OBSERVATION XXVIII
Coxalgie capsulaîre. — Douleurs de la hanche. — Manœuvres violentes. — État aigu. — Allongement apparent. — Antiphlogistiques. — Guérison.
(Traduit de Paletta, Exercitat. pathol., chap.V, De ischiade, obs. VIII) {]}.
Un enfant de onze ans est pris, le G juillet 1788, d'une douleur à la hanche. Son père, suivant nne coutume populaire, lui saisit à deux mains la cuisse droite (tel était le côté affecté) et la distend avec force. Cette pratique brutale ne fut suivie d'aucun soulagement.
Le il juillet, l'enfant est apporté à l'hôpital. Le grand trochanter et l'articulation coxale étaient le siège de vives douleurs. Je prescrivis immédiatement l'application de sangsues, puis de vessies remphes de glace pilée. Quatre jours après, le membre présentait un allongement de deux travers de droit, le fémur était porté en avant, la fesse aplatie et la douleur trochantérienne très-vive.
(1) Nous rapportons ici celte observation comme un curieux exemple des graves conséquences que peuvent avoir sur le ligament capsulaire des manœuvres intempestives, et comme une preuve de l'apparence insidieuse de réalité que peut offrir rallongement du membre.
Nouvelle application de sangsues et de glace.
Le jour suivant, ventouses scarifiées et glace.
Le 17 juillet, le fémur ne peut être soulevé. La douleur est circonscrite au trochanter. On reconnaît sous la peau une fluctuation diffuse. On incise; il s'écoule un peu de pus au dehors.
A trois jours de là, le membre avait presque repris sa longueur normale. Mais (inconvénient presque inévitable des hôpitaux) la gangrène survenant, la plaie redevint béante. On obtint néanmoins son occlusion d'une manière heureuse, grâce à des lotions de sucs d'herbe (i). La plaie détergée. une esquille se détacha, et fut éliminée. Bientôt après, la guérison était complète, sans que la cuisse présentât aucun vice de conformation.
Coxalgie capsulaire datant de onze ans et n'ayant jamais été l'objet que de soins insuffisants. — Application de l'appareil. — Guérison au bout de six mois.
Mademoiselle Eugénie de N..., âgée de huit ans, d'une constitution moyenne.
En 1847, chute sur la hanche. Défaut de soins consécutifs; douleurs à la région du grand trochanter, et surtout aux environs du pli de l'aine ; claudication ; repos au lit, prolongé pendant quatre mois.
Bains sulfureux.
Persistance des désordres avec une succession de rémittences et d'exacerbations jusqu'en 18/i9.
En 1850, un médecin est consulté.
Diagnostic : coxalgie.
(1) Limoniorum sucço, — A./mo)?M'm (Qiiicherat), bette sauvage? (Pline.)
Traitement : repos aussi complet ([ue possible; ventouses à la racine du membre pelvien. •
L'aîuéliomtion se faisant attendre, tout traitement est interrompu jusqu'en 1858.
Durant ce laps de temps, douleurs très-aiguës, localisées au genou particulièrement. — Tuméfaction de tout le membre. — Locomotion impossible. — Palper douloureux. — Contractions spasmodiques déterminant dans les souffrances d'atroces exacerbât ions.
Puis, à cet état aigu succède un état chronique qui permet à la malade de se lever ; mais à la condition de ne faire reposer le poids du corps que sur le membre du côté sain.
La déviation de la colonne vertébrale qui se produisit comme conséquence de cette attitude vicieuse, fut le motif qui la décida à nous consulter.
Flexion modérée de la cuisse, abduction, rotation en dehors. — Allongement apparent de 4 centimètres. — Abaissement de l'épine iliaque, déviation du bassin, ensellure lombaire. — Pas de traces ni d'imminence d'abcès. ~— Douleurs modérées. — État général assez satisfaisant.
Le 8 juin J858, l'appareil est appliqué. Cessation rapide et absolue de toute souffrance. — Appétit régulier. — Sommeil réparateur. — Au bout de peu de temps, retour dans l'aisance des fonctions du membre. Au bout de six mois, l'appareil est levé.
La locomotion, d'abord aidée au moyen de béquilles, s'accomplit bientôt sans difficulté, et peut être prolongée sans fatigue pendant plusieurs heures consécutives
1864. Pas de récidives.
bOll TRAITEMENT.
Coxalgie capsulaire datant de deux ans. — Application de V appareil. — Guérison au bout de quatre mois.
Le 10 mars 1860, nous avons été appelé par M. le professeur Velpeau pour appliquer un appareil à madame Pag , demeurant rue du Faubourg-Saint-Ho-
noré.
La malade, âgée de vingt-six ans, d*une constitution un peu lymphatique, souffre depuis environ trois ans de douleurs vives au genou et à la hanche du côté droit.
Depuis deux ans il lui a été impossible de quitter le ht.
Signes de coxalgie capsulaire.
Application de l'appareil.
Au bout d'un mois les douleurs sont complètement abolies.
