‹ De la cosmogonie de Moïse comparée aux faits géologiquesChapitre 9 sur 80 · AM · texte numérisé non relu

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Nardyama qui exprime cette idée. C’est l’âme du monde qui pénètre et conserve toutes choses depuis la création. I les a produites par l’intelligence, au commencement des temps, et les recueillera au terme fixé dans son sein. En ce sens seulement, Brahma naissant de l'œuf primitif ou du nombril de Wistnou, paraît subordonné à ce dieu.

La divine intelligence (Brahma) a créé lunivers et tout ce qu'il renferme, les dieux aussi bien que les hommes, les animaux, les plantes, les forces de la nature etles puissances de l’esprit. Les temps commencèrent leurs révolutions et les mondes se succédérent dans une perpétuelle alternative de destruction et de renouvellement. Quatre âges ou périodes ont été destinés à la durée de l’ordre actuel des choses; c’est ce que les Hindous ont nommé les quatre yougas.

Le premier de ces âges est le Crita ou Satia-youga, âge de justice et de vérité, où les hommes, également bons et vertueux, jouissaient d’une félicité sans mélange et vivaient de longues années.

Dans chacun des âges suivants (Treta-youga, Dwaparayouga et Cali-youga), le mal augmente à mesure que le bien diminue. Le bonheur et la durée de la vie humaine décroissent dans une proportion considérable. La durée même des âges suit un pareil rapport. Douze mille années des dieux ou quatre millions trois cent vingt mille années des hommes, forment la somme totale des quatre yougas qui composent ce que les cosmogonies appellent un âge divin.

Soixante et onze âges divins s’écoulent dans la durée du

gouvernement de Menou; mille ans ne forment qu'un jour de Brahma ou un calpa, c’est-à-dire quatre milliards trois cent vingt millions d'années humaines. Chacun de ces calpas est terminé par un déluge universel, à la suite duquel s'opère une nouvelle création. D’autres déluges séparent les manwantaras, et les âges divins se terminent eux-mêmes par un embrasement général.

Ainsi, l’être existant par lui-même, représenté par Siva ou par Wistnou, tire de son essence éternelle ou du sein de Bhavani ou du sacré lotus, les semences de toutes choses , qui s’y étaient réfugiées après la destruction de l'univers. Le premier Menou, surnommé Swayambhouva, en donnant l’existence aux premiers hommes, promulgua les lois saintes qui régissent encore leurs descendants. Cinq autres Menou avatent régné, et le septième, surnommé Vaivaswata, ou fils du soleil, se trouvait sur la terre corrompue par l’oubli de la parole divine.

Brahma se reposant après une longue suite d’âges, le démon Hayagriva s'approcha de lui et déroba les Védas qui avaientcoulé de sa bouche. Satyavatra régnait alors ; c'était un serviteur de l'esprit qui marche sur les eaux et qui en fa sa seule nourriture.

Ces traditions si étranges rapportent encore que ce prince s’acquittant de ses ablutions dans la rivière Critamâla, Wistnou lui apparut sous la figure d’un petit poisson, qui, recueilli par le saint monarque, devint si gros, qu’à la fin Satyavatra fut obligé de le placer dans l'Océan. Le dieu adressa ces paroles à son adorateur, qui l'avait reconnu : «Encore sept jours et toutes choses seront

»plongées dans une mer de destruction; au milieu des >vagues meurtrières, un grand vaisseau envoyé par moi »paraîtra à tes yeux. Tu prendras toutes les plantes médi- »cinaless et, accompagné des sept saints, entouré de cou- »ples de tous les animaux, tu entreras dans cette arche »spacieuse et tu y demeureras..... Tu reconnaîtras alors »ma véritable grandeur, et ton esprit recevra des ins- »tructions en abondance. »

La mer, franchissant ses rivages, inonda toute la terre; elle fut accrue par les pluies que versaient des nuages immenses. Le roi, méditant les commandements du Bhagavat, vit le vaisseau s'approcher et y entra avec les chefs des brahmes, après s'être conformé aux préceptes de Héri. Le dieu parut sur le vaste Océan comme un poisson resplendissant, armé d’une corne énorme à laquelle Satyavaira attacha le vaisseau en faisant un cable d’un grand serpent... Puis Héri, se levant avec Brahma du sein du déluge destructeur qui venait de cesser, tua le démon Hayagrivaetrecouvra les livres sacrés; Satyavatra, instruit de toutes les connaissances divines et humaines, fut choisi par le dieu pour septième Menou, sous le nom de Vaivaswata. Alors commença le septième manwantara, où nous nous trouvons aujourd'hui.

