‹ De la coxalgieChapitre 38 sur 60 · F. MARTIN ET COLLINE ^U · texte numérisé non relu

F. MARTIN ET COLLINE ^U

386 DIAGNOSJiC.

sas, quse molestum adeo in coxa dolorem producerent, erat respiciendum. »

«Qu'une douleur puisse se propager de la hanche à la jambe et à l'extrémitié du pied, parce que le nerf est malade, je n'ai pas à infirmer ou à réfuter cette opinion qui repose sur les plus solides arguments. Je ne rejette point, parmi les choses imaginaires, cette sciatique nerveuse; mais, cette assertion, je l'émets parce qu'elle résulte de ce que j'ai yu : très-habituellement, la douleur de la hanche reconnaît une cause tout à fait différente. Outre le peu de soulagement que procurent à ceux qui en sont atteints les moyens préconisés et employés selon les règles de l'art, j'ai observé que malgré toutes ces douleurs, même celles qui aifectent le siège qu'on leur assigne dans la sciatique nerveuse, quelque face du membre qu'elles attaquent, l'antérieure comime la postérieure, sont suscitées par des causes qui se dissimulent dans le centre même de l'articulation. îl y a plus : dans la sciatique ou traitée d'une manière irrationnelle, ou négligée, le membre se raccourcit et devient boiteux. A coup sûr, le siège d'une pareille altération ne peut être extra-articulaire. On ne peut, avec quelque raison, attribuer à une maladie de nature nerveuse, des altérations dans la texture des os et dans les rapports réciproques de leurs extrémités. Il y avait donc lieu de recourir à d'autres explications pour se rendre compte de cette douleur opiniâtrement locahsée dans la hanche.» Cette idée, d'ailleurs, domine toutes les recherches de l'auteur. Dans ses observations cHniques, dans ses investigations nécroscopiques, dans ses déductions générales, il

est d'un vif intérêt de suivre avec cet esprit judicieux et profond, la notion exacte des différences essentielles qui séparent les deux affections.

De nos jours, leur diagnostic s'éclaire des belles recherches de Valleix sur les caractères spéciaux de la douleur dans les névralgies, et sur l'existence des points particulièrement douloureux situés au niveau des émergences du nerf affecté.

Si, dans les premiers temps de la coxalgie, la douleur est souvent, comme dans la sciatique. fugace, erratique, disséminée dans toute l'étendue du membre, Yalleix a signalé comme sièges spéciaux de sa localisation dans cette seconde maladie, un point lombaire, un point sacroiliaque, un point iliaque, deux points fémoraux, l'un supérieur l'autre inférieur. Le genou, si généralement atteint dans la coxalgie, et le grand trochanter au niveau duquel on éveille par la pression une sensibilité profonde sont, au contraire, indolents dans la sciatique.

L'attitude vicieuse et la claudication se constatent à la vérité dans les deux cas; mais avec des différences sensibles que M. Tessier, de Lyon, a mises en relief.

« Si l'on peut faire lever les malades, dit M. Labbé (1) , » on reconnaît, d'après la remarque de M. Tessier, de » Lyon (thèse de M. Bonnet, p. 60), que leur manière de » marcher est différente dans l'un et l'autre cas; ceux » qui souffrent d'une névralgie marchent courbés sur » eux-mêmes : ils saluent en marchant, n'osant point con- )) tracter trop vivement les muscles de la cuisse; tandis » que la coxalgie les tient dans une rectitude exagérée

(1) Labbé, loc. cit., p. 78.

» et les force à transporter leur membre sans le plier et )) et en rasant le sol de leur pied. »

Il importe de noter encore que bien souvent la sciatique offre, ainsi que les névralgies en général, une intermittence parfaite et caractéristique.

Enfin, si les deux maladies font de chaque mouvement une cause d'exacerbation dans les souffrances, ces excitations douloureuses deviennent à leur tour un élément de diagnostic. Elles n'ont pas pour siège l'articulation coxale dans la sciatique ; elles ne sauraient, dans la coxalgie, être provoquées sans troubler l'indolence de la jointure.

