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CHAPITRE VI

TRAITExMEINT.

A elle seule, l'histoire thérapeutique de la coxalgie résume celle des arthropathies en général. On peut dire que tous les moyens de traitement en usage dans les autres affections articulaires ont été tour à tour employés contre celle-là. Entre les nombreux agents curatifs préconisés, s'il en est dont le principe défectueux ne pouvait résister à l'épreuve d'une expérimentation suivie, la plupart répondant avec quelque justesse à des indications de détail, devaient captiver la faveur durant un temps plus long. En présence d'une maladie dont le pronostic mieux connu que la nature était à juste titre regardé comme très-grave, et qui, sous l'influence de ces derniers moyens, paraissait avoir tendu vers une voie d'amélioration, les demi-succès obtenus éloignèrent longtemps les cliniciens d'investigations nouvelles, et les rallièrent aux errements maintes fois suivis en circonstances analogues. La pénurie d'ailleurs des démonstrations anatomo-pathologiques masquait encore l'indication fondamentale qu'il convient de remplir.

Pour tracer un exposé fidèle des éléments très-dissemblables dont se compose la médication, et pour apprécier leur valeur, on doit ranger ces éléments en deux groupes : le premier comprend les agents thérapeutiques généraux et locaux ; les appareils forment le second.

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ARTICLE PREMIER

§ I. — .%gcnts thérapeutiques généraux»

Les agents thérapeutiques dont l'action s'exerce sur l'ensemble de l'écononiie, et dont l'usage peut fournir un utile secours dans le traitement de la coxalgie, ont des indications qui ressortissent à la diathèse préexistante dans l'organisme.

A la syphilis s'adressent les mercuriaux, les préparations iodurées surtout, puisque ici l'affection en est arrivée à sa période ultime; et ce serait sortir de notre sujet que d'exposer avec détails les règles de leur administration. Disons seulement que la médication anti-syphilitique a eu dans certains cas, sur la marche régressive de la maladie articulaire, une influence dont l'activité incontestable s'explique par l'opportunité.

Dzondi qui érigeait, non sans exagération, croyonsnous, la diathèse rhumatismale en cause fondamentale de la coxalgie, 'appelle vers cette disposition constitutionnelle les efforts des praticiens, et conseille de lui opposer les moyens de traitement les plus énergiques. Des bains prolongés dont on élève graduellement la température, de larges frictions, l'ingestion des boissons sudorifîques en constituent le principe. Sans contredit, lorsque la diathèse rhumatismale se manifeste par des caractères nettement accusés, il importe de la coiiibaltre avec une énergie en rapport avec sa prédominance ; mais dans une

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maladie qui prépare au patient des souffrances longues et pénibles ; dans une lutte qui mettra peut-être en jeu les dernières réserves de l'organisme, on doit redouter à prion toute action débilitante.

Pure de toute affection diathésique, ou liée au rhumatisme, comme il arrive souvent (Gosselin), la scrofule est sans contredit la plus habituelle, la plus opiniâtre, la plus puissante des causes générales que reconnaisse la coxalgie. A ce vice conslitutionnel, si vulgaire et si désastreux dans le jeune âge, on ne saurait opposer , et cela avec une persévérance qui ne doit jamais se démentir, une médication trop active. Les préparations quiniques, ferrugineuses ou iodées, les eaux sulfureuses, l'huile de foie de morue, sont autant de modificateurs qu'il convient de dispenser très-libéralement.

Leur action réparatrice soutient efficacement les forces, et, à travers les péripéties auxquelles l'affection articulaire est si remarquablement sujette, les empêche longtemps de péricliter.

Est-il besoin d'ajouter qu'aux préparations pharmaceutiques propres à tonifier le malade, il faut associer une alimentation analeptique et les règles d'une excellente hygiène? L'est-il davantage de prévenir qu'un tel ensemble de moyens, adjuvant toujours précieux, souvent indispensable, dans le traitement de la coxalgie, est tout à fait insuffisant par lui-même à procurer la guérison ?

§ II. — Agents thérapentiqaes locaux.

Les agents topiques ont pour but essentiel et commun d'atténuer, de combattre les progrès de l'état conjectif et

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inflammatoire de l'article. Est-on toujours en droit d'attendre d'eux un résultat aussi important; et n'est-il pas des circonstances nombreuses qui contre-indiquent leur usage ? C'est ce que nous allons examiner.

Classés dans l'ordre suivant lequel leur opportunité peut survenir, ces agents locaux sont :

V Les anti-phlogistiques;

2° Les résolutifs ;

3° Les révulsifs.

