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seulement la sagacité et l'esprit de leurs géomètres, ce qui paraît à l’abri de toute contestation.
Les Hindous ont eu une science astronomique supérieure aux prétendues profondeurs des mythes égyptiens. Mais cette science estsans histoire, et ses découvertes sans époque certaine. On trouve chez eux une science toute faite, dont les brahmes se sont servis comme nos manœuvres font usage du levier et de la roue , sans s'inquiéter le moins du monde du principe de leur puissance. Les brahmes ont cependant calculé les éclipses avec une exactitude remarquable et, il paraît, avec une assez grande facilité.
Les formules, qu'ils ont maniées avec beaucoup de dextérité, sont d’une composition étrange, dont probablement nous ne posséderons jamais les secrets. Néanmoins, les deux calculs d’éclipses que nous a transmis Le Gentil , et qui appartiennent aux brahmes, sont en erreur sur les véritables moments, du moins d’après nos méthodes, d'environ 22 minutes de temps. Cette erreur annonce que, depuis l’invention de la méthode indienne , les résultats accumulés de quelque inégalité sidérale auront produit des différences et exigé des corrections que la décadence de la science astronomique des brahmes ne leur aura pas permis de reconnaître et encore moins de calculer.
Bailly a fait remonter l’origine de l’astronomie indienne à celle du Calyougan , dont la date paraît être de 3469 ans avant l’époque actuelle. A la vérité, Anquetil-Duperron a pensé qu’elleleur avait été apportée par les Arabes. Cette opinion semble d'autant plus probable , que les brahmes conviennent eux-mêmes que leur astronomie est venue
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d'ailleurs, et que les connaissances qu'ils ont eues dans cette science ils les tiennent d’autres peuples.
Les calculs de Laplace, ainsi que ceux de Delambre, confirment le dire d’Anquetil ; ils prouvent que l'état du ciel , à l’époque du Calyougan , n'était pas conforme à celui que les Hindous ont admis. Toutefois les formules indiennes n’ont pas les caractères particuliers à l’astronomie arabe, ni à aucune autre qui ait pu être importée sur les rives du Gange. C’est là une énigme dont nous ne saurons peutêtre jamais le véritable mot. |
Les Chinois se sont plu à se donner une haute antiquité: elle n’est pas plus réelle que celle des peuples dont nous venons de discuter l’histoire. LeChou-Kigg, leur plusancien livre , a été rédigé par Confucius sur des lambeaux d’ouvrages, il y a environ 2272 ans. Ce fut deux cents ans plus tard qu’arriva, sous l’empereur Hoang-Ti , la persécution des lettres et la destruction des livres. Quatre cents ans après cette persécution, une partie du Chou-King fut rétablie, de mémoire, par un vieux lettré. Une autre partie fut retrouvée dans un tombeau , mais près de la moitié est perdue pour toajours. (Note 37.)
Après de pareils travaux, faits pour ainsi dire au hasard, de grandes incertitudes doivent envelopper une histoire fondée sur de telles bases. Elle commence par Yao, occupé à faire écouler les eaux de la surface de la terre. Cet empereur vivait il y a 4482 ans, selon certains manuscrits ; et; selon d’autres, il y aurait seulement 3960 années. -
On a supposé, à la vérité, qu’il existait des empereurs
avant Yao ; mais on a admis pendant leur règne des circonstances tellement extraordinaires que leur existence est plus que problématique.
L'histoire des Chinois ne devient raisonnable et ne peut soutenir l’examen de la critique, que lorsqu'elle nous transmet des événements réels passés sous les yeux des historiens , ou du moins qui leur étaient bien connus.
La plus ancienne des observations astronomiques dues aux Chinois, parmi celles qui ont un caractère d’exactitude , est celle du gnomon ; sa date remonte à 2917 ans. À la vérité, on trouve dans le Chou-King des détails d’une éclipse qui daterait de 3982 ans; mais cette éclipse est racontée avec des détails si absurdes, que la description en est évidemment imaginaire. L'état du ciel, à l’époque où l'on prétend que ce phénomène aurait été aperçu , s’oppose à ce qu'on puisse la considérer comme réelle. Il est question, dans le même livre, d’une conjonction qui aurait eu lieu il y a environ 4277 ans. Sans doute cette observation serait la plus ancienne connue ; mais elle a été rejetée par tous les astronomes comme n'ayant jamais eu lieu.
