‹ De la coxalgieChapitre 35 sur 60 · ARTICLE II · texte numérisé non relu

ARTICLE II

DE l'aNKYLOSE.

Autant la question qui précède est iitigieuse, autant celle que nous abordons est précise. Les savants travaux de Percy, de Béciard, de MM. Cioquet, Yelpeau, Gruveilhier,Tessier(de Lyon), ont puissamment contribué a la mettre en lumière. Enfin la description du musée Dupuytren, entreprise par M. Lacroix, et un travail du même auteur, publié ihns les Annales de Tanatomiejmtliologiqiie^ sont riches de docuiijents qui s'appliquent particulièrement à notre sujet. A Fexempie de M. Maisonneuve, nous ferons donc appel aux recherches de M. Lacroix, et avec lui nous dirons que i'ankyiose entre le cotyle et la tête du fémur n'est pas une terminaison très-rare de la coxalgie. M. Lacroix en compte trois variétés.

La première se produit par ossification des ligaments. Suivant la juste remarque de M. Maisonneuve, les lésions de la coxalgie se prêtent diiTicilement à une pareille transformation de tissu, il nous seuible, en effet, que si la résolution du travail phlegmasique a été obtenue en temps opportun, l'ossification n'est pas à craindre, et que dans le cas contraire, les altérations subies par la capsule ne permettront plus de l'espérer.

La deuxième variété d'ankylose est due a l'augmentation de la tête du fémur, ou a la diminution de l'étendue de la cavité.

M. Lacroix rapporte l'avoir observée chez un individu

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assez jeune. « Môme dans le cas, dit-il, où il y a seulement » immobilité des os et pas encore réunion, on observe » des altérations qui sont tout à tait en rapport avec celles » que l'on remarque dans le cas de soudure complète. » Ainsi on remarque un accroissement de la lame com- » pacte sous-cartilagineuse , et elle est beaucoup plus » marquée au niveau de la partie antérieure et interne y> soit de la tête, soit de la cavité cotyloïde qui répond, » pour la position, aux parties que l'on rencontre hyper- » trophiées dans une articulation soudée.»

La troisième variété, enfin, consiste dans la soudure directe des surfaces osseuses, et l'on comprend que, dans la coxalgie, elle doive être la plus fréquente, puisque, d'une manière générale, c'est cette ankylose qui fait suite aux maladies articulaires.

En pareil cas, lorsque les os ont été le siège d'une suppuration abondante, les lamelles compactes de leurs extrémités , leurs cartilages d'encroûtement sont perforés ou détruits; alors, si une rémission se déclare dans l'affection primitive, des bourgeons charnus se forment sur les surfaces osseuses érodées. ils finissent par se rencontrer, par contracter entre eux des adhérences qui s'encroûteut à leur tour de phosphate calcaire, et produisent une sorte de cal analogue à celui qui réunit après suppuration, les deux fragments d'un os fracturé.

îlse peut encore qu'un mécanisme tout à fait différent produise la soudure entre les deux os. Des stalactites qui naissent au delà des surfaces de glissement et affectent la forme et la direction du ligament, s'élèvent sur tout le pourtour de la cavité cotyloïde ; elles peuvent être assez nombreuses pour se souder elles-mêmes les unes aux

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autres, et former un véritable collier qui enserre le col du fémur : la tête de cet os reste alors enclavée dans la cavité.

M. Lacroix fait remarquer que pendant le temps nécessaire à la production de l'ankylose, les déviations du fémur peuvent atteindre leur degré extrême. 11 est alors constant d'observer du côté où le bassin et le col fémoral décrivent ensemble une concavité, que l'accumulation du tissu osseux de nouvelle formation est beaucoup plus considérable que du côté opposé. Du côté de la convexité, au contraire, la raréfaction du tissu compacte pourrait être portée à ce point de réduire les parties à une véritable coque.