1° Anti-phlogistiques. — De sa nature, avons-nous dit, la coxalgie est une inflammation. Lorsqu'elle se déclare à la suite de fatigues excessives ou de violences extérieures, ou bien encore après un rhumatisme articulaire aigu, chez un sujet vigoureux et jusque-là bien portant ; que l'appareil symptomatique par lequel elle se traduit, offre une acuité franche; que d'emblée les douleurs sont vives, la hanche tuméfiée, la marche impossible, il est incontestable qu'une médication anti-phlogistique instituée sans retard et conduite sans hésitation peut être d'un grand service. La première observation que nous avons empruntée à Lesauvage (1), celle qu'a laissée Paletta (2), de nombreux exemples analogues rapportés par les auteurs, en sont la preuve.

Depuis J. L. Petit, la plupart des chirurgiens ont eu recours , contre ces symptômes initiaux et aigus de phlegmasie, aux émissions sanguines locales et aux applications émollientes et narcotiques. A cette période, Lar-

(1) V. Allongement, p. 18i.

(2) Paletta, loc, cit.

hhO TRAITEMENT.

rey (1) insiste d'une manière spéciale sur les ventouses et sur les sangsues; M. Maisonneuve ('2) les conseille, et M. Marjolin (3) dit en avoir retiré plusieurs fois de l'avantage.

Reconnaissons cependant que pour être formelle dans un certain ordre de cas, l'indication de larges déplétions sanguines est rare. L'acuité franche qui marque le début d'un grand nombre de coxalgies, fait place bien souvent à un processus sub-inflammatoire sinon absolument chronique, dont l'adyraanie est inséparable et entretient les lenteurs.

En présence de faits semblables, on regretterait d'avoir soustrait à l'économie une notable portion de ses moyens de résistance. D'une manière générale, on doit compter toujours avec la tendance si marquée des arthropathies à une interminable chronicité.

'2" Résolutifs, — Parlerons-nous des mixtures, des liniments plus ou moins composés et dont l'action, rubéfiante d'ordinaire sur les téguments, ne saurait guère se propager jusqu'au centre d'une jointure que recouvrent des couches épaisses graisseuses et charnues? Oui : pour les proscrire. Car s'ils sont inertes, leur usage fait perdre un temps précieux, et s'ils sont doués de quelque action, ils ne sont pas sans périls. Employés hâtivement et pour favoriser une résolution commençante, ils sont susceptibles de rallumer un état aigu, très-difficile ensuite à combattre. Plus tard ils ne sont plus d'aucune utilité.

(1) Larrey, Mémoires et campagnes.

(2) Maisonneuve, loc. cit., p. 229.

(3) Marjolin (citation de M. Labbé, loc, cit,^ p. 98)»

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Il convient de signaler toutefois une pratique dont l'effet est de favoriser la résolution et qui, préconisée par Fritz (1) de Prague, a été entre les mains de plusieurs chirurgiens, de Blandin entre autres, couronnée de nombreux succès. Le chirurgien allemand a proposé de larges onctions mercurielles, renouvelées chaque jour jusqu'à hypersécrétion glandulaire, et associées à des bains tièdes quotidiens et à une aUmentation légère.

Cette méthode, à la vérité, nous semble peu susceptible d'être vulgarisée, et les résultats qu'il convient d'en attendre doivent nécessairement être inconstants. L'apparition de la sialorrhée, qui oblige à discontinuer l'usage du médicament, est en rapport avec le degré de tolérance, variable suivant chaque individu, pour les préparations hydrargyriques.

Tout au moins, l'application topique du mercure ofFret-elle sur l'usage des nombreux liniments réputés résolutifs l'avantage d'une action positive, et d'une innocuité mieux assurée à l'égard des lésions articulaires.

3° Révulsifs. — De toutes les méthodes de traitement mises en usage contre les arthropathies en général, et la coxalgie en particulier, celle qui consiste à allumer dans le voisinage de l'articulation malade, au moyen d'agents vésicantsou escharotiques, une inflammation substitutive, une révulsion, est la plus anciennement connue et la plus universellement adoptée, A l'envi, tous les auteurs le répètent : Hippocrate la conseille à l'exclusion de toute autre, et les doctrines humorales ne pouvaient manquer

(1) Fritz de Prague, Arr.h. gèn. de méd.y t. XIX, p. ^39.