Le Bhagavat, l’un des plus célèbres Pouranas, raconte la première incarnation de Wistnou, nommée Matsyavatara, ou la descente du poisson. Cette incarnation fait le sujet d'une autre Pourana auquel il a donné son nom ( Matsya- Pourana). La seconde incarnation, le Ksurmavatara, ou Mearnation en tortue, semble, aussi bien que la troisième,

Varahavatara (en sanglier), se rapporter, comme la première, à quelque révolution du globe par les eaux.

Les dieux ayant tenu conseil pour inventer un breuvage qui donnût l’immortalité, ou, selon d’autres traditions, une lutte violente s'étant élevée entre les bons et les mauvais génies, au sujet du divin breuvage, celui-ci se perdit. Le mont Mérou fut précipité dans la mer, et comme il s’enfonçait dans le grand abime, toute la terre en fut bouleversée. Alors parut Wistnou , sous la forme d’une immense tortue ; le dieu ayant plongé, souleva la montagne, et la soutint sur son dos avec le monde entier. (Note 42.)

Le Mérou fut cependant enlacé dansles replis de l’énorme serpent Secha ou Vasouki; les démons en saisirent la tête, et les dieux la queue ; par l'effet de ces eflorts contraires l'axe du monde tourna au milieu de la mer de lait, comme un bloc de bois sous la main du tourneur. Ce mouvement de rotation fit répandre l’Amrita ou la liqueur de l’immortalité à la surface des eaux. Six autres choses précieuses ou êtres excellents apparurent en même temps ; ils sortirent de la mer de lait.

La lune d’abord, puis l'éléphant Airavata, ensuite le grand médecin Dhavantari. Celui-ci recueillit l’Amrita dans un vase et la présenta au dieu conservateur, assis sur le sommet du mont Mérou. Wistnou distribua l’Amrtta aux dieux ou bons génies, sans en faire part aux mauvais génies ou géants. Ceux-ci s'étant répandus sur la terrre, la désolèrent par leurs cruautés en s’y faisant adorer comme des dieux. Ces outrages faits à la divinité donnérentlieu aux

‘ncarnations suivantes du pouvoir protecteur du bien.

LA

Un des géants, ou le démon des eaux, menaça de détruire le globe encore une fois; Wistnou descendit du ciel , à la prière de Prithivi, déesse de la terre, sous la forme d’un sanglier. Il vainquitle géant, et soulevant le globe à l’aide de ses défenses, il le replaça en équilibre sur l’Océan.

Le géant Hiranya provoqua par son orgueil la quatrième incarnation en homme lion. Le monstre divin sortit d’une colombe, et s'étant précipité sur Hiranya, il éteignit dans le sang du géant toute sa vengeance.

Dans cette lutte constante que les cosmogonies des Hindous ont admise entre les principes malfaisants et les bons principes, chaque victoire nouvelle du bien sur le mal est liée à une nouvelle incarnation.

Ce progrès de perfection et de puissance se manifeste surtout dans les incarnations suivantes.

Le Treta-youga en vit trois : la cinquième, la sixième et la septième. Le géant Bali ou Mahahali avait obtenu la souveraineté des trois mondes ; tyran usurpateur, il était devenu pour les dieux un objet de colère. Wistnou se chargea de la vengeance commune. Ayant pris la figure d’un brahme nommé Vamana, il se présenta devant le monarque et le pria de lui donner trois pas de terrain. Bali condescendit à sa demande et engagea sa parole. Alors Vamana, développant un corps prodigieux, mesura laterre d'un pas , le ciel de l’autre. Il allait embrasser les enfers du troisième , quand le géant , tombant à ses genoux, réconnut humblement le pouvoir du dieu suprême. Wistnou

lui laissa la souveraineté du sombre royaume. On appelle cette incarnation Vamanavatera, et l'on désigne le nain NL. 13

merveilleux sous le nom de Trivikrama, qui veut dire trois pas.