L'observation de l'ombre, faite par Tscheou-King vers 4100 avant l'ère chrétienne, ne porte pas en elle-même des caractères de fausseté ; quoique assez grossière , elle n'est pas moins un monument astronomique plus ancien que ceux desautres peuples. Antérieurement à cetteépoque, les astronomes chinois n’avaient aucun moyen de prédire les éclipses ; ils savaient tout au plus en fixer approximativement les époques. Ce qui le prouve, c’est que l’empereur Tschong-Kang condamna à mort ses deux astronomes
officiels, Hi et Ho, parce qu’ils n’avaient pas su prédire une éclipse qui avait eu lieu l'an 2480 avant l’ère chrétienne.
Ce n’est que vers le commencement du 1ve siècle avant
notre ère qu’on trouve en Chine des observations suivies d'éclipses, de solstices et d’apparitions de comètes, ce qui indique une science suivie et établie. Peu avant l'ère chrétienne, les astronomes chinois publiérent des traités d’astronomie qui ont été conservés et qui annoncent des connaissances assez étendues. Il parut même , l'an 164 après notre ère, un catalogue de 3500 étoiles, plus complet que celui de Ptolémée, dont les travaux remontent à la même époque que les observations des Chinois. Dans le ire siècle, Yuchi découvrit le mouvement équinoxiüal, qu'il a supposé de un degré en cinquante ans, et calcula un grand nombre d'éclipses. |
Plus tard, et vers le commencement du vire siècle, l’astronome Y-Hang mesura la terre, opération dont nous ne pouvons pas apprécier le mérite, par suite de l’incertitude du ly ou de la base qui a servi à établir les dimensions du globe. Ce fut au x1rre siècle que parutCocheou-King, qui porta l’astronomie chinoise au point le plus élevé qu’elle ait jamais atteint. Îl avait-eu pour maîtres les Arabes ; d'un autre côté, la trigonométrie sphérique, base de la véritable astronomie, dont on lui a attribué à tort l’invention, était connue avant lui en Chine, à l’époque des conquêtes de
Khou-Bisai-Khan. ( Note 38.)
= Ce Cocheou-King avait épuisé les forces du génie chinois; aussi, à partir de ce savant, la science du ciel ne fit plus de progrès. Les jésuites n’eurent en effet qu'à se
montrer au xvue siècle, avec leur astronomie encore imparfaite, pour évincer les astronomes officiels du pays. Ce fait est d'autant plus remarquable que les Chinois ont été constanment fiers de leursconnaissances, qu’ils croyaient plus avancées que chez les autres peuples. Depuis lors les jésuites ont conservé le sceptre de la science et la direction dès affaires astronomiques.
‘Ona donc singulièrement exagéré les connaissances astronomiques des Chinois, puisqu'elles étaient et sont encore assez bornées. Il serait possible cependant que quelquesunes de leurs découvertes eussent été perdues ; car ces peuples ont eu, comme les Grecs d'Alexandrie, à déplorer des catastrophes littéraires. Telle est entre autres celle qui eut lieu sous l'empereur Tsin-Chi-Hoang, qui reconstruisit le grand empire de la Chine. Cet empereur fit: brûler, l'an 246 avant notre ère, tous les livres qui se trouvaient dans ses États.
Cependant, après la conquête de Gengis-Khan, vers 1280, Koblay, petit-fils de ce prince, encouragea l'astronomie en Chine, pendant que Holagou, son frère, la renouvelait en Perse. Sous leur règne , les Persans communiquèrent quelque instruction aux Chinois. Malgré les connaissances que ces peuples durent aux Persans, ils étaient si peu avancés en astronomie, qüe l’empereur Cam-Hi ne put faire calculer par le président du tribunal mathématique, la longueur de l'ombre méridienne pour le lendemain et pour plusieurs gnomons.