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de lui donner la plus entière consécration. L'idée que les anciens se formaient de la révulsion était purement matérielle. Ils admettaient qu'ainsi Ton attirait de dedans en dehors, ou du moins d'un point de l'économie sur un point moins important, la matière morbifique, l'humeur peccante, le principe acre, le virus (etc.). L'hypothèse est tombée; mais de nos jours les agents les plus actifs de la révulsion sont très-généralement employés contre la coxalgie avant la période de suppuration. Est-ce toujours avec un égal bénéfice? Ce qui prouve déjà que la question est plus litigieuse qu'au premier abord elle ne le paraît, c'est qu'il y a, sur le choix du révulsif, divergence d'opinions. Les trois principaux sont : 1° le séton ; 2° le cautère; 3° le vésicatoire.

1" Séton, — En dépit des efforts tentés par Brodie (1), qui présente ce moyen comme très-avantageux, et au point de vue du soulagement apporté aux douleurs, et à celui de la régression des lésions articulaires, le passage d'un séton au pli de l'aine, au voisinage du nerf crural est une pratique abandonnée désormais. c< Pour ma part, » dit M. Maisonneuve, je l'ai employé rarement et je n'ai «jamais eu à m'en louer; la maladie, même, a semblé » prendre une marche plus active sous son influence. »

2° Cautère. — Au siècle dernier, la cautérisation était considérée comme moyen curatif par excellence des affections encore mal définies de l'articulation coxale. Cette méthode, héritage des écoles anciennes, était employée sur une vaste échelle, et suivant des règles dont le temps a fait justice.

(1) Brodie, p. 132.

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A tout autre caustique, le fer rouge était préféré : «Et se il advient, dit Jean de Vigo (1), dislocation de » cause antécédente, il la fault réduyre ainsi que est dict «dessus. Et après la réduction, les anciens louët dessus » toutes choses de appliquer cautère actuel pour dessei- » cher r humidité superflue. »

D'après Scultet, c'est au-dessus du jarret qu'il convient de l'appliquer de préférence. J. Wengel et Paletta adoptent cette pratique, et ce dernier auteur nous apprend (2) qu'il crut devoir y recourir dans un cas de coxalgie de nature scrofuleuse, avec altérations profondes des surfaces articulaires. Ce fut, on va le voir, sans grand avantage : « Maximo et desperato malo, dit Paletta, non nisi » magnum opponere remedium placuit. Quapropter cau- » dente ferramento excitatus est fonticulus sub poplite, » eo loco quem Scultetus designavit. Praeter alios qui » mecum inspiciebant oegrotum, aderat vir amicissimus, » Josephus Wenzelius supra laudatus, experiendi et ipse » cupidus, quid ferramentum adversus hocce vitium pos- » set. Mox post inustionem, et intra eundem diem, melius » sibi haberi visus est segrotus, altéra vero die indoluit » iterum vehementer articulus, ita ut necesse fuerit hiru- » dines circa juncturam admovere, à quibus solatium » aliquod habuit. »

« Quelle que fût la gravité extrême du pronostic, je ne » crus pas contre-indiquée une médication énergique. » Aussi un exutoire fut-il établi avec le fer rouge au- » dessous du jarret, au point que Scultet a signalé comme

(1) Jehan de Vigo, De la dislocation de Scia, fol. 152.

(2) Paletta, lac. cil,, ch. V, p. 48 et 49.

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» lieu d'élection. Outre ceux qui observaient avec moi le » malade, un maître qui m'est cher, Joseph Wenzel, cité » plus haut avec honneur, était présent. îl était curieux » d'expérimenter par lui-même l'efficacité du fer rouge «contre cette affection. Peu à près la cautérisation, le » jour même, le malade parut se trouver mieux; mais le » jour suivant r articulation devint extrêmement doulou- » reuse. 11 fallut appliquer autour du genou des sangsues » qui procurèrent quelque soulagement. »

Cet insuccès n'avait nullement d'ailleurs ébranlé la confiance de Paletta, et il n'est pas sans intérêt de voir jusqu'où va sa conviction en cette matière. « Nisi forte » preeferendum quis existimet, dit-il (p. /i2), exemplum » animosi juvenis, qui chirurgico copiam adurendi fecit » non tam cutem coxœ impositam,quam exulcerandi eo- » dem ferro carnem ad ipsum os usque ; unde perenne ex » profundo ulcère profluvium a récidiva eum vendica- » vit. Quse constantia et animi fortitudine si unusquisque » aegrotorum prseditus esset, morbi nonnunqnam perw difficiles felicius ab artis magistris superarentur. »