Dans la sixième incarnation, Wistnou châtia l’insolence des rois de la race du soleil , ou une race particulière de guerriers nommés Kchatnyas. Après avoir détruit cette caste impie , il se retira sur la chaine des Gates, alors baignée par la mer. Vivant dans la solitude, il voulut toutefois donner une nouvelle preuve de sa divinité, et fit sortir du sein des eaux la côte de Malabar.

Un autre Rama, contemporain du précédent, termine le deuxième âge. On peut y comprendre la huitième incarnation ou l’incarnation de Crichna, la plus magnifique de toutes. Elle signale la fin du troisième âge, durant lequel les vertus et les vices furent dans une espèce d’équilibre. Cette incarnation est en quelque sorte double. Crichna eut pour frère aîné le troisième Rama, et fut un bienfaiteur de l’humanité.

Quant à Bouddha, la neuvième incarnation et la dernière , les uns la placent dans le troisième âge peu après la mort de Crichna, les autres au commencement de l’âge actuel ou Kali-youga ; enfin, certains la rapportent à mille ans environ avant l’ère chrétienne.

La dixième incarnation, Calkiavatara, est encore à venir. À la fin de l’âge présent, Wistnou paraîtra monté sur un coursier d'une blancheur éclatante, avec un glaive resplendissant à l’égal d’une comète, pour mettre fin aux crimes de la terre. Ce sera l'alliance de Wistnou et de Siva. Quand Calki le destructeur viendra, ou, selon d’autres, le serpent Secha, celui-ci, vomissant des torrents de

ne de

flammes, eonsumera tous les mondes et détruira toutes les créatures.

Au milieu de cet embrasement général , les semences seront recueillies dans le sein fécond de Bhavani. Une nouvelle création, un monde nouveau, commencera pour lors, ainsi qu’un nouvel âge de pureté et d’innocence. Le lotus deviendra , comme le lingam , le synthole de l'éternelle génération , comme Siva le dieu de la vie et de la mort tout à la fois. Rien ne sera anéanti : la substance demeurera dans la variation perpétuelle des formes. Tousles êtres retourneront à la divinité , dont l’essence est leur source commune, le commencement, le milieu et la fin de toutes choses. |

Telle est la doctrine de l’émanation, véritable base de la religion des. Hindous. Elle permet d'expliquer les nombreuses descentes de la divinité sur la terre, dont nous avons décrit les dix principales. Elle seule peut rendre compte de cet accroissement progressif du mal, contre lequel le bien s’est sans cesse élevé dans une proportion analogue, par un effet nécessaire de la vertu dont la pratique lui est confiée. Ces manifestations de la divinité sous des forntes humaines, ont donc un but moral.

Le système de mythologie des Hindous revêt à l'intérieur les formes les plus diverses et souvent les plus extraordinaires. Ainsi Wistnou, pour combattre le mal, pour amener le triomphe du bien, et pour porter son attention sur les choses mortelles, doit devenir mortel lui-même. Il accepte donc un corps, il s’incarne sur la terre, agit en personne et partage tous les accidents de cette périssable et

mortelle condition. Quelque bizarres que soientles moyens qu'il emploie et sous quelque forme qu’il apparaisse, animal, monstre, héros ou berger, se mêlant aux passions comme aux affaires du monde, vivant dans la retraite ou dans les

- plaisirs, son action invariable est le succès assuré; à ses œuvres on reconnait le dieu.

Ainsi, Wistnou, fils de l'Éternel et sa seconde révélation , lien visible du monde avec son invisible auteur, porte dans ses incarnations le caractère d’un médiateur divin, dévoué au salut des créatures et réparateur constant des désordres dont une cause de destruction mine sans cesse l’univers. | |

Ces idées cosmogoniques qui ont régné dans l’Inde, sont consignées dans les Védas et les livres écrits d’après les lois de Menou. Ces livres ont été rapportés par M. Schlegel à la première époque littéraire des Hindous.