Le jésuite Verbiest y parvint seul; aussi fut-il chargé de présider Le tribunal de mathématiques ; depuis lors les
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connaissances astronomiques des Chinois s’enrichirent de celles de l’Europe. Mais peu à peu les connaissances apportées en Chine par les missionnaires tombèrent dans l’oubli. Leur science en astronomie fut bientôt si peu avancée, que leurs savants ne furent plus capables de rédiger un almanach et que les événements célestes, les éclipses et les comètes, furent vus par eux avec crainte et devinrent l’objet de lamentations publiques. Ils croyaient naguëre que les planètes exerçaient non-seulement une certaine influence sur les hommes, mais surtout sur la Chine et son gouvernement.
Les Chinois auraient depuis longtemps banni de leur empire le petit nombre d'Européens qui y ont pénétré, s'ils ne s'étaient vus obligés de les retenir pour la régularisation du temps, pour le travail de l’almanach et de la chronologie. Leur ignorance était si grande, que lorsque le roi d'Angleterre eutenvoyé comme cadeau à l’empereur de la Chine un excellent planétaire, l’astronome anglais Baron ne put faire comprendre à la Société astronomique chinoise, l'usage et les applications de cet instrument.
Ainsi, les observations grossières et incomplètes que l’on trouve dans les annales de ce peuple, avant l’arrivée des Européens, quoiqu’elles indiquent une certaine ancienneté, sont loin de confirmer la fabuleuse antiquité qu’ils ont voulu s’attribuer. Ce qui appartient en propre aux Chinois est d’une si faible valeur scientifique , qu’il est impossible d'admettre qu’ils aient eu besoin d’un temps considérable pour acquérir les connaissances que suppose un état aussi imparfait de la science. On peut, enfin, appuyer cette
opinion sur les observations que M. Petit a faites sur l’astronomie des Chinois, dans ses Lettres historiques !.
Cependant, M. Édouard Biot a découvert une nombreuse série d'observations astronomiques faites avec soin sur la planète Mercure, par les anciens Chinois. Elles sont énoncées avec assez de détail dans la collection des vingt-quatre historiens du Céleste-Empire. La plus ancienne remonte à l'an 448 de notre ère.
Ce document, précieux à plus d’un titre, ne l’est pas au point de présenter des faits assez précis pour y trouver le moyen de rectifier les éléments des tables de cette planète.
Ces observations prouvent toutefois que Mercure parcourait, dans ces temps reculés, l'orbite qu'il décrit aujourd’hui ; elles nous donnent, du reste, une idée de l’état de l'astronomie dans l’antiquité de la Chine. Malheureusement, des considérations astrologiques ont plus ou moins dirigé les observateurs; en effet, chacune de leurs données est accompagnée d’une prédiction dans le texte chinois. À l vérité, les préjugés de l’astrologue n'ont pas beaucoup imflué sur la fidélité de l’astronome. Du moins dans le petit nombre de cas où M. Leverrier, qui les a vérifiées, a eu quelques rectifications à opérer sur le texte, ces recüfications ont uniquement porté sur le jour où elles ont été faites, jamais sur le phénomène en lui-même.
Ces observations, dont 1l est très-facile de comprendre
! Lettres historiques sur l'astronomie, par M. Petit. Toulouse, Lavergne, 1841, pag. 31 et suiv.
l'importance, ne font pas remonter les connaissances astronomiques à une époque assez reculée, pour qu’il soit nécessaire de rien changer aux conclusions qui précèdent.
Il en est de même des monuments de la Chine. Leur antiquité est loin d’égaler celle des constructions de la haute Égypte. D'après les traditions les plus authentiques, ces monuments sont postérieurs de plus de mille ans à l’empereur Yao-Chu. Il en est ainsi de leurs vases et.de tous les objets qui sont susceptibles de se conserver. On n’en connaît pas dont la date soit antérieure à 1766 ans avant l'ère chrétienne, ou à 3625 ans avant l’époque actuelle. Ces vases, peu chargés de caractères, sont difficiles à déchiffrer à raison de leur uniformité ; ils nous ‘apprennent seulement l’époque de leur fabrication et nous éclairent sur la chronologie de la Chine. Du reste, les hiéroglyphes dontils sont parfois chargés n’ont aucune valeur historique.