«Quelqu'un même préférera peut-être suivre l'exemple » donné par un courageux jeune homme qui insista au- » près du chirurgien pour que la cautérisation ne se bor- » nât pas aux téguments de la cuisse; mais traversât les » parties charnues, afin que le fer rouge allât intéresser » le tissu osseux lui-même. L'écoulement abondant de » pus qui résulta d'une cautérisation aussi profonde le » garantit d'une récidive. Si pareille énergie et pareille » force de caractère se retrouvaient chez chaque malade, » on verrait parfois les maîtres de l'art triompher avec » bonheur des maladies même les plus rebelles. »

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En revanche, notre auteur réserve le cautère potentiel aux malades et même aux chirurgiens timorés (1).

Au commencement de ce siècle, les travaux de Rust, en Allemagne, et de Larrey, en France, n'ont pas peu contribué à maintenir en honneur l'usage des escharotiques contre la coxalgie.

Entre autres modes d'application le moxa jouit longtemps d'une faveur marquée. On attribuait à la lenteur de la caustication des avantages plus ou moins hypothétiques et que les résultats définitifs ont fini, à la longue, par rendre suspects. La cautérisation au moyen de moxas est aujourd'hui tombée en désuétude.

Les perfectionnements apportés aux procédés modernes, la découverte par-dessus tout du chloroforme, ont, au contraire, vulgarisé de plus en plus l'usage du fer rouge; les deux méthodes en vigueur sont la cautérisation transcurrente et la cautérisation ponctuée.

La cautérisation transcurrente se pratique au moyen de cautères cultiformes rougis à blanc, et avec lesquels le chirurgien décrit, autour du grand trochanter, des lignes parallèles à Taxe du membre, en ayant soin de les tracer rapidement afin que l'épaisseur des couches mortifiées soit profonde dans toute leur étendue ; de n'observer entre elles qu'une distance de 2 centimètres; et d'élever leur nombre à dix ou douze à la fois. A ce prix, les douleurs articulaires sont momentanément apaisées, et le degré des déviations apparentes s'abaisse pour un laps de temps plus ou moins passager.

(1) « Et quia vel œgrolantes, vel ipsi artis magistri candens ferrum pertiniue - » runt..., etc. » Paletta de coxitide, p. 56.

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Si nous sommes prêts à admettre, avec M. Bouley (d'Âlfort), que la perturbation produite par des cautérisations aussi énergiques retentit encore dans l'organisme plusieurs mois après l'opération, nous croyons aussi qu'il y a lieu de redouter pour beaucoup de sujets les etfets locaux et généraux inhérents à la violence d'une semblable médication. Pour notre compte, nous reculerions devant le danger d'exciter dans l'article un état inflammatoire suraigu, devant celui d'allumer une réaction fébrile toujours favorable aux progrès de la lésion, devant l'éventualité de ces suppurations abondantes et intarissables qui sont la trop fréquente conséquence de l'emploi des caustiques. Elles débilitent à tout jamais les forces, et sont désastreuses pour des constitutions primitivement pauvres et encore incomplètement formées,

La cautérisation ponctuée qui se pratique au moyen de tringles de fer rougies à blanc, et avec lesquelles on pique la peau qui recouvre l'organe malade, participe, quoiqu'à un degré beaucoup plus faible, aux inconvénients de la cautérisation transcurrente. Elle est peu douloureuse, et l'élimination des petites eschares qui ont été produites, entraîne à peine la sécrétion du pus. Nous comprenons que cette méthode de traitement soit efficace contre des affections osseuses siégeant dans des parties du squelette sous-cutanées, contre une ostéite de la crête du tibia par exemple. Mais lorsqu'il s'agit d'enrayer une lésion garantie des actions topiques par des plans cellulaires et charnus aussi épais que ceux qui recouvrent l'articulation coxale, le moyen nous paraît ou devoir être insuffisant, ou devoir intéresser tout d'abord ces plans intermédiaires et susciter en eux un état pathologique au-

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quel on devait s'estimer heureux de les avoir vu échapper jusque-là.

A notre avis, le cautère potentiel encourt des reproches analogues. Est-il appliqué sous forme de larges plaques; le travail d'élimination de l'eschare expose le malade aux chances d'une suppuration excessive et débilitante. Préfère-t-on des cautères petits et peu profonds appliqués deux par deux successivement autour de l'articulation ; il faudra peut-être porter le nombre de ces cautères à trente ou quarante chez le même sujet. Le traitement va donc joindre pendant une période de huit à dix mois une cause d'épuisement artificielle à celles dont la maladie par ellemême menace l'organisme.