D'ordinaire, le fémur, déjà depuis longtemps dans l'adduction et la rotation interne, continue, pendant que le travail de l'ankylose s'accomplit, à s'affaisser sous son propre poids; le grand trochanter est porté sur le plan [antérieur du membre. Le condyle externe obéit à la même impulsion, et c'est désormais exclusivement par lui que se transmettent les pressions venant du tibia.

En outre, l'ankylose une fois produite, les mouvements de la jambe correspondent directement à la partie postérieure du bassin et à la colonne lombaire. De là, l'atrophie du segment antérieur du pelvis et l'hypertrophie de son segment postérieur.

Il importe de noter qu'un grand nombre d'ankyloses sont d'une solidité plus apparente que réelle : elles doivent ce caractère à l'induration des ligaments, à la formation d'un tissu inodulaire dans le cours des trajets fîstuleux, à la rétraction des ligaments, des tendons ou

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des aponévroses, la cuisse étant fixée dans une position vicieuse.

Peut-être alors une immobilisation rationnelle et opportune, en corrigeant de bonne heure les déviations auxquelles le membre est enclin, eût-elle permis d'éviter, et cette défectueuse cicatrisation du tissu ceiiulaire, et cette rétraction invincible des tissus aponévrotiques , causes d'une immobilité désormais croissante.

La plupart des auteurs, enfin, ont avancé que Fankylose était, pour le tissu mnsculaire, le point de départ d'une transformation fibreuse. Des recherches, dont M. Labbé reproduit les conclusions (i), ont été entreprises sur ce sujet par M. Broca. Elles démontrent que la fibre musculaire s'atrophie, qu'elle présente souvent à divers degrés l'altération graisseuse, que l'élément aponévrotique devient prédominant; mais que le tissu musculaire luimême ne se transforme pas en tissu fibreux.

En résumé, dans la coxalgie, l'ankylose est une terminaison défectueuse qui, sans être très-fréquente, n'est pas non plus d'une rareté extrême. Cette infirmité est presque toujours consécutive à mie soudaine régression dans la marche des accidents articulaires, après qu'ils ont acquis une gravité du pronostic le plus fâcheux. Elle est souvent, ainsi qu'on l'a vu dans Tarticle qui précède, le ilernier terme de la luxation du fémur ; mais dans beaucoup de cas, elle s'établit directement entre les deux surfaces articulaires, et sa fréquente constatation dans cette dernière circonstance, fournit un argument de plus contre la constance de la luxation.

Réelle et complète, l'ankylose est habituellement due

(1) Labbé, loc. cit., p. 21.

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soit à la production de bourgeons charnus entre les surfaces osseuses suppurées, ef à l'encroûtement calcaire de leurs adhérences, soit à la formation de stalactites toujours plus nombreuses sur le pourtour du cotyle que sur le col du fémur.

Apparente, encore incomplète, Fankylose a pour degré le degré même des déviations, et provient principalement d'obstacles qui ont pour siège les parties extra-articulaires, savoir : épaississement et induration de la peau, brides cellulaires, cicatrices vicieuses et rétraction des tissus fibreux.

Si maintenant, dans l'une comme dans l'autre éventualité, la soudure entre les extrémités articulaires est maintes fois favorisée par la curieuse prédisposition individuelle dont Samuel Cooper, Larrey (de Toulouse), Percy, et, après eux, M. le professeur Velpeau, ont relaté des exemples , on ne saurait trop tôt compter avec cette idiosyncrasie. Le plus sûr moyen dès lors n'est-il pas de placer de bonne heure le membre dans une position régulière? Si tant est que Fankylose par soudure osseuse doive devenir un jour inévitable, au moins elle s'établira dans les conditions les plus favorables pour le sujet.

Si, au contraire (et ce cas est le plus fréquent), la soudure entre les os doit avoir pour intermédiaires l'induration des tissus cellulaire et fibreux, la form.ation des brides inodulaires et leur rétraction ; on aura, par une immobilisation opportune, gagné tout le temps qu'il faudrait plus tard consacrer à triompher de ces obstacles. Ce temps est précieux, car c'est celui peut-être dont Fankylose osseuse aura besoin pour se former*

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