7 Ontrouve dans la deuxième période presque tous les systèmes philosophiques antérieurs à la philosophie Védanta, tels que la philosophie Sankya et autres. Les Hindous y ont également fait entrer le Ramayan et le fond de plusiéurs Pouranas. Dans la troisième période , on a placé tous les ouvrages de Vyasa, c’est-à-dire les dix-huit Pouranas, le Mahabharat et la philosophie Védanta.

La quatrième embrasse l’époque où Kalydassa, et une foule d’autres écrivains , s’emparant des anciennes traditions , qui jusque-là avaient été la propriété exclusive des poètes, les proposèrent à la multitude dans les drames et quelquefois sous diverses formes poétiques. Ainsi se sont formés les Védas, desquels ont découlé les Pouranas,

espèce de romans mystiques dus à la fécônde imagination de Vyasa et de ses contemporains.

Examinons maintenant si les cosmogonies phéniciennes sont plus raisonnables que celles dont nous venons de donner une idée. Tout ce que nous en savons, nous le devons à Eusèbe, évêque de Césarée, qui a répandu quelques lumières sur l’histoire de la Phénicie.

La tradition rapportée par Eusèbe est présentée comme une parole divine, exprimée par la suprême Intelligence elle-même, gravée d’après ses ordres en caractères célestes par les divinités planétaires, révélée sur la terre par lesdieux inférieurs. Cette incarnation graduelle de la loi est analogue aux incarnations successives dans lesquelles la diviuité elle-même a voulu se révéler aux hommes ; elle est semblable à l’incarnation des Védas de l'Inde.

Le Temps, le Désir et la Nuit étaient, au rapport de Damascius, Jes trois principes de toutes choses, selon les Sidoniens. De l'union des deux derniers parurent l’Éther ou l'air mâle, et l’Aura ou l’air femelle: ils produisirent un œuf. D’après Eusèbe, le souffle de l'esprit ou le vent et la nuit primitive figurent comme principes des choses.

Sanchoniaton admet un limon primitif ou Môt. De ce limon naquirent certains animaux dépourvus de sentiment, . et doués plus tard d’une certaine intelligence. De là sont dérivés le soleil, la lune et lesétoiles. Le souffle primitif et la

"nuit enfantèrent Æon et Protogonos (la durée et le pre-

mier-né). Ceux-ci mirent au jour Genos et Genea, genre,

race ou espèce. La lumière , le feu et la flamme parurent

ensuité, d’où dérivèrent le Casius, le Liban et l’Anti-Liban. LL. 13.

Après bien des générations parurent Sydik et les Cabires. Les mêmes cosmogonies admettent ensuite qu’un fracas épouvantable produit par un nombre infini d’éclairs et de tonnerres , réveilla tous les animaux, qui commencèrent pour lors à se mouvoir dans la mer et sur la terre.

. Les traditions des Phéniciens représentent, de même que le système égyptien, l'esprit et la matière, tous deux incréés et préexistant en Dieu. Môtest un nom d’Isis pris dans un sens élevé. Ce qu’il y a de remarquable dans ces traditions, c'est la ressemblance qui se manifeste entre les puissances intelligentes et les incarnations.

Le Protogonos phénicien correspond au dieu égyptien Kneph, à la fois serpent divin et bon génie(Agathodæmon). Le Chasorus, dieu ouvreur, dont il est question chez Da- .maseius, représente le Phtha des Égyptiens qui brise l'œuf

du monde en deux parties distinctes : l’une forme le ciel et l’autre la terre. | |

Ici, comme en Égypte, de nombreuses divinités sortent de la sphère théogonique pour recevoir dans un culte public les hommages des mortels et prendre possession des temples. Les noms qu’on leur donne sont en partie grecs. Uranus (le ciel) a de sa sœur Ge (la terre), Ilus ou Chronus, puis le Bétyle, ensuite Dagon, plus tard encore Siton, et enfin Atlas. |

Uranus veut faire périr ses enfants; mais Chronus le détrône avec le secours d’'Hermés, son fidèle conseiller, et d'Athènes ou Minerve. Chronus prend successivement pour femmes Astarté, Rhéa, Dioné, ses sœurs. Il a de la première un grand nombre d'enfants, le second Chronus,

Jupiter, Bélus, Apollon, Thyphon etNérée père de Pontus.