Il résulte de l’examen attentif de l’histoire de cette partie de l'Asie, que pendant longtemps les Chinois n’ont pas observé le ciel en astronomes, mais uniquement en astro- Jogues ; dés-lors, les premières observations de leurs mandarins n’ont aucune autorité pour l’histoire comme pour Ja chronologie, en même temps qu’elles sont sans importance pour la science.
En un mot, les recherches astronomiques, les livres, les monuments historiques nous manquent lorsque nous voulons dépasser la date que nous avons fixée à l’apparition de l’homme. C’est sans raison comme sans fondement qu'on a voulu aller au-delà pour le soutien de systémes
— 129 — | plus ou moins ingénieux, mais sans appui et sans base. (Note 39.)
Un simple hasard ne saurait donner un résultat aussi uniforme que celui dont nous venons de démontrer la certitude. D’après les monuments les plus authentiques , aussi bien que d’après les traditions .les plus certaines, l'origine des monarchies égyptienne, assyrienne, indienne et chinoise, ne remonterait pas au-delà de 4000 ou au plus de 5000 ans. Les idées de nations aussi diverses et dont les relations ont été si peu fréquentes, chez lesquelles la langue, la religion, les loiset les habitudes n'avaient rien de commun, n'auraient pu s’accorder sur un point aussi important de leur histoire, s’il n’avait pas eu la vérité pour base. Elles l’auraient pu d'autant moins, que toutes ces nations ont eu un désir bien prononcé de s'attribuer une antiquité sans bornes, afin de se donner un
genre d'illustration auquel elles attachaient le plus grand prix.
VIT. Des Cosmogonies païennes comparées à la Cosmogonie de Moïse.
Après avoir examiné en détail et avec attention la cosmogonie de Moïse, il ne nous reste plus qu’à la comparer à celles que nous devons aux philosophes les plus illustres de l'antiquité comme aux peuples les plus avancés en civilisation. Le grand œuvre de la création a excité de tout temps l'intérêt des hommes éclairés. Cependant les païens n’admettaient point la création dumonde dans lesens rigoureux
de ce mot. Ce qu’ils appelaient ainsi, n'était pour eux que la reproduction du monde à la suite d’un violent cataclysme antérieur à celui de Noé ou de la même époque; aussi leurs cosmogonies sont-elles mêlées d’allusions à de violentes éruptions des eaux.
Les plus beaux génies de la Grèce et de l'Italie antique se sont occupés de la solution du problème de la création; aucun d'eux, quelle qu’ait été parfois la profondeur de leurs vues, ne s’est approché de cette solution, dont les siècles modernes nous ont fait seuls comprendre toutes les difficultés.
Les anciennes cosmogonies, toutes imparfaites et souvent bizarres lorsqu'elles ne sont pas calquées sur celle de Moïse, sont à peu près sorties du souvenir et de la mémoire des hommes. Comment pourrait-il en être autrement? Les philosophes auxquels elles sont dues, avaient les idées les plus fausses et les plus étranges de Dieu et de sa puissance.
Ce que nous disons des philosophes de l'antiquité, nous pourrions le dire tout aussi bien des plus illustres que de ceux dont les travaux ne méritent aucune attention. Platon, qui a touché pour ainsi dire aux dernières limites de l’intelligence, n’a embrassé la création ni dans son essence ni dans ses résultats, parce qu'il n’était point fixé sur le principe éternel de toutes choses : on peut facilement s’en convainere en portant ses regards sur le Timée et sur le Traïté des lois!
De même Aristote, ce génie si vaste, qui a embrassé
! Platon; Traité des lois, lib. VII. — Le Timée, pag. 306 et suiv. Un volume in-8°, édition des Beux-Ponts.
l'étude de la nature entière, quoique moins incertain dans ses opinions que Platon, n’a pas été plus heureux. À ses yeux, l’univers a toujours existé ainsi que le genre humain. Les êtres qui embellissent et animent ce monde, n’ont jamais eu de commencement et ne doivent point avoir de fin. Hippoerate, la grande renommée des temps antiques, s'est également égaré lorsqu'il a voulu porter son esprit sur la création et sur son auteur.