En somme, malgré les heureux résultats que les auteurs paraissent en avoir obtenus (1), les principales raisons qui nous éloignent delà cautérisation dans la coxalgie (sous quelque forme qu'on l'emploie) sont : la certitude de voir les douleurs prendre, au bout d'un temps donné, un surcroît de violence; la crainte d'agir plutôt sur les couches sous-cutanées que sur les parties articulaires; de déterminer des phlegmons et des abcès qui sont dans l'avenir une très-sérieuse comphcation ; ou bien encore d'allumer une réaction fébrile pendant la durée de laquelle les lésions seront emportées dans une progression rapide et regrettable.

(1) « On ne peut, dit Boyer {Mal. chirurg., t. IV, p. 516), parcourir les » ouvrages de chirurgie sans rencontrer plusieurs exemples de tumeurs blan- » ches guéries par les cautères. Mais en examinant attentivement ces observa- » tions, on voit que les cautères ont été employés concurremment avec d'autres » moyens, et que ceux-ci ont plus de part à la guérison que les cautères eux- » mêmes. »

lihS TRAITEMENT.

Nous donnons à l'appui des assertions qui précèdent plusieurs exemples d'accidents graves dont nous avons été témoins.

Coxalgie capsulaire. — Applications réitérées de cautères à la hanche. — Aggravation des accidents. — Passage de la maladie à la forme osseuse. — Application de l'appareil. — Guérison en six mois avec un léger degré de claudication.

Le jeune Croq..., âgé de 8 ans, d'une constitution lymphatique, fut pris en 1853 de douleurs au genou droit, d'allongement apparent et de déviation du membre en dehors, en un mot, de tous les signes de la coxalgie capsulaire.

L'un des praticiens les plus éclairés de la capitale fut appelé, et fit appliquer quatre cautères qui furent renouvelés à mesure que les premiers se cicatrisaient. La maladie, loin de rétrocéder sous l'action de ces puissants révulsifs, prit au contraire un caractère de plus en plus grave. A l'allongement et à l'abduction succédèrent le raccourcissement, l'adduction et la rotation interne.

Des abcès se formèrent autour de l'articulation et laissèrent des fistules intarissables.

Au printemps 1856, nous avons été appelés avec M. Michon.

Nous constatons que le membre est porté dans une adduction forcée : que la fesse, énormément tuméfiée, présente cinq fistules profondes qui, depuis longtemps, fournissent une assez grande quantité de pus séreux caillebotté.

Les cautères donnent toujours une suppuration abondante.

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En appliquant notre appareil, notre premier soin a été de supprimer les cautères qui nous paraissaient entretenir les graves accidents dont la durée remontait à deux ans et demi.

Sur l'avis de M. Michon, des injections iodées furent pratiquées dans les trajets fistuleux : ils ne tardèrent pas à se tarir. .

Six mois plus tard, le malade marche sans appui. La locomotion, toutefois, ne s'accomplit pas sans un léger degré de claudication.

Coxalgie capsulaire datant d'un an. — Application de l'appareil, — Sédation immédiate des douleurs. — Amélioration notable, puis formation! d'un abcès. — Application de trois cautères. — RéactiGn inflammatoire suraigue. — Vaste phlegmon de la cuisse, — Application cVun cpuatrième cautère. — Mort rapide.

Le 16 novembre 1859, nous fûmes appelés pour appliquer un appareil au fils de M. le comte de B...

Cet enfant, âgé de cinq ans, d'une constitution lymphatique, est affecté d'une coxalgie capsulaire assez intense, qui remonte à près d'une année. Le membre demifléchi, porté dans l'abduction, et la rotation externe, paraît tuméfié à sa racine ; les douleurs sont extrêmement Yives.

Presque immédiatement après l'application de l'appareil, les douleurs disparurent et le membre reprit sa direction normale.

L'état du malade semblait satisfaisant, lorsque vers la fin de janvier nous crûmes reconnaître une tuméfaction et une fluctuation diffuse à la face externe de la cuisse,

F. MARTIN ET COLLINEAU. 29

hbO 'inAlTEMENT.

un peu au-dessous du grand trochanter. Nous fîmes part de nos craintes aux parents de l'enfant, en les priant de les communiquer aux chirurgiens chargés de le soigner.

Nos honorables maîtres se réunirent. Ils reconnurent, en effet^ qu'un abcès s'était formé au lieu que nous avons désigné, et firent appliquer trois cautères sur le sommet de la tumeur.