Au commencement de juin, la malade se lève quelques heures tous les jours, et marche avec des béquilles.
A partir du 17 juillet, elle monte et descend les esca^ liers.
Le 15 août, elle est en état de sortir et de faire une promenade assez longue en s' appuyant sur le bras d'une personne.
OBSERVATION XXXT.
Coxalgie capsulaire en ayant imposé pendant plus de trois ans pour une arthropathie du genou. — Application de l'appareiL — Guérison obtenue dans l'espace de quatre mois.
Une jeune religieuse créole reçut, en arrivant en France, un coup de mer qui la renversa sur le pont du navire.
onsKHVATroNs. 505
Dans le désordre inséparable d'nn débarquement, elle resta plusieurs heures avec ses habits mouillés.
Peu de jours après elle se prit à ressentir au genou droit une douleur assez vive pour rendre la marche extrêmement pénible.
Ces accidents furent naturellement attribués à la chute qu'elle avait faite et à l'immersion qui en avait été la cause.
Le mal alla en progressant et persista pendant une année, au bout de laquelle seulement, le médecin du couvent fut consulté. Celui-ci crut devoir s'éclairer des lumières d'un chirurgien.
Ces deux honorables praticiens diagnostiquèrent une arthrite du genou, et firent appliquer de chaque côté de l'articulation fémoro-tibiale quatre larges cautères. Douze vésicatoires firent suite aux cautères.
Ainsi institué, le traitement, loin d'amener quelque amélioration que ce fût, permit à la maladie de faire de sensibles progrès.
Quatre ans et demi après le début de la maladie, et trois ans et demi après celui du traitement, au printemps de i858, nous fûmes appelé pour appliquer un appareil approprié aux arthropathies du genou.
Nous examinons avec un soin extrême l'articulation fémoro-tibiale; nous constatons les larges cicatrices laissées par les cautères, et les traces des vésicatoires; mais malgré tout, le genou a conservé et sa forme et sa motilité n or m. aies.
Ayant pour principe de ne faire que ce que nous croyons devoir être utile aux malades, et ne saisissant ni dans les désordres que nous avions sous les yeux, ni
dans les commémoratifs, l'indication d'un appareil applicable à une affection du genou, nous demandâmes de nous réunir avec les deux praticiens qui jusque-là avaient dirigé le traitement. Ils ne vinrent pas au rendez-vous qu'ils avaient fixé, et cessèrent de visiter la malade.
M. le docteur Miction fut appelé. Avec lui nous reconnûmes que la malade était affectée d'une coxalgie capsulaire, et que l'affection offrait url caractère des plus graves.
En effet, depuis l'application du septième vésicatoire, plusieurs abcès ganglionnaires s'étaient ouverts spontanément au pli de l'aine. Plusieurs suppuraient encore, et d'autres étaient en voie de formation.
Notre appareil fut appliqué. Au bout de quelques heures, les douleurs du genou disparurent pour ne plus revenir.
Bref, quatre mois suffirent pour obtenir une guérison définitive.
Au bout de ce laps de temps, la malade pouvait se tenir debout, marcher, monter et descendre les escaliers sans le secours d'aucun appui , et en prenant seulement quelques précautions.
Aujourd'hui (août I86/1.), c'est-à-dire six ans plus tard, nous constatons qu'aucune récidive ne s'est manifestée.
Coxalgie capsulaire. — Eczéma. — Récidives simultanées des deux
maladies. — Guérison.
Au mois de juin 1860, M. le docteur Michon voulut bien nous faire appeler auprès de mademoiselle Lem..., demeurant rue Sainte-Placide,
ORSIiRVATlONS. 507
Cette enfant j iigée de onze ans, criine constitution vigoureuse, est atteinte de coxalgie capsulaire, avec déviations prononcées et douleurs violentes.
Le H juin, Tappareil fut appliqué; les douleurs disparurent assez promptement ; et le membre ne tarda pas à reprendre sa longueur et sa direction normales.
Déjà la malade pouvait se lever et marcher à l'aide d'une canne, lorsque, vers la fin de septembre, elle fut prise d'eczéma.
Nous avions espéré que l'apparition de cet exanthème aurait peut-être une influence hâtive sur la marche de la guérison.
Il en fut tout autrement. Les accidents articulaires se manifestèrent de nouveau avec leur énergie initiale ; et jusqu'au printemps de 1861, ils coïncidèrent pour leurs rémittences et leurs exacerbations avec les rémitlences et les exacerbations de l'affection cutanée.
Ce ne] fut que lorsque l'eczéma fut entré dans une voie de guérison définitive, que les désordres articulaires s'amendèrent assez pour permettre à l'enfant de marcher.
La malade fut envoyée à la campagne. Plusieurs récidives d'eczéma se présentèrent ; elles furent toujours accompagnées du retour des douleurs dans l'articulation coxale.
En 1862 seulement, toute trace d'eczéma ayant disparu, la malade recouvra la liberté de la marche, et put reprendre les habitudes de la vie.