Un fils naturel d’Uranus, frère consanguin de Chronus, Démaroon, met au jour Melkarth (Hercule). Chronus, devenu le souverain des dieux et le maître du monde, veut encore en être le bienfaiteur. Il bâtit la ville de Byblos, quil donne en présent à sa femme et sœur Baaltis, la même que Dioné. Il donne également la cité de Beryte à Poséidon ou Neptune, et en même temps aux Cabires, - ainsiqu’aux laboureurs et aux pêcheurs.Cependant Taaout poursuivait le cours de ses inventions. Il avait fait une image d'Uranus ; il fit encore celles de Chronus, de Dagon et des autres dieux ; elles devinrent plus tard les caractères d’une écriture sacrée.

La cosmogonie chaldéenne , telle qu’elle nous a été transmise par Berose, se rapproche sur les points principaux de celle des Phéniciens. A la tête des dieux figure Bel, où Omoroca ou Omorca, suivi de beaucoup d’autres divinités. Bel coupe en deux Omoroca. Une des moitiés forme le cieletlautre laterre. Du sang de Bel naît la race humaine. À ces faits succèdent la dispersion des ténèbres, la séparation du ciel et de la terre, et enfin l'ordonnance du monde.

Une nouvelle race d’hommes sort du sang d’un autre dieu, qui s’'immole de ses propres mains; alors paraît Oannès l’amphibie , homme-poisson. Cet être mystérieux s'élève chaque jour de la mer Reuge pour enseigner aux Babyloniens la loi et la sagesse. -

Il ÿ a dans les deux pays une succession de Baals. En Phénicie, se trouvent Bel-Uranus, Bel-Chronus, Bel-Zeus et les déesses correspondantes Gé, Astarté, Baaltu ou Dioné. On y découvre encore Melkarth et le soleil incarné Adonis;

puis d’autres divinités, les sept Cabires avec leur huitième. frère Esmun (Esculape) et les dieux et les déesses poissons. À Babylone, c’est Oannès , tandis que chez les Phéniciens Dagon ou Dercéto est identique avec la déesse syrienne Atergatis.

Telles furent les divinités adorées dans la plupart des temples de l'Asie antérieure et moyenne ; elles n’enavaient pas moins leurs sanctuaires de prédilection , là où elles s'étaient, pour ainsi dire, établies à demeure. Ainsi, Astarté était adorée avec son Adonis à Byblos, Melkarth à Tyr, Dagon à Azotus , Dercéto à Joppé.

Toutefois on reconnaît dans cette multiplicité de formes et de cultes populaires, une idée fondamentale qui a son principe dans l'antique sabéisme et dans la plus simple intuition de la nature. Un roi et une reine des cieux | (Bel-Baal, Baaltis-Uranie), le soleil et la lune, se retrouvent sur la terre comme générateur et mère suprêmes.

Baal ou Bel des Chaldéens, des Assyriens èt des nations assyriennes, était une dénomination générique signifiant , comme l’Adom des Phéniciens , seigneur ou dieu. Elle s’appliquait au soleil , à Jupiter , ou à quelque autre planète. Ce nom a été, dans l'antiquité , d’un usage aussi répandu que sa signification était vague , du moins relativement à ses diverses attributions. |

I nous reste seulement de la chronologie des Chaldéens quelques fragments de Berose , recueillis par Georges le Syncelle*. Ces fragments, au milieu de leur confusion, ont

! Georges, surnommé le Syncelle, à cause de son office près le

de nombreux rapports avec le récit de la création fait par Moïse. On trouve également quelques analogies entre ce récit et la cosmogonie suivie par les Latins. Ainsi, d'après eux, avant la mer, la terre, et le ciel qui les enveloppe , la face de la nature était la même dans tout l'univers. On l’appelait chaos, masse informe, grossière, et amas confus de semences ennemies. Aucun soleil ne fournissait encore sa lumière au monde. Le froid combattait dans le même corps la chaleur, les principes humides luttaient contre les secs , les matières molles contre les dures, enfin les pesantes contre les matériaux légers.