Loin d'amener la résolution, ces cautères furent suivis d'une réaction d'une violence extrême. Bref, moins de quinze jours après leur application, le foyer purulent avait envahi toute la longueur et presque toute la circonférence de la cuisse. —Douleurs aiguës; fièvre ardente; inappétence absolue.

En présence d'accidents aussi graves, nous crûmes de notre devoir d'aller trouver les deux honorables praticiens, et de leur soumettre nos idées sur ce que nous pensions pouvoir être utile à l'enfant. Guidés par les résultats favorables que nous avions maintes fois obtenus avec M. Michon, auquel nous sommes redevables de cette méthode, nous proposâmes d'ouvrir largement l'abcès, et de pratiquer ensuite des injections iodées.

Ces messieurs se réunirent de nouveau et firent appliquer un quatrième cautère sur le lieu même d'un des trois premiers. Huit jours plus tard, l'enfant était mort.

Coxalgie capsulaire peu intense. — Application, simultanément à Vappareil^ de deux cautères à la hanche. — Vaste phlegmon, suppura^ tion abondante. — Mort rapide.

Au printemps de 1858, nous sommes mandés auprès de la fille de madame Bar...» de Douai.

AGENTS TlIÉnAPEUTlQUES. A5i

Cette enfant, âgée de six ans, d'une constitution lymphatique, est affectée d'une coxalgie capsulaire nettement caractérisée, mais peu intense.

L'un des chirurgiens consultants conseilla l'application de notre appareil, mais il ajouta à cette prescription celle de quatre cautères autour de l'articulation coxale.

Le médecin traitant de la famille crut devoir se borner à en établir deux.

Deux mois s'étaient à peine écoulés qu'on nous demandait en toute hâte à Douai. Nous trouvâmeîr- l'enfant dans un état des plus alarmants.

La hanche était le siège d'une tuméfaction générale. Une fluctuation manifeste se percevait dans tout le pourtour de l'articulation. La vaste collection purulente qui baignait l'article, se fît jour par l'ouverture des cautères.

Avant la fin de la saison la malade succombait épuisée par l'abondance du pus.

Coxalgie capsulaire datant de six ans, — Application, simultanément à l'appareil, de ^plusieurs cautères autour de l'articulation, — Accidents phlegmasiques suraigus. — Douleurs atroces. — Mort rapide.

M. de Gom..., âgé de vingt-huit ans, d'une haute stature (i'",80), d'une constitution vigoureuse, est atteint d'une coxalgie capsulaire siégeant au membre droit.

La maladie a débuté en 1858. Après avoir subi des périodes de rémittence et d'exacerbation successives; après avoir tenté toute sorte de moyens (équitation, marche forcée , bains de mer, stations thermales di-

Zl52 TRAITEMENT.

verses, etc.), nous le trouvons soumis sans avantage à l'hydrothérapie.

L'un des praticiens les plus distingués de la capitale est consulté : il conseille l'emploi de notre appareil ; mais en même temps il prescrit l'application de plusieurs cautères.

L'appareil fut appliqué le 7 juillet ; et, malgré nos protestations énergiques, les cautères le furent le 8, alors que les douleurs étaient sensiblement diminuées.

Nous revoyons le malade vers la fin du mois, et nous reconnaissons que la tuméfaction qui existait d'abord à la racine du membre a sensiblement diminué.

Le 18 août, on nous fait demander en toute hâte. Nous trouvons le malade en proie à des douleurs atroces : le moindre mouvement imprimé au membre, la moindre pression exercée au niveau de l'articulation coxo-fémorale, lui arrachent des cris déchirants.

Nous demandons que le chirurgien traitant soit appelé ; et nous nous réunissons le 19, à 6 heures du soir.

En présence d'accidents aussi graves, cet honorable praticien n'hésite pas à ordonner la suppression immédiate des cautères et l'application de larges cataplasmes fortement laudanisés et belladones.

Le 20, à midi, nous passons seulement pour prendre des nouvelles du malade.

On nous apprend que la dernière nuit a été assez mauvaise, mais que depuis le matin il s'est endormi d'un sommeil profond.

Le 21 : mort.

Coxalgie capsulaire. — Application de Vappareil. — Amélioration notable. — Application de vingt-cinq pointes de feu autour de l'articulation coxale. — Accidents inflammatoires suraigus.

Le fils de M. le comte de Sol..., âgé de douze ans, d'une bonne constitution, est affecté depuis dix-huit mois d'une coxalgie capsulaire du côté gauche.

