait supposer aux Chaldéensdes connaissances astronomiques plus avancées que celles qu’ils possédaient réellement, cette circonstance ne serait pas une preuve de leur plus grande ancienneté, lors même qu'il ne serait pas démontré que leur origine est la même que celledes Hébreux et qu'ils ne font avec eux qu’une seule etmême nation. Des peuples pasteurs qui habitaient de vastes plaines sous un ciel pur, étaient ainsi dans la position la plus favorable pour observer le cours des astres. Leur vie pastorale et nomade devait d'autant plus les porter à cette étude, que les astres pouvaient les guider pendant la nuit. Un esprit méditatif a suffi pour les faire arriver au degré de connaissance qu’ils ont eu, sans qu'il ait été besoin d’une longue série de siècles.

Ce que nous venons de dire des Chaldéens s’applique également aux Phéniciens, qui ne peuvent nous présenter des monuments historiques dont la date remonte au-delà de 4000 ou 3000 ans avant les temps actuels. Les Grecs

! Mémoires relatifs à l'Asie, tom. I, pag. 397, 1886. ? De l'antiquité du Surga-Sidhanta. Recherch. asiat., tom. I, pag. 538,

sont encore plus nouveaux ; l’étonnante civilisation à laquelle ils étaient arrivés, a été plutôt l’effet de leur constitution libérale et des circonstances fortunées sous lesquelles ils ont vécu, que celui du temps. Ils durent un pareil bienfait aux habitants de l'Égypte et de la Phénicie, surtout à ces derniers, qui vinrent s'établir en foule dans les-champs heureux de la Grèce.

Les Hindous n’ont jamais eu d'histoire proprement dite. Leurs livres de théologie mystique ou de métaphysique abstruse, ne sauraient nous instruire sur leur origine et les vicissitudes de leurs sociétés. Aussi a-t-on de la peine à établir quelques lambeaux d’une chronologie indienne. Cette chronologie, interrompue à chaque instant, ne paraît pas remonter au-delà d'Alexandre.

Leur Surga-Sidhanta, qui , au dire des brahmes, aurait été révélé il y a plus de vingt millions d'années , ne peut avoir été composé que depuis environ 760 ans avant l’êre chrétienne. Leurs livres sacrés, ou Védas, postérieurs à la Bible, ne remontent pas à plus de 3200 ans. Leur histoire commence par un déluge et ne le place pas à plus de 5000 ans avant nous. |

L'époque à laquelle les Hindous assignent le commencement de leurs souverains humains, qu'ils font descendre du soleil et de la lune, est la même que celle à laquelle Ctésias fait commencer les rois des Assyriens, environ &000 ans avant Jésus-Christ. Les listes des princes que des Pandits ou docteurs indiens ont compilées d’après les Pouranas, sortes de légendes ou de romans versifiés, sont de simples catalogues sans détails ou ornés de circonstances

absurdes. Tels sont ceux qu’avarent les Égyptiens et les Chaldéens; tels sont ceux de Trithème et de Saxon le grammairien, pour les peuples du Nord.

Ces listes, loin de s’accorder les unes avec les autres, ne supposent ni une histoire, ni des registres, ni des titres réels. Le fond même a pu être imaginé par les poëtes, dont les ouvrages ont été la source d'histoires fantastiques. Pleines de fables, ces tables ne remontent cependant qu'à 4500 années, sur lesquelles plus de 1200 ans sont remplis de noms de princes dont les règnes demeurent indéterminés quant à leur durée.

Cet état déplorable devait être celui d’un peuple où les prêtres, héréditaires d’un culte monstrueux dans ses formes extérieures et cruel dans plusieurs de ses préceptes , avaient seuls le privilége d'écrire, de conserver et d'expliquer les hvres. Ces prêtres devaient redouter l’histoire, qui éclaire les hommes sur leurs véritables intérêts. Les mêmes causes ont agi en Égypte eten Chaldée ; aussi, pour peu qu'on réfléchisse sur les fragments qui nous restent des traditions égyptiennes et chaldéennes, on s'aperçoit qu’elles ne’ sont pas plus historiques que celles des Hindous.

Si l'époque qui sert de point de départ aux tables astronomiques des habitants de l'Inde avait été observée, ces tables auraient une haute antiquité, qu’eussent partagée les peuples qui les auraient dressées. Mais les travaux de la Société de Calcutta ont prouvé qu’elles avaient été calculées en rétrogradant, et que leur résultat est inexact. D'un autre côté, Bentley a fait observer, d’après des calculs rigoureux , que les tables de Tréviranus, considérées par Bailly

comme très-anciennes, avaient été calculées vers 1284 depuis l’ère chrétienne ; il y a seulement 578 années.

Enfin, les solstices , les équinoxes indiqués dans les Pouranas et calculés d’après les positions que semblent leur attribuer les signes du zodiaque, avaient paru d’une grande antiquité ; mais une étude exacte de ces signes a montré à M. Paravey qu'il ne s’agit que de solstices calculés 1200 ans avant l’ère chrétienne. De plus, le lieu de ces solstices y est si grossièrement fixé, qu'on ne peut répondre de leur détermination, à deux ou trois sièeles près.

On le conçoit, les Hindous , naturellement impatients, observent peu et n'ont jamais eu d'instruments propres à des recherches utiles. D’un autre côté, la nouveauté du ‘ verre comme moyen d'observation dépose contre l’ancienneté de leurs tables astronomiques. Ila fallu tout le talent d'Hipparque , de Tycho-Brahé et le génie de Képler pour parvenir à construire sans faire usage du verre des tables aussi bien calculées que celles que nous leur devons, comme moyen d'observation.

Les Hindous ont connu des procédés de calcul fort ingénieux : sans prouver l’antiquité de leur astronomie, ils en montrent du moins l'originalité. On ne peut pas en dire autant de la construction de leur sphère; car, indépendamment de leurs maisons lunaires, qui ressemblent à celles des Arabes , ces peuples ont dans leur zodiaque les douze constellations que l’on voit dans celui des Égyptiens, des Chaldéens, des Grecs et enfin des Romains. Ces procédés ingénieux ne sauraient démontrer l'ancienneté d'une science réelle chez les habitants de l’Inde ; ils annoncent

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