Quoi qu'il en soit de ces caractères de dissemblance, quoique surtout la marche de la sciatique n'ait avec celle de la coxalgie rien de commun, il n'est pas très-rare de prendre le change.

Valleixcite (1) d'une semblable erreur le remarquable exemple que voici :

Coxalgie prise dans les premiers temps pour une névralgie sciatique. — Altération profonde de l'articulation coxo-fémorale.

Une jeune fille de vingt ans, journalière, d'une bonne constitution, ordinairement bien portante, bien réglée, est entrée à THôtel-Dieu dans les salles de clinique le 27 octobre 1858. A Paris depuis cinq mois, elle a eu une bonne nourriture et a toujours couché dans une chambre sèche et bien aérée; jamais elle n'avait eu de

(i) Valleix, Traiié des névralgies, p. 591, obs. 52,

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douleurs semblables à celles dont elle se plaint aujourd'hui.

Celles-ci ont commencé à se faire sentir il v a environ deux mois, et, dès le début, elles ont occupé le membre inférieur gauche, depuis la hanche jusqu'au genou; augmentées dans les premiers temps par la chaleur du lit, elles étaient surtout vives dans les mouvements et dans la marche ; depuis quelques jours elles avaient lieu soit que la malade marchât, soit qu'elle restât dans l'immobihlé.

Les premiers jours, on put constater une douleur à la pression et pendant les mouvements, au niveau de l'épine ihaque antérieure et supérieure ; un autre point semblable existait sur la fesse gauche, un peu en arrière du grand trochanter; et un troisième en dehors du genou, derrière la tête du péroné. La marche était impossible à cause de la douleur qui se faisait sentir dans toute la cuisse. Les secousses de la toux retentissaient jusque dans le pied.

Il était survenu depuis le début de la maladie, de l'amaigrissement, l'appétit était perdu; langue collante, 100 pulsations; en un mot, tous les symptômes d'une fièvre lente.

L'application de quelques ventouses scarifiées et de quatre vésicatoires à la hanche ou derrière la tète du péroné, et pansés avec l'hydrochlorate de morphine, amena au bout de trois semaines une amélioration notable.

Le 13 décembre survint un érysipèle. Le 20, cet érysipèle étant sur son déclin, on constata l'absence de douleur à la pression dans le membre malade, et la possibilité des mouvements. Quelques jours après, les douleurs reprirent leur ancienne acuité; elles se fixèrent dans l'articulation

coxo-fémorale, où elles étaient telles, qu'on ne pouvait imprimer au membre malade le plus léger mouvement. La pression douloureuse derrière le grand trochanter l'était encore plus quand on comprimait les parties profondes de l'articulation : insomnie, fièvre hectique, marasme.

Dès cet instant, toute incertitude sur le diagnostic cessa, et la coxalgie fut reconnue. Une pneumonie emporta la malade deux mois après.

A l'autopsie, on trouva un pus grumeleux dans l'articulation de la hanche. La surface interne de la capsule était tapissée par une exsudation membraneuse. Il y avait une destruction partielle du ligament rond; les cartilages étaient ramollis, et le fond de la cavité cotyloïde érodée.

11 serait superflu, sans doute, de multiplier les exemples de faits semblables.

L'observation de coxalgie osseuse avec perforation de la cavité cotyloïde que nous rapportons (page 324), offre d'ailleurs avec celle que nous empruntons à Valleix une remarquable analogie de début insidieux et de marche rapide.

E. — La violence et la persistance des douleurs, la claudication, la lenteur de l'évolution morbide, et plusieurs autres caractères encore, rapprochent de la coxalgie une affection de nature essentiellement nerveuse, et qui n'offre avec elle que des ressemblances bien plutôt apparentes que réelles : affection curieuse sur laquelle Brodie a le premier appelé l'attention, qu'il décrit sous le nom de neuralgia of the joints.^ et qui, observée tour à tour

par Lesauvage, de Caen (1), et par Robert (î2;, a reçu la désignation de coxalgie hystérique.

Le tableau synoptique suivant servira mieux peut-être ([u'une description ou tronquée ou trop longue, à mettre en évidence les caractères de ressemblance des deux maladies et les traits spéciaux qu'ils conservent dans chacune.

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