Application de l'appareil. Cessation presque immédiate des douleurs ; amélioration notable.

Deux mois plus tard, les médecins traitants appliquent 25 pointes de feu dans le but d'accélérer la guérison.

Vingt-quatre heures après, sur la demande pressante des parents, nous visitons le malade que nous trouvons dans l'état suivant :

Tuméfaction considérable de la hanche. Réaction fébrile. Douleurs vives. Au palper, fluctuations indiquant la présence, autour de l'article, d'une vaste collection purulente.

Peu de temps après, nous apprîmes que le malade avait quitté Paris.

ù° Vésicatoires. — D'un avantage au-dessus de tout conteste contre les douleurs de la névralgie sciatique, la vésication ne pouvait manquer d'être provoquée avec insistance pour dominer les atroces souffrances engendrées par la coxalgie, alors que le nerf sciatique passait pour le siège des lésions et des troubles, dont le véritable théâtre était le centre articulaire. Qu'on nous pardonne de citer encore Paletta : il résume sur ce point les doctrines de son temps. Si, par ses investigations nécrosco-

piques, il a puissamment contribué à démêler les différences essentielles, qui séparent ces deux maladies, il a par ses errements thérapeutiques sacrifié largement aux opinions régnantes. Peut-être a-t-il trouvé dans l'inconstance des moyens appliqués au même titre à toute affection désignée confusément alors sous le nom de sciatique, dans le parallèle entre leur efficacité rem.arquable lorsqu'ils s'adressaient à une névralgie réelle, et leur inertie lorsque les douleurs avaient pour origine des lésions articulaires ; peut-être a-t-il trouvé là le principe de ses doutes sur l'identité de nature de l'élément morbide dans l'une et l'autre circonstance. Toujours est-il que chez tous les malades dont l'autopsie devait plus tard (en lui permettant de constater dans le tissu du nerf une intégrité parfaite, et dans l'article des désorganisations profondes) confirmer la justesse de ses présomptions, de nombreux appels avaient été faits au vésicatoire. L'auteur prend soin de le dire : Chez tous, sans exception, et après toutes les applications, l'action du vésicatoire a été passagère et insuffisante.

Avec une notion plus approfondie des instructives observations tracées par le chirurgien de Milan, et avec celle des résultats constamment négatifs fournis dès le siècle dernier par le vésicatoire, les auteurs qui ont écrit sur la coxalgie au commencement du siècle actuel auraient apporté sa^is doute quelque restriction à la confiance qu'ils accordent à cet agent thérapeutique.

Dans l'affection qui nous occupe, le vésicatoire n'est jamais un moyen radical. Il y a plus : presque toujours ce moyen est dangereux. Voici pourquoi : pour lutter contre les lésions que la coxalgie entraîne, ce n'est pas

d'un OU de deux vésicatoires successifs qu'on peut espérer un bénéfice appréciable. Les promoteurs de la médication l'ont bien compris. Boyer(l),aux yeux de qui elle mérite le premier rang, conseille de renouveler les applications «jusqu'à cessation des phénomènes morbifîques » . Chez la malade qui fait le sujet de sa troisième observation (jeune fille de dix-sept ans), le nombre en fut porté à douze, et chez un jeune homme, également âgé de dixsept ans (quatrième observation), il s'éleva jusqu'à vingt et un. Qu'arrive-t-il alors? Les excitations réitérées que la vésication provoque, jettent les malades dans un état nerveux dont on a grand peine ensuite à se rendre maîire, et dont les effets prennent un caractère assez pernicieux pour contraindre à suspendre la médication instituée. Les souffrances irritantes dues à l'action vésicante troublent le repos; les muscles de la cuisse sont agités de contractions spasmodiques dont le retentissement au centre articulaire malade se traduit par de vives douleurs et par le progrès de la lésion.

Les premiers vésicatoires soulagent, mais bientôt il faut renoncer à un moyen qui porte en lui de sérieux inconvénients, et qui ne tarde pas à devenir plus nuisible qu'utile. On ne saurait, en tout état de cause, faire beaucoup de fonds sur ce soulagement essentiellement passager qu'en vertu de Taphorisme : Duobus dolorïbus, etc.. les douleurs de la vésication apportent aux douleurs dont la maladie est le principe.