Un dieu ou la nature puissante mit fin à ces divisions ; il sépara le ciel d'avec la terre, la terre d’avec les eaux et l'air le plus pur d’avec Pair épais ou grossier. Le feu, qui n’a point de poids, emporté par sa rapidité, brilla bientôt dans le ciel et choisit sa demeure dans les régions célestes les plus élevées. L’air, dont la légèreté naturelle en approche davantage , le suivit immédiatement. La terre, plus solide, entrainant les éléments les plus lourds, se fixa dans les lieux les plus bas où l’arrêta sa pesanteur. L'onde fluide, S'étendant autour, occupa la dernière place.

Après avoir débrouillé le chaos, le dieu façonna la terre de ses mains et lui donna la forme d’un globe, afin qu’elle fût égale dans toute sa surface. Îl répandit les. mers sur elle et leur ouvrit un lit dans son sein. Les mers furent peuplées par les poissons, et la terre conçut et nourrit à

, Patriarehe de Constantinople, était un moine grec qui vivait au

ville siècle.

la fois différents animaux, tandis qu’une foule innombrable d'oiseaux s’étendirent dans les airs.

Il manquait à cet ouvrage un être plus noble, plus parfait et qui pôt étendre sa domination sur tous les autres. L'homme fut créé, et, au lieu d’avoir comme les animaux ses yeux baissés sur la terre, il porta sa tête élevée et ses regards se tournèrent vers le ciel.

Les cosmogonies des Égyptiens ne sont guère plus raisonnables que celles des autres peuples de. l'antiquité. C’est surtout sur les mythes d’Osiris qu’elles sont fondées. Le lotus renfermait, d’après elles , les mystères d’Isis et d’Osiris, principales divinités de l'Égypte. Le lotus est pour ces divinités le lieu de la naissance et le lit de l’hymen. Cette union du frère et de la sœur, qui se retrouve dans les divinités nationales de tous les pays, est un hymen mystique déjà consommé dans le sein de leur mère commune, dans le sein de Rhéa, l'humidité primitive , le principe et l’origine du monde. -

L'union d’Isis et d’Osiris est la légende proprement dite de l’histoire de la nature et de l’année en Égypte. D’après cette croyance, toutes choses sont provenues de l’eau, leurs dieux sont représentés portés dans des barques.

Le choix des symboles de ce peuple tient à la nature du climat et du sol qui ont vu se former sés idées cosmogoniques. Le lotus , cette plante mâle et femelle, était la plus sacrée de toutes aux yeux des Égyptiens. La terre y présentait une image fidèle de l’union mystique des deux divinités nationales. Le lotus est encore un pronostic certain de l'inondation , et les pensées religieuses se sont

emparées de ce rapport. Cette plante était le symbole de la

”. terre nouvellement arrosée par les eaux du Nil.

Le lotus, l’image de la création par les eaux, était aussi le symbole de ’immortalité. L'univers, d’après les anciens Égyptiens, était sorti des eaux. Osiris, dieu de l'Égypte , né du fleuve égyptien , était le maître de la vie dans les deux mondes, et en quelque sorte comme l’être suprême.

Dans les cosmogonies égyptiennes comme dans toutes celles de l'Orient, domine le système de l’émanation. Ce système distingue les divers attributs du dieu unique et universel. Ainsi chaque attribut de la divinité devient une personne à part, en sorte qu’un seul dieu fait une multitude de dieux. |

Osiris est une de ces émanations du grand être. Il se révèle en trois personnes : {o comme Ammon (Ammon Jupiter), qui met au jour les modèles non révélés des choses, c’est la toute-puissance; 20 comme Phtha, le démierge ou démiurge , éternel ouvrier réalisant les idées primitives et les modèles de la perfection de l’art divin, C'est la sagesse ; 3° comme Osiris, l’auteur du bien, la source de toute vie et de toute fortune, en un mot, la bonté. -

Cet être, considéré dans ses trois personnes, prend le nom d'Osiris. Les prêtres le désignaient sous le nom d’Amoun ou Knoph. Les Grecs l'ont traduit par Agathodæmon, ou le bon génie. Osiris s'offre donc à eux ayant les mêmes attributs et les mêmes qualités; en second lieu comme le soleil, fils adoptif du grand-Amoun ; enfin, comme le Nil, émanation de la source dela vie et de la prospérité.