Leurs erreurs prouvent combien la cosmogonie de Moïse est digne de l'attention des hommes éclairés ; car, longtemps après cette cosmogonie, on a eu les opinions les plus fausses sur l’origine du monde. Les uns, tels que Ocellus Lucanus , soutenaient que le monde était éternel quant à sa nature et sa forme ‘. De même Platon, bien qu'il reconnût que le monde était l'ouvrage de Dieu, présumait pourtant que l’époque de sa formation était illimitée. D'après lui, le monde était une image éternelle du type immuable , uni de toute éternité à une matière variable, Enfin, les disciples de Platon enchérirent de plus en plus sur la doctrine de leur maitre, et enseignèrent le dogme de la ca-éternité absolue de Dieu et de l’univers. (Note 40.)
Aristote partagea la même opinion et supposa que les êtres vivants, comme les corps inorganiques, étaient incréés. Néanmoins, il reconnaissait qu’une substance spirituelle était la cause du mouvement et de la forme de l’univers.
1 Ocellus, ancien philosophe de l’école de Pythagore, était natif de Lucanie, ce qui lui valut le nom de Lucanus. Il vivait longtemps avant Platon; il nous a laissé un Traité sur l'Univers, dont nous possédons plusieurs éditions en grec et en latin.
À ses yeux, l'univers était moins une création qu'une émanation de la divinité.
Plusieurs autres philosophes anciens ou modernes sont allés encore plus loin : ils ont soutenu non-seulement que le monde était éternel, mais qu’il existait par luimême et ne formait qu'un avec la divinité. Cette opinion, professée par Spinosa, avait été enseignée par Xénophane, chef de l’école éléatique, ainsi que nous l’apprend Diogène de Laerce. Le dernier soutenait également qu'il n’y avait qu’un seul être, lequel incréé, essentiellement inaltérable, restait toujours le même et n’était autre chose que Dieu. Cette doctrine a été partagée par Parménide, Mélissus et Zénon d’Élée , de l’école de Pythagore.
Strabon de Lampsaque s’est entièrement écarté du système de Platon et d’Aristote. La nature était pour lui animée; il ne reconnaissait d'autre Dieu qu'elle. Quoiqu'il soit fort difficile de déméler le sens de ses paroles, il paraît qu’il regardait Dieu et l’univers comme une seule et même chose, Enfin, Alexandre l’ép'curien se rapprocha de l'opinion de Xénophane; car, à ses yeux, Dieu n’était autre que la matière. Quelque étrange que soit une pareille opinion, elle n’en a pas moins été adoptée par plusieurs philosophes du moyen âge, et s’est propagée jusqu'à l'extrémité de l'Orient.
Parmi les hypothèses cosmogoniques qui excluent toute influence divine sur la production de l'univers, on peut remarquer celles des Phéniciens , dont il est question dans
un fragment de Sanchoniaton recueilli par Eusèbe. Cette doctrine, fondée sur l'athéisme , a cependant quelques
analogies avec la théogonie grecque d’Hésiode , qui considérait l’amour comme le premier effet de la puissance génératrice du chaos. Des idées semblables ont été adoptées par les Égyptiens dans leur cosmogonie. D’après eux, l’univers était dans le principe des choses une masse inerte, où te ciel et la terre se trouvaient confondus; ce ne fut qu'après la séparation fortuite des corps que le monde aurait pris la forme et l’aspect que nous lui voyons. Tout, dans la cosmogonie des Égyptiens, était l'effet du hasard, et leurs systèmes ne supposaient pas même l'existence de Dieu.
Sil faut en croire Plutarque, mais non Diodore , les Égyptiens auraient reconnu un principe actif et intelligent, uni de toute éternité au chaos, qui aurait régi l’univers et présiderait aux effets, dont il serait la cause suprême.
Les Babyloniens regardaient le monde comme éternel de sa nature, et rejetaient toute idée de production primitive et de futur anéantissement. Cependant ces peuples ont attribué à une providence divine l’érdre admirable dont Funivers offre le spectacle.