Le plus prudent, surtout chez les sujets jeunes et lymphatiques dont le système absorbant est doué d'une acti-

(1) Boyer, Traité des maladies chirurgicales, t. IV, p. 327 et suivantes.

tivité excessive, est de ne pas entrer dans une voie qu'il faudrait tôt ou tard abandonner, soit à cause des effets généraux produits sur l'organisme (fièvre, néphrite, cystite cantharidienne) par le principe actif de Fagent vésicant, soit à cause des inconvénients que nous signalions tout à l'heure. Dans la grande majorité des cas, cette voie nous paraît sans issue.

4° Nous ne dirons qu'un mot des badigeonnages avecla teinture d'iode. Aucun fait ne nous porte à croire que ce moyen de traitement, très-efficace, à la vérité, contrôles douleurs névralgiques, soit apte à enrayer des lésions articulaires telles que la coxalgie en donne à observer.

On le voit, des agents thérapeutiques généraux et locaux que nous venons de passer en revue, les uns répondent d'une manière formelle à certaines indications particuhères tout à fait subordonnées aux conditions individuelles. — Ce sont : 1° les toniques et les reconstituants; ils conviennent à merveille aux constitutions débiles et scrofuleuses ; 2° les antisyphilitiques : ils s'adressent d'une manière spéciale aux traces bien et dûment constatées de l'aîïection spécifique ; â° les antiphlogistiques dont l'opportunité est en raison du degré d'acuité de l'état inflammatoire.

Pour ce qui est des avantages qu'on est en droit d'attendre des autres moyens ci-dessus énumérés, ils sont contre -balancés par des dangers si sérieux, ils sont si loin d'être définitifs, qu'à notre avis, ils ne sauraient figurer, môme à titre d'auxiliaires, parmi les ressources d'une médication rio;oureusement rationnelle.

Quand on recourt à eux, le témoignage des auteurs

autorise, il est vrai, Tespoir qu'ils conserveront leur innocuité ; et que la force de résistance des sujets, ou bien encore leur faiblesse de réaction créeront des circonstances heureuses grâce auxquelles l'usage de ces moyens n'entraînera pas les dangers qui leur sont inhérents; mais il n'en est pas moins exact de reconnaître que toutes les fois qu'on invoque leur action, il y a lieu d'en redouter les inconvénients.

Aux cautères multiples s'ajoute, comme conséquence, l'influence débilitante des suppurations excessives. Aux vésicatoires, l'agitation, les mouvements spasniodiques, puis Texacerbation des douleurs. Aux révulsifs, de quelque genre que ce soit, pour peu que l'énergie de leur action s'élève au degré que commande la gravité de l'affection à combattre, succède inévitablement la fièvre; et par un rapport de causalité facile à saisir, si l'on tient compte de la nature inflammatoire des lésions articulaires, advient, de l'usage répété de pareils moyens, un sensible progrès dans l'évolution morbide. Bref, nous réservons l'intervention de ces agents pour les cas d'une absolue chronicité, dans lesquels il faut à tout prix sortir d'un état stationnaire qui ne donne rien à espérer.

Combinés entre eux, ou isolés, les procédés curatifs dont il a été fait mention sont insuffisants à atteindre la principale indication qu'il importe d'observer. Ne pas remplir cette indication est frapper d'impuissance tous les efforts que Ton tente, et ouvrir toutes les barrières à révolution de la lésion.

Il faut obtenir pour les organes înalades le KEPOS le plus parfait.

C'est en plaçant dans le repos les parties articulaires

qu'on les préservera des chocs des mouvements volontaires ou spontanés, cause incessante d'exacerbation dans les douleurs; c'est en modérant les douleurs, cause des contractions spasmodiques, qu'on atténuera les frottements et les tiraillements. C'est, en un mot, la persévérance dans le repos, qui oppose aux déviations, aux rapports vicieux, le plus puissant obstacle, et qui ofïre au travail inflammatoire les plus sûres garanties de régression.

La justesse de cette proposition est aujourd'hui presque universellement reconnue.

En rapportant plusieurs observations très-remarquables de guérisons uniquement dues au repos suffisamment prolongé, M. le professeur Malgaigne (1) est un de ceux qui ont le plus fortement insisté sur l'importance primordiale d'une immobilité absolue.

De son côté, Bonnet (de Lyon) (2), appelant l'attention sur la nécessité de joindre à l'immobilité une position régulière, formula pour le traitement de la coxalgie un principe que les autorités les plus compétentes partagent, et qu'à notre tour nous acceptons sans réserve : — L immobilité et la bonne position de la hanche ne peuvent se maintenir par les seuls efforts des malades, la fixité exige

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