Les systèmes religieux de l'Orient reposent sur une idée commune et fondamentale. On ne saurait, d’après elles, concevoir l’ordre de l'univers, la véritable existence, sans admettre que l’être suprême réside en personne dans l’univers. Ceci s'opère par l’émanation telle que l’ont conçue les Orientaux. La chronologie joue également un rôle dans cette doctrine. Les manifestations successives du grand être s’opèrent dans une suite de périodes distinctes et déterminées. Ces manifestations sont comme des personnes différentes, et l'essence de cette métaphysique religieuse est de se représenter l’unité divine comme enfermée au sein de ses ineffables profondeurs. L’'être éternel se produit au dehors, d’abord sous la forme de la toute-puissance personnifiée, puis successivement sous telle ou telle autre fdrme ou propriété qui apparaît toujours comme une personne ou un étre distinct. |

D'après Hérodote, les Égyptiens reconnaiseaient jusqu’à trois dieux ; tandis que, d’après Diodore et Manéthon, huit divinités suprêmes auraient composé et formé la première race ou dynastie, et, entre autres, Pan Mendès. Les dieux placés au commencement des temps, désignaient l’origine des choses. Ce sont les dieux immatériels auxquels la raison pure peut seule atteindre.

Ce premier ordre de dieux contient le principe du monde matériel; du foyer de la primitive lumière découlent, dans une série de dégradations, d'autres puissances lumineuses qui les reproduisent plus ou moins. Ainsi, Pan Mendès si- . gnifie le feu immatériel, principe du monde en un sens, et dans l’autre, principe de l'enthousiasme moral.

La deuxième race ou dynastie est composée de doure dieux, parmi lesquels se trouve Hercule. Ce dernier représente l’année personnifiée dans son cours laborieux.

La troisième race est née de la deuxième , comme celle-ci de la première. Hermès jouant aux dés avec la Lune, lui gagna la soixante et dixième partie de chaque jour. Cinq jours nouveaux en sont provenus , et furent ajoutés aux temps , ou au trois cent soïxante-cinq jours que comptait déjà l’année solaire. Dans ces cinq jours intercalaires naquirent cinq dieux également nouveaux ; ils composérent la troisième dynastie , issue de la réforme du calendrier égyptien.

Ces dieux furent Osiris, Aroueris, Typhon, Isis et Neyhthys. Ils sont des inearnations des divinités supérieures. Ces dieux naissent, meurent, descendent sur Ja terre pour aceomplir leur œuvre; ils retournent ensuite aux cieux, où ils apparaissent à nos regards sous la forme de constellations.

La religion égyptienne , comme la plupart des religions orientales, dérive, ainsi que nous l'avons fait observer, du principe de l’émanation. Ainsi, le génie de l'Orient et de l’antiquité en général, présente toujours sous la forme historique ce que la métaphysique moderne expose dans une suite d’idées et de raisonnements abstraits.

Les règnes des dieux, les dynasties divines qui se succèdent pendant des siècles , jusqu'aux dynasties humaines et au commencement des temps historiques, ne sont autre chose que la plénitude infinie de l’être suprême. Sortant

peu à peu de ses profondeurs , cet être se répand enfin JL, 14

et par gradation dans toutes les sphères , vivifiant par sa

présence jusqu'aux moindres parties du grand tout. Dans sa dernière manifestation, cet être infini descend jusqu’à la condition humaine, se fait homme, souffre et meurt comme l'homme. Fidèle à son essence, il ressuseite par sa force divine, et devient l’auteur et le conservateur du monde visible. |

Osiris, égal dans son essence aux dieux. du premier ordre, tombe dans le troisième par son incarnation. La condition des hommes où il s’abaisse, et la mort même qu'il endure, ne lui ôtent rien de sa divinité.