Lesanciens poètes grecs qui nousontconservélestraditions mythologiques de leur nation, supposaient l’univers né du chaos , sous l’influence de la divinité. Tels sont Hésiode dont nous avons déjà parlé, et Aristophane; tous deux con-
sidéraient le chaos comme la source de tous les êtres et
des corps bruts. Tel est aussi le système de la formation du monde de Leucippe et de Démocrite d’Abdère, dans lequel les atomes jouent un si grand rôle; ces atomes, après de nombreux tourbillons , se sont donné à eux-mêmes l'organisation propre à ce que nous appelons des corps.
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Ce système, bizarre s’il en fut jamais, est assezsemblable, aux tourbillons près, à celui d’Épicure , tel que Lucrèce nous le présente. Cependant Épicure ajouta la pesanteur aux deux autres propriétés attribuées aux corps par Démocrite, savoir : la forme et l'étendue; selon lui, si les atomes n'avaient pas été pesants, il n’y aurait point eu de mouvement.
D’autres philosophes grecs pensèrent que le feu était le principe et la fin de toutes choses , et qu'il était Dieu. Cette idée, sortie des écoles d'Hérodote et d’Hippase de Métaponte, était aussi celle que professait le Père de la médecine, Hippocrate. À ses yeux, comme à ceux d’Héraclite, le feu immortel connaissait le passé, le présent et l'avenir. Les opinions des stoiciens ne furent guére plus raisonnables, car , tout en distinguant deux principes, Dieu et la matière, ils les firent également corporels.
On trouve des idées plus sensées sur l’origine du monde, dans les systèmes imaginés par les Étrusques, les mages, les druides et les brahmes. Selon eux, Dieu aurait tiré l'univers du néant, idée à peu près analogue à celle que l’on trouve dans quelques anciens livres chinois.
Anaxagoras avait également proclamé que le monde était l'ouvrage de Dieu ; aussi sa cosmogonie fut-elle adoptée par les Romains, malgré les efforts de Lucrèce pour faire prévaleir le système d’Épicure. Quant aux Métamorphoses d'Ovide , qui eurent à Rome un succès prodigieux , elles ont quelque air de ressemblance , dans leur premier chapitre du moins, avec la Genèse. Quelques écrivains ont pensé, d’après un passage de Clément d'Alexandrie, que
le Pentateuque était eonnu à Rome et en Grèce avant l’ére chrétienne, ce qui a été confirmé par plusieurs autres autorités.
On pourrait admettre la même supposition à l'égard des Hindous. D’après leur cosmogonie , que l’on trouve consignée dans les lois de Menou, l'univers n'aurait existé que dans l’idée première et éternelle de la divinité. Enveloppé d’abord dans les ténèbres et le chaos , le monde ne serait sorti de l'obscurité dans laquelle il était plongé , que par l'effet et la volonté de la divinité elle-même. A sa voix puissante, le ciel en aurait occupé la partie la plus élevée, la terre l’extrémité inférieure, et au milieu aurait été établie la région des airs. C’est sur la terre que furent placés les êtres vivants, que Dieu anima de son souffle divin. . Après avoir achevé son œuvre, la cause première de toute existence fut absorbée de nouveau dans l'esprit dont elle était émanée , et rentra dans son état primitif de repos et d'inaction.
On a ru voir dans les incarnations de Wistnou, Wishnou, Wichnou, Wischau ou enfin Wichnum, dieu qui selon les Hindous gouvernele monde, une preuve de la connaissance des lois de la succession des animaux en raison directe de la complication de l’organisation. Cette connaissance résulterait de ee que, dans la première métamorphose, Wistnou s'était transformé en poisson pour chercher le Védam au fond de la mer, où un mauvais génie l'avait caché; et dans la seconde, en reptile. Cette dernière métamorphose aurait eu lieu parce que, suivant les brahmes, laterre ne pouvant.plus porter la pesanteur des montagnes,
Wistnou aurait pris la forme d’une tortue pour la soutenir sur son dos. (Note 41.)
À la troisième incarnation, les péchés du genre humain ayant augmenté le poids de la terre, comme le serpent Signag, sur lequel elle reposait, n'aurait pas eu la force de la supporter, elle serait tombée au fond de la mer et tout le genre humain aurait péri. Wistnou, transformé en cochon, descendit des cieux, il grandit sous cette forme d’une manière si étrange que sa tête touchait aux étoiles. Il souleva pour lors la terre, avec ses défenses, et la remit sur la tortue qui était elle-même posée sur le serpent Signag. Brahma repeupla ensuite la terre d'hommes nouveaux, qu'il créa par l'effet d’une seule de ses paroles.
Danslaquatrième métamorphoseouincarnation, Wistnou se transforma en monstre effroyable afin de châtier l’insolence du démon, et l'ayant saisi par le milieu du corps il le tua. Le dieu accomplit dans la cinquième d’autres actions ; ainsi il détrôna Malvalx, le dieu qui gouvernait le monde durant l’âge d’or et le culbuta dans l’abime, l'esprit de désolation disparut pour lors de dessus la terre. Lors de la sixième incarnation, Wistnou accorda trois enfants à deux pieuses brahmines qui ne pouvaient avoir de postérité. Dans Ja septième, il tua Ravana, qui, oubliant ce qu’il devait à Ixora, voulait se faire reconnaître pour dieu. | |
L'histoire de la huitième incarnation paraît avoir quelque analogie avec la vie de Moïse. Un raiah qui avait marié sa sœur à un brahme, apprit qu’elle mettrait au monde sept enfants et que le dernier lui enléverait la couronne.
Ce prince fit done massacrer les enfants de sa sœur, mais la brahmine étant accouchée d’un nouveau garçon, qui n'était autre que Wistnou incarné, le fit échanger contre un autre et se sauva avec lui et son mari.
Wistnou fit bientôt éclater sa divinité ; il rencontra sur ses pas la femme d’un jardinier, celle-ci l'engagea à venir loger chez elle et lui tint des discours analogues à ceux que le Centenier adresse à Jésus-Christ. Un autre événement a encore plus de conformité avec ceux de la vie du Sauveur : pour honorer Wistnou , une indienne répandit sur sa tête un vase plein d'essence et de parfums. Dans la neuvième ircarnation, Wistnou se manifesta aux hommes sous le nom de Boudhe, vu de médiateur du genre humain.
Quant au temps de la dixième incarnation, il n’est pas encore venu ; lorsqu'il arrivera, Wistnou paraïtra sur un cheval ailé, afin de châtier les méchants. Le serpent Signag, pas plus que la tortue, ne pourra soutenir le poids de la terre , et le monde alors sera détruit. Ce sera la derniére période de l'univers, jusqu'au moment où le premier âge reviendra. Les Hindous, comme les autres peuples idolàtres de l’Orient, ont en effet admis une révolution cosmogonique pareille à celle des platoniciens.
Telle est l’histoire des dix incarnations qui renferment les mystères de la théogonie des brahmes, du moins comme elle est racontée par Baldans. Cette histoire ! primitive n’a presque aucune conformité avec celle d'Abraham Roger
ne
‘ Dictionnaire de la Fable. Voy. l'article Wistnou; Paris, 1808. IL, 12,
et de Noël , non-seulement pour l'ordre des incarnations , mais encore pour le nom des personnages.
-Le récit de ces diverses incarnations, ou cet ensemble de traditions mythologiques plus ou moins fantastiques, né saurait, sous aucun rapport, être comparé à une véritable cosmogonie. Les incarnations de Wistnou n’en donnent pas même l’idée et paraissent avoir été imaginées dans un tout autre but. Siun dieu s’est métamorphosé d’abord en poisson, puis en reptile, enfin en mammifère, ces transformations n’indiquent pas pour cela que les brahmes se soient doutés que la succession des êtres vivants avait eu lieu en raison directe de la complication de l’organisation. C’est un pur effet du hasard, que les incarnations de Wistnou aïent commencé par sa métamorphose en poisson, la classe la plus simple des animaux vertébrés. Cette idée, toute mythologique, ne se rapporte nullement à la succession des êtres vivants, qui ont apparu sur la terre en vertu d’une loi que les anciens brahmes n’ont pas plus connue que nous-mêmes avant ces dernières années.