Telles sont les principales idées cosmogoniques des Égyptiens ; loin d'offrir l’admirable simplicité qui caractérise celle de Moïse, elles sont aussi étranges et aussi peu raisonpables que celles des autres peuples de l'Orient.

Enfin, les Persans ont admis dans leurs cosmogonies des époques diverses ; ils ont supposé que Dieu avait créé le monde en six époques principales. Chacune d'elles comprenait un nombre de jours considérable, quoique inégal ; néanmoins la totalité de ces jours portait l’ensemble des six époques à l'étendue exacte d’une année. Durant la première les cieux furent créés, dans la deuxième les eaux. La troisième fut employée à produire la terre, la quatrième à la formation des arbres et des plantes. Dans la cinquième, les diverses espèces d’animaux apparurent et reçurent l'existence. La sixième époque, par une conformité frappante avec le sixième jour de la cosmogonie mosaique, fut consacrée entièrement à la création de l’homme.

La cosmogonie des Persans est trop en rapportavec celle

un

de l'écrivain sacré, pour ne pas avoir été calquée sur ce document ; elle est du moins la seule qui, avec la Genèse, ait admis la succession des êtres vivants et l’apparition des végétaux avant celle des animaux, qui, les uns et les autres, ont précédé la venue de l’homme. La cosmogonie persane, par sa ressemblance avec le récit mosaïque de la création, nous annonce qu'elle a été tirée de la même source.

La théogonie persane n’est pas la seule, comme on pourrait le supposer, qui ait admis deux principes : celui du bien et celui du mal: Les mêmes idées se retrouvent dans les théories mythologiques des Scandinaves, qui nous présentent une lutte continuelle entre les dieux, les géants et les nains, ou, en d’autres termes, entre le principe du bien et celui du mal. |

Dans cette théogonie domine l’idée de dualité; au commencement était l’abime , au-dessous se trouvaient deux mondes : celui de la fumière et celui des ténèbres. Ces deux mondes s’étant rencontrés, des étincelles jaillirent du fluide lumineux et atteignirent la glace suspendue au-dessus de l’abime. Elle fondit, et les gouttes tombant dans l’abime produisirent le premier être, le géant Ymir.

Les trois Ases, Odin et ses deux frères, tuêrent ensuite le géant Ymir, jetèrent son corps dans l'abime, et formèrent le monde de ses débris. Le corps devint la terre, son sang la mer , ses os les montagnes , ses dents les pierres , ses cheveux les forêts, son crâne le ciel, et ses yeux les astres. L'homme parut après cette création; puis il y eut une succession d’âges humains et divins.

La croyance des différents peuples de l'Amérique est à

peu près la même, relativement à la création de l’univers. L'extrait que le P. Laffiteau nous a donrfé des traditions américaines suffit pour qu'on puisse les comparer avec celles de Moïse; aussi croyons-Dous devoir renvoyer à ce travail consciencieux.

Telles sont les idées qui ont dominé dans le monde paien et qui ont fait la base des ‘diverses cosmogonies admises dans l’antiquité. Lorsqu'on les compare avec la simplicité du récit de Moïse , on n’y reconnaît qu’un assemblage fantastique d'événements fabuleux, et que l’on ne saurait concilier avec les récits de la véritable histoire. Un amour continüel du merveilleux, une répugnance invincible à rapporter les circonstances les plus simples, sans y mêler quelques exagérations ; enfin, la vanité nationale, jalouse de faire honneur à un pays seul des faits qui concernent le genre humain tout entier : voilà les traits les plus frappants des cosmogonies paiennes.

Nous ne devons pas être surpris detrouver une certaine conformité entre ces cosmogonies ; car, malgré leurs différences, elles sont toutes fondées sur les mêmes principes. Mais leurs données, toutes mythologiques , n’ont rien de commun avec celle de l'écrivain sacré, la seule d’accord avec la raison et les faits physiques, qui ne sauraient nous tromper. Cette dernière est aussi la seule qui frappe notre intelligence, et dans laquelle se trouve la véritable histoire des premiers âges, que les peuples idolâtres de l'antiquité nous ont transmise à travers les voiles de la fable et de l’allégorie.

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