Les détails dans lesquels nous venons d’entrer ont pu faire saisir combien les eosmogonies des Hindous sont absurdes, indépendamment de toute comparaison avec celle de Moïse. On s'étonne, en lisant leurs Védas, que les peuples de l’Inde aient été considérés comme de la plus haute antiquité. On a cru cependant, mais sans motifs suffisants, qu'ils pouvaient réclamer l'honneur d’avoir été la première origine du genre humain et le principe de la civilisation. Il n’est donc pas exact de prétendre que toujours ancienne et toujours nouvelle , la contrée qui a vu naître
les Hindous est constamment debout sur ses propres ruines, comme un foyer lumineux où viennent se concentrer les rayons épars qui ont longtemps éclairé le monde.
Les premiers symboles de la cosmogonie des Hindous, remplis de naivetés et d'idées incohérentes, déposent contre l'antiquité qu'on a voulu leur supposer. D’après leurs idées mythologiques, ces peuples ont considéré le monde comme créé ou organisé par le concours de deux principes procédant d’un seul ou s’alliant à un troisième. Ce dernier, su- , périeur, préexiste de toute éternité; créateur par excellence , il paraît pour accomplir son œuvre, et rentre dans le sein du grand tout lorsqu'elle est consommée.
Cette trimourti ou trinité, et ces trois formes ou emblèmes physiques, le feu, l’eau, la terre, se combinent entre eux ou avec l'unité suprême d’où ils dérivent, d’après la doctrine des brahmes. Telle est la base de la cosmogonie des Hindous ; en voici maintenant les détails.
Siva, le feu ou le soleil, ou plutôt le principe de la chaleur et de la lumière, y tient la place du grand générateur ou créateur, distinct du conservateur aussi bien que du destructeur. Son action a précédé toute autre action, c'est lui qui déposa dans les eaux primitives (représentées par Bhlavani), les germes producteurs de toutes choses.
. Siva occupe ici le premier rang, mais dans d'autres cosmogonies Wistnou joue le rôle principal. Aussi, en les comparant les unes aux autres, on n’y voit pas la moindre unité, caractère cependant essentiel de la vérité. Ces cosmogonies représentent le dieu couché sur une feuille de figuier, dans l'attitude de la contemplation, nageant à la
surface des eaux sous la figure d’un jeune enfant. Pendant qu’il repose sur son élément, enseveli dans ses méditations profondes, 1l sort tout à coup de son nombril une tige de lotus ; Brahma paraît assis sur le calice de cette fleur pour accomplir Ja création.
L'eau y est considérée comme lélément primitif et le premier ouvrage de la puissance créatrice ; le monde sort du chaos et de la nuit; l'intelligence et le mouvement le développent, l’organisent et donnent la forme aux êtres innombrables dans lesquels se répand la vie universelle ou Dieu même.
D'après ces cosmogonies, les choses matérielles étaient plongées d'abord dans les ténèbres comme dans un sommeil profond; soudain parut celui qui subsiste par lurmême (Swayamblou), l’auteur et le principe de tous les êtres ; invisible, incorruptible, 1l dissipe par sa seule apparition les ténèbres. Voulant tirer toutes choses de sa propre substance, Hi crée d’abord les eaux et y dépose une semence féconde. Cette semence devint un œuf d'or resplendissant à l’égal du soleil, et Brahma, le père des mondes, y prit naissance par sa propre énergie. Ce dieu, après avoir demeuré une année dans l’œuf divin, le divisa en deux parties égales; il forma de ces deux moitiés le ciel et la terre, plaçant au milieu l’éther subtil, les hautes régions du monde et le réceptacle permanent des eaut.
Le dieu suprême Siva, la lumière qui féconde, est aussi représenté par Wistnou. Ce dieu n’est pas seulement l’eau, mais plutôt l'esprit ou le souffle divin vivifiant etse mouvant sur les eaux. Il partage avec l'éternel créateur le nom de